L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). XCV
des sociétés... — Ce serait trop attendre. L'esclavage s'est établi au xv*" siècle, contre les idées et les mœurs de la civilisation chrétienne ; il a trouvé des hommes pour Texplditer depuis lors, et, si Ton n'y met ordre, il en trouvera toujours, comme il en eût toujours trouvé pour en faire trafic : on en a pour garant ces apologies de l'esclavage et de la traite elle-même, si fort en vogue aujourd'hui. L'esclavage ne s'en ira pas tout seul; et, quant à le supprimer, toutes les condiliDns que l'on y met, tous les délais que l'on réclame sont vraiment comme autant de fins de iwnrecevoir.
Qu'est-ce que la liberté, dit-on, si l'on n'en sait user? Un présent funeste : donnez à l'enfant la liberté de s'entretenir et de vivre sans la tutelle de ses parents! t El les nègres ne sont-ils pas une race à l'état d'enfance? » On veut donc attendre })our les affranchir qu'ils soient « ces éternels enfants, » en âge d'être affranchis*. Ou bien on établit que le nègre, par sa constitution, répugne au travail libre, et que les régions tropicales, pnr leur climat, ne comportent que le travail forcé. Après de semblables prémisses, ne faut-il pas désespérer de la conclusion?
1. Petit de Baroncourt, Lettres, p. 159, et encore p. 125: « Pourquoi me révollerais-je contre les impénétrables décrets de la Providence, qui veut que les nègres obéissent longtemps avant de s'asseoir au banquet des sociétés modernes? C'est la loi couimunc de l'humanité. La civilisation ne s'achète qu'au prix des larmes et du sang. « Hûtons-nous de dire que le système de notre honorable collègue est beaucoup plus humain qu'il ne raniionce.