‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 6 sur 213 · II · texte numérisé non relu

II

Cette origine, la plus chère à la famille, à cette première époque où l'enfant de l'esclave pouvait se jouer, avec les fils du maître, dans la vie simple des campagnes, perdit, comme on Ta vu en Grèce, de son caractère, quand l'esclavage se développa et que les distances s'élargirent enire les deux races. Alors le jeune esclave, conçu et élevé dans celte dégradation de la vie servile, n'apparut souvent qu'avec la double flétrissure de sa naissance et de son éducation. Mais pourtant il put encore arriver qu'heureusement rapproché du père de famille par des relations plus habituelles, il y trouvât un titre à son affection et à ses aveurs : on a lexemple d'un jeune vema adopté par son maître S Ce put être aussi comme un signe de distinction parmi cette foule de serviteurs achetés : des esclaves, des affranchis mêmes en retenaient le nom sur leur tombeau*.

On devenait eschve; et, pour parler d'abord des sources intérieures, la volonté du père, Taction du créancier et la force de la loi, pouvaient y concourir, selon les modes divers qui leur étaient propres. Le père était maître absolu de la vie qu'il avait donnée h son enfant. Mis au monde, il fallait que l'enfant fût accueilli, relevé par lui, pour continuer de vivre*; et, de même qu'autrefois il pouvait le

1. f TBRHa Loco F. MAhitut, » (Ofelli, Inscr, 2808.) ^ Ce nom de verna est donné même à une ûlle dans les inscriptions 2809 et 2810, etc.

2. • D. IL I M. UinO IDG. LIB. j VERNAB | AB EPI8TIJLI8 | LATINIS | VIBU

• TBI8BB I uxoR | iNPELicissiM A . » (Fabretti, Imcr. antiq,, p. 296, n. 256. Cf. n. 257, et p. 41 , n. 224, et Orelli, Inscr. 2789, et la note 3 à la fin du volume.)

• 3. Amphitryon autorise Alcmène à relever Tenfant pour lui, en son absence :

Quod erit gnalum tollito.

(Plante, AmphUr, I, ni, 344, et la note de M. Naudet.) — A la mort de Germanicus, on exposa. des enfants comme nés en un jour néfaste : i partus conjugum expositi. » (Suét. C, Galig, 5.)

tuer, de môme qu'il devait l'exposer en certaines circonstances S il conservait le droit de le vendre : droit si entier et » fort, que la vente avec tous les symboles de l'aliénation civile ne suffisait pas pour le détruire. Il reparaissait dès que l'acheteur renonçait à son titre par l'affranchissement, et il pouvait, par une vente nouvelle, s'abdiquer encore sans s'éteindre ; à la troisième fois seulement, il était épuisé*. Ainsi la puissance du père de famille, qui était, nous l'avons dit, l'expression la plus complète de la puissance à Rome, n'était nulle part plus absolue que sur les êtres qui tenaient à lui par les liens les plus étroits, par les nœuds de la nature et du sang ; et le jurisconsulte en parlait avec orgueil, comme de la grandeur de sa patrie : Fere enim nvUi alii sunt homines qui talem in filios SU08 habeant potestatem^ qucUem nos habemus '.

Le pouvoir d'exposer ou de vendre les enfants fut reconnu au père et se perpétua à tous les âges de Rome, avec les différences qui tenaient à la nature de ces deux choses. L'enfant exposé ne devenait point, par le fait même, l'esclave de celui qui l'avait recueilli : de l'un à l'autre il n'y avait qu'un rapport d'élève à éleveur ou nourricier {alumnus^ nutritorY; ce n'était qu'une question d'aliment, et Trajan, consulté par Pline, répondait qu'en

i. Gic. De legib. lil, 8; Denys d^Halic. Il, 26 et 27.

3. « Si. pater. filium. ter. venum. duit. filius. a. pâtre, liber, esto. • (Ulp. fir. X, pr. Cf. Denys d'Ualicarnasse, II, 27.)

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