‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 126 sur 213 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

mPLUENGE DE L ESGLAYÂGE SUR LES CLASSES SERVILES.

Une double influence dominait toute la vie de l'esclave, V l'influence générale de son état : Tesclave n'est rien, rien qu'une chose sous la main qui le possède; et 2® l'influence particulière de son maître : le maître est tout pour lui ; sa parole est la loi, et ses ordres, le devoir. La première de ces deux conditions lui ôtait le fondement de la moralité humaine ; la seconde lui imposait les obligations d'une sorte de moralité domestique : l'esclave n'a plus en lui de règles de conduite, c'est au maître qu'il doit les demander.

Or quelle était cette morale du maître, et de quel principe faisait-il dériver les devoirs qu'il imposait à ses esclaves ?

Tout se ramenait à la loi qui gouvernait, en quelque sorte, leur condition dans son domaine : la loi de Tintérét.

Llntérét du maître pouvait prescrire au serviteur quelques vertus : il n'exigeait pas seulement, en effet, qu'il eût de la santé et de la force, les qualités du corps ; il voulait en même temps certaines qualités morales, comme garan-

tie de l'utile emploi des premières. A quoi bon la santé eu lui, s'il est paresseux? A quoi bon ses forces, même ses forces régulièrement employées au travail, s'il en dissipe les fruits? Caton retranchait également de son estime un esclave ou un sol productif, dont les produits étaient absorbés par les frais d'entretien*. Aussi attachait-on une importance capitale à ce point ; et si, pour conserver en bon élal les forces des hommes de peine, on se résignait à des ménagements, même coûteux, on ne devait point épargner les exhortations et les conseils faciles, pour développer en leur âme ces qualités sans lesquelles les autres n'étaient rien. Cest ce qu'observèrent Caton, Varron etColumelle, quand ils retraçaient les devoirs de la famille et particulièrement du villicus^ dont l'action, substituée à celle du maitre, se faisait sentir directement à l'exploitation tout entière. Ils ne lui imposaient pas seulement des fonctions à remplir, mais des vertus à pratiquer : docilité, vigilance, application, économie; et les mêmes leçons se répétaient au théâtre pour les esclaves en général. « Il m'a acheté, disait l'un, pour lui obéir et non pour lui commander*. — L'esclave, disait un autre, doit apprendre à tout savoir et à ne rien dire*, — L'esclave doit avoir un frein a ses yeux, à ses mains, à sa bouche*. — Le modèle des

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