‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 172 sur 213 · Tac. Ann, XV, 57, et Juvén. VI, pasêim · texte numérisé non relu

Tac. Ann, XV, 57, et Juvén. VI, pasêim

2. « Virginibus vestalibus locum in theatro separatum et contra « praeloris tribunal dédit. » (Suét. Aug. 44.) Et pour les jeux de gladia* leurs, Cic. ProMurena, 35.

3. Les festins aussi étaient souillés de danses impudiques. (Juvén. XI, 162-165; Plut. Quest conviv, VU, vm, 4, § 4.)

à faire du vice, qui en était le principe, la loi suprême des mœurs, par la sanction d'une assemblée qui nie rougissait plus.

L'esclavage à Rome nous a donné une preuve nouvelle de son influence pour corrompre les mœurs; mais combien ne servail-il pas davantage encore à les endurcir I Les conclusions sortent d'elles-mêmes du tableau où nous avons retracé la condition même des esclaves. Un seul mot résume tout: Rome fut la ville des gladiateurs. Nul spectacle n'eut jamais, sous la république, Tatlrait de ces jeux sanglants où des hommes, dressés et nourris ensemble, devaient interrompre une conversation commencée, pour venir s'immoler froidement au plaisir de la multitude * : scènes non pas de sang, mais de mort : car le peuple n'entendait pas que des ménagements peut-être bienco ncei tés lui ravissent sa victime ^ ; il se serait cru joué, si la fin du combat n'eût donné la preuve qu'il était sérieux. Aussi l'éîait-il ' : et, quand le

i. Cic. Pro Sexiio, 58 et 59; Tu$c. IV, 2i, et Sén. De ira, II, 8. — « Gladiatorem ad homicidium flagellis et virgis compellat invilum. • (Tertull. De tpect, 21.) Voyez les textes cités plus haut, p. 129 et suiv. ; p. 229, et notamment la scène décrite sur le tombeau de Scaurus. (Millin, Description des tombeatix découverts à Pompéi en 1812.) Ces hommes se liaient quelquefois d'amitié dans ces repaires où on les formait à s'entr'égorger au premier jour de fête : témoin celte inscription gravée par Fun d'eux sur le tombeau d*un compagnon d'armes qui avait succombé : fumma s£c(u(or) yi\(it) ann(os) xxx ; pugnat xxxuu, vicit xxi sTins (anceps victoriœ) ymu ms(sus) nu îikT(ione)s(y)h(aciisan)v&, nm(c) BELicATus coARxio FACiT. (Orelli, u* 2571 .)

2. Celui qui donnait les gladiateurs pouvait bien moins encore les retirer ; c'eût été se perdre, dans sa magnificence, par l'irréparable soupçon de lésinerie. César seul l'osa, et on le rapporte dans son histoire : a Gladiatores nolos, sicuti infeslis spectatoribus dimicarent, vi « rapiendos reservandosque mandabat. » (Suét. Cœs. 26.) Âugubte déendit au moins qu'on refusât aux combattants tout espoir de congé : « Gladiatores sine missione edi prohibuit. » (Suét. Oct, 45.)

3. Suétone cite un cas où il ne l'était pas : il s'agissait de combats

vainqueur lai-même s'arrêtait devant son ennemi renversé, le peuple lui commandait d'achever sa victoire : la femme, la vierge timide, faisaient du pouce le léger signe qui enfonçait le couteau dans la blessure du vaincu (40).

Ces scènes de meurtre, grâce à l'esclavage, firent l'éducation des Romains. Cicéron, sans nier ce qu'elles avaient de cruel, les admet à ce titre. 11 trouve que l'on peut parler un langage plus sensible aux oreillesi sans doute, mais que, pour les yeux, il n'est pas de plus fort enseignement contre la crainte de la douleur et de la mort* ; et ce qui lui semblait bon fut bientôt jugé nécessaire. Pour enlever la jeunesse à l'impure influence des représentations mimiques, on ne trouvait, sous Tempire, rien de plus efficace que les combats de gladiateurs : Pline le dit à la gloire de Trajan*. Faut-il s'étonner du résuttat de semblables leçons? Les habitudes de ces fêtes publiques reportées dans la vie privée ; des gladiateurs de chambre (cubicularii) ; les salles de festin converties en amphithéâtres ; le sang mêlé au vin dansces orgies sacrilèges; un complet retour à ces usages delà Campanieet de la Toscane, bassement férocesaux jours de leur décrépitude, usages qu'on eût refusé de croire, si l'empire ne les

d'animaux. Caligula, pour se moquer du peuple» écartant l'appareil or^ dinaire, exposait à des bètes furieuses de misérables gladiateurs accablés de vieillesse, des pères de famille bien connus, mais d*une insigne débilité. (Calig, 26.)

