CN. POMPEIUS PIIRIXUS | DOCTOR LIBRARIUS DE | SACRA VIA | FECIT
Les arts consacrés au plaisir, comme ils avaient plus de faveur auprès du public, eurent aussi plus d attraits pour la classe libre. Nous avons dit la fortune et la considération des Roscius, des Pylade et des Bathylle : ils eurent, parmi les affranchis et les hommes libres, leurs continuateurs. Deux mimes, qui sont dits les premiers de leur temps , reçurent des honneurs publics à Télésia , à Lanuvium et à Préneste ; ils joignaient aux titres de leur profession ordinaire, Fun , le titre de prêtre de Diane victorieuse et d'Apollon Palatin^, l'autre, celui de parasite d'Apollon, et de chef du synode sacré 2. Ces métiers, rejetés autrefois, comme vils, parmi les esclaves, avaient pris, en effet, un caractère religieux^. La Grèce, où l'art dramatique était libre par ses origines, avait vu se former
SIBI ET L1B. I LIBERTABDSQUE | POSTEBISQUE EORCM. (Orelii, n"* 421 1.)
Cf. d2o4, 4210 et 4i54<
* L. REBELLIO L. F. BENATO | PANTOMIMO SOI TEMPORIS | PBIMO SA- GERDOTI DUN. VICTR. | ET APOLLINIS PALAT. . . (Orclli, n* 2626.)
* M. AURELIO AD6G. LIB. | AGILIO SEPTEMTRIONI | . .PARA8IT0 APOL- LINIS I ARCHiERi SYNODi lïml VIR Av{gustalis) . (Ibid. n" 2627.) Sur la fonction religieuse de parasite, voyez Àthén. VI, p. 235, 6. Cf. Gruter, p. 33o, 3. Cette seconde inscription, consacrée par le sénat et le peuple de Lanuvium au même personnage , ajoute à ses titres : aldmno
FACSTINiE AUG . . . ORNAMENTIS OECURIONAT. DECRETO ORDINIS EXORNATO.
D^autres inscriptions attribuent de semblables honneurs à un autre affranchi de Marc-Âurèle, ou plutôt de Vérus, dont Thistoire rapporte la scandaleuse influence sur Tesprit de ce prince. (Murât, p. 669, 2 et 3, et Gruter, p. 3i3, 8; cf. J. Capitol. Ver, 8.)
^ Voyez Falconieri, Notœ ad inscript athlet. p. 37. 11 rappelle, à propos de ces titres religieux, ce passage de Lampridc sur Alexandre Sévère (Alex. 27) : « . . .Alexandrini l^ccssiverant oum convitiolis, « Syrum archisynagogum eum vocitantcs et archierca. »
de bonne heure des sociétés d'artistes, consacrées à quelque divinité, et surtout à celle qui avait sous son patronage les représentations théâtrales : les artisans de t œuvre de Bacchus (oi ^tsepi ràv Itovittrov rexyirat)^. Elles duraient encore aux temps romains, et se propageaient, par imitation, non -seulement dans les Etats grecs d'origine, mais jusque dans les royaumes étrangers du voisinage 2. De pareilles institutions ne pouvaient pas manquer de se répandre, sous l'empire, jusque dans les provinces de l'Occident. Elles entrèrent fièrement à Rome avec leur pompe sacrée; et, malgré les mesures de rigueur prises, à certains intervalles, pour réprimer les histrions et les désordres dont ils étaient la cause ^, toujours chassés, ils finirent par s implanter en Italie : une inscription de Bo-
» Alhén. V, p. a 1 2 , </. TO KOINON TON HEPI TON AIONÏSON TEXNHTÛN TÛN EN OHBAIS AIOKAH TIMOSTPATOÏ AIONÏSÛ. (Bœckh, C. inscr. P. V. cl. m, n** 1600. Une inscription de Paphos, du temps d'É vergeté II, mentionne celui qui était à la tête de la ville et des artisans de Bacchus et des dieux Éverghtes, [Ibid, n** 2620.) Voyez encore P. XIV, n" 3o46 et 3067-8073. Ces associations rappellent, par leur nature et par leur caractère, celles des confrères de la passion, que Ton trouve aux origines de notre théâtre.
* Polybe disait qu Oropherne introduisit en Gappadoce la licence de rionie et les désordres des artisans de Bacchus, jexPtTtxifv daaniav. (Ap, Athén. X, p. 44o, b.)
^ Ils s^étaient fait chasser sous Tibère, et même sous Néron (Tac. Annal IV, i4, et XIII, 25); ils furent chassés encore par Domitien (Suét. Dom, 7), par Trajan (Plin. Paneg, 46). Un affranchi du même Trajan est proclamé le plus grand des pantomimes, douze fois vainqueur des histrions et de tous les artistes du théâtre (Gruter, p. 33 1, 6); il avait sans doute remporte ces victoires sous Adrien , qui les laissa revenir. (Spart. Adr.iS.)
villum parle de son collège de mîmes , avec les noms de « soixante agrégés » (adlecti). Elle est consacrée à l'un d'eux (coMMUNi MiMORUM ADLECTO ) , archîmîme, parasite ordinaire d'Apollon, tragédien, comédien, le premier de son temps, honoré par tous les corps de l'art théâtral, décurion de la ville ; et , à cette occasion , ii fait une distribution au peuple, aux magistrats émérites, aux augustales, à ses collègues delà curie et du théâtre: 25 deniers par tête au théâtre et 5 à la curie ^ Le théâtre, comme on le voit par ce monument, comptait plus d'un collège. Aux artisans de l'œuvre de Bacchus, la Grèce avait joint les artisans de l'œuvre d'Hercule, décorés aussi du nom de « sacré synode^; » et Adrien s'était empressé de les accueillir comme les autres: dans une lettre, restée parmi les inscriptions, il leur accorde un lieu particulier pour leurs archives , faveur qu'An tonin le Pieux leur confirma, avec de semblables égards^. Ils ont pour chef un pontife perpétuel, quelque vainqueur des vainqueurs [ton diapandon) , quelque homme étonnant (larapaSàSov), dont vingt villes de la Grèce se font gloire d'inscrire le nom parmi leurs citoyens, citoyen de Rome aussi ^; l'un d'eux se vante même d'être
^ Orelli , n** 2625. Il faut dire que ce sont les mimes qui ont fait les frais du monument.
* H lEPA SÏSTIKH SÏNOAOS TÛN HEPI TON HPAKAEA ADO KATAAÏSEÛS EN THi BASIAIAI PÛMH< KATOIKOÏNTQN. (Falconieri, Notœ ad inscr. cUhleticas, p. 60.)
^ Les deux lettres portent pour suscription : STNOAÛi ST2TI- KHi TÛN DEPI TON HPAKAEA AOAHTÛN lEPONEIKÛN STEOA- NEITÛN XAIPEIN. (Ibid, p. 2 et 3.)
* Falcon. ibid. p. 60.
de race consulaire ^ A la suite de ces deux grands corps d artistes , placés sous le patronage d'Hercule et de Bacchus, venaient tous les manœuvres (oPERi£ veteres a scena)2, tous les troupeaux (greges)^, relevés par cette association : les derniers, figurants des chœurs de danse ou de musique , ceux qui battaient d'une sorte d'escabeau retentissant {scahillum) pour accompagner la flûte, font des collèges^; et des noms libres se retrouvent partout sur les pierres sépulcrales: pantomime^, archimime (femme), la première de son temps ^, comédien '', déclamateur de vers®, lutteur^, jongleur^®, et particulièrement musiciens ^^et joueuses de cithare ou de flûte ^K Ajoutez un souflleur, qui consacre un monument au génie de son
* FalcoD. ibid, p. 78. Il est vrai que son père, mime comme lui, nommé dans Tinscription (Glaudius Apollonius de Smyrne), et point du tout dans les tables consulaires, justifie mai cette descendance . . . C'était peut-être par les femmes.
» Gru*er, p. 467, 7. — « Md. 1024» 5; Orelli, n" 2645. Cf. Donati, p. 338, 2.
* coLLEG. scAB (iWariorum) dec. x. (Doni, VIII, Sg,) Il estcpiestion ailleurs encore des décuries de ces collèges : DECCRiiE iiii scabillar. VETERES. (Ibid, 42.) Cf. Murât, p. 529, 2.
^ Doni, VIII, 78.— « Fabretti, X, 286. — ' Orelli, 2612 ; Inscr. SiciLVly 12.
^ Murât, p. 655, 1. Il dit de lui-même , dans les vers qui lui sont consacrés : roma mihi patria est média de plèbe parentes.
* Murât, p. 948, 2 , etc.
^° piLARio OMNIUM EMiNENTissiMO (affranchi d'Adrien). (Fabretti, IV, n^ii^p. 25o.)
'^ Gudi, passim, p. 208-225 ; Murât, p. 988 , 8 , etc.
