‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 193 sur 213 · SUA ANNIS XXI · texte numérisé non relu

SUA ANNIS XXI

QUI DECESSrr DIE MANM ES'.

Ce mouvement libéral, dont s'arrangeait si bien Tin-

1. Denys d'Haï. IV, 24. On lit celte inscription mutilée d'un marchand d'onguents ou de parfums : c cl. fil argtro (Philargyro) uh-

C GB2(tAIU0 I ISQUK PAnLIÂM SUAM XAIIU | MI8IT PBCUMUMQUB. ...» (MuFat.,

2. ff Etenim, patres conscripti, quum in spem libertatis biennio ff post simus ingressi, diutiusque senritium perpessi, quam captivi ff frugi et diligentes soient, t (PAt7. VIII, il.)

3. Muratori, App., p. 2046, n* 7. U entend, par les dernières lettres, manumisiionit.

tèrti privé, n'avait rien non plus qui parût contraire à l'intérêt de l'État , ou du moins à celui de la classe qui, vers la fin de la république, tenait en main le pouvoir. L'esclave avait expulsé Thomme libre du travail, Taffranchi prenait sa place dans la cité ; et l'aristocratie romaine s'effrayait peu de ce changement. Elle s'était fait une sphère à part, une cité supérieure de gens de bien : le peuple restait en dehors ; et l'esclavage, qui le transformait par l'affranchissement, semblait le lui faire selon ses vœux, en renouvelant dans son patronage la race depuis longtemps éteinte des anciens clients. On touchait presque à l'état de choses qu'Appius proposait au sénat quand le peuple se retirait de la ville : au lieu d'une plèbe indocile, des clients à Rome, des esclaves à l'armée*. Le changement s'était accompli de lui-même ; et il ne restait de ces mouvements du peuple et des menaces du mont Sacré que l'ombre du tribunat. Mais l'institution du patronage, utile dans une société imparfaite, où le faible, à défaut de la protection de la loi, a besoin de la protection du plus fort, élait plus que superflue sous un régime d'égalité; elle troublait l'équilibre, elle devenait dangereuse, lorsqu'elle se continuait, en se resserrant même par des liens nécessaires. C'était créer à quelques grandes familles une force extra-légale au sein même de la constitution de l'État ; force servile et aveugle, et que bientôt elles ne domineront plus : car, à la troisième génération, cette race de clients leur échappe ; son contrat est rompu, elle n'en retient que ses habitudes de servilité. Libre de se porter ailleurs, elle se vendra à la prodigalité des ambitieux : et ainsi nous retrouvons, sous une forme nouvelle, Tinslru-

î. Denys d'IIalic. YI, 65,

ment redoulable qui renversa, avec l'aris(ocra(ie, les libertés dont elle s'était réservé la défense (66).

Lorsque Tordre se rétablit et qu'on put médilcr à loisir sur cette décadence de l'État, on en trouva la cause dans la ruine de Tesprit public, et tout d'abord dans le dépérissement de la classe libre, dans la multiplication sans règle et sans frein de la race affranchie : et Ton s'effrayait surtout de ce dernier résultat. Déjà on avait songé à se débarrasser des'affranchis comme on s'était débarrassé plus anciennement des plébéiens, en les envoyant en colonies*; mais on chercha encore d'autres remèdes.

Il y avait dès lors, pour faire obstacle à Taffranchissementt plusieurs causes d'incapacité chez le maitrc, ou d'indignité chez l'esclave. On ne pouvait affranchir un esclave au préjudice d'un débiteur, ou d'une ville, ou du trésor *; on ne pouvait Taffranchir pour le soustraire à la question ' : c'eût été frauder la loi ; on ne pouvait l'affranchir, sous le poids d'une accusation capitale, par une sorte d'indignité qui précédait la flétrissure du jugement^. D'un autre côté, l'esclave complice de son maître dans un crime de plagiat (vob d'homme) ne pouvait obtenir la liberté avant dix ans^ on en refusait pour toujours la faveur à l'esclave de la peine, frappé d'un châtiment pcr-

1. Tel est le décret du sénat (171 av. J.-C.) qui envoya des i(Tt*anchis en colonie à Carteia. (T. Live, XLIII, 5). César fit partir aussi beaucou d'afirancbis pour repeupler Corinthe (Strab. Ylll, p. 381).

2. L. 25 (Pompon.), D., XL, ix, Qui et a quibus manunmêij etc.; 1. 1 (Marcien), eod.

3. L. 12 (Ulp.), eod. Tout alTranchissement fait dans les soixan jours était nul. On sait, du reste, comment Milon avait éludé la loi, et combien Cicéron a de peine à répondre à l'accusation qui le lui reproche. {Pro Milone, 21 et 22. Cf. Dion Cass. XL, 48, p. 252, 1. 64.)

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