III
réclament. Comme il est dit dans les actes des apôtres : 3e vous ai fait voir, par mon exemple, que cesl en travaillant ainsi qu il faut secourir les faibles ; et encore ; afin que vous ayez de quoi leur donner ^ »
Telle fut la loi des communautés religieuses : pour élever la vie chrétienne au plus haut degré de perfection , elles devaient joindre le travail à la prière et vivifier le travail, comme la prière, par une fin de charité. C'est ce qui se faisait en Egypte , dans une pensée plus ascétique 2; c'est ce que prescrit saint Basile, qui, le premier, constitua la vie monastique en Orient. Il invite au genre de travail qui peut le mieux se concilier avec les habitudes de la méditation, comme le tissage et la confection des chaussures; mais il nen proscrit aucun autre, et, dans le nombre, il recommande plus particulièrement l'agriculture', quelque servile que paraisse désormais cette sorte d'occupation dans l'empire romain*. Il veut, en effet, que l'ascète ne dédaigne aucun métier, même ie plus vil: « Si on lui dit de conduire les bêtes de 5omme« il doit se rappeler avec quel empressement les apôtres allèrent chercher l'ànon que leur désignait le Sauveur 5. » La prière était comme l'essence de la vie religieuse, mais le
' Ad Epkes. IV, 28, et Act. Apostol xx, 35, ap, Basil. Reg. fus. tract interr. xxxvu , 1 , sur cette question : Si les prières doivent faire négliger ie travail. (T. II, p. 38 1 -382.) Cf. Morcd. reg. xlviii , 6, t. II , p. 270, 6.
* Hieron. £/>. xcv, ad Rast. monach. t. IV, P. 11, p. 776.
^ Basil. Reg, fus, tract, interr. xxxviii,t. II, p. 384-385. Cf. Ep, II, Lxxxi, t. III, p. 17A , c.
* Ambros. De Noe, xxix, S 107, t. I, p. 271. ^ Basil. Consi. monast. xxiii, t. II, p. 674.
travail était une des formes de la prière ^ et on ne le devait sacrifier à aucune autre pratique : « Faut-ii s'abstenir du travail pour le jeûne? — Mangeons, répond le saint, non comme des gourmands, mais comme des ouvriers du Christs. .
Mais le relâchement s'introduisit de bonne heure dans cette vie et menaçait d'y produire, parmi des hommes mal préparés, autant de scandale qu'elle avait promis d'édification. Plusieurs, masquant leurs dispositions secrètes sous des apparences religieuses, rejetaient le travail pour la prière : c'était pour eux l'oisiveté ; et ils s'appuyaient des textes de l'Écriture , des paroles du Seigneur dans la maison de Lazare, de celles qui condamnaient l'esprit d'inquiétude des apôtres , en leur montrant les oiseaux du ciel nourris du grain qu'ils n'ont point semé, et le lys paré de sa robe éclatante sans l'art du fileur ^. Que si d'autres textes de l'Écriture semblaient faire une loi du travail, et sous une sanction qui les devait toucher, sans doute : celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger'^, ils refusaient de les prendre dans le sens grossier de la lettre ; et, de même que les saints voyaient dans le travail une forme de prière , ils entendaient des choses spirituelles cette obligation de travailler. Saint Augustin, dans un de ses traités, fait al lusion aux troubles que cette contestation excita dans Carthage^; et il nous reste un livre qu'il composa, à ce
^ Dans un autre passage , il 1 appelle : Meyà rà rris Stcutovlas Spyov, xai ^atXeias oùpav&v epàSevov. (De renunciai, saculi, S 9, t. Il, p. a 10, c.
