‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 3 sur 213 · Denys d'Ualic. IX · texte numérisé non relu

Denys d'Ualic. IX

i4 LIVRE II. GlIAPITRE I.

ces nombres la loi des tables calculées pour la population de la France dans l'Annuaire du bureau des Longitudes, trouve que les HO 000 hommes de l'âge militaire, c'est-àdire de dix-sept à soixante ans, supposent le chiffre de 195 145 pour toute la race mâle ; et en doublant pour les femmes, une somme totale de 390290 citoyens. Or la population entière, comprenant avec les citoyens tous ceux qui ne l'étaient pas, étrangers, affranchis, esclaves, était, selon Denys, de 440000; la différence 49 710 représentera donc cette première catégorie. Bureau de la Malle y distingue 32 524 étrangers ou affranchis, et 17 186 esclaves^ Mais nous ne voyons pas de bien solides preuves à l'appui de ce partage ; nous serions plutôt tenté de faire aux esclaves la plus large part dans ce chiffre commun. Quoi qu'il en soit, on voit que le rapport de leur nombre à celui des hommes libres serait encore assez faible, puisqu'il ne s'élève pas, au maximum^ à un huilième, et qu'il ne dépasse peut-être pas de beaucoup un seizième.

Ainsi partout l'esclavage est associé au travail libre, et le travuil libre domine d abord : il suffit dans la ville aux besoins des classes inférieures, il honore dans les champs les citoyens les plus considérables. Mais la servitude va s'étendre. Elle avait reçu, dès le commencement de la république, une foule de citoyens dégradés par l'usure, ce mal rongeur qui, après avoir dévoré leur patrimoine et leur fortune acquise, gagnait jusqu'à leur corps*. Elle enveloppa, dans des conditions bien plus dures et sans retour, une masse de populations italiennes, à chaque époque de ces

i. Bureau de la Malle, Économe politique dee Romains^ 1. II, ch. i, 1. 1, p. 225.

• Primo se agro paterne avitoque exuisse, deinde fortunis aliis, « postremo velut tabem penrenisse ad corpus. » (Tile Live, U, 25«)

guerres opiniâtres qui soumirent la péninsule à la domination des Romains. Le nombre des esclaves s'était accru à mesure que s'étendait la propriété ; il s'était accru par les mêmes moyens, par les mêmes causes, et déjà il était assez considérable pour que le trésor cherchât une ressource dans un impôt du vingtième mis sur les affranchissements ^ Mais ce furent les guerres du dehors qui, entraînant les Romains vers une nouvelle civilisation, leur communiquèrent ce goût du luxe, ces habitudes de loisir, ces besoins plus multipliés d'esclaves, avec tant de facilités pour en accroître le nombre*. Ce nouvel esprit se propage parmi eux dans la période où se développe et se maintient la grandeur de Rome, depuis 200 avant J.-C. jusqu'au u* siècle de l'ère chrétienne. C'est alors aussi que l'on voit l'esclavage s'étendre et se constituer sous sa forme la plus complète, alors que se manifeste l'influence qu'il dut exercer sur les classes libres et les classes asservies. C'est donc surtout dans les limites de cette période que nous devons reprendre les questions posées ci-dessus.

i. « Manlius legem novo exemplo ad Sutrium incastris, tributim, de • vicesima eorum qui manumitterentur, tulit. » (Tite Live, VU, 16.)

2. Aux temps des guerres puniques, Flaminius avait appuyé une loi qui défendait à tout sénateur ou père de sénateur d*aToir un vaisseau de plus de 300 amphores, mesure jugée suffisante au transport de leurs produits rustiques : cette loi, fort goûtée du peuple, irrita vivement les sénateurs. Os commençaient à ne plus croire, comme tout le monde, que toute sorte de gain était déshonorant pour eux. (Tite Live, XXI, 63.)

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