‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 147 sur 213 · Diod. ibid. ii, 2. — 3. Diod. ibid · texte numérisé non relu

Diod. ibid. ii, 2. — 3. Diod. ibid

assassiner sur les grands chemins les voyageurs isolés ; plus tard, ils attaquèrent par bandes et pendant la nuit les fermes et les maisons de campagne des propriétaires trop faibles pour s*y défendre : ils s'en emparaient par force, les pillant, et égorgeant ceux qui osaient résister. Leur audace allait donc en croissant, à tel point qu'en Sicile les voyageurs ne pouvaient se hasarder de se mettre en route, lorsque le jour était tombé, et que les hommes qui vivaient ordinairement à la campagne n'y trouvaient plus de sécurité. La violence et le brigandage régnaient partout, et des assassinats sans nombre se commettaient de tous côtés. Les bergers, accoutumés à coucher en plein air et à porter des armes, étaient, par l'habitude d'une telle vie, remplis de courage et d'audace : armés de massues, de piques et de houlettes très fortes, couverts de peaux de loups et de sangliers, ils avaient un aspect effrayant qui différait peu de celui d'un guerrier. Une troupe de chiens robustes, qui les suivait, leur procurait d'ailleurs une subsistance assurée ; et la nourrilure abondante en lait et en viande, qui ne manquait pas à ces sauvages, fortifiait leur corps en même temps qu'elle entretenait les farouches penchants de leur âme. » — La Sicile était redevenue le pays des Cyclopes; on se fût dit aux jours de Polyphême! — « Ainsi l'audace des esclaves s'étant armée, pour ainsi dire, de la prolection des maîtres, tout le i)ays fut inondé de ces malfuiteurs qui se divisaient en corps d'invasion. Les gouverneurs des provinces avaient bien eu la volonté de réprimer l'audace des esclaves, mais ils n'osaient pas les punir, retenus comme ils Pétaient par l'influence et le crédit dont jouissaient les maîtres. Us furent donc forcés d'abandonner le pays à ce brigandage organisé ; car la plupart des propriétaires de Sicile étant

des chevaliers romains, juges dans les procès que Ton intentait souvent aux gouverneurs de provinces, ceux-ci redoutaient une autorité qui pouvaient les condamnera»

Les gouverneurs avaient tout souffert, tant qu'ilsavaient vu la main du maître dans ces actes des esclaves, et que le mal n'était tombé que sur le paysan. Mais les esclaves ne pouvaient point s'arrêter là. Leurs maîtres les avaient armés et continuaient de les accabler de mauvais traite- . ments et d'outrages : s'ils employaient ces armes à la vengancel c'étaient pour eux le premier des besoins.

Depuis longtemps, déjà, ils y avaient songé. Ces loisirs qu'on leur laissait pour le crime, ils en profitèrent aussi pour concerter leur ressentiment. Ils s'étaient rapprochés, ils s'étaient entendus : car on avait négligé à leur égard les mesures de prudence que conseillaient jadis et Platon et Aristote. Presque tous, ils venaient de l'Asie, et le plus grand nombre, de la Syrie, qui avait la réputation de fournir les plus robustes laboureurs ; et vainement alors eût-on recouru à la politique du prudent Caton, qui entretenait toujours quelque dispute parmi les siens, suspectant et craignant leur bonne harmonie* : l'ennemi de tous, c'était le maître ; la même langue, le même sang, les unissaient dans la haine de ce joug et dans la volonté d'y mettre fin.

En de (elles dispositions, leurs âmes s'ouvraient à toutes les inspirations qui pouvaient y répondre : ils en reçurent du Syrien Eunus qui avait pris sur eux un empire magique. D'abord il faisait le devin, et prétendait recevoir en songe les révélations de l'avenir ; puis, quand la crédu-

1. Diog. Fragm. XXXÏV, n, 28-32 (trad. de Miot, t. VU, p. 233.) Cf. 2-4.

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