C'était au moins le nom du mettre, lanista
crurent les tenir. Le préleur Clodius, envoyé de Rome pour les combattre, les bloquait sur le mont Vésuve dont ils avaient fait leur citadelle. Un seul sentier descendait de la montagne, et il y avait mis tous ses soldats... Mais les gladiateurs, se glissant le long des flancs du rocher, à Taide de sarments de vignes disposés en échelle, tombèrent à rimproviste sur la troupe de Clodius et la dispersèrent. Ce premier succès fit accourir à eux les pâtres du voisinage, hommes robustes et dispos, à qui ils distribuèrent les rôles dans leur petite armée; et ils purent battre,. sans plus de difficulté, le lieutenant d*un nouveau générât, Varinus, son collègue Cossinius et Varinus lui-même : son cheval, ses licteurs, restèrent aux mains de Spartacus, et peu 8*en fallut que le général n'y demeurât avec eux*.
Chaque victoire lui gagnait des soldats ; soixante-dix mille esclaves se rangeaient déjà sous ses ordres. Avec une pareille armée, il semblait qu'il pût tout oser. Cependant ses efforts n'avaient qu'un but : c'était de se rouvrir un chemin vers sa patrie. C'est là qu'il. voulait jouir de la liberté; mais ses compagnons ne l'entendaient pas ainsi. Initiés par l'esclavage aux séductions du luxe, sans l'avoir jamais connu par eux-mêmes, ils voulaient, puisqu'ils avaient la force, en conquérir les jouissances, et préféraient aux forêts du Nord le beau climat de Tllalie, avec ses plaisirs et ses dangers *. Il avait fallu que, vainqueur,
1. Plut. Crasws, 8 et 9, et App. G, cîtj. I, H6 ; cf. Orose, V, 24.
2. Un fragment de Salluste, cité par Creuzer, donne une idée de ces emportements d*esclaves contre lesquels Spartacus luUait vainement : « Ac statim fugitivi, contra praeceptum ducis, rapere ad stuprum « \irgines matronasque. Alii in tecta jaciebant ignés. Multique ex loco f serri, quos ingenium socios dabat, abdita a dominis, aut ipsos tra- • hebant ex occulto. Neque sanctum aut nefandum quicquam fuit ira?
Sparlacus s'arrêlât au pillage de la Grande-Grèce, et, quand il se mit à exécuter son plan de retour, les esclaves germains se détachèrent déjà de lui, sous un chef nommé Crixus, séparation qui leur devint funesle : après quelques avantages, ils furent complètement battus par Gellius, près du mont Gargano. Spartacus effaça Timpression de leur défaite en buttant, Tun après Tautre, les deux consuls, qui prétendaient lui couper le chemin vers le norJ. 11 immola trois cents captifs aux mânes de Crixus*, et il poursuivait cette retraite victorieuse ; mais, les débordements du Pô lui faisant obstacle, il céda enfin aux désirs de ses compagnons. Forcé de combattre en Italie, c'est sur Rome qu*il voulait marcher ; et, pour rendre sa marche plus rapide, il brûla son butin, égorgea les prisonniers, les bêles de somme. Rien ne Tarrêtait du côté des Romains : les deux consuls furent battus encore; mais il s'arrêta lui-même, ne trouvant son armée ni assez sûre, ni assez exercée pour tenter ce que n'avait point osé Annibal. Comme lui, il se porta vers le sud de Tltalie; il fit de Thurium sa place d*armes, y attira même le commerce, à condition qu'il fournirait à son armée ce qui pouvait la fortifier et non Ta-* mollir; il complétait ses approvisionnements, il formait ses troupes par de continuels exercices ou par des courses qui, sans les corrompre, les pouvaient exercer encore *.
« barbarorum et servili ingenio. Qase Spartacus nequiens proliibere» « multis precibus quum oraret, celerilale praevertere, mitlere nun- « tios. . . » (Sali. Fragm. (éd. A. Mai), 1. 1, p. 477.) Ce texte est reproduit, avec moins d'étendue pour la première partie, dans le fragment cca de Tédition Panckouke.
1. On en dit autant d'Oclave, après la prise de Pérouse : • Scribunt « trecentos ex dedititiis electos utriusque ordinis, ad aram divo Julio « exstructam, idibus martiis, hostianim more, mactatos. » (Suét. Aug. 15.)