‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 129 sur 201 · IH · texte numérisé non relu

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ne se fait plus à Cologne : elle est pleine d'ennemis ; eela ne se fait plus dans celle noble ville de Trêves : elle est couchée parterre pour la quatrième fois* » Et ce n'était

point assez pour Trêves. Quand ses maisons étaient brûléesv sa population dispersée, une voix sortait encore de ce sépulcre, pour demander des jeux ! a Vous réclamez des théâtres ; vous sollicitez un cirque de la faveur du prince? ... pour quel État? pour quel peuple? pour quelle ville^? » Les spectacles publics ne suffisaient point : les jeux et tout l'appareil du théâtre avaient leur place et leur emploi dans les fêles particulières. C'était, comme aux temps païens, chez plusieurs encore, une habitude, que d'appeler les chanteuses, les danseuses et les mimes aux noces ou aux festins solennels ; et les Pères peuvent s'élever avec plus de force comme avec plus d'autorité contre ces usages qui introduisaient la corruption du théâtre dans le sanctuaire de la famille et prétendaient associer les mœurs du paganisme à la profession de chrétien (86). C'était leur droit au nom de l'Église que l'on déshonorait par ces abus ; c'était leur devoir envers tant d'âmes tenues par leur condition hors du bienfait de la régénération chrétienne. Quand, en effet, ils flétrissaient ces arts licencieux, quand ils retranchaient de leur communion ceux qui en étaient les disciples ou les maîtres', ils ne faisaient pas seulement un

i. fl Non enim hoc agitur jam in Mongotiacensium civitate : sed fl quia excisa alque deleta est. Non agitur Âgrippinae : sed quia hostifl bus piena est. Non agilur in Treverorum urtie excelientissima : sed f quia quadruplici est eversione prostrata. Non agitur denique ia « pluhmis Galiiarum urbibus et Uispaniarum. Et ideo vae nobis atque fl impuritatibus nostris, vœ nobis atque iniquitatibus noslrisl » (Ibid» 8, p. 130.)

2. « Theatra igitur quseritis, circum a principibus postulatis? Cui; « quaeso, statui? cui populo? cui civitali? » (Sah. Vi, 15, p. 144.)

3. Cypr. EpisL lxi, p. 101 ; Aug. De fide et opère, § 33, t. Vi, p. 317,

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acte de morale, ils faisaient un acle de charité. Us travaillaient à supprimer un état devenu, dans la corruption du théâtre romain, pour ceux qui devaient y vivre, pour ceux qui en voulaient jouir, une source inévitable de désordresi: car le vice découlait à pleins bords de ces métiei*s de courtisanes ; il n'y a pas une manière chrétienne d*en user. Ils travaillaient à la libéralion de toule une classe d'hommes ou de femmes, souvent plus malheureux que coupables, qui, esclaves ou libres, s'y trouvaient enchaînés soit par la volonté d'un maître, soit par la force même de la loi*.

Ce n'est point seulement par l'introduction de ces réformes dans les mœui^ que les Pères de l'Église voulurent réduire le nombre des esclaves. Indépendamment de ces troupes louées pour le service des fêtes, il y avait, dans les maisons des riches, une foule assez considérable encore de serviteurs dont les fonctions, souvent oiseuses, ne pouvaient qu'amollir ou corrompre quelquefois les maîtres aussi bien que les esclaves ; et, au premier rang, il faut compter ces hommes appropriés à la garde des femmes, et que l'on préférait môme ainsi pour les besoins ordinaires du service intérieur, comme ces chevaux que l'on a su

c, et 318, a. On offrait les ressources de TËglise à ceux qui n*y étaient tenus que par l'impossibilité de viTre autrement.

i. Xoù «YUviQ Ti; àftXîa...^ià rh^ ix rn; louXiia; hdrptw,,, etc. (Basil. GsetS. Com. m Isai. y, 158, 1. 1, p. 490, e, 491.) La preuve de cette corruption de mœurs résulte des textes mêmes où nous avons montré la corruption du théâtre. Voyei encore Chrys C. ludos, § 5, t. VI, p. 274, e; De Davidé ham, m, 1, t. IV, p. 769-770; m MaUh. ti, 8, t. Vil, p. 100, et le vers si connu de Prudence {Peristephanon, X, 321) :

Cycnus sluprator peccat inter pulpita.

