‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 101 sur 213 · Lucaiu, I · texte numérisé non relu

Lucaiu, I

quelques fonctions qui, par leurnature, échappaient le plus à l'œil du maître, s'y refusaient surtout, par exemple, celle des pâtres. Aussi avait-on pris à leur égard un parti tout contraire; on les choisissait parmi les plus éprouvés, et l'on ne cherchait à les retenir que par ce qui resserre les liens naturels de la vie, la famille, l'intérêt même, et une certaine liberté d'action*. Mais ces libertés exigées par la vie pastorale faisaient retomber sur les travaux des champs un plus lourd poids de servitude. On y vouait les esclaves de rebut; et comme, parleur caractère, par l'accablement de leurs travaux, ils étaient portés à fuir, comme ils y avaient bien des facilités sur ces terres et dans ces vignes, où les disséminait leur état, on les enchaînait*. Cette chaîne qui les retenait la nuit dans l'er^a^^ti/um, les suivait le jour à l'ouvrage, et ne les quittait jamais ; si bien qu'elle se tournait en quelque sorte en leur propre nature, et en faisait une race à part, « la race ferrée » (ferratile genus) *. fiaton en parle comme d'une chose ordinaire ; Varron, Columelle, comme ils ne trouvaient rien à y substituer, n'y trouvèrent rien à reprendre*, et Pline gémissait, moins

1. Varron, cité plus haut et des exemples dans Apulée, Met. VU, p. 155, et Vm, p. 164 (Ueux-Ponts).

2. Le camée antique reproduit au titre de cet ouvrage, donne, sons la forme d'un génie-enfant, Tirnage de Tesclave laboureur enchaîné.

3. Plante dans la MosUllaria, l, i, 18. On trouvait qu'ils finissaient par en prendre Thabitude : • Nécessitas fortiter ferre docet, consuetudo « facile. » (Sén. De tranq,animi, x, 1.)

4. Columelle, qui estime tant le bon vigneron, dit que les plus ha-^ biles sont souvent les plus mauvais esclaves, et il ajoute : c Ideoque « vineta plurimum per alligatos excoluntur. » (De re rmi. I, ix, 4.) Il proteste, d'ailleurs, ce que Ton croira facilement, qu'il aimerait mieux un bon serviteur aussi habile, et qu'il ne désire pas abandonner Tagricullure au rebut des esclaves ; mais il constate un fait. Quelquefois on se contentait de mettre au cou de Pesclave un collier avec une inscription qui pouvait le faire retrouver en cas de fuite. On lit sur

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dans l'intérêt de l'esclave que pour Thonneur de Tagriculture, d'y voir ces pieds enchaînés, ces mains flétries, ces fronts marqués ^ C'est ail nom des souvenirs du passé, au nom aussi de la décadence actuelle, qu-il proteste, en un autre endroit, contre cette funeste pratique : a La culture des champs par Vergastulum est détestable, comme tout ce qui est arraché au désespoir*. »

Une des suites de l'extension des propriétés et de l'accroissement des esclaves sur un même domaine, ce fut l'établissement d'un intermédiaire entre eux et le maître, je veux dire le régisseur du domaine ou villicus ; et ce changement devait exercer une influence directe sur leur état. En effet, le villicus était dans le domaine l'instrument qui communiquait à tous l'action du maître ; souvent il fut aussi le dépositaire de sqn autorité. Maître par son emploi et pourtant esclave par sa condition, c est lui qui avait la mission de répartir à ses compagnons de servitude ce qu'ils exigeaient de soins, ce qu'ils pouvaient accomplir de travail ; et ainsi, dans la vie de ce seul esclave, se retrouveront les traits qui expriment la condition commune de tous. Il nous importe donc d'étudier de plus près ce personnage ; et il figure au premier rang dans tous les traités d'agriculture : tous se sont appliqués à retracer les qualités qu'il doit avoir et les fonctions qu'il doit remplir, avec des nuances où se marque la différence des temps.

Caton s'arrête peu aux dispositions préalables; il va droit aux devoirs où les qualités s'éprouvent par l'application.

une lame pendue à l'un de cas colliers : pkobi et pro | bes rostri &{ervi) I DE ii4ssi ce \ lla binara ^ttnorta). (Orelli, n« 2867.)

i. • Al nunc eadem illa vincti pedes, damnatse manus inscriptique a vullus exercent. • (Pline, XVHl, iv, 4-5.)

2. « Coli rura ab ergastulis pessimum est, et quidquid agilur a des- « perantibus. i» (Ibid, vu, 4.)

LES ESCLAYES DAMS LA FAMILLE. SIS

Le régisseur doit rester, malgré cette apparence de commandement, docile au maître, même aux amis du maître, docile avec intelligence, accomplissant ponctuellement ses ordres, et allant au delà de ses ordres jusqu'à prévenir ses intentions ; respectant le bien d'autrui, gardant le sien ; prêtant peu, empruntant avec réserve : car les emprunts sont réciproques. Il lui veut de la conduite, de la sobriété ; point de repas au dehors, ni de parasite à la maison ; point de sacrifice hors de saison, ni de devins, ni d'aruspice. Qu'il soit toujours au milieu des esclaves, arbitre de leurs querelles, juge de leurs fautes, les détournant du mal, par la satisfaction de leurs besoins légitimes et par l'exemple, les tenant en haleine, châtiant leur négligence, encourageant, récompensant leur activité. Lui-même, quoique préposé aux travaux, il convient qu'il s'y mêle, pour mieux connaître ses gens et s'en faire mieux connaître ; « d'ailleurs, ajoute Caton, avec ces habitudes, il sera moins tenté de courir, il ne s'en portera que mieux et dormira mieux. » Du reste, les heures de sommeil lui sont comptées : il faut qu'il soit le premier levé, le dernier couché; car il doit gouverner le repos comme le travail de la famille ^

Au vUlicus^ pour l'aider et aussi pour l'enchaîner dans ses fonctions est donnée la villica. C'est à elle qu'il appartient d'entretenir et de ranger la métairie, de veiller aux soins intérieurs, de s'occuper des repas de tous les jours, comme des provisions de l'année. C'est à elle, surtout, que le maître défend les visites à faire ou à rendre, la fréquentation des voisines, et autres commérages, les festins, les promenades au dehors, les sacrifices et toute autre superstition. Son dieu à elle, c'est le dieu du foyer, le dieu Lare :

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