1. « Grndele gladiatorium spectaculum et inhumanum nonnullis « videri solet, et haud scio an ila sit ut nunc fit. Quum vero sontes « ferro depugnabant, auribus fortasse multae, oculis quidem nuUa « poterat esse fortior contra dolorem et mortem disciplina. >(Cic. Tusc, II, 47, § 41.)

2. • Visum et spectaculum inde, non énerve nec fluxum, nec quod n animos virorum molliret ac frangeret, sed quod ad pulchra vulnera i contemptumque mortis accenderet, quum in servorum etiam noxÙH • rumque corporibus amor laudis et cupido victoriae cerneretur. ■ (Pline, Paneg, xxxni, 1.)

avait reproduits ^ Voilà tout ce qu'on en obtint : on excita la cruauté sans réveiller le courage dans ces âmes corrompues ; ou quel courage? On voulait, dit-on, faire des soldats : on fit des gladiateurs. Des hommes libres vinrent s'engager aux lanisteSy sous la formule consacrée du serment de cette nouvelle milice. La loi les flétrissait'; mais, dans cette coinmune dégradation de tous les arts mercenaires, ce fut un métier comme un autre, une manière de vivre en escomptant sa vie'; et plusieurs s'y jetèrent non par besoin, ni p1sir spéculation, mais par attrait. Quand, après ces sanglants abus de la liberté, Rome s'inclinait déjà sous la domination des Césars, on vit des citoyens ambitionner ces fonctions qui offraient, dans leur servilité même, comme une image des anciennes vertus, le mépris de la mort, la

i. Quin etiam, eihilarare viris convivia csede Mo8 olim, et miscere epulie speeUcula dira Certantum ferro; sspe et super ipsa cadentum Pocula, respersis non parco sanguine mensis.

(Silius Italiens, Pun, XI, 51.)

Comparez J. Gapitolinus, Venu, 4 : t Gladiatorum etiam frequentius < pugnas in convivio habuit, • et encore T. Live, IX, 40, pour les Campaniens; Nicolas Damascène, ap, Atbén. IV, p. 455, /", pour les Étrusques.

2. Ils étaient exclus des honneurs municipaux par la loi Julia muni-cipalis. Nous avons déjà cité ce texte que Ton trouve dans le Corpus huer, lat.f 1. 1, p. 123, 1. 113. Plus tard encore un certain Horatius Balbus, consacrant un lieu de sépulture à ses concitoyens, en excluait ceux qui 8*étaieni loués pour Taréne ou qui s'étaient pendus. (IbUf., n* 1418.)

3. « Eadem . . . illius turpissimi auctoramenti verba sunt, un', vinciri i f^rroqm necari. Ab his qui manus arenae locant, et edunt ac bibunt « qu» per sanguinem reddant, cavetur, ut ista, vel inviti, patiantur. >» (Sén. Ep. xxxvn, 1. Cf. Quintil. Declanf. cccii, p. 214.) Les récompenses étaient quelquefois considérables. Tibère gratifia de 100,000 sesterces des gladiateurs émérites qui avaient combattu dans Ton de ses spectacles, (Suét. Tib. 7.) Nér^n donna h un citharède et à un mirmillon les patrimoines de personnages décorés du triomphe. (Suét. Ner. 50.)

valeur, et une sorte de gloire jusque dans leur ignominie*. César avait employé des chevaliers, des sénateurs, à dresser ses esclaves de combat* : les chevaliers, les sénateurs, briguèrent à leur tour la faveur de combaltre avec eux. On le permit aux uns, on le défendit aux autres, puis onfinil par le permettre à tous'; et les empereurs eux-mêmes en suivirent Texemplc. Pour précéder Commode dans l'arène, que manqua-t-il à CaligulaVDu cœur*. On y vit mêmedes femmes d'une illustre origine. Ni Tindignation de Tacite, ni la verve de Juvénal, n'eurent assez d'influence pour détruire des abus soutenus par l'opinion, môme contre la loi (41). Ainsi l'on voyait se confondre, dans une sorte de commu-

1. « Ego rairmillonem sub G. Coesare de rarilate munerum audivi « querentem. Quam bella, inquil, aîlas perilî Avida est pericuii virlus.» (Sén. DeProv, iv, 4. Cf. Épiclète, DUs. I, xxix, 37, et S. Basile, DeSpir. sando, 29, t. 111, p. 64, c.) Sur les bonnes fortunes des gladiateurs auprès des dames romaines, voy. Juvén. Vi, 78-113. Leur qualité, si f on en croit le satirique, leur tenait lieu de tous les dons de la nature :

Prscterea multa in facie deformia ; sicut Âttritus galca, mediisque in naribus ingens Gibbus, et acre malum semper stillantis ocelli : Sed gladialor erat, facil Jioc illos llyacinlhos. .... Ferrum est quod amact.

(Juvén. VI, 107-112.)

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