Jûsèphe, Ànt. Jud. XIX, iv
4. « Jam Spartacum et vetera mala rumeribus ferente populo. > (Ann, XV, 46.)
Sacrovir? a Ignobles appuis, » dit Tacite avec un dédain qu'on ne partageait plus ; a ignobles appuis, mais appuis recherchés par les généraux les plus scrupuleux, grâce à la guerre civile * ; » et les hommes libres, à leur tour, dans les brusques alternatives de ces révolutions, n'étaientils point heureux de trouver un asile parmi eux, aûn d'échapper à la mort sous le déguisement de l'esclavage*?
La conduite des esclaves envers leurs maîtres répondit donc à la conduite des maîtres envers eux : reconnaissance pour les bienfaits ; pour les abus de pouvoir, ressentiment et vengeance ; et, à ce point de vue, il semble qu'on doive se faire, des rapports généraux du maître et de l'esclave, non point une seule idée, mais deux idées contradictoires. L'histoire, au moins, fournit des arguments aux avocats des deux causes ; mais qui les veut juger doit les prendre de plus haut. Il ne faut pas seulement compter les faits, il faut les peser, les rapporter à leur principe, et voir où est la régie, où est l'exception. Les exceptions peuvent être nombreuses, au moins dans les apparences de l'histoire, s'il a plu au moraliste de consigner de préférence ces anecdotes dans les recueils qui nous sont restés. Mais les faits qui dérivent du principe n'en ont pas moins une valeur générale, et c'est par là qu'il faut juger. Or la loi de
1 . i . . . Ac déforme insuper auxilium, duo millia gladiatoniin» sed i per ciirilia arma etiam severis ducibus usurpatum. » (Tacite, Hûi, n, 11.) Cf. U, 35, et m, 57, où il montre avec quelle indifférence et quelle mollesse ils faisaient leur service. (Voyez aussi Suét. Vitell, 15, et pour Sacrovir, Tacite, Ann. III, 43.)
2. Marius, lieutenant de Brutus, proscrit, s*était fait passer pour esclave, et fut acheté par Barbula, qui obtint sa grâce. Après la bataille d*Actiuni, Barbula, proscrit à son tour, se^fait passer pour esclave, et est acheté par Marins, quiîput lui rendre bienfait ^our bienfait. (App* C. civ. IV, 49.)
la condilioQ des esclaves à Rome était la rigueur : la conséquence en fut la haine, le désir de la vengeance, et l'histoire générale vient d'ailleurs confirmer cette induction logique. Malgré le danger des conspirations, malgré les justes craintes que devait mspirer à l'esclavage dispersé la forte et puissante organisation du gouvernement, l'esclavage conspira, l'esclavage se souleva; et ses mouvements, plus ou moins concertés, plus ou moins étendus, ont laissé une longue trace dans toute la suite des siècles que nous avons parcourus : énergique protestation contre le joug qui l'accablait.
On ne devait pas attendre autre chose des sentiments développés par les misères de cette condition dans les classes serviles, et ce n'est pas la seule réaction que Rome elle-même ait eue à subir ; car l'esclavage exerçait une double influence sur les races asservies et. sur les races libres. Nous l'avons montré en Grèce, nous avons à le constater à Rome par des faits non moins décisifs.