Plaute, Aiin. II, ii, 554 ; cf. ibid, II, iv
clairières, les troupeaux confiés à sa garde, les esclaves patrons d'une boutique ou d'un bateau, chefs d'atelier ou commis à quelque autre négoce, auraient pu se croire librçs, si ce mariage dont on leur laissait la jouissance, cette propriété dont ils avaient Tadminisl ration, tous ces actes par lesquels ils se mêlaient à la vie civile, n'eussent été de pures fictions, sans autre réalité que la tolérance, sans autre principe que la personne du maître. Us n'en trouvaient pas moins certaines libertés dans les fonctions qui les éloignaient de sa présence ; d'autres, au contraire, tenaient certains privilèges des soins mêmes qui les en rapprochaient ^ Dans l'habitude de celte intimité, ils pouvaient prendre sur son esprit quelque empire : et alors c'était pour eux qu'étaient les prévenances de ces nobles ambitieux qui briguaient son suffrage', ou encore les petits présents de ces pauvres clients qui sollicitaient son appui'. Un esclave d'Adrien se promenait sur la place pu-
i . « Mon nouveau maître, esclave d*un homme fort riche, était cuisinier ; il avait un frère, esclave comme lui, dont le talent était de pétrir du pain et de faire des gâteaux de miel. Ces deux frères habitaient ensemble, reposaient dans la même chambre, et avaient tout mis en commun, jusqu'aux instruments dé leur métier.... Après le souper de leurs maîtres, ils apportaient tous deux les restes du repas : run« des viandes, Tautre des gâteaux. Ils m'établissaient le gardien et allaient au bain. » (Lucien, l'Ane, 46.) — Pline se plaint du luxe de certains esclaves : « ^ec non et scrvitia ferrum auro cingunt ; alia per « sese mero auro décorant. » (XXXIII, vi, 7.)
2. César, dit-on, flattait ainsi les affranchis et les esclaves de ceux qu'il voulait gagner. (Suét. Cœsar, 27.)
3. Pr«stare tributa clientes Gogimur et cultis augere pecuUa serTis.
(Juvén. III, 188.) Citons encore ce texte de Lucien, que nous avons aussi réservé pour Home, où il doit avoir principalement son application : c Le premier valet qui aura entendu le maître délibérer sur le présent qu'il se pro- [)o^e de vous faire accourt aussitôt vous apprendre cette bonne nou-
blique, ayant à ses côtés deux sénateurs ^ Mais, même aux degrés les plus élevés de Tesclavage, il ne faut plus rien chercher de cette familiarité qui jadis put régner dans l'isolement de la \ie rustique. Le maître, à la ville, se trouvait parmi ses égaux, et ce niveau de la cité, élevé si haut au-dessus de la foule des étrangers et des clients, laissait bien bas les esclaves : il dut garder dans ses rapports avec eux quelque chose de cette hauteur et du mépris qu'elle inspirait ; et d'ailleurs, si la distance fut quelquefois franchie, cela n'arriva jamais, on le comprend, qu'à l'aristocratie de la maison, à la classe qui s'élevait, comme dans toute société, au-dessus des autres, par le talent, quelquefois, et, le plus souvent, par la faveur. Or, dans cette faveur, que de mélange !
C'est généralement à cette classe que se rapportent les personnages de la comédie ; et les auteurs latins, auxquels nous avons dû revendiquer, dans le livre précédent, la part qu'ils ont ravie à la Grèce, sont encore assez riches de leur
velle et reçoit de vous une bonne récompense de son zèle. Le lendemain treize autres valets viennent vous apporter le présent; chacun fait valoir ce qu*il a dit en votre faveur, les conseils qu'il a donnés, le soin qu'il a pris de choisir ce qu'il y avait de plus beau. Us ne se retirent qu'après avoir reçu quelque graliflcation ; encore ont-ils Finsolence de murmurer sur ce que vous ne leur donnez pas davantage. » (Des mercenaires^ 37 ; Irad., t. H, p. 182.) Aussi le législateur des Saturnales, dans Lucien, a-l-il soin de prescrire, pour les présents de ce temps- là, « qu'ils ne seront portés que par trois ou quatre serviteurs des plus Gdéles et déjà avancés en âge, et qu'ils retourneront à leur demeure après avoir bu seulement une coupe de vin, sans rien demander de plus. » (Crono$olony 15.) Ammien Marcellin parle encore de ces nomenclateurs qui vendaient, à prix d'argent, la faveur d'être admis dans les distributions de leurs maîtres. (XIY, 6, p. 24-25.)
