‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 99 sur 213 · II- Il · texte numérisé non relu

II- Il

210 LIVRE II. GHIÀPITRE YI.

s'ils n'étaient affiliés, avec Tassentiment du mattre, à quelque association funéraire (31), il leur arrivait d'avoir place dans les tombeaux de famille ou dans les columbariaK Mais ici, ne faut-il point faire la part de celte vanité qui, vivants ou morts, aimait à les produire en public? Et quant à cette double faveur du pécule et du concubinat, elle ne leur laissait guère, ne Toublions pas, qu'un droit d'usage tout arbitraire et toujours révocable. Les femmes, comme le pécule, pouvaient leur être reprises tout aussi bien que données ; les enfants ne leur appartenaient pas; et, pour le nécessaire même, étaient-ils toujours assurés de l'avoir, parce que Caton et les autres auteurs en donnaient le conseil? Combien croyaient pouvoir renchérir sur les formules de Caton lui-même, pour mieux entrer dans son esprit et perfectionner son système d'économie, en commençant par moins dépenser? sans parler des avares qui ne croyaient pas injuste de traiter les esclaves comme ils se traitaient eui^mêmes' 1

Pour ces avantages, quels quMls fussent, l'esclave se devait tout entier au service de la maison, et la même pensée qui lui mesurait ces faveurs d'une manière si discrète, lui imposait le travail aussi loin et aussi longtemps que ses forces pouvaient aller, «c Quelle charge as-tu là? » disait une maltresse à sa vieille domestique. — « Quatrevingt-quatre ans ; ajoutez la servitude, la sueur, la soif, et

1. Voyez dans Gruter toute la section intitulée : AffecUu dominarum, et patronorum erga tervot et libertos, p. 950-958, et append. p. 1040- 1048, et 1153, 4; Muratori, cl. xn etxzu, les autres recueils dtésphis haut et la note 32 à la fin du volume.

Senrorum ventres modio casligat inique Ipse quoque esuriens.

(Juvén. XIV, 126.)

puis ce fardeau sous lequel je plie ^ » L'esclave est un capital viager dont la mise en valeur demande bien dos dépenses. Pour amortir ce capital et couvrir les frais d'entretien, il faut qu'il rapporte beaucoup, il faut qu'il rende tout ce qu'il peut produire ; et, par l'ami^.nagement de la villa, par celte distribution si habilement calculée du travail et de la surveillance, on cherchait à atteindre ce but suprême.

Les poètes, dans leurs descriptions champêtres, se reportent volontiers à l'âge d'or, et, s'ils descendent jusqu'aux siècles de fer, ils y ramènent quelque chose du bon temps de Saturne :

Laisse chômer la terre, après qu'on a semé, Laisse chômer les gens....

Villice, da requiem terrce, semente peracta^ Da requiem^ terram qui coluere^ viris *.

Mais les agronomes s'établissent dans l'âge présent. Là , point de perte de temps, point de vagabondage sous prétexte de commission, point de loisir qui ne soit forcé. U y avait des fêtes, et la loi des pontifes commandait qu en ces jours on laissât reposer les bœufs. Mais il n*y avait pas de fêtes pour les mulets, pour les chevaux, ni pour les ânes* : il

1. Quid oneris? — Annos octoginta et quatuor; Et eodem adcedit servilus, sudor, sitis; Simul beec, que porto, deprimunt.

(Mercat. IV, i, 666.)

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