L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). CIX
moins dans l'émancipation même que dans l'absence de certaines mesures propres à concilier ce que réclame la grande culture avec la liberté des affranshis ; et déjà même, après ces premiers temps de crise, l'équilibre se rétablit, la production se relève. Lord Stanley a pu dire à la tribune, sans trouver d'adversaires, que les résultais de l'affranchissement avaient dépassé toutes les espérances*. Du reste, le dommage fùt-il plus grand, l'abolition serait encore nécessaire; car, en thèse générale, la réparation d'un tort ne doit pas dépendre du plus ou moins d'inconvénient qu'elle aura pour la partie coupable; mais ici, hâtons-nous de le dire, les plus coupables ne sont pas les colons. C'est l'État qui les a, sinon entraînés, du moins suivis, soutenus et encouragés dans ce mode funeste d'exploitation*; il ne peut détruire cette propriété
1. H. de Gasparin, séance du 30 mai 1845. Gela doit s'entendre avec H. de Tocqueville (môme séance) des espérances raisonnable3 qui promettaient, après la première secousse, un retour au mieux avec progrès, et non des espérances exagérées qui rêvaient pour les Antilles la réalisation immédiate des effets du travail libre en Europe. Du reste, cette thèse s'appuie encore sur des résultats trop récents pour ne pas rencontrer de contradicteurs dans les deux Chambres.
2. Voyez dans le recueil intitulé Code Noir les leUres patentes et autres actes publics en faveur des compagnies de traite et du commerce des nègres, 1696, 1716, 1719, 1720. Le gouvernement poussait aux importations et s'opposait aux affranchissements, ne permettant d'affranchir que moyennant une autorisation expresse et l'acquittement d'un droit (1719, etc.). «Sa Msgesté, dit l'ordonnance du 15 juin 1736, étant informée qu'au préjudice de cette ordonnance il se trouve des maîtres qui affranchissent leurs esclaves sans en avoir obtenu la permis^
ex INTRODUCTION.
qu'il a faite, sans tenir compte au maître de la valeur qu'il retire de ses mains. Ajoutons seulement que s'il y a, pour l'État, obligation de partager cette perte, il n'y a pas moins obligation d'agir; ces deux choses se tiennent. Complice des colons, il est coupable envers les esclaves; et il ne doit pas moins, sans doute, aux victimes qu'aux auteurs du mal. Il ne suffit donc pas de désintéresser les colons, de rendre la liberté aux esclaves : il faut prendre des mesures, pour que les populations, jetées dans cette voie, trouvent, hors de l'esclavage, les moyens de se suffire. Voilà tous les éléments delà question dans leur ordre d'importance: Supprimer au plus tôt l'esclavage, en mettant la population servile en mesure de se conduire ; et opérer cette grave révolution de la manière la plus équitable pour les colonies, la moins onéreuse à l'État.
Depuis que ce problème esta l'étude, trop d'intérêt s'y est attaché, trop de bons esprits ont essayé de le résoudre, pour qu'on ait le droit de hasarder une théorie toute neuve. Tout ce que l'on a pu dire à ce sujet a été recueilli et scrupuleusement examiné dans le rapport du duc de Broglie. La seule tentative qui ne soit pas téméraire est peut-être d'essayer quelque combinaison nouvelle des éléments qui entrent dans les divers projets. Tous se ramènent à deux modes généraux d'émancipation : l'émancipation simultanée et l'émancipation progressive ; et la commission char-
sion, et que d'ailleurs il y en a d'autres qui font baptiser comnie libres des enfants dont les mères sont esclaves, et qui, par ce moyen, sont réputés affranchis, etc* » (Ord. 15 juin 1736.)