^' Doni, VIII, 2; Murât. 957 , 3, etc. Une danseuse célèbre, du temps de Domitien , porte le titre de décurion (chef de troupe) : an- TONiiE THYMELiE DEC. (Gori , Col. Liv. Aiig. n" 60.)
collège ^ Ce n'est pas que le succès fût assuré à tous. Le Romain , qui d'abord avait prodigué sa faveur selon la mesure de son plaisir, s'aperçut qu il avait mieux à faire » c'était de *la vendre. Ce peuple avili, ne pouvant plus trafiquer de ses suffrages au forum, le faisait au théâtre; il vendait ses applaudissements, même son silence : il fallait que l'acteur distribuât de l'argent à la foule pour ne pas être sifflé ^l Mais c'était, comme on l'a vu, un moyen nouveau d'arriver aux honneurs. C'est une preuve , au moins, que l'on y trouvait encore quelque fortune. Même aux degrés inférieurs, la scène put offrir aux classes libres des avantages dignes d'envie^ : le comique d'une troupe, nommé dans une autre inscription, s'élève un monument, comme le copiste cité plus haut, pour lui et pour toute la postérité de ses affranchis et affranchies *.
Les jeux du cirque comme ceux du théâtre , même les combats de gladiateurs, eurent leurs collèges et leurs
^ 6ENI0 GOLLBGio (sic) sc^NicoRUM. (Orclli, II* iiQÔ.) Il ne semble pas avoir eu l'habitude de parier latin par lui-même.
* «Unde si ad tbeatralem ventum fuerit vilitatem, artifices scaî- « narii per sibilos exploduntur, si quis sibi aère humiliorem non conci- «liaverit plebem.» (Amm. Marc. XXVIII, 4 , p. 535.)
^ Marc-Àurèle voulut tempérer, sans doute, cet empressement des hommes libres à se faire acteurs, en fixant un maximum à leurs récompenses (de 5 à 10 aarei, de i25 à 2 5o francs). (J. Capitol. M. Anton, 11. )
^ D. M. I FLAB. CniSEROS COCGEIUS DERT | SOR SE BIB. COMPAR. SIBI ET su I LIBERT. L1BERTABD9QDE | POSTERIS EORUM. (Orclli, n" 4926.)
Remarquez bib. pour wsens ou \i\us, comme dans beaucoup d^inscriptions du iv* siècle. Le métier du personnage n'y doit point faire chercher autre chose.
libres champions ^ Des deux côtés, <1 ailleurs, Texemple avait été donné par les plus nobles, nous avons vu sous quelles influences; et il ne put que se répandre davantage avec les progrès de la misère. Ces contrats qui pouvaient aller jusqu'à se vendre à la mort ( an virgisferroque necari), contrats dont il est question dès le commencement de lempîre, se répètent donc et se multiplient. Lart du gladiateur est devenu un métier. On inscrit avec orgueil le nombre de leurs victoires avec le nombre de leurs années, bien prématurément pour plusieurs, sur la pierre de leur tombe^. On compte surtout avec fierté le nombre de leurs congés ! C'était dire leurs engagements nouveaux, après des épreuves dont ils étaient sortis sans les craindre^ et qu'ils venaient encore afirônter, au grand plaisir de cette multitude, saturée de novices. Aussi en fait^on un titre aux combattants. Dans une, inscription d'un certain Bassœusonluirapportel'honneurplusfaciled'avoir ramené
^ COLLEGIUM AuniGATORUM. (Reines.X , 1 2, et, pour les titres des employés divers de chacune des quatre factions, Gruter, p. 338, 3, et, en général, p. 337-342. Cf. Murât, p. 622 et 623, passim.) Pour les gladiateurs, on trouve, sous Marc-Aurèle (177), riusçriplion d'un collège de Silvain Aurelianus. Il comprend trois décuries de dix membres exactement et une quatrième commencée. Les curateurs sont des affranchis, et Ton en trouve aussi plusieurs parmi les simples membres ; mais la majorité se compose d'esclaves. (Voyei Orelli, n" 2666. )
2 Gruter, p. 335 et suiv.; Murât, p. 6i2-6i3; Orelli, n" 2867- 2 588, etc. Lorsque ce sont des esclaves, le maître qui est content d'eux leur fait présent d'un tombeau : constantids mdnerarids gla-
DIA I TORIBDS SOIS PROPTER FAVOREM MU | NERIS MUNUS SEPULCRUM
DEDIT, etc. (Gruter, p. 333 (falso 319), n° 4.) Orelli, 2571, etc.
dans l'arène, par Tappàt de l'argent, et mis en présence, tous gladiateurs victorieux ^ . On finit même , après avoir flétri leurs occupations d'esclaves, par récompenser, comme de braves soldats, et dispenser des charges civiles ceux qui, après avoir constamment combattu [per omnem œtatem)^ auraient remporté trois couronnes dans les jeux sacrés 2. Dans le travail , comme dans les fonctions diverses du service domestique, on comptait désormais beaucoup plus d'hommes libres. Le nombre des citoyens, si considérablement diminué au temps des Gracques, si faible encore, proportionnellement à l'étendue du territoire, depuis la réunion de l'Italie à la cité, était grand, sans doute, depuis que le droit quiritaire était donné à tout l'empire et qu'il s'étendait ainsi à tous les sujets libres du monde romain. Ce droit ne les avait point rendus plus riches ; sans les relever des anciens tributs, il les soumettait à de nouvelles formes d'impôts. Il ne pouvait donc point, en de telles circonstances, leur inspirer, pour les occupations manuelles , un mépris de parvenu et tous les préjugés de l'ancien patriciat^.Ils y étaient retenus, poussés même par la crainte de ces corporations qui saisissaient l'homme libre et l'enlevaient à ses loisirs, à ses occupations même , si elles n'étaient point de nature à ofirir
» Orelli , 2670. — « L. 1 (Diod.) , C. J. , X , lui , De athletis. Il s'agit d'athlètes : mais, même dans les combats de bêtes, on ne flétrissait que les mercenaires. (L. 1, S 6, (Ulp.), D., III, i.)
^ Ainsi Libanius, prenant pour exemple de la nécessite du travail , les forgerons, qui résistent au sommeil pour gagner de quoi vivre : T/ oZv ov xadeîjSovat ; ils avrot)$ à^isvilei Seaitàrrts ; o Jx iXeijOepoi re xa* i^ iXevdépcav; (Liban. Orat. xxxï, De servitiUe, X. II, p. 65i, d,)
un plus grand profit à TEtat ; ils y étaient appelés par les immunités que les princes avaient assurées, soit au commerce, comme le fit Alexandre Sévère, pour l'attirer vers Rome^ soit à la pratique des arts, sans distinction de lieu. Ces dispenses , que le droit du Digeste réduisait aux métiers rattachés au service de Tarmée^, ou du moins aux corporations légales d artisans , consacrées à quelque service public, avaient été étendues par Constantin à la plupart des professions civiles. Leur travail, quoique tout privé, promettait aux municipes, au trésor même, des ressources qui légitimaient cette forme d'encouragement en leur faveur; et le prince en avait dressé une longue liste que Justinien reproduisait avec peu de changement (63). On les retrouve non-seulement dans la loi, mais dans des inscriptions qui témoignent de ce développement des métiers dans la classe libre. Le travail du fer ou de Tairain , du bois , de la pierre ou du marbre (6^) : une mention spéciale est due à ceux qui ont tracé tant d'inscriptions sur les tombeaux^; la confection des machines, tous les arts qui se rapportent à la construction ou à la
' c Negotiatoribus ut Romam volentes concurrerent maximam imcmunitatem dédit.» (Lampr. Alex, Sev. 22.) Plus tard Justinien dispensait, repoussait même les commerçants delà milice armée: cHos « enim , utpote utiles omnibus contractibus , armata quidem militia pe- « nitus abstinere sancimus ; aliam vero quamcunque sine metu prae- « sentis sanctionis possesibi acquirere. » (L. 1, C. J., XII, xxXV, Negoiiatores ne militent. )
* L. 6 (Tarr. Palern.), D. , L, vi, Dr jure immunitalis, etl. 5, S 12 fCallislr.), eod.
^ D. M. I TITDLOS SCRI | BENDOS VEL | SI QUID OPE | RIS MARMOR |
arI fd I ERïT HIC iiA | SES. (OrcHi , n" 42 2 3.)
décoration des maisons, architectes, maçons, charpentiers, couvreurs, etc. (65) ; artistes en mosaïque , peintres, doreurs, statuaires, et lart de mettre en œuvre l'or, Tivoire, les pierres fines et les métaux précieux (66); les soins qui ont plus spécialement pour objet la personne de l'homme, son vêtement, sa chaussure, avec tous les ornements que la richesse y ajoute (67) ; Tindustrie qui met à son usage tout ce que réclament les besoins ordinaires ou les recherches de la civilisation : meubles d'utilité ou de luxe , armes de guerre ou de chasse , instruihents de musique, instruments de métiers (68) ; et le commerce qui va chercher dans des régions lointaines, ou qui livre à la consommation les choses nécessaires à la vie ou au bien-être de la vie (69). Ces titres se produisent quelquefois avec le cynisme de l'homme qui trouve parfaitement honorable tout métier où Ton fait ses affaires , comme ce marchand de gladiateurs, negociator FAMiLiiEGLADUTORiiE^; souvent avec une incroyable emphase pour les professions les plus modestes, NEGOGiATRix legcminaria, négociante en légumes, negociator artis MACELLARiiS, négociant dans l'art du rôtisseur 2; plusieurs aussi, entre autres, des ciseleurs, une marchande de pierres précieuses, élèvent des monuments à leurs affranchis et aux descendants de leurs affranchis ^.
