‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 132 sur 213 · Egone te joculo modo ausim dicto aut facto faUere · texte numérisé non relu

Egone te joculo modo ausim dicto aut facto faUere

— Egon' abs te ausim non cavere, ne quid committam tibiî

— Quia (ibi unquaro quidam, postquamtuus sum, verborum dedi?

— Ego enim cavi recte; eam mihi debeo gratiam atque animo meo : Sat sapio, si abs te modo uno caveo.

(Plaute, Motlell. III, m, 865.)

4. Le même Tranion dans la Mostellaria; Pseudolus dans la pièce de ce nom (V, n, 1277); Chrysale dans les Bacchis (IV, ix, 1019).

5. Quid ergo faciam? Deisne advorser? Quasi Titan cum diisbelligerem?

(Piaule, Pers. I, i, 25.)

Il les invoquera lous au besoin, le dévot personnage ! Sa mémoire possède tout le catalogue des divinités de ses deux patries, pour donner plus d'autorité à ses serments: « Que Jupiter, Junon, Gérés, Minerve, Latone, l'Espoir, la Bonne Forlune, la Vertu, Vénus, Castor, PoUux, Mars, Mercure, Hercule, le roi des Mânes (Summanus), le Soleil, Saturne et tous les dieux me soient en aide, comme il est vrai... » et tout est faux*. Mais qu'est-ce que le parjure pour lui? C'est l'affaire de sa langue, de la langue sa bonne patronne ^

On devine le Grec, à cette légèreté avec laquelle il se joue de ce qu'il y avait de plus sacré dans le cnlte et dans le droit de Rome. Ce sont bien, dans les excès qu'il se permet en l'absence du maître, les habitudes de la licence athénienne; et les serviteurs vraiment romains, que l'on retrouve.à la campagne, le marquent [expressément, quand ils disent à ces débauchés : « Buvez jour et nuit, failes les Grecs'. » Ils sont donc Grecs encore ; mais leur maître peut bien être Romain. Les Romains, qui s'initiaient à la civilisation hellénique, devaient, d'ailleurs, bien plus facilement subir l'ascendant de ces Grecs, leurs esclaves ; car le mot d'Horace est vrai dans l'acception la plus étroite: ce n'est pas seulement la Grèce captive, avec la séduction de ses lettres et de ses beaux-arts, c'est le Grec es-

i. Ut jurât ! servat me ille suis perjuriis.

(Plaute, Bacch, IV, tui, 843.) 2. ... Nam si quid sceleste fecit, lingua pro iilo pejerat.

(Plaute,il*m. II, u, 276.) 5. Nunc dura tibi lubet licetque, pola, perde rem, Com*umpe herilem fiiium, aduiescentem optumum, Dies nocteisque bibite, pergrœcamini, Arnicas emite, libérale, pascite Parasites, opsonate pollucibiliter.

Hsccine mandavit tibi, quom peregre hinc lit, senex? (Plaute, Moêtell, I, i, 20.)

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clàve qui, par ses qualités et par ses vices, s^empara du farouche vainqueur. Et quand celui-ci, prenant aux mœurs de cette contrée ce qu'elles avaient de dissolution et de détours, eut besoin, pour s'en tirer, del'haliiletédeson esclave, quel triomphe pour le vaincu ! Al »rs les rôles changent ; car, sur ce lorrain, l'esclave est maître. Il faut qu'on le supplie, il Taut qu'on le courlise. Il cédera pourtant, et il paraîtra se dévouer encore^ ; mais, en réalité, ce dévouement lui coûte peu: car il y a dans le mal quelque chose qui l'attire; il y a, de plus, dans cet appel de son jeune maître, comme un hommage rendu à sa supériorité: Cette sup riorité, Plante la lui assure avec éclat, parla fécondité de l'invention et la ver\e de la mise en scène. En laissant à l'imitation de la Grèce, dans VAsinaire, dans les Bacchis, cette série d'intrigues qui forment comme le tissu de la pièce primitive, on peut cependant retenir, comme vraiment ilomicilices à Rome, ces physionomies si expre^^sives des Liban, des Léonidas, des Chrjsale, avec leur finesse h concevoir un plan, leur audace à lexécuter, leur présence d'esprit, leur habileté à rallier toutes ces ruses, api'ès un échec, pour les ramener à la virtoire ; et quel mépris pour les petites inventions, quelle ambition des grandes! c'est toute une Iliade de stratagèmes. Aussi, Chrysale rappelle-t-il avec complaisance le siège de Troie, quand, semblable à Ulysse et à ses compagnons, il s'abandonne à l'ennemi pour mieux s'en emparer \ Dans les

i . Paliar ego istuc quod lubet.

Dum tibi ego placeam aique obseqnar, meum lergum floccifaclo.

(Epidic. l, u, 140.)

Cf. ibid. III, 327, et Asin. I, u, 106. 2. 0 Troja, o patria, o Pergamum, o Priame! periisti, senex.

