CHAPITRE V
ADMINISTRATION yUNIGIP.iLE *. — AFFRANCHISSEMENT DES FONCTIONS SERVILES ; ASSERVISSEMENT DES CITOYENS AUX CORPORATIONS ET A LA CURIE.
L'adniinistralion impériale ne faisait point toute l'ad* ministration de Tempire : c'était comme un grand caJre où tout se trouvait compris et rattaché au centre par quelque lien. Mais» sous ce réseau immense, qui enveloppait le monde romain, il y avait mille petits foyers d'administration : je veux parler des villes et de l'administration municipale.
Rome, on l'a dil, était essentiellement un municipe\ et les formes de sa constitution se rencontraient aussi dans les républiques admises dés Torigine à son alliance. Ces formes leur demeurèrent en général par les conditions de leurs traités ; et elles durent s'appliquer plus communément aux villes mêmes des provinces, quand la loi de Caracalla eut étendu à tous les habitants de Tempire les droits de la cité. Toutes devinrent municipes^ sinon par
1. Tout le monde coniiait les belles leçons de M. Guizot et les savanU travaux de M. de Savigny.
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la pleine jouissance des privilèges attachés à la terre italique, au moins par rétablissement dans leur sein d'un ordre supérieur (curie ou sénat) et par les attributions dont il fut investi. Placé dans une sphère plus élevée, le pouvoir impérial n'avait qu'à gagner à l'action régulière de ces petits corps organisés qui faisaient tout l'empire, les territoires et bourgs circonvoisins se rattachant à la cité (37) • C'était une base de gouvernement toute faite ; et il ne manqua point d'y asseoir le système entier de l'État.
Pour répondre ù leur destination, les municipes n'avaient donc point seulement à vivre par eux-mêmes, à suffire aux besoins de leur administration et de leur entretien ; ils devaient concourir à la vie, à Taction commune, fournir à TÉtat du travail et de l'argent. Comment satisfaisaient-ils à cette double nécessité et quelle fut, dans ces nouvelles obligations du service public, la part gardée par l'esclavage, la part faite, imposée même, aux classes libres î
Toute l'administration de Rome se retrouvait comme en abrégé dans rinlérieur des municipes. Ils avaient leur sénat dans la curie ^ leurs consuls dans les duumvirs, leurs censeurs dans les quinquennales ^ leurs questeurs, leurs édiles * ; et, quand le niveau de l'empire eut passé
1. Indépendamment de ce que fournit le droit en si grande abondance, on a les lémoii^nages des inscriptions. Voy. Orelli, c. xn, Ret municipaUs;\M\mannSyExempla inscr. lal.,ei, dans les divers volumes du Corpus inscript. latin, les tables relatives à ces titres. Le monument leplus curieux sur ce sujet est une table d'airain trouvée, dans les environs de Canouze, en 1675, et qui contient la liste hiérarchique de tous les dignilaires du municipe. Voy. Spon, Mise. p. Î80 et Orelli, n'37îil. — Les curi aies prennent même quelquefois le nom
SERVICE DES MUNIGIPES. 150
sur leurs privilèges pour ramener loules les villes à la même mesure de dépendance, c'est encore aux souvenirs des magistratures romaines que Ton parut emprunter ces défenseurs, qui rappellent le Iribunat par leur origine populaire comme par le progrès de leur pouvoir dans Tadministration des cités. Cette administration, comme celle de rÉtat, avait des agents inférieurs pour la consignation des actes et pour l'exécution des arrêts du pouvoir municipal, ou pour divers emplois de surveillance et de police. Ainsi d'abord, les employés du contrôle ou du greffe, secrétaires, rédacteurs ou copistes^ : ils formaient aussi dans les provinces des décuries tout organisées, avec leurs juges et leurs défenseurs, décuries qui suffirent quelquefois à l'expédition des affaires civiles, et que Constantin protégeait contre la concurrence de l'office des magistrats' ; et ils avaient à Rome une sorte de collège supérieur où chaque ville se faisait représenter par deux membres à elle*. L'administration de Rome ou de Constantinople, plus étendue, plus compliquée, pouvait demander quelques services spéciaux qui ailleurs n'existaient pas ou se confondaient avec d'autres. Elle avait des fiscales attachés au trésor particulier de la ville ; des censuales, censeurs
de patres : vir PAtRiens et ple6i ghatus (à Sinigaglia) (Murât, p. 875, n* 27), et les duumvirs, le litre de consuls. (Orelli, n" 3778, et quelques autres où la leçon est moins sûre.)
t. L. d, C. Th., IX, XIX, Ad leg. Cornel. de falio; cf. 1. 3, XU, i, Dj decuiûonibus, — Tabularii, scribœy logotjtaphi^ librarii: 1. i, C. Th., Vlll, II, De tabulariis; L 8, C. Th.. VIII, iv, De cohorlalibus; 1. i, C. Th., XIV, I, De decur. urbis Româs. — Les églises avaient aussi leurs secrétaires. (Âugust. Epist. cxviii, t. II, p. 1197 a, etc.)