‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 179 sur 213 · Plut. C. Gracch · texte numérisé non relu

Plut. C. Gracch

contenir lui-même, il eût été poussé en avant par le souvenir de son frère : son ombre, dit Cicéron, lui apparut une nuit, lui reprochant ses lenteurs et lui rappelant sa destinée : « Une même vie, » lui dit-elle, « une même mort, nous sont marquées par le destin : la cause du peuple les réclame*. »

Il revint donc, malgré le sénat, justifia son retour, et fut nommé tribun.

En reprenant le rôle de son frère, Caïus y apportait le même désintéressement, la même conviclion, avec un génie plus ardent et une véhémence de parole qui trouvait son autorité dans la pensée du sacrifice de Tiberius et de celui qu'il allait accomplir à son lour*. Les premières lois du jeune tribun furent comme une satisfaction publique aux mânes de cette chère victime. Puis il reprit l'œuvre à laquelle elle s'était dévouée, la loi agraire; el, pour nfe point subordonner le soulagement du peuple aux lenteurs du partage des terres occupées, il faisait établir des colonies, donner aux pauvres les terres domaniales vacantes ; et il instituait, en faveur de la multitude qui restait à pourvoir, une vente mensuelle de blé au-dessous du cours (46).

Mais ces mesures étaient insuffisantes. Pour assurer la vie de la race libre, pour lui créer une existence digne et respectée, il fallait la rattacher au sol plus généralement, et par des liens plus durables; il fallait faire passer la loi agraire,

1. Tî ^^a, çaîïi, Taïi, Ppa^ûvii? ; eux lartv àmi^wnç, àXX' tf; ptiv ^jâv

t. Gracch, 1. Cf. Cic. De divin. I, 27 (56), et Val. Max. I, vu 6.)

2. Cicéron a cité ce Irait, auquel le regard, la vvix, le geste de Caïus donnaient tant de puissance : « Quo me, miser, conferam? Quo « me vertam? In Capitoliumne? at frafris sanguine redundat. An dor i mum ? Matremne ut miseram lamcntantemque videam et abjectam, t (De orat, III, 56.)

INFLUENCE StR LES CLASSES LIBRES. S6i

non pas seulement dans le droit où elle n'était plus qu'une lettre morte depuis la mort de Tiberius, mais dans la réalilé; il fallait obtenir le désinléressement et acheter même, au besoin, le concours des riches possesseurs de Rome et de ntalie. Tiberius paraît avoir eu déjà la pensée d'une combinaison qui, étendant ses moyens d'action, eût donné plus d'appui à sa loi.

Il aurait voulu, selon Plutarquo, associer les chevaliers aux sénateurs dans les jugements ; il aurait, selon Yelleius, promis le droit de cité aux Italiens S et, ce qui confirmerait au moins cette seconde assertion, c'est qu'après sa mort ses partisans regardaient cette mesure comme le meilleur moyen de lever tout obstacle à l'exécution de la loi agraire, et que Fulvius, l'un des triumvirs, songeait à l'accomplir avec l'autorité consulaire dont il était revôtu*. Quoi qu'il en soit des antécédents, Caïus adopta ces projets ; et, continué une seconde année au tribunal, il proposa et fit adopter les deux lois qui donnaient aux chevaliers le droit de jugement', aux Italiens les droits de la cité, ou du moins le titre de citoyen avec le droit de suffrage (47). Lès provinces mêmes ne furent point oubliées dans ses plans de réforme. Sans changer leur droit, il en rendait la condition' moins dure en les protégeant contre l'arbitraire. Des blés que Fabius avait injustement exigés de l'Espagne furent vendus sur sa proposition, et l'argent rendu aux villes qui les avaient fournis, avec une sévère réprimande au préleur qui les avait extorqués *.

1. « Pollicitusque toli Ilalige civibtem. » (VelL Palerc. II, n, 3.)

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