Quant aux effets qu'en ressentaient les familles, Chrys. in Maith. hom, VI, 8, et XXXVII, 6, t. VI', p. 100, a, et 422, c, et, pour toute cette matière, Mûller, De moribuê et genio mvi Theodoê. II, ix.

rendre plus dociles au frein : Constance, qui n'avait qu'une femme, avait une foule d'eunuques dans son palais ^ La loi condamnait le crime qui les avait faits tels; mais qu'importe, si l'on en tolérait l'usage? A-t-on jamais tari les sources d'un commerce illicite dont on accepte les produits? Les lois modernes empêchent elles la traite, dans les pays où l'on croit utile d'y recourir? Les Pères s'attaquent à tous ces abus. Ils s'élèvent, non pas seulement contre le fait déjà condamné par la loi, ils s'élèvent contre l'emploi corrupteur de cette seconde espèce d'hommes, suspectant à bon droit la chasteté qui n'était pas l'effet de la vertu ' ; ils condamnent aussi cet entourage de luxe dims le cortège des femmes : les suivantes aux allures suspectes, les jeunes garçons à la belle chevelure, l'intendant richement paré, Técnyor à la faille trop bien prise, au visage couvert de vermillon (ces conseils s'adressent particulièrement aux jeunes filles et aux veuves)'. Indépendamment de cetle classe de serviteurs qui

i. Âthanas. Hist. Arian, ad. monach. 37 et 38, t. I, p. 360, h et d; Liban. OraU x, t. fl, p. 202, d; il les dit plus nombreux que les moucheâ au printemps. Cf. Amm. Marc. XXI, 16, p. 292. Zosime, dont il ne laut pas oublier la partialité contre les princes chrétiens, parie de leur influence, non pas seulement sous Constance et sous ValenSp mais même sous Tliéodose. (II, 55; IV, 22-23 et 28.)

2. Arnob Adv. gentes, V, p. 163; Basil. Caes. Ep. II, cxf, l. III. p. 208, b; Ambros. Hexaem. V, m, 9, t. I, p 83 ; Hieron. Ep. xlvii, ad Fur. De viduitale servanda, t. IV, P. ii, p. 559. Ailleurs, saint Jérôme conseille moins de s*en passer que de les bien choisir. {Ep. xcvii, De virgin, servanda^ibid.,p. 7i^i-792.)

3. Clem. Alex. Pœdag. III, il, 1. 1, p. 296, 1. 5; Hieron. Ep. xl?ii, ad Furiam, et lxxxv, ad Salvin. De vid. servanda, t. IV, P. ii, p. 559 et 668. Les Pères, en blâmant ces excès de luxe, prennent quelquefois le langage des maîtres : « Nous couvrons de riches vêtements des esclaves, des mules, des chevaux, » dit saint Jean Ghrj-sostome (in Joan. hom, xxvii, 3, t. VIII, p. 157, c), et saint Grégoire de ^a2ianze: 05 «Xiiâfi 7«wi»vTiç àv^paiîîi'^wv ^ Tirpaiw^wv (Orat. xfi, 19, 1. 1, p. 314, a).

portaient dans tous leurs dehors le caractère de leurs mœurs et de leur influence, les saints évêques s'attaquent, en général, au trop grand nombre d'esclaves (quelque réduit que fût ce nombre, comparativement aux temps anciens, c'était toujours beaucoup trop à leur avis). Us en montrent les inconvénients de toutes sortes, les soucis, les inquiétudes : vices à punir, querelles à apaiser; et le trouble gagnant jusqu'à la société des maîtres, par Tefiet de cette jalousie que provoquent si facilement, à tort ou à raison, le caractère et la nature de leurs rapports avec leur domestique ^ Ces points divers, touchés en mille endroits des homélies où saint J. Chrysostome met en scène la société do son temps avec ses vertus et surtout avec ses vices, aboutissent à une même conclusion; il la développe ailleurs et il y trouve l'occasion d'exposer nettement le sentiment de l'Église sur lesclavage, avec des réflexions qui n ont rien perdu de leur à-propos :

