‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 95 sur 213 · Voyei ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Voyei ci-dessus, p

« Vin à Vusage des gens pendant Vhiver, Mettez dans une futaille dix amphores de vin doux, deux amphores de vinaigre bien mordant, et autant de vin cuil, jusqu'à la diminution des deux tiers, avec cinquante amphores d'eau douce ; remuez le tout ensemble avec un bâton trois fois par jour, pendant cinq jours consécutifs ; après quoi, vous y ajouterez soixante-quatre setiers de vieille eau de mer*... »

Plaignons moins l'esclave enchaîné de la parcimonie avec laquelle on lui mesure ce prétendu vin.

Avec le pain et la boisson se donnaient quelques accessoires que la traduction française de Caton réunit sous cette naïve rubrique, Bonne chère des gens :

« Vous garderez le plus que vous pourrez d'olives tombées, et même de celles qui auront été cueillies à temps quand vous ne pourrez pas vous promettre d'en tirer beaucoup d'huile ; vous leur en donnerez, mais avec épargne, afm que la provision en dure le plus longtemps que faire se pourra. Lorsqu'elle sera épuisée, vous leur donnerez de la saumure avec du vinaigre. Il leur faudra à chacun un sclier(0 "*", 54) d'huile par mois; mais il suffira d'un boisseau (8 "*'*, 67) de sel par an, pour chacun «. »

C'est à cette dernière ration de vinaigre et de sel que se

réduisait toute la a bonne chère » de cet esclave du Rudens,

dont l'imagination féconde rêvait déjà la royauté :

Mais ce roi soupera de sel et vinaigre Pour tout ragoût : la chère en sera maigre ! Sed hic rex cum aceto pransurus e$t et sale, sine bono pulmenio^,

\, Caton, De re rud. I, civ (cv). — 2. Ihid. Lvm (lix). 5. Plante, Rudens, IV, ni, 844. Dans le Stichus (V, iv, 670) il décrit un repas un peu plus Tarie :

Hoc convivium *st Pro opibus nostris satis conmodule, nucibus, fabulis, ficulis.

20i LIVRE II. CHAPITRE VL

Pour le vêtement, même économie : « Vous leur donnerez, tons les (Jeux ans, une (unique sans manches, de trois pieds et demi, avec des sayes, et, en leur donnant l'un et l'autre habillement, vous aurez soin de reprendre ceux qu ils quitteroni, pour en faire des pièces (cenlones). Il faut aussi leur donner, tous les deux ans, de bons sabots (sculponeas), garnis de clous de fer*. »

Le logement tient peu de place dans Caton : en un endroit où il parle de la construction à neuf d'une métairie, il nomme, avec les mangeoires des bœufs pour l'hiver et leurs râteliere pour l'été, les cellules des esclaves ; mais nulle autre recommandation*. Yarron et Columelle s'en occupent davantage, dans l'intérêt du bon ordre et de la surveillance'; ils s'en occupent aussi dans la pensée du bien-être des esclaves. Yarron comprend que, par le choix du lieu, on peut leur épargner l'excès du cliaud ou du froid, et leur procurer, sans dépense, un repos qui répare leurs forces pour le travail* ; Columelle, après avoir marqué Torientution de la demeure des esclaves ordinaires, parle de celle des esclaves enchaînés ; et il ne trouve rien de plus salubre pour eux qu'un logement souterrain, éclairé d'un grand nombre de petites fenêtres étroites et assez élevées au-dessus du sol, pour qu'on ne puisse

Olea in tryhlio, lupilii conminulo cnislulo. Sat est.

i. Caton, Lix (lx). — 2. t Cellas familiae. • (Ibid. xiv, i.) 5. Varron (I, xiii, 2) place le villicui vers la porte, pour surveiller les rentrées ou les sorties nocturnes ; et Columelle (I, ti, 6-9) lui assigne la même place, tout en demandant que les cases des esclaves se groupent, autant que possible, pour que sa vigilance ne soit pas mise en défaut.

A. fl Familia ubi versetur providendum, si fessl opère, aut frigore, • aut calore, et ubi commodissime possint se quiète reciperare. • (Varr. I, xni, 1.)

y atteindre de la main ^ ! Tel était le modèle de ces habitations servîtes (ergastula) !