Cette population industrielle était assez nombreuse dans quelques grandes villes. Saint Jean Chrysostome , quand il se plaint du peu de sacrifices que Ion s'impose pour l'enseignement chrétien , aime apprendre ses compa-
» Gruter, p. 333 , n" 3. — ' Muratori , p. gSS, n' 5 ; Gruter, p. 647> n» 5. — 3 Orelli, n° 4iA8; cf. n" 4i55.
raisons, dans ces conditions d'apprentissage, que les pères de famille souscrivaient au nom de leurs enfants^. Saint Basile, évêque de Césarée , dit en une deses homélies , qu'il abrège son discours parce qu'il a dans son auditoire beaucoup d'artisans qui soutiennent péniblement leur vie de leur travail journalier 2; et de même, à Alexandrie, les ouvriers faisaient , sous le nom d'ergasteriaci, une classe distincte , avec des chefs pris dans leur sein ^. Le marchand, l'ouvrier, en effet , n'étaient point isolés dans leur état ; ils formaient, à l'imitation des anciens usages de la république, signalés plus haut, des corporations. 'Alexandre Sévère avait multiplié, généralisé ces associations de travail*; et l'on trouve mentionnés en de nombreuses inscriptions des collèges de forgerons, de charpentiers et autres artisans de cette espèce^, de constructeurs de vaisseaux, de méca-
^ Les enfants éloignés de la maison paternelle devaient rester entièrement chez leur maître pendant la durée de l'apprentissage, et cet engagement faisait Tobjet dun contrat que ce dernier pouvait opposer au père, en cas d'inexécution : Owx dv elvev ^apàs aè, avyypa^v vfpos fié 'oevoirixas nài y(jp6vov Spttras, (Chrysost. inJoan» hom, LTlif, 5, t. Vllî, p. 3d3, c.) Cf. Adv. oppug, vitœ monast. m, iS, t. I, p. io8, «; et De baptismo Christi, S i, t. Il, p. 368, d, e.
* Basil. In heœaem. hom, m, i, t. I, p. 32 , c.
^ « Arcbigerontes et diaecetae ergasiotanorum numéro deligantur. » (L. 1 (396), C. Th. , XIV, XXVII, De Alewdiidr, plebis primat. Et encore Paul Diac. Hist, mise. XX|II, p. io4 (ann. 775). — Cf. pour Antioche, Tbéophan. Chronogr. ann. 384 , p. 62 ou 1 13.
'^ tCorpora autem constituit vinariorum, lupinariorum , caligau riortïm et omnino omnium artium : hisque ex sese defensores dédit, « et jussit quid ad quos judices pertineret. » ( Lampride , AL Sever. 33.)
'^ COLLEGIDM FABRDM (Murat. p. 5i6, possim ; 5i8, 1; Donati, p. 23o, 5; 23 1, i; 232, 2); pabror. tignuarior. (Doni, IX, 5;
niciens, d'ouvriers en marbre, en or, en airain ^; collèges de fabricants de vases, de miroirs, de pastilles on tablettes; collèges de parfumeurs 2; collèges de cardeurs de laine, de tisserands, de teinturiers, de foulons, de tailleurs ou de cordonniers^; collèges de mariniers, non pas seulement sur le Tibre, mais sâr tous les grands fleuves.
Murai, p. 520 , 6; cf. 520, 7, et Inscr. Rheni, n** 227); CEirr(onana- ' ram) (Doni, IX, à\ Donati , p. 226, 1 et 5) ; dendropbororum (Doni, IX, 20 et 26; Mnrat. p. 5i4, 3 ; Donati, p. 227, 4); golleg. fabrum CENTONARiOR. ET dendRofor. (Spon, Misc. atit. p. 177.)
^ COLLEGIUM 11 AUPEGiARUM (Reines.^ X, 7) ; fabrum nayalium (Mnrat. p. 526, 2); CORPUS fabrum nayalium ostiensium (Murai, p. 620,
2) ; COLLEGIUM BALISTARIORUM ET FERRARIORUM (ReiueS. , X, 6; cf. Do-
nati, p. 2 25, 5); sodales £RARI (antérieur à Trajan) (Morcelli, De stilo, etc., t. I, p. i4o); colleg. aurificum (dédicace à Trajan) (Donati, p. 225,2); bractearior. inaurat. (Doni, IX, 1) ; corpus marmo- RARiORUM (?) (Orelii, n* 4io6);PAyiMENTARiORnM (de Tan 19 de J. G.) (Murai, p. 527, 6).
' coll. yasculariorum (Reines., X, 10); coll. yasculariorum sig. CORINTBIUM (Donati, p. 287, 1; suspecte, au jugement d'Orelli, a* i358); speclarior. (Murât, p. 629, 6) ; corp. pastillariorum (de Tan 435, Murai, p. 527, 5 ) -, aromatar. (Orelli, n*' 4o64).
' lanariorum garminatorum sodalium (Doni, VIII, 56); pbcii-
JIARI LANARI SODALES (FabrCtti, X, 22, p. 7O1); SODAL. FULLONUM
(Murât, p. 523, 3); fullonbs (Doni, VIII, 67); bapbii et colleg. PURPUR. (Orelli , n' 4272 ) ; CI BAa)EIS (Bœckh, Corp, inscr. XIV, vu , «• 3496-98); 01 AINOTPrOI (ibid. 35o4); 01 IMATETOMENOI (ibid, 3432, à Thyatyre, à Philadelphie, à Smyrne, à Hiérapolis, etc.); negociatores vestiarije et linteari^ (Murât, p. 1099, 1); COLLEG. sagarior. romanorum (de sagum, sortede vêtement militaire) (Reines., X, 9, et Donati , p. 235, 3 et 4.); colleg. sutorum (Murât, p. 529, 7);FABR. soLiARiUM BAXiARiuM (sortc dc chaussurc) (Orelli, n" 4o85).
sur lé Pô, sur TAdige, sur le Rhône, sur la Saône, sur la Seine, sur le Rhin, sur le Danube, sur le Guadalquivir et dans un grand nombre de villes assises au bord d'une rivière navigable ^; négociants au long cours faisant le commerce de blé, d'huile ou de vin^; collèges de marchands de bestiaux, de cuirs, de salaisons, de fourrage^; collèges de plongeurs, de pêcheurs, même de chasseurs^; collèges
^ C0LLE6. NAUTARUM, à Ferrare (Donati , p. a3&, 3 ), à Gômc (Murât, p. 536, 5), à Vérone {ihid, 5&6, 1, et Say, 1); n. druentids (ihid. 977, 4); NAUTiE rhodanigi (Orelii, n* Ano); naut^e ararici (Gruter, p. 466, 7, et MuraU p. 627, 2); dtriclar. corpus, à Arles (Murât, p. 53] , 5 ) ; utriclar. hVG{duni) coiis(islentes) , Donati, p. 237, 3 ; cf. 4 ; NAUTiE PARisiACi , dont rinscrîption si curieuse ( du temps de Tibère) est conservée au Musée, n** 718; (deClarac, Musée da Louvre, pi. LUI, et Morat. p. 1066, 5); gontubernium ou ordo nautarum en différents points de la vallée du Rhin : à Ettlingen , à Wiflisbourg, à Marbach (înscr, Rheni, n^ 93, 565 et 42) ; golleg. utriclariorom , àTemeswar (Murât, p. 53], 4) ; sgapharii qui ROMULiE negogiantur près de Séviile (Spon Mise. ont. p. 178]; gorp. ratiar. (Gudi , p. 223, 2).
* «Mercatoresqui Alexandrie Asiai Syriai negociantur. » (Maff. Jtf. V, p. 243, 2.) NE6OGIATORES FRUMENTi (Gruter, p. 182, 2); nego-
CIATORES FRUMENTARI ET OLEARI AFRARI ( LipS. p. 68 , l) ; NBGOTIATORES
OLEARi EX BJBTiGA (Rfiines., VI, 1 23, cités par Morcelli, De siUo inscr,
lot, t. III, p. 87); NEGQT. VINARIO. LUGDUN. IV GANABIS GONSISTENTIUM
(Orelii, n* 4077).
^ GOLLEGIUM PEGUARIORUM (Doni, IX, 23)*, PELLIONARIORUU (Rei-
nesius, X , 8, et Donati, p. 235, 2); gorariorum magnabiorum salaia- RiORUM (Orelii, n" 4074); pabulariorum (Murât, p. 527, 4; Donati, p. 234, 3 et 4, et Doni, IX, 3: les noms des membres sont tous d'hommes libres); FiENARiORUM (Gruter, p. 175, 9).
^ EX DECRETO GORPORIS PISCATORUM ET URINATORUM TOTIUS ALV.
TiBER. (Orelii, n° /mS); colleg. venatorum (Murât, p. 53i, 2).