« Pourquoi tant d'esclaves? De même que pour les vêtements et la table, on doit, en fait d'esclaves, se borner au nécessnii^. Et où est ici le nécessaire? je ne le vois pas. Un maître devrait se contenter d'un serviteur : bien plus, un serviteur devrait suffire à deux ou trois moitres. Si cela vous parait dur, songez à ceux qui n'en ont pas, et qui ne s'en servent que mieux et plus vite ; car Dieu nous a créés capables de nous servir nous-mêmes et de servir encore lés autres... Si vous en doutez, écoutez saint Paul : Mes mains suffisent à me servir et ceux qui sont avec moi. Ainsi ce docteur du monde, digne du ciel, ne rougissait point de servir tant de milliers d'hommes; vous, au contraire, vous vous croiriez flétris, si vous ne traîniez à votre

1. J. Ghrysost. De virgin., § 57, 1. 1, p. 322, c, 325, a, et Greg.Theol. Pœm, hittor, I, i, 143, t. II, p. 638.

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suite des troupeaux d'esclaves, ignorant que c'est là ce qui vous dëshonoi^e. Car Dieu nous a donné des pieds et des mains pour que nous n'ayons pas besoin de serviteurs. Ce n'est pas le besoin qui a créé la race des esclaves : sans cela, avec Adam un serviteur lui eût été créé ; c'est la peine du péché et le châtiment de la désobéissance. Mais le Christ, par sa venue» nous a aussi affranchis : En J. C. U n'y a ni esclave^ ni libre. Ainsi il n'est point nécessaire d'avoir des esclaves; s'il en faut, un sufGt, ou, tout au plus, deux. Que veulent ces essaims de serviteurs? On les voit comme des pasteurs de brebis ou des vendeurs d'hommes, se promener, ces riches, dans les bains, sur les places ; mais je ne veux pas m'en tenir au droit strict : ayez un second serviteur ; si vous en réunissez davantage, vous ne le faites point par amour pour eux, mais par luxe. Si vous le faisiez par charité, vous ne les emploieriez pas si bien à votre service ; mais, après les avoir acquis, vous leur apprendriez les métiers nécessaires au soutien de leur vie et les renverriez libres. Puisque vous les frappez de verges et les jetez dans les fers, ce n'est pas là une œuvre de philanthropie. Je sais bien que je suis à charge à ceux qui m'écoutent : mais que faire? c'est mon devoir, et je ne cesserai point de parler, que je réussisse ou non à persuadera »

Evidemment, au jugement des Pères de TËglise, malgré les conseils de soumission qu'ils donnent aux esclaves, malgré cette doctrine de l'esclavage moral par laquelle ils

i. In Ep. I ad Ccr. hamiL zi, 5, t. X, p. 384-^85.

détournenl leur impatience vers une meilleure liberté, cet état de servitude n'était, dans la société, qu'un élat provisoire, accepté par le christianisme avec Tobligation d'y mettre un terme, quand il aurait préparé les princes à le commander« les peuples à le souffrir. C'était donc déjà son devoir d'encourager l'affranchissement et d'y aider par tous les moyens dont il pouvait disposer. On citait, dans la première période dos persécutions, Hermès, préfet de la ville et martyr, qui, un jour de Pâques, avait affranchi douze cent cinquante esclaves; Ovinius, martyr des Gaules, cinq mille; Mélanie la jeune, huit mille' : nombres exagérés, sans doute, mais qui n'en prouvent que mieux, chez les auteurs de ce temps-là, la tendance à prêcher l'affranchissement en masse. Celte forme de libération complète, radicale, est toujours sous-entendue par les Pères dans le précepte de la perfection chrétienne ; et la preuve en résulte des exemples où le conseil est appliqué. Saint Augustin, rendant compte de la vie de ses clercs, nous montre effectivement que c'était la loi et la coutume de son Église. L'un n'a point encore vendu ses biens et les possède par indivis avec son frère : dans ces biens sont compris plusieurs esclaves communs qu'il se propose d'affranchir après le partage. Le diacre d'Hippone n'a pas de biens : mais, avant d'être clerc, il avait acquis, au prix de ses sueurs, quelques esclaves qu'il va, en présence des fidèles et sous l'autorité de l'évèque, rendre à la liberté ; et il en est ainsi de tous ceux qui en possédaient*. Ces exemples, donnés par les prêtres, se continuaient parmi

i. Pignon, De servis (initio). La mère du jeune martyr Calliopius, apprenant que son fils venait de confesser la foi, courait à sa prison : mais auparavant elle avait affranchi cinquante esclaves qu*elle possédait, en leur donnant leur pécule. (Bolland. avril (7), 1. 1, p. lxxxit, § 6.

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