‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 120 sur 213 · Dion Cass. LIV, 5, p · texte numérisé non relu

Dion Cass. LIV, 5, p

4. f Invenit in hoo animali documenta sœvitiœ Vedius Pollio, eqiies

de quelque maladresse : on sait Thistoire de celui qui, condamné à ce genre de supplice pour avoir laissé tomber un vase de cristal, dans un feslin où se trouvait Augusic, vint se réfugier aux pieds de Fempcreur, lui demandant pour toute grâce de ne pas ôtre mangé (ne esca fierel) \ Augusie indigné fit briser tous les cristaux de Védius, etpardonna à Tesclave. Mais condamna-t-il le maître, et prévintil par quelques mesures le retour de semblables abus? Et de quel droit sefût-il montré plus sévère? Lui-même n'avaitil pas fait crucifier au mât de son vaisseau son homme d'affaires, Éros, pour avoir eu la fantaisie de rôtir et de manger une caille, fameuse par ses victoires dans ces combats dont les Romains étaient si passionnés*? Pourquoi donc ne verrait-on pas une image fidèle de la réalité dans ces tableaux que la satire nous a retracés des mœurs du premier siècle deTempire? ces fureurs, ces coups, à propos des fautes les plus légères^; cette insensibilité de laniste, jusque dans l'âme d'une femme, avec plus de caprice encore dans les motifs et dans les formes du châtiment ; des bourreaux payés à l'année, et la matrone prenant part à l'exécution,

<( romanus, ex amicis divi Augusti, vivariis eorum immergens damnala a mancipia, non tanquam ad lioc feris terrarum non sufBcientibus, sed 4 quia in alio génère (otum pariler hominein distralii, spectari non < poterat. » (Pline, HUL nat, IX, xxxix, 2.) < Ohominera mille mortiff bus dignuni ! sive devorandos servos objiciebat mursenis, quns esurus » eral, sive in hoc tantum itlas alebat, ut sic aleret. • (Sénèque, De clem. l 18.)

1. « Ne esca fieret, nihil aliud peliturus, quam ut aliter periret. » (Sén. De ira, lU, 40. Cf. Dion Cass. LIV, 23, p. 752-753.)

2. Plut. Apophth, d'Aug, 4, p. 207. Voyez Burigny, Mém.cité. (Acad. des Inscript. XXX, p. 335.)

5. Horace, Ep, II, n, 133; Properce, IV, vn, 4; Martial, XIV, lxtiii; IVrse. V, 125 : Cf. Sénèq, De ira, II, 25, et Ep. XLYH, 2 : • Virga niurmur omne compescitur ; et ne forluita quidem verberibus excepta sunt, tussis, sternulamenta, singullus, etc. •

LES ESCLAVES DANS LA FAMILLE. Ub

sans cesser pour cela de se mellre du fard, d'écouler ses amis, d*adinirer la frange d'or qui rehaussait Téclat de sa robe : moins vile lassée que les bourreaux'; la mort enfin prodiguée comme les coups et sans plus de motifs :

Qu'on pende cet esclave. — 0 ciel, quel est son crime, Qui l'accuse? pourquoi vouloir une victime? Produisez des témoins et daignez l'écouter; Cet esclave est un homme, et l'on doit hésiter. — Un esclave est un homme! Ah! quelle extravagance! Qu'il meure, je le veux. Que fait son innocence? J*ai parlé, taisez-vous ; ma volonté suffit. J'ordonne, obéissez*.

Ce serait aller au delà de la pensée de l'auteur, ce sérail exagérer la valeur historique de la satire, que de faire la société tout entière à Timage des caractères qu'elle fléiril. Mais que, dans cette impunité de Tarbi traire, dans ce silence de lu loi, des maîtres aient porté jusqu'aux dernières limites de l'abus leur droit de vie sur leurs esclaves; que, par

1 . Si nocte maritus Aversus jacuit, periit libraria; ponunt CosmeUe tunicas ; tai*de yenisse Liburnus Dicitur, et pœnas alieni pendere somni Cogitur. Hic Irangitferulas; nibet ille flagello, llic scutica. Sunt quse tortoribus annua pi^œstent. Verberat atque obiter faciem Unit ; audit amiccht , Aut latum pictœ vestis considérât aui*um.

Et csedit, donec lassis csedentibus, a exi» Intonet horrendum, jam cognitione peracta. PnT>fectnra domus Sicula non mitior aufa, etc. (Juvén. VI, 475-485.)

2. Pone crucem servo. — Meniit quo crimine serrus Supplicium? quis testis adest? quis detuiit? Audi : Nulla unquaro de morte hominis cunctatio longa est. — 0 démens, ita servus homo estl nil fecerit, esto : Hoc Tolo, sic jubeo, sit pro ralione Toluntas.

(Juvén. VI, 219-225.)

. La traduction est du baron Méchin. — Voy. la note 33 à la fin de «*.e volume.

240 LIVRE H. CHAPITRE YI.

exemple, la cruauté, chez eux, ait pu aller jusqu'à s'assurer de leur silence en leur coupant la langue*; que la superstition ait osé chercher des indices abominables jusque dans les entrailles de leurs enfants* : qui pourra le nier, contre la simple affirmation de la satire, quand Pline rapporte qu'on voyait, à l'amphithéâtre, des hommes boire du sang de gladiateur, pour chercher dans ce breuvage, où fermentait encore la vie, un remède aux atteintes du haut mal ! Spectacle, ajoute l'auteur, dont on se détourne avec horreur, quand il est donné par les bêtes féroces dans la même arène. Mais pour eux, ils pensent que rien n'est plus efficace que de le boire, chaud et respirant encore, à la. source même de l'homme, et de recueillir comme le souffie de l'âme aux lèvres delà blessure' !

i. Martial, II, Lxxxn, 1.

Page 1