2li6 PARTIE 111. CHAPITRE VI.
de médecins ^ et de pédagogues^, et d'autres dont le caractère est vague ou inconnu ^.
Tous ces collèges étaient-ils officiellement constitués? Il est difficile de le dire ; et , au premier abord , il semble que la plupart ne Tétaient pas , puisqu'un certain nombre seulement mentionnent le droit qu'ils tiennent du séna* tus-consulte ^. Mais il est établi que ce sénatus-consulte doit s'entendre d'une loi générale dont on faisait l'application à chacun en particulier. Or comment supposer qu'à une époque où le gouvernement recherchait partout l'homme libre pour l'enchaîner au service public, il ait laissé de pareilles associations se former sans les voir, et les ait vues sans les dissoudre ou les autoriser, selon
^ Un citoyen fait aux habitants de son bourg (pagus) un legs* dont il spécifie l'usage , et le reporte , en cas d'inexécution , au collège dos médecins et à ses affranchis. (Donati, p. 234, i.)
* Spon [Mise, ont p. 228) adonné plusieurs inscriptions de pédagogues à un confrère en pédagogie (gomp£DAGOGIT£). Cela semble indiquer un collège. Ailleurs , vingt-quatre pédagogues , tous affranchis , consacrent un monument à Garacalla. (Ibid. p. 227.)
^ CONLEG. MERCAT. (Murat. p. 2017, i) ; COLL. AssoTANOHDM [marchands d'une ville de ce nom?) (ibid, p. 2016, 5) : ainsi saint Anibroise parle, en général, du corps des marchands de Milan. (EpisL I, XX, 6, t. II, p. 853.) GONLE6. ANULARi (ibid. p. 301 5, 5); corp. padsa- NiORUM (ibid.p, 528, 1).
* QUiBDs EX s. c. coiRE LiCET : pour Ics charpentiers (Murat. p. 520, 6, et Donati, p. 23o, 5) i pour les constructeurs de vaisseaux d'Ostie (Doni, IX, 16); pour les fabricants de sagum (Doni, IX, 18, et Donati, p. 235, 3 et 4); pour plusieurs corps, sans désignation spéciale, à Lyon (Gruter, p. 399, 4) ; pour les pêcheurs et les plongeurs du Tibre (Orelli, n° 4 1 1 5) , comme jwur les mesureurs dont il a été parlé plus haut. (Murat. p. 525, 3.)
qu'elles seuiblaieut dangereuses ou utiles à FEtat? La plupart donc étaient des corps reconnus, ayant, dans les transactions ordinaires, le caractère de personnes civiles*, et , dans leur organisation , les formes d'un corps politique , tout aussi bien que les corps spécialement rattachés au service des villes ou de TEtat. Eux aussi ils prennent les noms de peuple ^, de plèbe ^ ; quelquefois même les noms d'ordre pour eux, et de curie pour le lieu de leurs réunions^. Ils ont, comme l'ancien peuple, leurs divisions en décuries ou en centuries^; ils ont leurs dignitaires, j'allais presque dire leurs magistrats , car ce sont encore les noms de l'administration publique : leurs chefs ou
^ «Quibus aulem permissum est corpus habere; coliegii nomioe, «iproprium est, ad exemplum reipublicae, habere res communes, ar- «cam communem et actorem sîve syndicum, per quem, tanquam in «republica, quod communiter agi fierique oporteat, agatur, iiat.» ( L. 1, S 1 (Gaius] , D. , III , ly, Quod cujuscnrujae univ,)
^ Par exemple dans la fameuse incription qui donne la loi du collège d'Hygie et d'Esculape : solarium tectdm jungtum un quo populos collegI s{upra) s(cripti) epdletur. (Oreili, n* 3417.) Cf. encore n" 3097.
^ G est le nom dont on se sert généralement pour distinguer la masse des membres, de ceux qui y tiennent un rang à part. Voyez Oreili, 4o54 et 4io4, etc. On les nomme aussi séquelle : seqvella EJUSDEM COLLEGI. (Ibid, 4i34*)
* Ihid. n" 4o54, 4ii5 et SgSô. Voy. pour tous ces détails, Oreili» t. II, p. 244*245; Mommsen, De collegUs etsodalitiis, ch. vi, S 17.
'^ Un collège de forgerons comprend vingt-deux centuries*. (Gruter, p. 477, 1.) Voy. encore Murât, p. 5 16, 17; Donati,p. 226, 3; 23o ^
3 : DECURIALIS NEGOCIATOR COLLRGII PECUARIOROM. (Murat. p. 528, 2.)
Ces décuries ont quelquefois plus de dix membres; une décurie de forgerons, dans une inscription de Douati (p. 23 1, 3), on compte vingt-deux , et pouvait en admettre encore.
maîtres {magistri) se nomment quelquefois duumvirs ^ et presque généralement famçaenna?^^^, ou, par un emprunt aux formes même de l'administration des provinces, recteurs et préfets^ ; et à côté d'eux se trouvent des questeurs*, des curateurs et procurateurs pour la comptabilité et la gestion des affaires communes^; puis, à des degrés moins élevés, des décnrions^, des adjudants''. A l'exemple des curies, les collèges assignent un rang à part aux premiers
^ Orelii, d' 4i35. Tout Tensemble de l^inscription les rapporte au collège des dendropbores ; ia rareté du cas pourrait seule y faire soupçonner les duumvirs de la colonie. On le retrouve pourtant encore, ou seul : IItir collegii siliginarior. (Reines., I, 254); ou joint au titre de quinquennale! IIviR quinq. col. fabr. freteal. ...(?) (Murât, p. 519, 1.)
* Pour les forgerons (Murât, p. 2016, 7), pour les charpentiers (Gruter, p. 252, 6; Fabrctti, X, 288; Murât, p. 5i8, 5; p. 52 1, 3 et 4;Donati, p. 281, 2; 282, 1 ) , pour les forgerons et les dendrophores (Donati, p. 227, 2), pour les parfumeurs mêmes (Murât. p. 5i 1, 4). Quelquefois les quinquennales étaient perpétuels. (Orelii, n" 4o54 , pour les bateliers d'Ostie; n** 4o85 , pour les fabricants de cbaussure cités plus baut. ]
* Pour les dendropbores (Fabretti, X, 436, p. 722), pour les forgerons ou les charpentiers (Doni, IX, 20 et 2a; Murât, p. 5 20, 1 ; 5a X, 1; 1116, 6) : quinqdenn. etprcf. fabrum (Spon, p. 174).
* Pour les foulons (Murât, p. 523 , 3) , pour les centoniers (Gruter, p. 471, 5).
* Pour les forgerons, les dendropbores , etc. (Spon, p. 177; Doni, IX, 7 ; Donati, p. 227, 6; 23o, 3); pour les marcbands de peaux ou de fourrures. (Reines., I, 273.)
* Murât, p. 52 2, 1, pour les forgerons. Cf. Maff. M, V. p. 236, 3. ' ADJUTORES (Donati, p. 827, 52) (suspecte, selon Orelii); optio
nataliorum, siGNiFERORDM (Iiiscr. Me/Il, n"' 4io, 4ii cl 4 80). Ce sont peut-être ici des titres purement militaires.
de Tordre^; ils ont, comme elles, leurs adjonctions gratuites 2 et leur émérîtat^; ils ont non pas seulement leurs dignités et leurs grades, mais encore leur office : on trouve des secrétaires d'un collège de dendrophores, d'un collège de médecins^; un scribe, deux médecins, un haruspice dans un collège de forgerons ^. Ils ont , enfin , nous Tavons montré ailleurs, leurs affranchis et leurs esclaves. Ils ont leur ère, comme les empires^.
Les dignités que nous avons énumérées se cumulent quelquefois, même pour les collèges les plus divers, sur la tête d'un même personnage '', le plus souvent étranger
^ INTER PRIMOS COLLEGIATUS IN COLLEGIO NAVICULARIOIVDM ARELI-
CENSiUM. (Donati, p. aSo, 8.)
' IMMUNES REGEPTI IN C0LLE6. FABRUM. ( Murat. p. 5l8, 1 ; cf.
p. 523, i; Donati, p. 23o, 2.) Gela ne dispensait probablement pas des gratifications, on honorem^ quinquennalitatis. (Gruter, p. 176, 8, etc.)
* HONORATD8 (Reines., X, 6o5); et cette curieuse inscription (si elle est authentique) d'un ouvrier en or. Lydien de nation, quia passé par toutes les charges du collège des charpentiers : ...amillus
POLïNICES I (R)ATlONELYDnSARTIS | (a)DRIFEX CORPORIS | (/JABBR TI6- NUARIORUM I (a)PCO EOSDEM OMNIB. | (^JONORIBUS FUNGTUS. {Inscr.
Rheni, n** 545, à Anseitingen. )
^ Gruter, p. 682, 4, et 625, 9; scriba medigorum. (Orelii , - n* 3244.)
^ Murat. p. 52 2, 1.
^ Gruter, p. 202, 6; Murat. p. 52 1, 3, etc. Les parfumeurs cités plus haut ( ibid. p. 5 1 1 , 4 ) en sont au vingt-huitième lustre de leur ère.
