‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 134 sur 213 · Plaute, Menœchm. Y, vi, 874 (trad. de M. Naudel · texte numérisé non relu

Plaute, Menœchm. Y, vi, 874 (trad. de M. Naudel

encore des élrivières. Tant que je saurai me gouverner, elle sera parfaitement à Tabri des coups qui pleuvent sur les autres, sans pleuvoir sur moi. En effet, le maitre est ce que les esclaves veulent qu'il soit : bon avec les bons, méchant avec les méchants. Voyez chez nous : Ce ne sont que de mauvais garnements, prodigues de leur pécule, porteurs de bastonnade. Quand on les demande pour aller chercher le maître en ville : « Je ne veux pas, tu m'ennuies, je sais « ce qui te presse : il te tarde de faire un tour en certain a lieu. Par Hercule! fu peux sortir, bonne mule, pour aller « pâturer. » Voilà ce que j'ai remboursé pour mon zèle, et je suis parti avec cela. Maintenant, je suis seul, d'une foule d'esclaves, qui vienne chercher le maître. Demain, lorsqu'il apprendra ce qui s'est passé, il les corrigera, dès le malin, avec la dépouille des bœufs. En somme, je ne donnerais pas aillant de leur dos que du mien. Ils deviendront tailleurs de cuir avant que je sois cordier *. »

La morale n'était donc plus pour eux que de la politique et du calcul. Les plus sages pesaient les inconvénients et choisissaient le moindre mal*, et le maître ne pouvait qu'ajouter de plus en plus au châtiment pour l'élever audessus de l'audace de ces rebelles ; mais, si grand qu il le fit, il n'était pas toujours capable d'y atteindre, ni de contenir cette force d'instinct qui les poussait hors des gènes #

1. MosUlL iV, I, 875 ((rad. de M. Naudet). Le poêle prôte ce langage à Phanisque, Tesclave vertueux du débauché Callidamale. Ainsi encore il fait dire à Strobyle, dans VAulularia, IV, i, 557 :

Qui ea curabil, abslinebil censione bubula ;

Nec sua opéra rediget unquam in splendorem conpedei>.

t2. Non a me scibas pistrinum in niundo tibi,

Quora ea mussitabas? — Scibam. — Cur non dictum 'st mibi? — Quia iiiud malum aderat, istuc aberal longius; Ulud erat prîcscns, huic eraiil diecuhe.

(IMaute. Pseudol. l v, 487.)

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de l'esclavage. Cet entraînement au mal, supérieur à tous les obstacles, est un des trails de caractère le plus rudement marqués dans Plaute ; et ici il n*avait rien à demander ni à la Grèce, ni aux imitations romaines de la Grèce : il pouvait s'mspirer du fond même dis usnges romains. C'est à Rome surtout que la dureté delà coutume dutamenercct endurcissement des esclaves. Là, plus que partout ailleurs, ils purent étaler ce mépris du danger qu'ils empruntaient aux habitudes belliqueuses de leurs maîtres, pour l'appliquer dans leur sphère au seul danger dont ils fussent menacés, au châtiment; et cet héroïsme du mal, et cette humeur railleuse qui, en se jouant du supplice, en amortit l'atteinte et en détruit la sanction. Les coups de bâton sont comme une monnaie qu'ils escomptent volontiers pour la moindre affaire. N'est-ce pas le pécule du mauvais esclave^? Mais ce ne ^ont encore que bagatelles: qui s'an^use à tenir registre décela*? C'est dans les bagnes de la discipline domestique qu'ils vont chercher leurs états de service; ils comptent, en quelque sorte, comme autant de campagnes, leurs envois au moulin, et comme des grades les charges qu'on leur y imposait : attaché au ministère des meules^ huissier à verge^. A l'exemple de ces maîtres si fiers d'ajouter à leurs noms un nom tiré de leui's conquêtes, c'est aux supplices qu'ils demandent leurs titres de noblesse ; et il semble, en effet, qu'il y ait plus d'honneur que d'outrage dans ces noms dont ils aiment à se saluer, comme en cette rencontre de Liban et de Lconidas, dans YAsinaire :

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