* Reg, hrev. tract, cxxxix, t. II, p. 46a , (f. — ^ Luc. x, 42 ; Matth. VI, «5-34. — * Il ad Thess, m, 10. — * Rétractât II,ai ,t. I,p. 97, 6.
sujet même, sur l'invitation de Tévêque Aurélius^ Il y montre que saint Paul a bien entendu parler du travail des mains, et il le prouve à ces champions intéressés de la prière , par lexemple de l'apôtre , par les nombreux témoignages qu'il en a donnés. II leur en dit le mode , il leur en dit le temps, et leur demande s'ils ont pour eux l'excuse, dont il n'a point voulu pour lui-même, d'aller de Jérusalem en lUyrie prêcher l'Evangile. Puis, passant des textes dont ils repoussaient l'application à ceux dont ils invoquaient le bénéfice, il leur demande si ces oiseaux du ciel , qui ne sèment ni ne moissonnent, ne s'abstiennent point aussi, selon l'Ecriture, d'amasser dans les greniers. « Pourquoi donc prétendre avoir des mains vides d'œuvres et des granges pleines des produits des autres ? pourquoi des hommes à leur service ? les oiseaux du ciel se font-ils servir 2?» Et, continuant de les poursuivre de sa mordante ironie, il leur souhaite aussi des ailes quand ils s'abattent, comme les oiseaux, sur les champs d'autrui, afin qu'à l'approche des gardiens ils puissent leur échapper comme un essaim de passereaux , au lieu de leur rester entre les mains comme des bandes de voleurs ^. Il conclut donc pour le travail. Si l'on a quitté la richesse pour la vie monastique , il faut rompre encore avec ce reste d'indolence ; si l'on a quitté la pauvreté, il ne faut pas y venir avec la pensée d'améliorer sa position : « Car il ne convient pas, ajoute-t-il , que, dans un lieu où des sénateurs viennent
^ Aug. De opère monach. i VI, p. 797-838.
* Ibid. Sa5,p. 833,a.. .« Vere volatilia cœli, sed per superbiam in «altum se extoilendo, et jfenum agri, sed carnaliter sentiendo. » » Ibid. S 27 et 28, p. 824-825.
s'appliquer au travail , les artisans restent oisifs ; que , dans un lieu où des maîtres viennent fuir les délices de leurs domaines, les paysans fassent les délicats^.
Cette rude leçon donnée aux moines fainéants, saint Augustin eut Toccasion de la répéter dans plus d'un discours à ceux qui, renonçant au monde, voulaient d'abord renoncer au travail. 11 insiste toujours sur le commandement de saint Paul : 51 quis non vult operari non manducet; et il y joint encore l'exemple de l'apôtre qui , prédicateur de rÉvangile, soldat du Christ, planteur de la vigne, pasteur du troupeau, avait bien le droit de vivre de la parole de Dieu : ce qui ne l'empêcha point de refuser un salaire si bien gagné pour se donner comme modèle à tous ceux dont les prétentions voudraient s'élever plus haut^. Le travail «n'était donc pas seulement la loi de l'homme déchu ; c'était encore sa condition depuis que le Sauveur l'avait relevé , c'était la règle de la vie parfaite, comme les saints voulaient la constituer dans les monastères, pour servir d'exemple aux fidèles liés au monde parleurs devoirs. Aussi le travail faisait-il de la classe inférieure la classe la plus rapprochée, par son genre de vie, de la perfection de l'Évangile; et saint J. Chrysostome en relevait les avan-
* Aug, De opère monach, S Sa , p. 8^7. (Cf. Régula ad servos Dei, Si et a, 1. 1, p. 1271-1272.) A la fin, par une autre de ces saillies où S. Augustin oublie volontiers la règle et la mesure , il se prend à leurs longs cheveux , et demande s'ils veulent aussi faire vivre les barbiers dans le repos , ou s'ils prétendent imiter encore les oiseaux de rÉvangile, et craignent d'être déplumés et de ne plus savoir voler. (De opère monach. S 89, ibU. p. 835.)