' QOINQUENN. COLLEG. OMNI. FABADM (Murat. p. 5l6, 5) MAG. COL-
LEG. FABR. ET Q(uœslor fjosdem collegii) mag. ET Q[uœstor) SODAL. fol- LONUM. (Ibid. p. 523, 3; cf. ibid. p. ôig, 2; Fabrelti , X , p. 45o, et la plupart des inscriptions citées plus haut, notamment Orelii, n'Aiog.)
250 PARTIE m, CHAPITRE VI.
à leur art et choisi pour les protéger de sou uoiu et de son influence. C'est particulièrement le rôle de ceux qui portent , dans leur sein , le nom de patron. Ce titre se retrouve, soit seul , soit associé aux autres, dans tous les collèges, sans exception ^ et il semble qu'il soit là, parmi ces dignités instituées* à l'image des villes ou de l'Etat, comme pour en donner la juste valeur et rappeler leur origine servile. Il est donné aux femmes comme aux hommes^ même aux enfants des patrons; et, de même qu'il peut y avoir un seul patron pour plusieurs collèges*, il y a quelquefois pour un seul collège plusieurs patrons*, comme on l'a vu pour les affranchis ou les esclaves. Mais rien de tout cela n'est spécial à ces corporations; et, loin de les distinguer, c'est un trait qui les rapproche encore de ces formes du régime municipal sur lesquelles elles sont modelées. Partout, en effet, un pouvoir nouveau est venu se placer au-dessus des magistratures empruntées
» Gruter, p. 69, 3; 345, 9; 397, a; 35o, 6; 409, 8; 469, 4. Fabretti, X, 436, p. 722, Doni, IX, 10; Mural, p. 5ii, 5; 5i2-5i3 passim; 5i8, 6; Donati, p. 226, 4; 232, 3; Maff. M, V. p. 477» 10; Osann, SylL p. 538, 10, et beaucoup d autres.
* Murât, p. 517, 3 (patrona), et 5 18, 2 (mater); ce nom est même donné aux filles du patron. (Ibid. p. 52 2 , 1.)
' PATRONO coLLEG. OMNIUM (à Brcscia) (Grutcr, p. 480, 5); col- LE61ÛM civiTATis (à Bénévent) (Orelli, n° 4128); OMNiDiîf cohp. LDGD. LICITE coEDNTiUM ( Grutef, p. 399, 4); et divers autres exemples. (Murât, p. 620, 4; 52 1, 1, etc.)
* De deux à dix patrons pour les bateliers d'Ostie, en diverses inscriptions (Orelli, n" 4io4; Reines., X, n° 1, p. 589-595; Gruter, p. 126-127. et Orelli, n° 4o54); toute une liste de quinze pour un collège de forgerons, près de Sarzane, dans Tinscription déjà citée de Muratori (p. 622, 1 ), etc.
aux traditions de la république. Dans cet afiaiblissemeot de tous les droits, dans cet abus des charges et des privilèges, le patronage apparaît. comme cet antique asile, où des hommes sans nom venaient chercher un refuge autour des compagnons de Romulus. Les villages, les colonies, les municipes, s y pressent à l'envi ^ On prendra le patron , si on le peut , parmi les grands de Tempire ; on le prendra parmi les enfants^, parmi les femmes 3. C'est trop peu d'un : on inscrira en tête des dignitaires de l'ordre,, toute une liste de patrons; la "ville de Canouse
* Conventus Claniensis (Morcelii , De stiL inscr. lut, t. I, p. 2 go); . Rimini (Gruter, p. 1094, 3), Bénévent (Murât, p. 2016, à^ etOreiii, n* 3763); Ascuium (ibid, 3766); Capoue (ihid. 3766); Intéramne (ibid, 3770) ; Misëne (ibid. 377a) ; Préneste (Spon , Mise, ont, p. igd) ; Crotone [ibid, p. 162); Strongili (ifcic/. p. 196); Lilybée (ibid. p. i84; cf. p. i64, 187, 192); plusieurs lieux d^Afrique (Morcelii,!, p. 3oo et 3o3, pour l'an 10 et 27 de J. C. et Orelii, u* 3771); Béryte en Phénicie (sous Claude) (Bœckh, XXYI, sect. iv, n** 4629), etc.
^ PDERO EGREGIO AB ORIGINE PATRONO ORDINIS ET POPDLI (à PoUZ-
zoies, en 161). (Orelii, n^377i). Une autre inscription est consacrée à un patron d'Asculum, mort à 19 ans. (Ibid. 3768.)
' PATBONjE MUNICIP. ET COLLEGIl FADRUM (Murat p. 617, 3). Cf.
Orelii, 3773 (à Intéramne). Une inscription a conservé le décret des décurions d'une ville du pays des Vestins, qui défère ce titre à une femme (242 de J. C.) : . . .placere universis conscriptis nummi^ VARi£ c(larissimœ) F(eminœ) sacerdoti veneris | felicis pro splendore
DIGNITATIS SD-C PATROCINIUM PRjEFECTURiE NOS | TR-fi OFPERRI PETIQUE AB EJDS CLARITATE ET EXIMIA BENIGNITATB UT HUNG | HONOREM SIBI A NOBIS OBLATUM LIBENTI ET PRONO ANIMO SCSCIPERE | ET SINGULOS UNI- VERSOSQUE NOS REMQDB PCBLICAM NOSTRAM. IN OU | ENTELAM DOMUS SUJE RECIPERB DIGNETUR ET IN QUIBUSCUMQUE | RATIO EXEGERIT INTER- CEDENTE ADCTORITATE DIGNITATIS SVJE TUTOS DE | FENSOSQOE PR«S-
TET, etc. (Grulcr, p. V»3, 7.)
en compte près de quarante ^ Et il n'y a pas seulement des patrons de ville : il y a des patrons de provinces , des patrons de peuples 2; — il y a des patrons de patrons*.
Ce rapprochement des familles ouvrières, cette oi^anisation commune, cette protection cherchée sous la tutelle des grands de la ville ou de TEtat semblaient promettre quelque garantie à leur liberté, quelque valeur à leurs privilèges. Des artisans, des marchands, du moins, arrivaient eux-mêmes aux dignités de leurs villes^, et la loi y joignait des distinctions propres à relever encore leur condition à leurs yeux. La pratique des métiers, comme la direction des travaux d'intérêt général ou la gestion des affaires publiques , pouvait conduire au rang
' Trente et un de l'ordre des ciarissimcs et huit de 1 ordre des chevaliers. Le total des membres de la curie devait s élever, d'après les nombres divers donnés par Tinscription (2 23 de J. G.), à environ cent soixante-quatre. Voyez Orelli , n* 87 2 1 .
* PATRONUS MCTIIIENSIUM AQUILEIEN. BRIXIANORDII ET UNIYERSARUM
URBiUM APDLiJS CALABBiiEQUE. (Ang. Mai. Coll. Vatic. (in-i"), t. V,
p. 286, 1.) PETBONIO PBOBO VENETI ATQUE UlSTRl PECULIABES EJDS
PATRONO PR.CSTANTISSIBIO. [Ibid, p. 288, 1.) — XV POPULORUM UMBRIiE
PATRONO MDNiGiPi. ( Suivent les quinze noms. ) ( Spon , Mise, ont. p. .83.)
* D. M. T. FARIONTIO T. P. SABINO PATRl PIENTISS. PATRONO PATRO-
NORDM. (Gruter, p. 4og, h, et OrcUi, n*" 3769.) Dans rinscription suivante d'Orelli, des patrons du municipe s'adressent, avec le reste du peuple , à la fille d'un patron commun.
^ IIVIR QUINQUENN. FL. PYTHEA8 MARMORARIUS, à Naples , SOUS le
règne de Gommodc. (Murât, p. gSâ , 1 ; cf. 9C0, 3.) Nous ne parlons pas de ceux quon trouve parmi les maîtres de quartier, les augustales, etc. (Ihid. p. 953, 5; 969 > 3, etc.)
de comte ^ ; le prince en assurait aux artisans les avantages, à moins qu'ils n'en craignissent les honneurs et ne préférassent à toutes les obligations qu'ils entraînaient les profits de leur simple milice^. Mais les profits qui devaient surtout inviter les classes populaires au travail étaient, par différentes causes , rendus bien faibles, bien douteux. L'esclavage n'avait point entièrement cédé la place au travail libre , et ces fabriques impériales , où les hommes libres eux-mêmes se trouvaient comme enrôlés et retenus héréditairement, lui faisaient, à défaut même de l'esclavage, une concurrence redoutable qui fermait à ses produits les plus larges issues ^. Ajoutez les charges dont le travail libre se trouva grevé, comme par compensation des profits que le fisc eût tirés du travail exclusif des manufactures publiques : charges introduites par Caligula, et surtout par Vespasien dans le système des impôts de Rome*, étendues par Alexandre Sévère à diverses sortes
' «Hi quos aut vuigaris artis cujusiibet obsequium, aut operis «publici cura temporalis injuncta, aut rerum publicarum procuratio «levis commissa adeo commendarit, ut comitivae primi ordinis dig- « nitate donentur. » (L. an. (4i3), C. Th., VI, zx. De comit ord» primi artinm diversarum, ) li y en a des exemples : « Vir clarissimus «cornes et mechanicus. » (Symm. Ep, V, 76; X, 38 et 89.)
