‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 81 sur 201 · L. 11 (565), C. Th., XIV, ni, De pietoribm · texte numérisé non relu

L. 11 (565), C. Th., XIV, ni, De pietoribm

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194 LIVRE m. CHAPITRE V.

centoniersj dans le collège des forgerons*, et jusque dans ces travaux où il espérait, à la faveur de leur caractère servile, obtenir d'être dépouillé de son accablante dignité : on l'extraira des mines et des fours à chaux*. On 1èrecherche jusqu'aux dernières limites de l'esclavage, jusque parmi les colons où il allait se confondre, où il voulait s'enchaîner plus fortement par le mariage, trop heureux de laisser à celte forme de servitude des enfants que la curie ne lui redemande plus '.

L'ancien droit en effet repoussait les colons de la curie ; et cette exclusion était maintenue par Dioctétien et par Constantin, pour eux comme pour les esclaves et même pour les affranchis qui n'avaient point l'anneau d'or\ Mais de même que les dignités n'ont point de dispense pour le curiale, l'esclavage n'aura point de dégradation. On le tirera de celte terre où il veut servir, et on ne le condamnera point à la déportation, comme au temps de Constantin* : c'eût été combler ses vœux. On le ramènera à la

1. L. 162 (399), G. Th., XII, i, De decurionibus : « kd corpus cenloc narioruin. • (L. 62 (364) : « Adcollegiumfabrorum... Nec in postec rum decurionum quis originem trahens ad hoc ofûcium aspirare c audeat. §

2. « In calcariensibus et fabricensibus et argentariis. § (L. 37 (344), eod,

3. • Illud quoque sibi dedecoris addentes, ut, dum uti volunt patro- < ciuiis potentum, colonarum se ancillarumque conjunctione pollue- « rint. » (Majorien, Novell, i, p. 144 (Ritter.)

4. L. 38, § 1 (l'apir. JusL), D. L, i. Ad municipalem\ 1. 1, § 2 (Ulp.), D. L, V, De vacalionibus; 1. 5, § H (Callislr.), D. L, vi. De jure immunitutis; 1. 1 (Constantin), C. J. XI, Lxvn, De agricoliset mancipiis; 1. 1 etl. 2 (Diocl.), C. J., X, xxxii, Si servus aut libertus addecurion, adspiraverit.

5. La loi de Constantin (1. 6, G. Th., De decurionihus) condamnait la femme aux mines, ainsi que les fermiers complices ; le curiale, à la déportation.

SERVICE DES MUNIGIPES. i05

curie avec cette remme esclave dont il aurait voulu partager la condition^; on lui reprendra ses enfants pour se les diviser comme des enfants d'esclaves : les tilles au maître du sol, les fils à I*Ëtat. S'ils sont nés d'une serve (colona), ils appartiendront à la curie; s'ils sont nés d'une véritable esclave, ils seront bons encore pour les collèges et les corporations*.

Un seul corps n'est point nommé dans ces lois de contrainte, te corps que nous avons trouvé placé, comme un ordre moyen, entre la curie et la plèbe, les augustales : ils ont disparu, et Ton ne doit point s'en étonner. Ce n'est pas que les empereurs chrétiens aient gardé le souvenir de leur origine et voulu frapper en eux le culte des dieux Lares qu'une loi d'Honorius abolissait'. De bonne heure cette origine religieuse s*était voilée sous les formes civiles ; et, à coup sûr, de tous les collèges de l'ancien culte, c'eût été celui dont la conservation aurait le moins blessé la

1 . • Ad urbes quas deseruerant cum uxoribus reducantur, quod in-

• gratum esse agrorum dominis non oportet : quum debuerint pœna M graviore percelli. » (Major. Nov. i, ibid. Cf. G. Th., XII, xu, De hi$ qui coîid, propr, reliq,, I. i (400). La prescription, qui est de trente ans dans la Novelle de Majorien, était de quarante pour les enfants, dans cette loi d'Honorius et d^Arcadius. S*il s'agissait^au contraire, d*un colon qui se serait fait curiale ou membre de quelque collège, la prescription contre le maître était de quarante ans, dans une province étrangère, et de trente ans dans la même province. (L. 2 (même année), eod.)

t2. a Quotquot fuerint masculini sexus, filii palrem sequantur, feminis « prœdiis domini relinquendis : illa discrelione servata, ut, siexcolo- « nabus nati sunt, curiae inserantur; si ex ancillis editi, collegiis depu-

• tentur. » (Major. Nov, i, ibid.)

