‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 182 sur 213 · Plut. C. Gracch. 9 et 10; Âppien, G. civ. I, 23 et S · texte numérisé non relu

Plut. C. Gracch. 9 et 10; Âppien, G. civ. I, 23 et S

2. Plut. ibid. 10; Michelet, Histoire romaine, II, p. 138-142.

5. Plut. t^. 12 et 13. Le récit d*Appien est désormais trop incom^ plet pour prévaloir sur le récit de Plutarque. '

Tatienle de ses ennemis, qui l'irritaient à plaisir pour le pousser à la violence el y trouver le droil de raccabler. Ainsi, au jour marqué par Opimius, les deux partis étaient en présence, quand un licteur du consul, ayant insulté les amis des Gracques, fut tué. Son corps, promené sur un lit funèbre, fut accueilli par le sénat avec les marques de la plus vive douleur ; mais le peuple s'indigna pourtant de ces honneurs rendus à un mercenaire, en pensant à l'ignominie prodiguée aux restes de Tibcrius, son tribun, la lutte n'avait été ajournée que pour être plus décisive. Le sénat avait investi Opimius de l'autorité dictatoriale par la formule qui déclarait la République en dan* ger : il fallait songer à défendre le parti même, et non plus seulement les lois. Fulvius allait partout, soulevant la multitude ; Caîus seul restait calme et triste au milieu de ce bruit. En quittant le Forum, il s'arrêta devant la statue de son père, la regarda longtemps sans mot dire, versa des larmes et continua sa route. Le peuple ému l'accompagna jusqu'à sa demeure; et, tandis que Fulvius passait la nuit dans le désordre, cherchant à s'étourdir, lui et ses compagnons, sur les aflaires du lendemain, on veillait devant la porte de Caïus dans le silence et le recueillement, comme aux approches d'une grande calamité publique. Caîus aussi avait fait ses réflexions ; mais la lutte était inévitable. Déjà Fulvius, tiré du sommeil de l'ivresse, avait distribué à ses compagnons les armes qu'il avait conservées comme trophées des Gaulois, et il marchait avec un grand bruit pour occuper le mont Aventin. Le frère de Tiberius ne pouvait point laisser ses partisans mourir sans lui. Il sortit, refusant ses armes et ne prenant qu'un simple poignai*d, comme s'il allait non au combat, mais au sacrifice. Sa femme l'arrêta sur le seuil devinant sa pensée; mais

clic ne le put relcnir, ni par ses prières ni par ses larmes. Il se dégagea doucemenl de ses bras, poursuivit en silence et \inl rejoindre les siens. Il cherchait encore, s'il était possible, à prévenir Teffusion du sang. Le fils de Fulvius, jeune enfant d'une louchante beauté, fut chargé d'un message de paix pour le consul. On le renvoya avec des menaces. Caïus voulait descendre lui-mOme vers le sénat ; ses amis le retinrent et envoyèreni encore le jeune Fulvius : on le garda celte fois. Opimius était pressé d'en finir. L'infanterie et les archers crétois mirent facilement le désordre dans cette troupe mal disciplinée. Fulvius fut égorgé dans un bain public, avec l'ainé de ses fils. Pour Caïus, personne ne l'avait vu combattre ni tirer l'épée. Quand tout espoir fut perdu, il entra dans le temple de Diane et voulut user contre lui-même du poignard dont il sYtail pourvu : deux amis le désarment, le contraignent à fuir, et se font tuer au passage du pont Sublicius pour relanler ceux qui le poursuivent ; mais la multitude, témoin de son danger, ne savait lui venir en aide que par des paroles et des vœux, impuissants! C'en fut assez pour Caïus. Avant de quitter les autels de Diane, il avait invoqué la déesse contre ce peuple ingrat qui courait volontairement à la servilude : comme pour consacrer sa malédiction, il entra dans le bois des Furies et s'y fit luer par son esclave, qui se tua sur son corps. Trois mille hommes furent massacrés el jetés au Tibre dans cette sédition ; le jeune enfant qui, porteur de propositions pacifiques, avait été retenu avant le combat, fut lui-même froidement égorgé après la vicloire : digne victime de ces autels qu'Opimius vouait à la Concorde*.