^ Aug. ibid. S 4, p. 801-802. Cf. in Joann. Ev, iract cxxii» 3, t. III, p. 2/i52-2453, et Hieron. Ep. xv et xxi, t. IV, P. u, p. 21 et 53.
tages dans on discours où, selon son habitude ^ il anit avec tant d*art les textes sacrés à sa démonstration : « Ne proclamons pas trop le bonheur des riches , ne méprisons pas les pauvres , ne rougissons pas des métiers et ne croyons pas qu'il y ait de la honte dans les occupations manuelles, mais bien dans Toisiveté et dans Tinaction. S'il eut été honteux de travailler, saint Paul ne Teûl pas fait et ne s'en fût point tant vanté dans l'Écriture ; si les métiers étaient une flétrissure , il n'aurait pas déclaré « ceux qui ne travaillent point indignes de manger. • Et, poursuivant, il montre l'excellence du travail qui continue l'œuvre de Dieu dans le monde, et qui, dans Thomme, n'est pas seulement une expiation du péché , mais un préservatif contre ses atteintes, une source pure de bonnes œuvres et de vertus ^
11 n'est pas besoin de dire avec quelle sollicitude l'Église recommandait le travailleur, et Thomme de louage aux attentions des fidèles : « Car qui sait, disait saint Ambroise en commentant l'histoire de Tobie et de l'ange, s'il n'y a point de même un ange en lui ^. » A plus forte raison faisait-on au riche un devoir d'accomplir envers son mercenaire toutes ces obligations de droit rigoureux dont le fort, en un temps d'oppression, s'affranchit volontiers à l'égard du faible; et, tandis que Libanius plaide la cause des maîtres contre les paysans, saint Jean- Chrysostome prend en main la défense de ces pauvres campagnards mourant de faim au milieu des produits de
» Chrys. in'Jilad, Salut. Prise. S 5, t. III, p. 178-180. Cf. ad Stag. a dmm. vex,, hom, S 3, t. I, p. 189, c. * De Tobia, xxiy, S 91, t. I, p. 6ai.
la terre, Iravaillant sans relâche pour se retirer les mains vides, et laisser le propriétaire remplir ses greniers et ses caves des fruits de leurs veilles et de leurs sueurs : trop heureux s'ils ne lui restent pas liés par quelque dette, exposés à mille vexations, à mille corvées gratuites^. Ce travail, le sdaire auquel il donne droit, c'était pourtant Tunique soutien du pauvre : et n'était-ce pas le tuer que de lui ôter les moyens de vivre ? Aussi les Pères font-ils de ces abus de pouvoir presque un crime d'homicide ; et, si la loi des princes n'a point de peine pour ce genre de meurtre, ils en appellent à une sanction plus haute. L'homme, mercenaire en ce monde, ouvrier dans la vigne du Seigneur, devait s'attendre à trouver auprès du divin maître la mesure dont lui-même aurait usé^.
En prouvant la nécessité, la vertu, la noblesse du travail, les Pères ne faisaient point de distinction. Ils condamnaient les professions dangereuses, mais ils jugeaient égales toutes les fonctions utiles dans Tordre des métiers comme dans l'ordre des services : car l'Église est souvent comparée à un corps dont les membres, avec leur usage divers et leur beauté propre, ont pourtant même destina-
* «Cieux, troublez-vous d'étonnemeni ; terre, frémis,» s'écrie h saint, avec Tauteur sacré, en retraçant ce tableau. (Ghrys. in Matlh. hom, LXi, 3, t. VII, p. G là.) Cf. Libanius, De patroc, vicorum, cité plus haut, et la lettre de S. Augustin en faveur de colons menacés de payer une double redevance. (Ep. ccxlvii, t. II, p. 1337.)
^ « ...Hoc est enim interficere bominem, vitaesuaeei débita subsi- « dia denegare. Et tu mercenarius es in bac terra : da mercedem mer- « cenario, ut et tu possis dicere Domino , quum precaris : Da mercedem , «Domine, sustinentibus te.» (Ambros. De Tobia, xxiv, 92, ibid.)
lion et même vie ^. Ainsi, au dernier rang du clergé, lc5 fossoyeurs qui, à l'exemple de Tobie, ensevelissaient les morts, étaient recommandés aux évéques comme des frères, en leur qualité de serviteurs de J. C.^; ainsi les veuves âgées, qu'entretenait TÉglise, prêtaient leurs services aux clercs malades et sans parents, comme ces saintes femmes qui accompagnaient les apôtres et veillaient à leurs besoins ^ : et ces exemples étaient toujours suivis dans les classes les plus élevées. De pieuses matrones, au temps des Pères de TÉglise, renonçaient encore à toutes les séductions de la beauté , de Tâgeet de la richesse, pour se confiner aux derniers rangs du service domestique \ pour se consacrer elles-mêmes au sei-vice des malades et aux soins les plus rebutants, comme le faisait la petite-fille des Fabius^, et encore Flaccilla, femme de Théodose ^.