Ego sum Ulysses, quojus consilio hsec genintur ;

Tum quœ lieic sunt scribtte literse, ho ^ in equo insunt mililes. • (Plaute, Bacch, IV, ix, 884, et la scène tout entière^)

INFLll£NC£ SUR LES CLASSES SERYILES. 265

pièces qui ne sont point expressément rapportées à la Grèce* bien que plusieurs traits y marquent encore l'imitation, on peutdonc, à plus forte raison, attribuer encore à la famille urbaine les Milphion (diiPcsnulus)^ les Tranion (deh Mo8tellaria)y les Ëpidique, les Pseudolus, tous ces esclaves qui, malgré les obstacles, grâce aux mille évolutions de l<ur esprit de ruse, mènent en vainqueurs Tintrigue au dénouement.

11 n'y avait pas seulement inclination au mal, il n'y avait pas seulement envie de supériorité et satisfaction d'amour-propre dans ces machinations où l'esclive se jette enti^e un père et un fils de famille : il y avait encore le secret plaisir de compter dans leui*s rapports à d'autres titres que ceux d'instrument ou de simple chose; il y avait aussi cette double jouissance de se faire de l'un une dupe et de l'autre un complice, un allié, et quelquefois même un esclave : et s'il faut laisser à la Grèce cette familiarité habituelle du serviteur avec le maître qui ne lui doit rien, il faut regarder comme également ordinaire à Rome ce ton d'égal, ce ton de supérieur, qu'il prendra en face du maître lié à lui par les ODligations du vice. C'est un trait de caractère que Plante s'est appliqué à mettre en saillie par les plus vives boutades et par les meilleurs tours. Avec quel dédain l'esclave accepte les compliments de celui à qui pourtant il appartient ! avec quel sans-façon il répond à ses avances * ! avec quelle brusquerie il coupe court à ses questions : « Ah ! ton bavardage m'ennuie, tu m'assommes M » Quel plaisir il prend à irriter son impatience, à tromper sa curiosiié ! et comme il se rit

1. Cedo tuam mihi dexteram, agedum, Âcanthio ^Ucm! dabitur, lene.

(Merc. I, u, 147.)

2. Mercai, I, u, 153. « Je ne connais pas d*homme plus emporté que loi, » répondait plus haut son maître à une autre insolence. (Ihid, U9.}

de son désespoir * ! Ce sont amusements d'esclaves : et il était bien juste que les maîtres, dont ils servaient les plaisirs, en fissent les frais à leur leur *.

Voilà ce qui, dans les scènes de Piaule, semble appartenir séparément ou en commun à la Grèce et à Rome. Ce sont des mœurs grecques, mais déjà transplantées en Italie et mêlées aux habitudes des plus nobles familles, comme le théâtre de Plante est le théâtre grec animé du génie romain. La scène est donc restreinte encore ; et, si Ton doit appliquer à la masse des esclaves à Rome, comme en tout pays, cet ensemble de mœurs qui résultent des principes essentiels de Tesclavage, il ne faut pas encore leur prêter^ dans une sphère d'action bien étendue, ces nuances plus fines de caractère, et, en particulier, ce savoir-faire, cet esprit d'intrigue qui leur eût donné, comme sur ce théâtre, la part principale d'action dans la famille, et une sorte de domination sur tous les détails de la vie privée : ce sont les exceptions. Mais les exceptions vont se multiplier, la scène ira s' agrandissant ; et bientôt les tableaux du comique seront d'une application presque générale. Aussi, quand on prend l'esclavage, non point à l'époque précise de la vie du poète, maisdans une période plus large, on peut, sauf quelques restrictions marquées plus haut, retrouver l'image fidèle de la classe servile dans les scènes de son théâtre. Ovide ne proclamait-il point la vérité tout actuelle encore, pour son temps et pour son pays, des pièces de Ménandre, quand il s'écriait :

Dum fallax servus, duras pater, improba lena Vivent, dum meretrix blanda, Henandros erit'.

i . Qui potuit videre? — Oculis. — Quo pacto ? — Hiantibus, etc.

{Ibid. 180.) 2. Voyez encore les BacchiSy H, n, 160 et 167, et lY, iv, 654; Pœnul. I, I, 75 et 84, etc.— 3. Ovide, Amoi\ I, xv, 17.

Rome, en effet, en prenant à la Grèce et en augmentant dans de plus vastes proportions tout cet appareil de la famille urbaine, avait dû l'accepter aveô tous ses vices. Ce furent les mêmes habitudes de paresse, de gourmandise, d'ivrognerie, de vol, parmi ce nombreux domestique ^ ; même curiosité à Tintérieur, même indiscrétion au dehors' même corruption. « Si je mens, dit Sosie, je ne ferai que selon mon habitude' » ; et Mercure quand il prend sa figure, sait que, pour compléter la ressemblance, il doit se faire en même temps mauvais] drôle, rusé, astucieux et poltron^. Voyez ce personnage nouvellement amené dans la ville et qui deviendra si important, le cuisinier ; il y arrive tel que l'avaient fait déjà les raffinements d'une civilisation blasée qui a démesurément exagéré sa valeur, bavard insipide et glorieux : c'est déjà le cuisinier fanfaron'. Le cuisinier répudiait cet esclavage dont il retenait tous les vices, et rapportait son origine à Cadmus, qui enleva du palais de Sidon la belle Harmonie. Il eût volon-

1. c Ât nunc cibi quoque ac potus annulo vindicantur a rapina. Hoc c profecere mancipiorum legiones, et in domo turba externa, ac senof mm causa nomenclator adhibendus. b (Pline, XXXIU, vi, 9. Cf. Horace, Sat. I, ni, 80, et U, it, 79.)