4. Plut. C. Gracch. 14-18; App. G. civ, I, 26. Le peuple devait une réparation aux deux frères, il leur dressa des statues, consacra les

La malédiction de Caïus fut entendue, et le peuple, qui Tavait laissé périr, eut bien encore d'ambiteux démagogues, mais plus de défenseurs dévoués ; exceptons Livius Drusus, qui, par une sorte d'expiation du rôle de son père, reprit l'œuvre de Caïus et périt par le contrecoup des espérances qu'il avait fait naître, sans avoir la force de les réaliser*. Dès ce moment, le sort de la classe libre fut arrêté. Pour la maintenir en face d'un esclavage qui envahissait tout, pour la rendre telle qu'il la fallait à Rome, forte et honnête, les Gracques avaient voulu lui donner des terres, c'est-à-dire du travail et du pain. On lui refusa les terres, on lui ôta le pain du travail, pour ne lui laisser que le pain de l'aumône publique. Cette mesure, que Caïus n'avait prise que secondairement et en attendant l'autre, fut la seule des deux qui lui survécut sans altération, et elle s'étendit même après quelques vicissitudes (i8). Mais était-ce avec cela qu'on pouvait faire revivre l'anlique race italienne? Transportons-nous vers la fin de la république et voyons le progrès accompli.

Les vieilles maximes de Caton avaient prévalu dans les campagnes. L'expérience en avait démontré le danger pour l'État, mais elle semblait en prouver l'utilité pour les pères de famille. Les abus allèrent donc se multipliant.

lieux où ils avaient péri, et Ton y portait les prémices des fruits de la terre. Plusieurs venaient même y faire des sacrifices, avec des supplications et des priéres,comme dans les temples des dieux. (Plut, t^t^f., i8.) i. Je soupçonne fort que le sénat jouait la comédie en paraissant le soutenir.

Les écrivains de ces derniers temps nous montrent le petit colon chassé du champ de ses aîeuxS les grands domaines enveloppant des territoii'es entiers de peuples", et, dans ces lieux où un Cincinnatus consacrait au travail ses mains connues de la victoire, des pieds enchaînés, des mains coupables, des fronls flélris'; la terre livrée aux plus mauvais esclaves, comme un coupable au bourreau*, livrée aux botes... c'était, nous l'avons vu, le dernier mot du système des latifundia *. Dans ces conditions, que res-

i . Quid quod usque proximos

Revellis agri terminos , et ulti*a

Limites clientiuin, Salis aTarus; pellitur paternos

In sinu ferens Deos, Et uxor et yir, sordidosque natos.

(Horace, Orf. II, xviii, 22-29.)

Cf. Salluste, Jug, 41 : c Parentes aut parvi liberi militum, ut quiiK]ue potentiori proximus eral, sedibus pellebatur; » et Quinlilien, Declam, un, 2 : c Postquam proximos quosque revellendo terminos ager ff locupletis latius inundavit; aequatse solo villae et excisa palria sacra, c et cum conjugibus parvisque liberis, respectantes patrium larem, f migraTerunt teleres coloni. » Voyez encore Sénèque, Ep. xc, 38.

2. Tunclongosjungere fines Agrorum, et quondam dure sulcata Camilli Vomere et aniiquos Guriorura passa ligones, LoDga sub ignotis extendere rura colonis.

(Lucain, Phars. 1, 168.)

3. Pline, XVIII, nr, 4-5. Cf. Sén. De benef. VU, 10. Cicéron a beaucoup de peine à réfuter cet argument de Taccusation contre Roscius, savoir : que son séjour à la campagne était une preuve de la haine que lui portait son père; il faut qu'il en appelle à Tantiquité. (Pro S. Ros- CIO, 18).