* GhrysosU in Ep* ad Ephes, iv, hom, x, i , t. XI, p. 75-76. Aug. Seim, ccLXYii, S 4, t. V, p. lôgS, c.
* Uieron. De vu ordinibas Ecclesiœ, t. V, P. i, p. gg. Disons, du reste, que l'on doute de l'authenticité de ce traité. — Des clercs employés aux mêmes soins sont désignés sous le nom de copiatœ (1. 1 {357), C. Th., XIII, 1, De lustrai conlat.); d'autres^ à Alexandrie, formaient une corporation chargée du soin des malades : on les appelait , à cause des dangers auxquels ils étaient exposés dans les contagions, paraholani, (L. 42, C. Th., XVI, 11, De episcopis.)
' Hieron. Ep» xxxiv, ad Nepotianum, De vila cleric, t. IV, P. 11, p. 360; Âug. De opère monach S 5, t. VI, p. 8o3, c.
* Hieron. Ep^ liv, ad Pamm. t. IV, P. ii, p. 687.
' « ...Scio plerosque divites et religiosos , ob stomachi angustiam., « exercera hujus modi misericordiam per aliéna ministeria et clemen- «tes esse pecunia, non manu.» (Uieron. Ep, lxxxiy, ad Océan. De morte Fabiolœ» t. IV, P. 11, p. 660.)
* Theodoret. HisteccUs.Y^ 16.
Nulle fonction qui parût vile aux yeux de TÉglise, nulle qui ne fut honorée par l'exemple des saints ou des martyrs : il y avait des martyrs et des saints même dans celles que TEglise réprouvait comme suspectes ^ Les grands du monde, les évéques, devaient s'humilier devant ces élus de la grâce, sortis des rangs les plus obscurs; et l'ouvrier supportait avec plus d'espérance ces misères, d'où l'on pouvait s'élever si haut 2.
L'Eglise ne se renferma donc point dans sa théorie de la liberté et de l'esclavage. Il ne lui suffit pas de prêcher la clémence aux maîtres, la résignation aux esclaves, et de faire tant d'efforts pour ramener aux conditions normales de la fraternité chrétienne cette association contre nature, où l'homme n'est plus qu'une chose entre les mains d'un homme semblable à lui. Elle travailla active-
^ Par exemple, tenir taverne (xairr^Xo^, caupo) ; l'évéque doit rejeter ses offrandes (Const. apost. IV, 6, t. I, p. 29a), et cependant Saint Théodote, depuis ëvêque d'Ancyre, en usait comme un prêtre de son apostolat : « ... Industria uiens, cogitabat quomodo caupona sua « fieret portus salutis persecutionem patientibus. » [Acia martyr, p. 355 et 356.)
^ Les patrons que les corps de métiers prenaient parmi les saints étaient généralement sortis de ces métiers mêmes : S. Crépin , etc. — S. Paulin parle avec vénération d un jeune serviteur que lui avait envoyé Sulpice Sévère : « Servivit ergo mihi , servivit inquam ; et vœ « mihi misero quod passus sum ; servivit et peccatori qui non serviebat « peccato ; et ego indignus a servo justitia; ministrabar. . . Ipse vero «quotidie non solum pedes mecs lavare, scd et calceamenta, si pa- « terer, tergere cupiebat , avarus dominationis internas et idcirco cor- « poreae servitutis impiger. . . Et ego Dominum Jesum in fratre Victore «veneratus, quia omnis anima iidelis exDco e^t, et humiiis corde cor • Gbristi est.» (Paulin. Ep, xxiii, p. 122-1 23.)
