II
Il dut en être de môme, à plus forte raison, du mime, genre nouveau que Publius Syrus, emmené capliP, introduisit, dit-on, le premier, sur la scène de Rome (72) : c'était comme un monologue à partie double que Tauleur débitait lui-même ; rêle servile, que César imposa au chevalier romain Laberius pour Tavilir, et dont il ne lui laissa pas même les honneurs, quand il l'eut dégradée De même encore la fable, avec son enseignement indirect et sa morale voilée sous des formes étrangères, prit naissance dans les pays de despotisme, et put se propager dans la condition sei*vile: Ésope, nous l'avons vu, était esclave; Phèdre, affranchi. Mais, dans les autres genres de poésie où domine la délicatesse du sentiment ou l'audace de la pensée, élégie ou satire, dans les autres genres de prose qui veulent la méditation ou l'action, vous chercheriez vainement un nom d'esclave digne d*être cité. Rappelons pourtant Épictète ; et encore,cette philosophie qu'il enseignait affranchi, qu'il pratiquait esclave, lui aussi n'avait-il pu l'apprendre libre? Rien ne le dit: rien n'empêche, d'ailleurs, que, par exception, un philosophe ne se soit élevé parmi les corruptions de l'esclavage, comme un autre parmi les souillures ordinaires de la pourpre impériale.
Nous retrouverons des caractères analogues dans le développement des sciences et des arts.
Ici les Romains ne réclamaient rien pour eux ; et il est certains genres qu'ils attribuaient particulièrement aux esclaves: telle fut la médecine. Elle eut à Rome les mêmes
i • On sait que César, blessé des allusions deLaberios, trop bien sai* sîes par le peuple romain, donna le prix à Taffranchi Publius Syrus, et à Laberius un anneau d'or et une somme d'argent, comme pour lui rappeler sa double condition de chevalier et de mercenaire. (Macrobe, Sat, II, 7, p. 569-372. Cf. A. Celle, XVII, 14.)
vicissitudes que la grammaire. Dédaignée à Torigine par la grossière ignorance du Romain, elle fut bientôt recherchée de toutes les riches familles. On voulut avoir des médecins pour Tentretien du corps, comme des grammairiens ou des esclaves rapsodes pour l'instruction ou le délassement de l'esprit. La Grèce dut continuer, esclave, ' ce qu'elle pratiquait libre, ce que, chez elle, elle avait réservé aux hommes libres exclusivement. Le médecin esclave n'abandonnait point son art, une fois arfranchi. Quelques médecins non seulement allaient voir le malade chez lui, mais se chargeaient de le traiter à domiciles et Piaule ne leur ménage point les sarcasmes que le théâtre jusqu'à Molière n'a point cessé de prodiguer à leur profession*. Exercer la médecine (au jugement, il est vrai, de l'un des plus effrontés esclaves), c'est boire le bon vin et donner l'eau aux autres'. Un médecin, dans une inscription, proteste par son litre même contre cette allégation injurieuse : il se nomme : oyzkoz oinoaoths, médecin donneur devin^. On laissait dire le comique et l'on recourait à leur art. Plusieurs arrivèrent, par la confiance des grandes familles, à se faire des fortunes considérables ; et ce taux élevé des salaires leur associa des hommes libres de la Grèce ou de Rome dans l'exercice de leur profession' ; mais elle garda toujours* comme une tache