1. L'empereur (mais c*élait Adrien) le Gt souifleler avec cet avis : f Noli inter eos ambulare quorum esse adhuc potes servus. » (Spart. Adr. 21.)
propre fonds pour prêter à la peinture de Tesclayage à Rome des traits et des couleurs où respii»e la vérité.
Sans doute cette intrigue, quelle qu'elle soit, ces relations qu'elle suppose ou qu'elle amène, tout ce fond des comédies enfin n'était pas encore bien romain, au temps où elles furent représentées; et la preuve, c'est que le peuple désertait, pour le cirque, le théâtre de Tércnce, où il ne ti*ouvait plus cet esprit national, cette verve grossière de Plante qu'admiraient tant leurs bons aïeux. Mais on ne peut douter que les Romains n'aient fait, dès lors, un premier pas vers ces mœurs étrangères, surtout ces riches, grands propriétaires d'esclaves, qui composaient l'aristo* cratie. L'introduction du théâtre grec parmi eux prouve au moins un commencement de sympathie et de communauté d'habitudes ; sous cette forme romaine de Plaute et de Térence, il put hâter leur éducation. Ainsi il y avait à Rome, moins généralement qu'en Grèce, mais il y avait pourtant déjà, au temps de Plaute, de jeunes dissipateurs qui, pour mettre l'habileté de leurs esclaves au service de leurs passions, s'asservissaient à eux, prêts à acheter leur concours par les plus viles complaisances, comme Argyrippe auprès de Liban et de Léonidas, dans cette scène de TAsinaire que nous avons déjà citée. Il y avait de ces vieillards qui souillaient par de honteuses passions la dignité de l'âge et des plus hautes magistratures ; qui, pour les satisfaire, se mettaient à la discrétion de leurs esclaves, leur commandaient le vol, leur permettaient l'insulte contre eux-mêmes : « Te voler ! quelle plaisanterie ! lu veux que je dépouille un corps nu : à moins que tu ne commences par voler ta femme ' ! » ignominies et bassesses trop sou-
1« Maxumas ntigas agis :
Nudo detrahere ve^timenta me jubés...
vent impuissantes à les tirer d'embarras. C'est bien la matrone romaine qui vient surprendre le vieil impudique aux pieds de sa maîtresse et le flagelle quatre fois de ces retentissantes paroles : <c Debout, amoureux, à la maison» surgCy amatovy i domum *; » et c'est un peu au peuple romain que Piaule pr6tend adresser sa leçon par le chef de la troupe : « Si ce vieillard, à l'insu de sa femme, est allé satisfaire sa fantaisie, il n'a rien fait de nouveau ni d'étonnant, ni autrement que ne font les autres*. » Leçons dures à recevoir et données pourtant : il suflisait d'en voiler la forme. Le peuple romain voulait bien qu*on le jouât, mais seulement sous le costume grec ; et il ne se fâchait pas de voir soulever un coin du manteau, quand le rideau allait couvrir la scène.
Ces libertés, que les esclaves savaient prendre sur certains maîtres, leur étaient données à tous et par tous les maîtres, en de certaines occasions, en ces fêtes où Ton se plaisait à oublier leur état, et que la coutume des peuples jetait, à de rares intervalles, dans le cours de la vie servile. Nous en avons montré les premiers exemples en Orient en Grèce ; mais c'est à Rome qu'on en retrouve la plus célèbre application, aux fêtes de Saturne, qui avait ramené l'âge d'or dans le vieux Latium, et aussi aux fêtes de Servius TuUius, qui avait ramené dans Rome les jours sacrés
Kisi quid tu porro uxorem defrudaveris.
(Plaute, Asin, I, i, 76.)
i. Plaute, i4«n. V, 2, 898.