5. L. 12 (592), C. Th., XVI, x, De paganis, citée par M. Egger. Nous ne pouvons ici admettre ses conclusions. (Voyez I. 2 (412), G. Th., XIV, VII, De collegiatiiy et 1. 20 (415), XVI, x. De paganie, citées plus haut. Voyez encore 1. 1 (372), C. Th., XV, v. De êpectaculit, I. 2 (409). XV, IX, De expensiê ludorum^ avec le commentaire, et le ParaUlion^ G. Th., XVI, X, De paganit, t. VI, p. 280.)

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piété des princes, le moins coûté à leur tolérance : car ce nom d'Auguste, qui se retrouvait dans leur nom, était toujours celui des maîtres de Tempire; et de toutes les superstitions païennes la dernière à détruire était, sans aucun doute, la religion du Génie des empereurs. D ailleurs les nécessités de l'administration légitimaient tout à leurs yeux ; et nous avons vu des associations purement païennes, non seulement respectées, mais gardées avec un soin jaloux et soumises à cette loi commune des corporations qui retient, qui rappelle chacun en son lieu : pourquoi? pour leur simple concours aux fôtes et aux réjouissances populaires. Les augustales, si étroitement liés aux plus importants services de Tadministration, auraient donc été maintenus à tout prix.... Ils avaient disparu, parce que, dans cet abaissement de la curie, il n'y avait plus, entre eux et le peuple, la moindre place pour un ordre moyen. La fusion datait de loin entre les deux aristocraties : les décurions étaient attirés vers les honneurs du sévirat ; les sévirs obtenaient les ornements de décurions S même les magistratures, les titres d'édiles, de duumvirs*. Mais les honneurs entraînaient les charges, et leur collation gratuite n'en dispensait pas'. On fuyait Tau-

1. Nurat. p. 200, 4, et phisieurs exemples dans Orelli, np 5751.

2. Ibid. wMid, et Gruler, p. 57, n" C, cités par M. Egger. (//i</oriens d'Auguste, appendice ii,p. 398.)

5. Gruter, p. 45i, 7; Murât, p. 199, 2 et 3; Donati, p. 85, 4; Fabrelli, V, 334, p. 407, etc. Nous ne parlons pas seulement des repas publics, distributions d'argent, etc. (voy. M. Egger, p. 398); mais Kimmunité s'arrêtait au seuil. Une fois entré, il fallait partager toutes les charges des autres. Qu*uu en juge par l'exemple de ce décurion nommé gratuitement à la curie (allecto gratis) : chargé de donner des jeux, il y a mis de son argent ; il a, de son argent toujours, pavé une route, domié, à plusieurs reprises, des fêtes, des repas, rebâti le temple de Vulcaiu, bâti un temple à Vénus, à la Fortune ou ii Gérés, à TEspé-

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gustalité comme tout le reste : un dignitaire de l'empire, faisant un legs à la ville de Barcelone, y met pour condition que ses affranchis et toute leur postérité en soient à jamais exemptés S Un autre, plus touché de l'intérêt général, faisait une donation au corps même, afin d'en rendre l'abord moins redoutable à ceux a qu'on forçait d'y entrer'. » Décurions, augustales, se retrouvaient donc de niveau : la fusion commencée dans les honneurs s'accomplit dans ta misère. Ce fut assez d'un ordre pour les deux classes épuisées. Tout s'absorba, tout vint se perdre dans le nom plus relevé de décurion.

Ainsi est menacé dans ses bases mêmes le système de l'administration. L'empire romain était tout entier dans les villes, et Ton fuyait des villes; la curie était comme le cœur des cités, et il fallait une incessante contrainte pour y ramener ce sang curiale, qui refluait à toutes les extrémités, qui se perdait plutôt que de venir vivifier ce centre de despotisme. Le prince gémit de cette décadence des villes, privées de leur splendeur, en môme temps que de

rancc; établi des balances au mnrclié.un tribunal en marbre sur la place publique... Il avait bien mérité d*élre enterré gratuitement aussi. (Orelli, n- 5882.)

1. neCQUB PRESTARI SA CONDITIONE VOLO UT | LTBERTI MEI FTEM LUIEBTOR. MEOR. I LIRERTARUMQUE LIBERTI QUOS HONOR. | SBVIRATUS CONnCB | RIT AB ON-

RiRos HtjRERiBus sEviRATi's ExcusATi 8IRT. Il RJoute, pour clause pénale, la substitution de la ville de Tarragone au bénéfice du legs. (Gruter, p. 378, 1.)