2. Vlyendum recta... ut linguas mancipiorum Contemnas; nam lingua, mali pars pessima servi.

(JuTén. IX, 118.) !>• Si dixero mendaciura, solens meo more fecero

[Amphitr. I, i, 43.) 4« Itaque me malum esse oportet, callidum, astutum admodum.

{Ibid, 112.) NuUus est hoc meticulosus œque.

(Ibid. 138.) Sosie, à son tour, se reconnaîtra en cet autre lui-même, s'il lui trouve le dos labouré de coups de fouet :

Si tergum cicatricosum, nihll hoc simili 'st similius.

{Ibid. 290.) 5. ÀXaÇcvixôv ^é ion irâv to t&v (ta'^eipov ^ûX&v. (Athén. YH, p. 290, b et suiv. et les diverses citations d*Uégésippe, de Nicomachus.

m IIVUE ÎI. CIIAPITHE VII.

tiers revendiqué pour la cuisine les prod»ges de l'art d'Orphée, l'honneur d'avoir répandu les premiers germes de la civilisation dans la Grèce. C'est l'art de la cuisine qui avait fait passer les hommes de l'anthropophagie à une nourriture plus honnête. Ce grand art gardait la présidence des festins et des sacrifices, et comptait dans sa clientèle le plus grand roi des Grecs, Agamemnon ; la plus grande magistrature de Rome, la censure. Le censeur, frappant les victimes avec la hache, n'aidait-il pas à l'œuvre du cuisinier*? Ces hautes prétentions ne lui ôtent rien de son esprit rapace : « Où trouver un cuisinier qui n'ait des serres d'aigle et de vautour ^'i » Ce n'est pas seulement l'avare de Pluute qui se désolait d'avoir introduit dans sa demeure, si près de sa chère marmite (la marmite où il a caché son trésor), « ces Rapacides, ces hommes à six mains, vraie race de Géryon, qui défieraient l'homme tout œil. Argus' ! » Partout on se récric contre leurs habitudes de vol ; et, au fond, c'était comme le caractère essentiel de la classe servile. Le mot /wr, qui passa au voleur, appartint d'abord à rcsclave. Virgile le lui donne encore par Un archaïsme qui ne convient pas mal à ses cgiogues.

1. Voyez Athén. XIV« p. 658-660, et d'autres citations analogues de Posidippe, de Sosipatre et d'Alexis, ibid, IX, p. 576 et suiv.

2. An invenire postulas quemqudin cocum, Nisi milvinis aut aquiUnis uiigulis?

(Plaute, Paeud. lU, ii, 841.)

?. Quasi negoti nil siet,

Kapacidarum ubi tantum siet in sedibus

(Aulul. 11. VI, 32.n.)

Cf. II, IV, 278, 284 et 500, et III, vi, 509 :

Intromisisti in sedes quingenlos cocos, Cum senis manibus, génère Geryonaceo :

Quos si Argus servet, qui oculeus totus fuit U nunquam servet^

INFLUENCE SUR LES CLASSES SEKYlLES. 260

dans le langage de ces bergers comme on n'en voyait plus : Quid domini faciant, audentquum taliafures*?

Mais depuis longtemps les esclaves ne le retenaient plus que comme qualité. C'est à ce titre que Plaute voudrait le reporter spécialement à la gerit culinaire ; il voudrait qu'on nommât place farine le marché où on la louait, le forum coquinurriy la place coquine^ : le changement se flt, non pas dans le nom du lieu, mais dans la valeur du nom ; et notre langue, en le prenant au latin vulgaire, ne lui connaît plus d'autre sens.

La joueuse de flûte, la courtisane, autres accompagnements d'un feslin à la grecque, sont des personnages pris aux mêmes sources ; et nous avons pu, au livre précédent, afin de les replacer sur leur théâtre originaire, emprunter à Piaule quelquos'uns de ses traits. Mais ces physionomies, quoique étrangères, n'étaient pas non plus inconnues à Rome. On les y retrouve avec les traits de leur caractère, aimant plus que toute autre chose la parure, la bonne chère et le vin' ; ou bien encore courtisanes de bonne compagnie, si pleines de mépris pour la foule immonde des prostituées de bas étage, qu'elles trouvent à peine, pour l'exprimer, assez de termes dans les deux langues : Servolorum sordidulorum, scorla diobolaria, etc\

1. Ed. m, 10. Si le portier ne veillait sur les esclaves, les biens de la maison, au dire de Fronton, étaient fort compromis. (Corn. Fronton, A ses amisy lettres grecques i, 2, p. 268, éd. Âng. Mai.)

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