4. c Qui rem rusticam pessimo cuique servorum, veluticamiûci, f noxae dedimus,quam majorum nostrorum optimus quisque etoptime f tractaverit. » (Golum. I, Prœf. 5.)

5. f More praepotentium qui possident fines gentium, quos ne cir- « cumireequisquidem Talent, sedproculcandospecudibus et vastandos « (ac populandos) feris derelinquunt, aut occupatos nexu civium et f ergastulis lenent. » (Colum. I, m,12.)Cf. Varron, D, Prœf. A : «Itaque

tait-il à l'homme libre? Tout ce qui ne convcnail ni aux esclaves ni aux troupeaux : les terres malsaines, les gros ouvrages, les travaux rebutants. Varron et Coluraelle, tout en déplorant l'abandon des campagnes par les maîlres, ne craignent pas d'exposer en cette forme la pratique de leur égoïsme, et de paraître la consacrer de leur autorité môme, comme Aristote formulait les principes de la tyrannie, sans plus de souci de la liberté*. Aussi que trouvait-on généralement dans ces travaux? De malheureux colons que la misère fixait au sol avec leur famille, ou des populations entraînées sur la pente de Tesclavage par le lien de la delte qui les assujettissait au créancier*. C'était déjà pour eux comme une terre de servitude, et l'on devine aisément si elle leur pesait! « Héritiers,

« in qua terra cuUuram ngri docucrunt pastores progeniem suam, qui c condiderunt urbem, ibi contra progenies eorum, propter avaritiam, « contra leges ex segelibus facit prata. » Quant aux vilUe^ on les consacra à l*entretien de ces poissons rares et de ces oiseaux délicats, etc., si recherchés à la table des riches. (Voyez le III' livre de Varron, le VIII* Hvre de Columeile, et les curieux chapitres de Dureau de la Malle sur ce genre .d'exploitation el sur les profils qu'on en tirait. (Écon. polit. 1. m, xvni-xx, t. n, p. 175-218.)

1. « De quibus universishoc dico : gravia loca ulilius esse merce- « nariis colère, quam servis, et in salubribus quoque locis opéra rus- « tica majora, -ut sunt in condendis fructibus vindemise aut messis. » (Varron, I, xvn, 2.) o ... Quum per domeslicos colère non expédient : c quod tamen non evenit, nisi in his regionibus, quse gravitate cœli, « solique sterililale vasiantur. Cseterum, quum mediocris adest et « salubritaSfjet terra; boni tas, nunquam non ex agro plus sua cuique « cura reddidit quam coloni. t (Colum. I, vu, 4-6.)

2. « Liberis, quum aut ipsi colunt, ut plerique pauperculi cum sua c progenie; aut mercenariis, quum conductitiis liberorum operis res • majores, ut vendemias ac fœnificia, administrant. lique quos obaec rarios nostri vocitarunt, el etiamnunc sunt in Asia atque iOgypto et f in lllyrico complures. » (Varr. I, xvn, 2.) Nous ne pouvons, malgré des autorités graves, prendre le mol obœrams comme un simple équivalent de operarioê.

s'écriait Martial, n'enterrez pas le pauvre colon : car la terre, si peu que ce soit, lui esl lourde*. »

Le mal s'étant ainsi accru, qu'on juge des conséquences ! Mais les mêmes auteurs nous ont épargné ]a peine de recourir aux conjectures, par le tableau qu'ils nous ont retracé de ces funestes effets. « Nous adjugeons aux enchères, dit Varron, l'importation du blé qui nous manque. C'est à l'Afrique et à la Sicile que nous demandons notre^^pain, c'est à Cos et à Chio que notre marine va faire la vendange". » L'Italie cette terre de Saturne, celte mère féconde en moissons, disait Virgile ', Columelle se plaint, dans les mêmes termes, de la voir tributaire du monde entier*. Tibère écrivait au sénat que la vie de Rome se trouvait désormais à la merci des flots et des vents • ; et Pline rappelait l'origine du mal, en montrant cette terre méprisée et ses justes représailles : « Non « tamen surda tellure... Sed nos miramur ergastulorum

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