^ « Nisi forte emolumentis contenti , quae tempore mUitiœ percepe- «runt, spreto nomine, (banc) dignitatem consularis viri duxerint res- «puendam, ne coniationis onus sustineant, vel frequentare senatum «aliosque hujusmodi conventus, qui bonoratorum frequcntiam flagi- «tant, compeliantur. » [Suite de la loi citée dans la note précédente.)
3 Voy. Guther. De ojficiis dom, Aag, III , 20 , 2 1, et M. Naudet, Admin, de Vempire romain. Un affrancbi est dit PRiEPOSiTUS opificibus DOMUS ACGUSTAN^. (Fabrctli, IV, 260, p. 297.)
* On connaît les contributions que Caligula exigea des portefaix
de métiers^, et généralisées par Constantin. Ce fut le chrysargyre, impôt maudit, où le peuple crut voir s'engloutir tout ce qui restait d'or et d'argent dans l'empire. Appliqué aux personnes qui vivaient d'industrie, il s'étendit à presque toute la population des villes, renouvelant, sous une autre forme, la capitation dont elles avaient été exemptées^. Il s'appliquait aux curiales en masse, comme devant tirer parti de leurs biens par le commerce^; il s'appliquait à tous ceux qui n'avaient pas de patrimoine : quiconque n'avait pas de patrimoine vivait nécessairement d'industrie selon la logique du prince; Évagre dit qu'il n'épargna pas même les mendiants (70). Quand le travail servile faisait défaut, quand le travail libre trouvait tant d'obstacles et si peu de sécurité aux abords de l'industrie, on comprend que la décadence ne se soit point arrêtée devant les inmiunités des princes. Ces immunités ne rejetaient les charges civiles sur les classes supérieures que pour réserver les familles ouvrières à des obligation» non moins lourdes à porter. Aussi la
(le j^ de leur gain journalier] et même des courtisanes, et l'impôt plus honnête de Vespasien. (Suél. Calig, 4o, et Vespas, 2 3.)
^ «Braccariorum, linteonum, vitreariorum , pellionum, plaustra- « riorum , argentariorum , aurificum et caeterarum artium vcctigal pul- «cberrimum instituit. » (Lampr. Alex. Sever. 24.) H en exempta Rome en une circonstance. [Ihià. 82.)
* L. UR. (3i3), C. J., XI, XLViii, De capitat civium censibns eximenda.
^ Cet abus est attesté par Julien, qui exempta de Timpôtles curiales, «à moins quils ne s'occupassent de commerce, fiisi forte decurionem t^aliquid mercari constiterit v (L. à (362), C. Tb.» XIII,!, De lastr, conlaiione. )
production allait déclinant, et le prix des objets d'usage ou de consouEimation s'élevait dans une progression bien plus rapide encore , comme il arrive dans les temps de disette; et la preuve que le mal ne date point de Constantin nous est donnée par la mesure prise par Dîoclétien déjà pour y remédier. Je veux parler de cette loi de maximum qui est restée, dans Tinscription fameuse de Stratonicée, comme le cri de détresse du vieil empire païen et comme l'aveu de son impuissance ^ Pour arrêter ce renchérissement universel qui portait le prix de chaque chose à quatre et jusqu'à huit fois sa valeur, le prince en fixe la limite la plus haute par un tarif où il comprend toute chose vénale , journée de travail ou objet de commerce; tarif unique, applicable à toutes les provinces de Tempire, sous peine de mort : Nul, dit-il, n'aura le droit de trouver le châtiment trop sévère, puisqu'on est libre d'y échapper, en ne violant pas la loi 2. Mais une telle loi, inutile en tant qu'elle règle les salaires, est impuissante en tant qu'elle veut limiter le prix des denrées. Elle est inutile quant aux salaires : car, dans cette détresse générale, ce n'est pas l'ouvrier qui peut se montrer exigeant;
^ CeUe loi, connue par deux inscriptions, celle de Stratonicée, la principale , et celle d'Aix , apportée d'Egypte , a été retrouvée par M. Ph. Lebas sur des monuments analogues, en divers points de TAsie Mineure , et, de plus, à Geronthrae en Laconie. Ce dernier marbre, dont le texte grec ajoute plusieurs détails nouveaux au texte latin connu , figurera dignement dans cette longue suite de précieuses inscriptions recueillies par M. Lebas pendant son savant voyage.
^ « Nec quisquam duritiem statui putet; quum in promptu adsit perafugium declinandi periculi, modestise observantia. » (L. 49-60, ap, Ang.Mai. ColL Vatic, in-4% t. V, p. 3oi .)
die est impuissante quant aux prix des denrées : car, si les prix s'élèvent par rabaissement de ia production , il n'y a pas de loi qui puisse les ramener à Tancien nivean, d'une manière durable. Ce double résultat nous est constaté par rhistoire. Elle ne nous dit pas que l'édit ait soulevé les ouvriers, elle nous rapporte les effets qu'il eut dans la classe marchande. Plusieurs, qui ne se résignèrent pas à se ruiner pour obéir à ia loi , tombèrent sous le coup de ses défenses et y perdirent la vie. Les autres n'eurmt garde de hasarder davantage leur fortune ou leurs jours. On cessait de vendre , on cessait encore bien plus de produire, et cette rareté de la marchandise en élevait encore la valeur. La loi devait donc être vaincue, et Lactance reconnaît qu'elle tomba en désuétude ^ Le tableau que le prince retrace, dans le préambule, de l'état de choses antérieur à la promulgation de l'édit est donc l'image ûàiàe des temps qui la suivirent; et son tarif, loi de maximum, dans son intention , reste comme une table de minimum dans l'histoire. Il nous marque à quel taux le prix des objets ne descendait pas. Or ces prix, qui avaient été si énormément exagérés par les premiers commentateurs de rinscription, sont encore, même réduits à leur véritable valeur, au niveau des prix que les mêmes choses peuvent avoir dans la généralité de la France (71). Il fallait, avec cette industrie étouffée dans son germe , avec sî peu de
' « Idotn quum variis iniquitatibus immensam faceret caritatem , M legem prctiis rerum venalium statuere conatus est. Tune ob exigua • et vilia multus sanguis cffusus, nec vénale quicquam metu apparebat, « et caritas muUo detcrius exarsit; donec lex necessitate ipsa, post mul- •< lorum eiittum, solvcrclur. » (Lacl. De mort, persccutoram , VIF, 9.)
ressources , que les classes ouvrières de Tempire supportassent les charges qui pèsent sur les nôtres aujourd'hui!
Le peuple réclamait donc d'autres mesures de soulagement. C'était l'objet des distributions publiques, et, par une sorte de contraste , loin de s'interrompre, elles s'étaient accrues dans la période qui vit s'établir et s'étendre l'impôt sur l'industrie. Aux anciennes distributions de blé. Sévère avait ajouté des distributions d'huile qui furent suspendues par Héliogabale , rétablies par Alexandre ^ Au triomphe d'Aurélien, on avait donné au peuple des couronnes de pain pesant deux livres : il voulut que ce bienfait se continuât , et cette distribution journalière se substitua à la distribution mensuelle de blé^; il y joignit une distribution de lard^; il voulait même y joindre des distributions de vin, et déjà on avait songé aux moyens : le plan était arrêté, les dépenses prévues. Il recula devant un mot du préfet du prétoire : « Si nous donnons du vin au peuple, il ne reste plus qu'à lui servii" des poulets et des oies^. » Sans aller jusque-là, Aurélien prétendit au moins que du vin lui fût vendu au-dessous du cours; et ces ventes à bas prix firent place aussi à des distributions gratuites dès le r^ne de Constantin *.
Voilà bien, sans doute, des compensations aux misères des dasses inférieures, et ces institutions semblent en-
* Spart. Sept Sever, 19-28; Lampr. Alex. Sev, 23. Nous renvoyons, pour tout ce qui concerne les distributions et les secours publics, au mémoire spécial de M. Naudet, déjà cité.