Les maîtres ne s*en tenaient même pas au nécessaire ; ils y joignaient quelques adoucissements : les uns, il est vrai, qui ne leur coûtaient rien, les autres qui leur rapportaient plutôt encore quelque chose. Il en coûtait peu au mailre de traiter les bons esclaves avec familiarité, de causer avec eux de leurs occupations, de consulter les plus capables pour leur faire prendre à cœur leur habileté, de soulager enfin par de bonnes paroles le poids de leur élernel travail. C'est ce que faisait et ce que conseillait Columelle*. Mais Tespagnol Columelle, il faut le dire, pour tout ce qui concerne les esclaves, est de l'école de Xénophon, comme Varron est de celle d'Aristote ; le Romain original, c'est Caton. Caton, au début de sa carrière, partagera bien la gi*ossière nourriture de ses esclaves, comme il partageait leurs travaux : c'était l'usage des vieux Romains ^ ; il fera même allaiter, à l'oc-

1. fl Oplime solutis servis cellae meridiem œquinoctialem spectantes « fient; vinclis quam saluberrimum subterraneum ergastulum, pluri- « mis, idque angustis illustratum fenestris, atque e terra sic editis ne fl manu contingi possint. • (Colum. I, vi, 5; cf. Vitruve, Yl, 10.)

2. « In caeteris servis h»c fere prsecepla servanda sunt, quae me cusfl todisse non pœnitet, ut rusticos, qui modo non incommode se ges- « sissenl, sœpius quam urbanos familiariusque ailoquerer; et quum fl hac comitate domini levari perpetuum laborem eorum intelligerem, fl nonnunquam etiam jocarer et plus ipsis jocari pcrmitterem, elc. » (CoJum. 1, vm, 15. Cf. Plut. QuHl faut réprimer ta colère, 12 et 13, p. 460-461.)

5. Plus'eurs des préceptes d*Aris(ole sont traduits par Varron : « Mancipia esse oportere, neque formidolosa neque animosa . . . Neque < ejusdem nationis piures parandos esse. • (Varron, I, xvn, 5 et 5. Cf. Arislote, Écon. i, 5.)

4. *£^aoapLtvo; {xfTà tûv oùutîâv io6(ei tôv aùtôv ^pTcv iptou kM\>-v*oç, xoù T.tvtt TÔV oÛTov ctvov. (Plut. Cat, t Ancicn, 3.) Ce fut par cette imitation des anciennes mœurs qu*il se fit remarquer de Valérius Flaccus, atti«

casion, leurs enfants par sa femme, afin de leur faire sucer, avec le lait, l'amour de la famille ^ Mais il ne connaît ni les manières prévenantes, ni la douceur de langage ; en fiût de ménagements, il n'estime que ceux qui, tout en donnant plus de bien-être réel aux esclaves, n'en promettaient pas moins d'avantages et de profits aux maîtres : je veux dire le mariage et le pécule.

Le mariage, dont la loi ne reconnaissait, nous l'avons vu, ni le caractère, ni les effets, s'.iccordait aux esclaves comme une faveur ; et pourtant, avec les facilités de la vie rustique, il était loin d'être un sacrifice de la part du maître. Caton, Varron et Columelle le recommandent expressément pour le fermier. Caton ne l'interdisait aux autres que pour tirer un honteux profit des relations passagères qu'il leur permettait au prix d'un tarif*. Columelle pensait que les fruits de l'esclave étaient un produit suffisant ; et il voulait qu'on encourageât la fécondité des mères par des loisirs, même par la liberté '. Il y avait dans ces unions et dans leurs fruits d'autres avantages encore, déjà signalés par Aristote : c'étaient comme autant de liens entre l'esclave et le maître, une garantie ^ de bonne conduite et des gages de fidélité ; et c'est à ce titre-là que Yarron, tout en conseillant le mariage pour plusieurs classes d'esclaves en particulier*, semble l'approuver d'une manière plus générale, à l'exemple des

rer à la ville, et pousser aux charges publiques, comme le meilleur adversaire des Scipions et des mœurs nouvelles intreduiies à Rome par leur influence.

i. Plut. CaL r Ancien, 20. — 2. Plut. ibid. 21.

5. Colum. 1, vui, 18 : le repos pour trois enfants, et, pour un plus grand nombre, la liberté.

Page 1