I.Plut. m. Gracch
2. En admettant, avec Plutarque, que Tiberius, irrité de Topposition d'Octavius, eût réellement changé sa loi (ce dont Appien ne parle pas), il n'ea serait pas moins certain que la loi votée ne concerna que le domaine public; car on nomma en même temps, dit Plutarque luimême, des triumvirs pour distinguer et partager les terres, iVi w ^laxpiatv xat ^lavcp-w. {Tib, Gracch. 15.) C'est ce que prouvent encore, indépendamment de tous les détails donnés par Appien, le texte cité de Cicéron et lEpiUme de Tite-Live. (Voir la note 45, à la fin du volume.)
d'une seconde, d'une troisième personne qui Ta acquise souvent à prix d'argent , et toujours de bonne foi. Sans doute on ne prescrit pas contre son titre : et ces terres de l'État données au premier colon à titre précaire, n'ont pu être yalableraent aliénées par lui à titre de propriété. Le droit de rÉtal subsiste à travei^ ces mutations qui tendent h en effacer la trace. Cependant, lorsque sa négligence a toléré, autorisé même, en quelque sorte, ces abus, il devient presque impossible de conformer le droit strict aux règles de l'équité; et ce droit suprême devient une suprême injustice. Cette foule de citoyens qui avaient acquis à litre onéreux quelque partie du domaine usurpé, qui l'avaient fécondée de leurs sueurs, transformée par le travail, qui l'avaient couverte de plants de vignes ou d'oliviers, de bâtiments, si bien que le fonds même n'était plus que l'accessoire, si l'on regardait comme principal ce qui valait le plus, en étaient dépouillés, sans qu'on fût même certain du droit de TÉtat à ces reprises : car, au milieu de cette profonde obscurité des origines, l'État, non plus que les particuliers, ne pouvait pas toujours produire ses titres ; et, dans le doute, n'avait-on pas le droit de protester? Aussi, les plaintes arrivaient-elles de toute part. Elles choisirent pour organe Scipion Émilien, qui, fort de sa gloire, n'avait pas craint de s'aliéner la foule, en approuvant hautement cette politique de meurtre dont Tiberîus avait été la victime * ; et le sénat, couvert par son initiative, fut, en quelque sorte, populaire, quand il reprit aux triumvirs leurs pouvoirs pour les remettre aux mains du
1. A la nouvelle de sa mort, il se serait écrié avec Homère : iu dicoXoiTO xal AxXo; ô ti; TctaûTa 'yi pt7[ot. Plut. r. Gracch. 21 ; Diod. Fragm, XXXIV, vu, 3.)
INFLUEIiGE SUR LES CLASSES LIBRES. 359
consul Tuditanus. Celui-ci saisit le prétexte d'uue guerre contre les Ulyriens pour s y soustraire, et Taffaire en resta là. Cette suspension, faisant tomber les plaintes, laissa renaître le regret de la loi. Tout le ressentiment de la plèbe se tourna centime Scipion; peut-êti*e conlribua-t-il à sa brusque mort : il le suivit* au moins jusque dans ses funérailles^
Mais le sénat triomphait : il éloignait Papirius Carbon, l'un des triumvirs, par la séduction du triomphe ; il éloignait Caîus Gracchus, nommé questeur, et le retenait éloigné par la force du devoir ; il imposait au mécontentement du parti italien par la destruction de Frégelles. Il triomphait, et ne voyait personne qui pût lui contester son triomphe, quand revint Caîus*.
On disait que Caius avait d'abord voulu fuir ces honneurs périlleux de la popularité. On Tavait vu, après la mort de son frère, rechercher, avec une sorte d'affectation, robscurité, et se condamner au repos. Mais, quand il aurait prétendu s'y renfermer, il en eût été arraché par la faveur de la multitude : un jour qu'il défendait en justice un de ses amis, le peuple tout entier accourut pour l'entendre, et s'émut jusqu'au transport, à Theureux augure de cette voix amie'. Quand il aurait eu la force de se
i.Âpp. G. ctv. I, so.
2. M. Poirson, Histoire romaine^ t. II, p. 65S (table). Son histoire des Graçques est un des récits les plus complets et les plus savants. Voyez aussi plusieurs belles pages, pleines du vrai sentiment de ce grand drame, dans Michelet, Hist. rom, II, p. 150-144.