^ Vopisc. Aarel. 35. Le poids du pain fut même augmenté d'une once. — ^ Vopisc. ihid. — " Vopisc. ibid. kq et 48. — * Godefroi, cwi I. 6, C. Th., XI , I, De annoii. et tributis.
trer de plus en plus dans Téconomie du régime impérial. Malgré plus d'une interruption, plus d'un changement dans leur forme, elles traversent toutes les crises de l'empire, et toujours on en revint à l'un ou l'autre de ces deux modes : distribution gratuite ou vente à bas prix d'une plus grande quantité ^ Après trois ou quatre siècles d'épreuves, avec les perfectionnements que l'expérience a permis d'y introduire, ce système a-t-il donc pu atteindre le but qu'un bon gouvernement doit se proposer? a-t-il apporté aux classes souffrantes les soulagements qu'elles réclament , satisfait-il à toutes les conditions d'une sage économie, mesurant le secours sur le besoin, de manière à détourner du désespoir sans jeter vers la paresse^? Loin d'être un encouragement à l'oisiveté, sera-t-il, au contraire, un stimulant au travail , par les moyens qu'il donne d'en supporter les misères, par la nécessité où il laisse d'y chercher ce fond ordinaire de ressource que le travail seul doit offrir? Mais l'état des classes pauvres était le même partout; dans toutes les provinces de l'empire se faisaient sentir les mêmes besoins : et les mesures dont nous avons parlé ne concernaient que Rome et Constantinople assimilée à Rome par son fondateur. Hors de là, sans doute, dans les municipes, et surtout dans ces grandes métropoles qui étaient comme une image de Rome au milieu
* L. 1, C. Th., XIV, XV, De canonefrum, urb, Romœ; l. i (409) el 1. 3 (434), C. Th., XIV, XVI, Defrum. arbis Const, et la note 7a, à ta fin de ce volume.
' OvSè aiiSaèeç dvé^erat eîvou , oihe [lilp êvSeès t&v àvayxaUàv, C est la ràgle que traçait Julien, Orai, 11, p. 91, (2. [De Constreb. gestis). Il est vrai qail y sacrifiait les populations des campagnes, attachées k leurs travaux pour fournir exclusivement le nécessaire aux besoins de TÉtat.
des provinces lointaines, Antioche, Alexandrie, Carthage, il y avait aussi des fonds mis en réserve pour les approvisionnements et pour les jeux. Mais les mauvais empereurs ne respectaient point toujours ces réserves, comme on le sait spécialement de Maximin ^, et les bons princes ne leur rendirent pas ce que leur avaient pris les mauvais. Cette distribution annuelle d'une grande quantité de blé que Dioclétien établit en faveur des familles pauvres d'Alexandrie, distribution qui se faisait encore au temps JEusèbe^, qui paraît s'être continuée jusqu'à Justinien^, fut un bienfait tout exceptionnel et peut-être tout politique : dans l'intérêt même des approvisionnements de Rome, il n'était pas prudent d'afifamer Alexandrie , au sein de la féconde Egypte. Hors de là, dans cet appauvrissement des cités, ruinées bien moins encore par le caprice d'un tyran que par l'action légale et régulière du fisc, il n'y avait rien à attendre que de secours tout inviduels, de là* générosité plus ou moins volontaire des plus riches habitants. Un citoyen léguait à une corporation une salle de réunion*, un lieu de sépulture^ ou quelque argent pour
' Hérodien, VII, 3.
* Il dit qa on était inscrit sur les tables frumentaires de quatorze à quatre-vingts ans. (HisU eccles. VII, 21, p. 218, (i.)
^ Procope, Hist, arcan. 26, p. 77. H fit rentrer dans les greniers publics 200,000 médimnes de blé, accusant d'usurpation illégale les prétentions du peuple d'Alexandrie; et Justinien l'approuva. C'était, selon M. Naudet, la quantité distribuée annuellement (1,200,000 modii ou io4,o5o hectolitres). Si l'induction est juste, le chiffre n'en paraît pas moins énorme.
* L'un donnait le terrain (Murât, p. 620 , 6), un autre de quoi orner la salle (Donat. p. 23o, 7), etc.
' LOCDIf SEPDLTURiE DONAVIT | G. VALGIUS FUSCUS CON | LEGIO JD-
subvenir à ses charges^. Tel achetait ainsi des honneurs posthumes à sa mémoire 2; tel payait, comme on Ta vu, les honneurs dont il était, bon gré, mal gré, revêtu de son vivant. Les patrons des villes ou des corps avaient particulièrement recueilli cette obligation du patronage, qui devait aux affranchis le repas régulier {cœna recta) ou la sportule ^ ; et Ton voit pourquoi les patrons sont si multipliés au sein des collèges ou des curies 1 il fallait de quoi vivre à cette foule affamée : trente patrons 1 c'est la consommation d'un mois! Mais on ne les trouvait pas communément; ces bonnes fortunes étaient rares. On le voit au soin avec lequel on les enregistre. Une inscription consacrée à un quinquennale rappelait aux âges futurs (et en particulier aux héritiers du défunt) que, pendant l'exercice de sa charge, il avait promis aux habitants du municipe un repas annuel * l
MENTAKIORUMPORTiEGALLlCiE | POSTEBISQUEËORUM OMNIUM ET DXORIBOS
CONG0BIN1SQ. (Fabretli, X, 276, p. 707 (à Fossombrone. )
' Doni, IX, 26; Murât, p. 520, 2, etc.
' C'était ordinairement le legs d'une somme dont les revenus devaient servir à des cérémonies funèbres et au repas d usage. Ainsi un augustale (Gruter, p. A39, 2), une mère en Thonneur de son (ils (Donati, p. 226, 6]-, un joaillier (margaritarius) à Rome (Murat^ p. 5 1 5, 5). Un affranchi donne 1,000 sesterces pour un repas annuel de douze personnes. (Ibid. p. 5i2, 3.) Un duumvir léguait semblablement une boutique de marchand de laine ( lanariœ) : ut ex eo yec-
TI6ALE QOOTANNIS MULSUM ET CRUSTUM NATALI G/ESARIS DIE DARETUR.
(Fabretti, IX, 53 , p. 606 (à Thessalonique. )
^ PANE ET VINO ET SING. CCCCXII PER GRAD. DIVIs(w) (à Un CollégC de
forgerons). (Murât, p. 5 16, 2.) sportulas in populo epulum dédit. (Ibid, p. 1 98 , 1 ; cf. ibid. 5 1 5 , 3 ; Donati , p. 227,6, etc.)
* ... patrono MUNicipi DECUR10NES I ex ^re conlato ob plenis-
On voit ce que les provinces avaient retiré de leur adjonction à la cité. Quoique le titre de citoyen romain eût été étendu à tous les habitants de l'empire, Rome s'élevait encore au-dessus du niveau commun. Elle était jadis la tête des nations, elle restait l'aristocratie des populaces. Elle avait depuis César sa liste frumentaire , comme supplément aux tables des censeurs; et Ton n'arrivait point facilement à ce livre d'or de l'indigence. La foule privilégiée ira donc ramasser de distribution en distribution son pain , son huile, son lard, son vin. Les empereurs se complaisent à ce spectacle, comme à l'image du bonheur de l'empire. Aurélien, si généreux, comme on l'a vu, disait, pour excuser ses largesses, « qu'il n'y avait rien de plus gai que le peuple romain , quand il était bien repu ^ » Mais de cette abondance jeûnent les peuples de l'Italie ; et rien que les besoins de ces distributions ont fait naître cinq ou six grandes servitudes qui rattachent des familles entières au joug de l'administration impériale.
D y a donc dans Rome une caste qui parait vivre à l'aise; mais il y a autour de Rome d'autres Romains qui servent, il y a, dans les provinces, d'autres Romains qui se ruinent et §e dépouillent pour l'utilité de la ville et la commodité du peuple : comme on voyait, naguère encore, en Angleterre, d'honnêtes familles d'ouvriers, dont les
SIMA I MERITA EJUS QCOD PRIMUS OMNIUM QUU^i QDINQUENNALIS ES- SET I ANNUUM EPCLUM MUNICIPIBUS SUIS DATURUM POLLICITUS. (Mu-
ratori, p. 767, h.) Orelli, en transcrivant ce texte (n° 3865) , a passé la ligne qui rappelle loccasion de la libéralité.
^ « Neque enini populo romano saturo quicquani potest esse lœtius. » (Vopisc. Aarel 47.)
262 PARTIE 111. CHAPITKE VI.
meubles étaient vendus par autorité de justice, pour Tacquittement de la taxe des pauvres et le bon entretien de cette élite de mendiants, pieusement assis au banc de la paraisse I C était mieux à Constantinople. Constantin , en y transportant ce privilège de Rome, désirait appeler une plus nombreuse population au nouveau siège de Tempire. Mais il se souciait peu d*y attirer, comme jadis Romuius, les aventuriers et les pauvres de tout pays ; il y voulait des gens capables de coopérer à son œuvre, liés au sol qu'ils habitaient. Aussi n'était-ce point à la seule résidence qu'il avait attaché la faveur des distributions journalières : pour l'immobiliser davantage, il l'avait attribuée, non aux personnes, mais aux maisons. Il fallait être propriétaire pour figurer sur cette liste d'indigents \
En de telles conditions, si le peuple de deux capitales devait être, dans certaines classes , attiré à l'oisiveté, comme on l'avait craint jadis, le peuple des provinces ne pouvait qu'être détourné du travail par toutes les chaînes qui grevaient l'industrie; il donnait plus à l'État par l'impôt, qu'il ne recevait des villes en distributions ou en ventes à
^ M. Naudet , Des secours publics, etc., p. 5o, et différentes iois du Gode Théodosien, XIV, xvii. De annon. civic. etpanegradili, L i (364), 1. 1 1 et 1. 12 (SgS), 1. i3 (Sgô). On ne pouvait retenir le bénéûce de Tannone en vendant la maison. (L. i, eod.) Aussi ce pain était-il appelé œdiampanis. (L. i etl. 5, eod. Cf. 1. i4, p. (Léon et Anthém.), C. J., I, II, De sacros, eccles.; l. 1 2 (Léon), C. J., VI, xxiv. De hœred. instit.) — Cette faveur, analogue à nos dispenses de contributions pour quelques années, comme encouragement à bâtir, faveur générale à Constantinople, ville neuve, fut appliquée aussi à Rome; mais on veillait à ce qu'elle n y fût point cumulée avec l'autre espèce de distribution. (L. 5 (369), eod.)
