Plut^ Crasiui, 9, et App. G. civ, I, H
314 LIVRB !I. CHAPITRE VII!.
C'était dans la ville une grande terreur. Tandis qu'aux deux extrémilés du inonde romain on avait à combattre, en Espagne, l'énergique résistance de Sertorius, et, en Asie, les nouveaux mouvements de Mithridale, on voyait se former et s'enraciner en quelque sorte, au sein de l'Italie même, celte guerre d'esclaves*, et quels esclaves! L'historien Florus, avec son emphase ordinaire, a l'air de les prendre en pitié! « On supporte encore, » dit-il, « la honte des guerres serviles ; car les esclaves, soumis à tout par la fortune, sont encore comme une seconde race d'hommes, et ils sont associés aux bienfaits de notre liberté. Pour la guerre de Spartacus, je ne sais quel nom lui donner. Quand on a vu des esclaves soldats, des gladiateurs généraux, la basse origine des uns, la détestable condition des autres, ajoutent l'outrage à l'infortune*. » Il rougirait de les appeler ennemis {pudet dicere hostes^l); mais, à Rome, on ne rougissait pas, on tremblait de les combattre. Aux comices prétoriens, nul n'osait briguer une charge exposée à tant de périls. Depuis deux ans ils triomphaient. Enfin Licinius Crassus se présenta et fut nommé : c'était bien à lui, avant tous les autres, à tenter les hasards de cette guerre servile, lui dont l'immense fortune devait tant au travail de
1. Appien dit que, plus tard encore, Mithridate comptait sur la haine de lltaiie contre Rome, haine si forte qu'elle Tavait entraînée à soutenir même Spartacus : "k^ei ^i, xai fva'^oç tt.v troiXiav cxt^w imjivt ành ^a)[jiai(i>v àTTcarâaxv bnh Ix^ouç, xal im irXflorov auroîç i;8iroXi|i.vixuîav, Zi7apTQcx«> T8 pLOvo/ax<A ouaTâaav itt* oiùtcÙ;, àv^pl iit' où^epiiâ; à^ittattiç 6^Tt, {G. de MHhr. m.)
2. « Enimvero servilium armorum dedecus feras : nam et ipsi per < fortunam in omnia obnoxii, taroen quasi secundum hominum gênas • sunt, et in bona libertatis nostrse adoptantur. Belium Spartaco duce a concitatum, quo nomine appellem, nescio : quippe quum servi mili- « taverint, gladiatores imperaverint, illi inûmae sortis liomines, hi pes- « simae, auxere ludibrio calamitatem. » (Florus, III, u, 1 et suiv.)