2. ...HOC AOTSM KOMIS B RELEVAT! IN | PENDIS FACILI08 PROSILITURI HI QOI AD

MURUs AUGU8TALITA | Tis coMPBLLERBRTOR. (Orelli, n* 3678.) Voîr, pour plus de détails sur ces deux inscriptions, le livre de M. Egger, p. 393 et 391.

leurs ministères accoutumés ^ ailleui^ il déplore cette extinction des curiales qu'il appelle, par une autre métaphore, les entrailles des cités et les nerfs de l'État, et il s'en prend, comme pour les rassurer désormais, à la coupable vénalité des agents du fisc, aux iniquités des juges*. C'était la faute du système ; c'était la conséquence nécesfaire des principes funestes sur lesquels la société reposait depuis si longtemps. Les classes serviles se sont réduites, c'est aux classes libres à prendre leur place : mais le travail volontaire, si longtemps entravé dans son développement, ne suffisait point aux nécessites publiques ; et l'État, qui ne peut vivre sans travail, saisit l'homme libre et reporte à sa charge ce poids de servitude qui, ailleurs, parait diminué. C'est sur les villes qu'il pèse surtout, et l'on fuit les villes comme ces prisons de l'esclavage où une surveillance plus active imposait un travail plus continu et un joug plus dur. C'est la curie, ce conseil suprême, qui en a la première et la plus gi de part : et l'on fuit la curie comme le pire des ergastules (51). La loi lutte contre ces efforts, elle retient le curiule comme tout autre membre des corporations par mille moyens; elle le poursuit, elle le ramène lui et sa race : mais il ne se marie point; il a trouvé, en s'abstenant du mariage, « ce moyen impie » de ravir à la curie ces corps mêmes sur lesquels

1. «Destitulae minisleriis civitntes splendorem, quo pridem nitue- M rant, amiserunt. Plurimi siquidem collegiati, cultum urbium dese- « rentes, agrestem vitam secuti, in sécréta se contulerunt. • (L. i (400), G. Th., Xn,xix, De hiê qui condil, propriam reliquerunt,)

2. « Curiales nervos esse reipublicae, ac viscera civitatum nullus

• ignorât... Hue redegit iniquitas judicum exactorumque plectenda

• venalilas, ut muiti patrias deserentes, natalium splendore neglecto, « occultas latebraset habitationem elegerint juris alieni.» (Major. Nov.

IV, i)

elle complaît^ II meurt sans héritier sien^ et l'on fuit son héritage. Le vide s'élend, et il faut, pour y pourvoir, que rÉlat développe ses moyens d'action et se crée de nouvelles ressources.

11 y avait au principe d'hérédité deux modes d'application : hérédité du sang, hérédité des biens*, modes confondus dans la succession des fils. Us n'agissaient pas moins séparément, et ils vont étendre leur action au delà des limites où ils étaient jusque-là contenus. Les filles comme les fils transmettent les obligations de leur auteur, non pas seulement à leurs enfants par la force du sang', mais quelquefois à leurs époux par le seul fait de leur alliance; et cii lien subsiste, après même que l'alliance a été rompue^. L'hérédité des biens s'applique aussi dans un cercle plus large. De même que la terre communiquait à l'homme ses charges, l'homme communique à ses biens son caractère : ainsi les obligations du boulanger ne se rattachaient pas seulement au fonds affecté à la boulan-

1. < Denique quoniam ipsis corporibus fraudare curiam voluerunt, « rem omnium impiam invenerunt a nuptiis legitimis abstinentes. • (Justin. Nw. xxxvm, praef. § i, ap, Roth, De re municip. I, 17f

2. c Non minus habeatur obnoxius, quem possessio tenet, quam c quem successio generis aslringit. i (L. 7 (397), G. Th., XIV, iv, De êuariiê.)

3. « Gonsanguineos quoque eorum, vel originales... » (L. h (389), C. Th., XIV, iT, Desuariiê.) « Tam qui paterne, quam qui materno génère c inveniuntur obnoxi. » (L. 8 (408), eod.)

4. « Si cui pistoris filia nubserit, ac postea is eamdem, dilapidatis c facultatibus, consortio putaverit eximendam, non alia lege atque « ratione eumdem pistorix necessitaU et corpori praecipimus adstringi, « quam (si) eodem munere originis vinculo teneretur. i (L. 14 (37'2), C. Th., XIV, m, Depiitor.) Cf. l. 3 (355) et 1. 21 (403) eod. : « Oranes « igitur qui filias pistorum in conjugium sorliti sunt, vel ex thymet licis, vel aurigis, ve] universis privatis, pistoris corpori ilico depu- « tentur. »

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