bas prix : largesses désastreuses pour les riches auxquels on les imposait, sans un avantage équivalent pour les pauvres à qui elles étaient faites. Car tout se tient dans l'organisation d'une cité : le travail relève de la richesse; et ainsi , par un autre côté , les classes inférieures se ressentaient du coup qui frappait la tête du municipe , et la ruine des curiales, quand elle semblait se faire à leur profit, ne les soulageait pas. Aussi, comme aux rangs les plus élevés, on renonçait au mariage, on avait assez de la vie sans s'y attacher par plus de liens; on fuyait les métiers et leurs trompeuses ressources, comme l'employé de l'administration , comme le curiale fuyait sa charge ; et, pour y échapper, on cherchait un asile jusque parmi les esclaves ^ Mais ici encore la loi intervenait. Quand elle avait favorisé le rétablissement des corporations , quand elle en avait créé, en général, pour toutes les industries, elle n'avait point seulement ofifert au travailleur isolé la sécurité et les privilèges de l'association publique ; elle avait entendu y trouver des garanties pour l'Etat. La corporation lui présenta dès lors un centre de production, une sonune de travail qui ne pouvait, sans tout compromettre, faire défaut aux besoins publics. On y appliqua la règle qui désormais gouvernait l'administra-
^ La condition matérielle des esdaves semblait, à beaucoup d'égards, préférable. Libanius insiste sur ces rapprochements en plusieurs passages. (Exempl, progymn. Vituper. inopiae, t. I, p. ii5-ii6 (Moreiii), et De servitute, t. II, p. 662 , a. ) Les misères qui suivirent l'invasion allaient bientôt étendre le joug sur les plus nobles têtes, sur celles même qui ne lavaient point subi par la captivité. . . « Quum jani non «serviat conditions servit paupertalc. » (Saiv. Ep, I, p. 19^ (cd. Baluze, 1684.)
lion tout entière : on invitait, on forçait à entrer dans les collèges ceux qui se trouvaient en dehors; on y retint , bon gré mal gré, ceux qui' en étaient membres. Qu'il s'agisse de service public, de travail ou de réjouissance, collèges de propriétaires, d'ouvriers ou d'acteurs, tous sont soumis à la même contrainte. Nous l'avons vu des premiers, nous le verrons de% acteurs, dans un lieu où nous pourrons mieux faire saisir le caractère que ces mesures reçoivent de la sanction des princes chrétiens; et, pour les autres, en fait de despotisme, il est bien naturel, sans doute, d'étendre par induction à toutes les provinces ce qui se faisait à Rome. C'est le vrai sens de ces lois de rappel, adressées accidentellement au préfet de la ville, mais qui au fond révèlent un droit général et commun ^ ; et, sans recourir aux plus légitimes inductions, c'est le sens formel d'une même constitution générale partagée dans le Code en trois lois diverses : constitution qui s'applique aux membres de la curie, aux appariteurs des magistrats, aux collèges religieux, et, sans distinction, à toutes les corporations des villes ^. Dans tout métier publique-
' «Cura rectorum provinciarum , corporati iirbis Roraac, qui in pe- «rcgrina transgressi sunt, redire cogantur, ut servire possint functio- « nibus , quas imposuit antiqua solemnitas. » ( L. 4 ( 4 1 2 ) , G. Th. , XIV, 11, Deprivil. corporat. urhis Romœ, loi rendue à la suite de la prise de Rome par Alaric.)
' « Kos curialcs qui , non expictis muneribus, declinarunt esse quock « nali sunt , reddi urbibus débita censura praîcipimus. » ( L. 1 70 , C. Th., XII, I, De decurionibus,) «Universos igitur apparitores. .. prxcipiinus «revocarijsimiliquc prœceptione divcrsorunijudicum ofliciales antiqua? «- niilitix rcstitui. » (L. aS» C. Th., Vlll, iv, De cohorlalibus.) Collégiales <• et vitutiarios, sigî^ifcros, «anlabrarios, ft siiKjnîarum urbium corpo-
menl constitué (la loi ne distingue pas entre les corporations) on était forcément, héréditairement retenu; dans tout métier qui ne se rattachait pas à un corps, on était, comme oisif et vacant, spécialement destiné au recrutement des autres. C'est ainsi que l'État veut assurer le service des municipes. Les villes ont des esclaves ; elles ont des affranchis qui font pour elles avec les esclaves une même famille publique^; et en effet la loi qui leur garantit la propriété des uns leur maintient, contre toute sollicitation étrangère, la possession des autres 2. Elles ont des citoyens enfin : mais le citoyen lié à son collège, lui et sa postérité , en quoi diSère-t-il vraiment de la condition de ces affranchis et de ces esclaves?
Ainsi le travail ne s'était répandu parmi les classes libres que pour y apporter les obligations des classes serviles. Mais ici encore le même principe doit aboutir à des con-
« ratos simili forma praocipimus revocari, etc. » (L. 2» C. Th., XIV, vu , De collegiatis,) Cette constitution ainsi partagée, comme cela arrive souvent, pour se prêter aux. divisions du Gode , selon les matières , est aussi de l'an 4i 2 , mais un peu postérieure à la k>i citée plus haut.
* A. osTiENsis (liberlas) asclepiades. . . corpori famiu^e pddlice « LiBERTOBDM ET SERVORUM. (Orclli, n° a85o.) Ccs aflrancbis , comme on le voit, retenaient encore , selon Tancien usage, le nom de la ville dont ils avaient été esclaves. (Cf. Varron, De lingua (atina, VIII, 83.)
* «Libertis quoque, si sollicitati fucrint, cum eadem forma civitati «reddendis.» (L. 5 (Constantin), C. J., VI , i, DefugiL) Une loi semblable, appliquée à Tlllyrie, étend à tous les afifranchis cette loi de contrainte : a In libertis etiam quos pari usurpationc susceperit , is «modus sit, quem circa liberos colonos duximus retinendum. » (L. un, (371), XI , LU , De colonis iliyricanis.) Et ia loi a déterminé plus haut la condition de ces colons : « Inscriiant terris. . . ita ut si abscesserint et ad «alium transicrint, rcvocati vinculis pœnisquc subdantur. »
séquences tout opposées, selon qu'on Tenvisage dans son application aux deux états, contraires en effet, de Thomme libre et de Tesclave. Cette loi de contrainte, qui diminuait la liberté du citoyen, réagit dans un autre sens pour ôter à la condition des esclaves quelque chose de l'arbitraire qui en est le fond. L'esclave restait la propriété du maître : il était compris dans le recensement de sa fortune et faisait, à ses dépens, la matière d'un impôt ^. Mais le maître, même à ce prix , ne gardait point sur sa personne un droit d'usage illimité. Il ne pouvait l'employer à tout : certaines réserves étaient faites en faveur de corporations qu'on voulait soutenir par le privilège, comme nous lavons vu des portefaix de Rome ; il ne pouvait en disposer pleinement : car c'était une partie de sa fortune , et l'Etat plus d'une fois défendit de le vendre, de peur que cette fortune, diminuée, n'oflfrît moins de garanties pour les obligations dont elle devait répondre^. Par là pourra s'effacer dans l'esclave un des principaux traits de sa condition, la mobilité au gré du caprice du maître : il sera lié à sa maison , comme le maître à son office, à son état; il sera fixé en son lieu , ni plus ni moins que l'homme libre.
Cette influence de l'administration impériale , qui , en étendant les servitudes de l'homme libre, diminue la
^ L. d , S 5 (Ulp. ), D. L, XV, De censibus. Et il ne s'agit pas seulement des esclaves rustiques. (Voyez 1. 4 , C. Th. , XIII, iv, De excusât- '"tificam.)
* L. 1 (386) etl. 2 (423), C. Th., XII, m, De prœdiis et mancipiis curialiumsinedecreto nonalienandis. Majorien exigea , pour qu'un curiale pût vendre un esclave , fapprobatîon de cinq des premiers de la curie. (Major. Nov. i, De cur, aynai.)
dépendance de Tesclave, n'eut pourtant pas, sur le service domestique , une action assez puissante pour le transformer. L'intérêt du gouvernement y est plus restreint, sa vigilance moins excitée, son intervention moins active. U en fut autrement de la famille rustique. Là se produisent dans toute leur énergie les raisons qui , partout, modifient le travail libre et le travail servile au profit de rÉtat. Le travailleur y sera tenu au sol : et ce que nous avons vu ailleurs nous a préparé à rétablissement de cette forme nouvelle qui, pendant si longtemps, fut comme une transition de l'esclavage à la liberté.