‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 80 sur 213 · Piaule, Asin, I, m, 221 ; cf. 178 %i 21t · texte numérisé non relu

Piaule, Asin, I, m, 221 ; cf. 178 %i 21t

ïïienl, de la Grèce, d'Alexandrie. Or, depuis que ces pays étaient provinces, il devenait moins facile d'en avoir : mais le luxo, plus fort que toutes les lois sompluaircs, avait gagné toute l'aristocratie ; et ses fantaisies plus exigeantes et plus nombreuses, élevèrent naturellement le prix de ces esclaves. Caton déjà s'indignait qu'on payât un beau serviteur plus qu'une pièce de terre* Martial parle d'héritages entiers absorbés dans de tels achats : des femmes, déjeunes enfants payés 100 000 sesterces (environ 25000^-)*; et Pline en donne un exemple très précis, avec les noms du marchand et de l'acheteur'.

Ce qui eniraînail Rome à ces prodigalités, ce n'était point seulement la sensualité à satisfaire, c'étaient encore les plaisirs de l'esprit, lesledres, les beaux-arts : nobles fruits, de la civilisation, qui mûrissaient librement sous le soleil de la Grèce, mais dont la culture, en Italie, réclamait encore les soins d'une main étrangère; et, d'ailleurs, Taristocralie dédaigna quelquefois de les cultiver par elle-même, se croyant en droit de se les faire servir pour son argent. Les marchands travaillèrent à répondre à ces besoins; ils se faisaient dresser des lettrés, des artistes. Il y eut bien des

1. Miipaxi* ^'iSa&pça 6iwpêaXXoû<nj; à-ypw; Tifi.f^. (Polybe, XXXI, 24.)

t. Ut pucros emeret Labienus vendidit hortos.

(Martial, XII, XXX. 1,) Cf. II, LXiii, i et I, Lix, i. :

Millia pro puero centum me mango poposcit : Risi ego, sed Phœbus protinus illa dédit.

5. Il parle de deux jeunes esclaves, Tun d*Âsie, Tautre des 6aules, que Toranius vendit pour jumeaux à Antoine, au prix de 200,000 sesterces. Antoine, reconnaissant la fraude à leur langage, et se plaignant avec sa violence de triumvir, l'habile marchand répondit qu'il les a^-ait vendus si cher à cause de la rareté d'une telle ressemblance entre deux étrangers. La raison parut bonne ; Antoine n'eût, pour rien au monde, recédé ses deux esclaYe8.(Pline, VD, x, 5 et 6.)

DU PRIX DES ESCLAVi:S A ROME. 165

chanleurs et des grammairiens, de pacotille, comme ce chanteur vendu avec Ésope 1000 oboles (144 "\ 99), et ce grammairien payé 3000 oboles ou 5 mines (434 ''• , 72) ; mais on ne les trouvait pas toujours comme on les voulait avoir, et il en coûtait beaucoup à les faire faire : témoin Sabinus, dont Sénèque nous parlait tout à Tlieure, et qui, pour avoir son esclave Homère, son esclave Hésiode, son esclave Pindare, avait dû payer 100 000 sesterces par tête (25 000^'- en nombre rond). On donnait plus encore pour posséder un de ces hommes dont la réputation élait déjà faite. Q. Luiatius Catulus avait acheté Daphnis 7 à 800000 sesterces, preuve dVstime et de magnificence : il n'en garda que le patronage et le droit de lui transmettre son nom, Lutalius Daphnis*. Sur ce terrain il n'y a pas de limite, pas de moyenne par conséquent à établir. Cependant on trouve ailleurs des évaluations plus modérées, et qui peuvent paraître plus ordinaires. Elles sont d'autant plus dangereuses ; et c'est ici principalement que la critique doit en examiner toutes les circonstances, de peur de s 'égarer dans les voies d'une fausse induction. Ainsi, on en appelle à Juvénal, pour estimer un esclave pêcheur 6 000 sesterces (environ 1500^'*) : c'est le prix du turbot que l'auteur a rendu si fameux. 11 ajoute, il est vrai : « le pécheur aurait pu coûter moins que le poisson*. » Mais, vraiment, est-ce là une estimation des

1. Pline, VU, xl, 1 et Suétone, De ilL gram, 5 : il dit 200 000 nummi, et plusieurs ont pensé qu*il fallait entendre ce mot du lienier, ce qui ferait 800 000 sesterces. Ces prix avaient été dépassés, au temps de Pline, par les histrions. H rapporte qu'un eunuque de Séjan fut payé 500J)00 sesterces (Ui D) on a même traduit 50 000 000 (lli D)t de (Pline, Und. 2.)

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