ment à la libération des esclaves; elle entreprit d'en supprimer les catégories les plus funestes à la vie de Tàme et du corps, d'en réduire le nombre, de le ramener à' des proportions où il fût plus facile de rétablir les rapports d*une honnête familiarité , d'une salutaire influence , entre les maîtres et les serviteurs; et, en même temps qu'elle voulait resserrer le champ de l'esclavage, elle cherchait à en tarir les sources par le rachat des captifs, par la libération des débiteurs, par tous ces secours de la charité qui sauvaient les familles des tristes extrémités où l'esclavage venait les saisir à la suite de l'usure. Mais le plus sûr moyen de ruiner l'esclavage, c'était d'assurer et d'étendre les ressources de la liberté. Il fallait relever les classes inférieures, en leur rendant le travail avec la considération dont l'esclavage l'avait dépouillé. Les rappeler au travail , c'était assurément l'intérêt suprême de l'empire ; et le pouvoir impérial avait paru consacrer tous ses eflbrts à cette fin. Il avait accepté parmi elles toutes les associations; il s'en était saisi; il les avait rendues obligatoires, héréditaires. Pour mieux les tenir à leurs fonctions, il en faisait une servitude : il les frappait du mal dont il fallait les guérir, si l'on voulait les faire vivre et prospérer. Le christianisme procédait autrement. Il aflrancbit, il ennoblit le travail : loi de servitude sous l'Ancien Testament, le travail fut une loi de charité et d'amour, depuis que le Christ l'avait voulu subir, depuis que les apôtres avaient voulu le joindre aux travaux de leur mission. Le travail fut, à coté de la prière et inséparable d'elle, la perfection de la vie chrétienne; et, malgré toutes ses misères, la foi lui communiqua une force de ressort
qui devait le faire dominer dans le monde, lorsque les servitudes de Tempire auraient cessé.
Ainsi, du moment où le christianisme eut révélé sa doctrine, la cause de la liberté avait vaincu. Le jour du triomphe devait se faire attendre, il est vrai; et déjà le signe du salut avait triomphé dans le monde, qu'on l'attendait encore. Mais, pendant ces retards forcés, TÉglise n oublia point les esclaves; et, en même temps qu elle leur préparait des ressources désormais honorables après Faffranchissement, elle prétendait leur faire donner une place au foyer domestique, dans Téducation de la famille, dans Testime publique ; elle réclamait pour eux tous les droits et les traitement^'de Thomme libre, sauf le droit de disposer de soi, que Thomme libre, d'ailleurs, cessa bientôt, presque généralement, d'avoir lui-même. — Celte position leur futelle réellement assurée? On a eu la preuve du contraire : et, en effet, au point de vue des maîtres, toute tentative de réforme est une usurpation : on y résiste ou on se range pour la laisser passer. Les maîtres profitèrent donc de la permission de conserver leurs esclaves : ils en usèrent souvent , sans s'inquiéter davantage des conditions mises à leur pouvoir; et ainsi, à l'ombre du christianisme, c'est l'esclavage ancien qui se continuait, avec tous ses vices, avec ses influences funestes aux deux classes en même temps. . . N'eûtil pas mieux valu déchirer ce voile trompeur et renoncer à transformer un état si rebelle à toute réforme? Nul aujourd'hui n'hésiterait à répondre. Mais c'était peut-être soulever les esclaves, c'était le signal d'une lutte sanglante entre ces passions assez énergiques pour avoir résisté à tous les efiForts de l'Eglise qui deman-
daii, au nom de la foi, des concessions mutuelles. Les Pères craignirent de jeter le monde dans cette confusion; ils aimèrent mieux le conduire à la même fin avec moins de péril et par un plus long détour : ils auraient craint de désespérer de la grâce. Us attendirent donc , préchant toujours la dignité des hommes , la charité, Thumilité, la douceur, la patience Que celui-là leur jette la première pierre , qui estime avoir fait plus qu'eux pour la liberté !
Nous avons dit les efforts de l'Église pour améliorer, parmi les chrétiens, les rapports de maître à esclave. Mais les empereurs étaient chrétiens et leurs résolutions faisaient la loi de Tempire. Un coup dœil jefté sur le droit impérial, dans cette période, nous montrera quelle influence y exerça l'Église, et quelles furent les destinées de l'esclavage jusqu'au dernier âge du droit romain.