‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 146 sur 213 · Tite Live, XXXII · texte numérisé non relu

Tite Live, XXXII

2. c Ëtruriam infestam pi^pe conjuratio servorum fecit. » (Ibid, XXXm, 36.)

3. c Magnus motus servilis eo anno in Apulia fuit, etc. (Ibid.j XXXIX, 29.)

202 LIVRE II. CHAPITHE Vlll.

vait dans son organisation pour les combatlrc. Il y nvail pourtant dans cette lutte quelque chose d'inquiétant pour rËtat; car ces mouvements, si limitt^s qu'ils fussent, étaient des appels à Tesclavage. Ils ne pouvaient pas tenir Rome en échec sur un seul point, sans danger pour la masse ; et il y avait telle partie de la république où une situation plus isolée et une moins forte surveillance, un nombre plus considérable d'esclaves et un joug plus dur pouvaient multiplier les occasions de révolte et les chances de succès : telle était la Sicile. C'était là que devait cclalcr tout ce que Fabus de l'autorité domestique avait amassé de ressentiment au sein de Pesclavagc. Mais la Sicile n'était que ce que l'Italie l'avait faite: c'est en Italie qu'il faut rechercher la cause de ce vaste incendie dont elle fut le foyer.

La Sicile était devenue la nourrice de Rome ; c'était elle qui devait donner à l'Italie ce blé que l'Italie dédaignait de produire. Les chevaliers romains s'y étaient partagé les terres de la conquête ; et les Siciliens rivalisaient avec eux dans un genre d'exploitation qui n'avait point de concurrence au dehors: ils le faisaient au moyen des esclaves. Ils en avaient demandé à toutes les guerres de Rome, et ils les avaient entassés dans cette île, sans autre précaution que de les marquer à leur signe, comme on fait du bétail, et de les appliquer à un travail incessante Aveuglés par les inspirations d'une impatiente avidité, ils cherchaient à augmenter leur gain, non seulement par un sur-

i. Diod. Fragm. XXXIV, ii, î27 ol 52.

croît de travail, mais encore par une réduction dans les distributions ordinaires de vêtements et de vivres ; si bien que, pour se procuier le nécessaire» les esclaves se répandaient par bandes dans le pays et s'y livraient au meurtre et au pillage, à Texemple de ce qui se pratiquait en Italie. Là, déjà, les campagnes étaient livrées aux pâtres, et la vie pastorale avait tourné au brigandage, les maîtres ne donnant à leurs esclaves, pour tout moyen de vivre, que la liberté d'y pourvoir comme ils le voudraient et comme ils le pourraient* ; et en Sicile, terre de conquête, l'impunité était bien plus sûre. En Sicile, le vol ne fut pas seulement permis, il fut commandé ; et les grands du pays, unis aux chevaliers par la fortune, les égalaient, les surpassaient même dans cet excès d'audace qui retombait sur les faibles*. Un jour des esclaves se présentèrent, presque nus, à leur maître Damophile, natif d'Enna ; ils se plaignaient de leur détresse. Baraopliile, irrité, leur demanda pourquoi ils parcouraient en cet état le pays, quand ils pouvaient se procurer, par la force, des vêtements, et en fournir à ceux qui en manquaient aussi. Puis il les fit attacher à des pieux, avec ordre de les déchirer de coups, et les renvoya sans pitié, couverts de leur sang'.

Ces habitudes de brigandage, tolérées, imposées même à des hommes que la morale n'arrêtait pas, que poussait le besoin, et qui avaient, dans leur constitution physique, tant de force à l'appui de leur audace, multiplièrent en peu de temps les crimes à Tinfini. « Ils commencèrent par

i. Osl ce que dit fexluellement Diodore, Fr, XXXIV, ii, 27 : Eî;

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