‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 95 sur 366 · L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). GUI · texte numérisé non relu

L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). GUI

On connaît le caractère généreux des colons, leur désintéressement, leur loyauté : ces qualités françaises n'ont nulle part plus d'éclat; tous les voyageurs leur ont rendu cet hommage. Et pourtant voyez ce qu'ils sont à l'égard des esclaves : c'est l'homme en face de la brute avec le fouet pour intermédiaire. On voit même des femmes manier avec aisance la cravache de leur mari; et, devant ces étranges alliances de délicatesse et de brutalité, on a pu dire : « Il y a dans les rapports des créoles avec leurs esclaves une barbarie qui s'ignore elle-même et qui, si l'on peut profaner cette expression, a quelque chose de candide*. » Mais dans cette voie et sous cette influence on peut aller bien loin. Un vieillard ténérahle et vénéré de la Grande-Terre, dont la demeure était devenue une maison de secours ouverte à tous les noirs libres du voisinage, a été tra-

1 . M"* Lelellier , Esquisses de mœurs coloniales , citée par M. Schœlchcr (Colonies françaises, p. 89). Le procureur du roi de la Basse-Terre parle, dans des termes analogues, d'un colon dont on lui avait signale la barbarie : « Sur mes interpellations, il m*exhiba un énorme collier avec une chaîne d'une dimension inadmissible: il me montra aussi, placé sous sa terrasse, dans la maçonnerie, un petit cachot carré, où un négrillon ne pouvait tenir qu*assis. Je l'invitai formellement à détruire cet étouffoir. Cet habitant a avoué ses moyens disciplinaires avec une grande simplicité, et je demeurai frappé de celte pensée, que dans sa conduite il y avait plus d'ignorance que de méchanceté. ^) (Exécution de VordonnancCy etc., citée par le même auteur.) Voyez les faits nombreux qu'il a recueillis dans le chapitre intitulé le Fouet, et beaucoup d*autres dans les lettres de M. l'abbé Dugoujon, p. 81-87, et dans l'ouvrage de M. Rouvellat de Cussac, qui en abonde.

CIY INTRODUCTION.

duit en cour d'assises, et absous, mais convaincu du crime d'avoir séquestré et torturé, de la manière la plus atroce, une femme esclave dont il avait eu un enfant'. Qu'attendre des autres, si ce sont là les actes avoués d'un homme charitable? — Chaque jour donne à cette question sa réponse, chaque arrivage vient ajouter un fait à cet odieux catalogue qui témoigne si hautement de la dépravation des esprits et des cœurs dans cette condition contre nature: des femmes grosses de quatre, de sept mois, liées nues à une échelle, un billot sous le ventre, pour que les coups portent mieux; une autre, outrageusement découverte et fustigée devant ses neuf enfants; un fils contraint de tenir sous le fouet le corps dépouillé de sa vieille mère, dont le sang lui rejaillit à la face; un enfant de cinq ans, traité en nègre marron, les fers aux pieds, le cou pris dans des entraves, de peur qu'il ne s'échappe à travers les haies

1. « Un vieillard vénérable et vénéré de la Grande-Terre, H. Douillard-Hahaudiére, a établi dans sa maison, depuis plusieurs années, un service de distribution journalière et gratuite de farine, de morue et de bœuf salés, pour prés d'une centaine de noirs libres de son voisinage qui ne veulent pas travailler et qui meurent de faim. Ce n*est pas là une distribution de bouillon à Tcau claire; et pourtant M. Douillard-Habaudière en a été récompensé, devinez par quoi? Par une décoration? Pas précisément. Par un procès en cour d'assises, et par les injures vertueuses et philanthropiques des journaux judiciaires de France. » {Voyage aux Antilles, 1, p. 170.) L'auteur oublie de dire que ce n'est pas pour des distributions de farine, de morue et de bœuf sales, que -M. Douillard-Hahaudiére a été traduit en cour d*assises.

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