CHAPITRE VI
Des mesures prises pour mettre le royaume
à couvert au dehors. — Conquêtes.
Après avoir assoupi les Romains, un autre soin exerça la prévoyance de Tliéodoric. Tranquille pour le cœur du royaume, il fallait courir aux extrémités, et les mettre toutes en même temps à couvert des entreprises du dehors. Les tentatives des empereurs Grecs , les maux que les rois barbares avaient faits à l’Italie , tout l'avertissait qu’il possédait un bien envié de ses voisins , et de yoisins puissaus. i ,
C’était surtout Anastase qui regardait d’un œil jaloux la grandeur du nouveau monarque (a). Il épiait les occasions de lui porter la guerre : prince faible et vil
(a) Sigon.jlib. i6- — Coceh.1. Vit- Tk — Leb. Hi*t. du Bas-Emp-, liy. 37 .
qui ne souffrait pas que l’Italie restât entre les mains d’un roi capable de la soutenir, et qui n’aurait pu la conserver pour luimême ! Tliéodoric, dont la puissance n’avait pas encore eu le temps de se fortifier assez, tâcha d’étouffer ces premières étincelles de discorde. Il envoya une ambassade à l’empereur, et lui adressa une lettre (a) d’autant plus adroite, qu’elle marquait plus de déférence et de respect. Il n’épargnait pas même la^flatterie , sachant bien à qui il avait affaire. Des protestations de fidélité et de soumission amortirent pour quelque temps le feu qui couvait. C’était tout ce que désirait Théodoric.
Mais il y eut dans la suite une rupture ouverte. La haine perfide qu’Anastase nourrissait au fond de son cœur, avait été encore aigrie par la défaite d’un de ses officiers , qui attaqua les Goths dans la Pannonie. Pendant que les troupes de Théodoric* étaient occupées contre les Francs , Anastase saisit cette occasion pour exercer , je ne dirai pas des hostilités ,
(n) Cassiod , lib. i , ep. i.
mais une espèce de piraterie (a). Le comte Romain descend tout-à-coup avec deux cents voiles sur les côtes d’Italie; il pille , il saccage tout le pays jusqu’à Tarente, et se retire sans autre fruit de son expédition, que le ravage de quelques campagnes et le mépris dû aux brigands.
L’Italie , dépourvue entièrement de vaisseaux, restait exposée, du côté de la mer , aux incursions de l’ennemi. Tel avait été l'effet de la mauvaise administration des Empereurs , que l’Italie possédant en abondance presque tout ce qui était nécessaire à la construction , et envoyant même des bois dans les autres pays, elle n’avait pas un seul bâtiment à mettre en mer (ô).
La descente des Orientaux fut un avis salutaire qui tourna l’attention de Théodoric vers la marine. H fit construire avec une incroyable célérité, mille barques légères (c). On rassembla de tous côtés des hommes destinés à former les équipages, et
(a) Slg- Occ. Imp. , lib. rôti) Cas». , lib. 5 , ep. 16.
(c) Idem , lib. 5 , ep. 17 , 18 , 19 , ao-
g8 , MONARCHIE DES GOTHS
la flotte se trouva la même aflnée (a) au port de Ravenne, prête à faire voile. Cet appareil dégoûta Anastase d’une seconde •expédition qu’il voulait tenter , et fut d’un grand secours à l’Italie, non-seulement pour la sûreté de ses côtes , mais pour le commerce et pour le transport des vivres.
Dans cette circonstance comme dans beaucoup d’autres, c’est le barbare qui donne à l’empereur des Romains une leçon de ménagement politique. Loin d’accuser Anastase , il dissimule le motif qui lui a fait équiper une flotte. « Il veut , dit - il , y> mettre l’Africain hors d’état d’insulter le » royaume (b), »
Admirons aussi comme il sut profiter de l’éclat de ses exploits , pour imposer aux princes étrangers et pour enchaîner à son parti tous les bras qui auraient pu se lever contre lui.
Lorsque les triomphes du roi des Ostro- goths font encore l’entretien des nations voisines , ses ambassadeurs sont dans toutes
(o) Sig. Occ. Imp. , lib. 16.
(*) Ca*s., lib. 5 , ep. 17.
les cours, et négocient des alliances (a).
Qui ne se trouverait honoré de s’attacher au maître de l’Italie? Il reçoit en mariage la sœur de Clovis ; lui -même avait déjà deux filles ; l’une épouse le Pôi des Visigoths , l’autre le fils de Gondebaud ; sa sœur Amalefrède monte sur le trône des Vandales, et sa nièce est unie au roi des Thuringiens : il adopte pour fils d’armes un roi des Hernies qui était en Germanie (é). C’est ainsi qu’il formait une grande famille , dont il se trouvait être le chef, et par sa position et par ses lumières. Placé au milieu de ces princes , il paraissait faire tous ses efforts pour que la concorde régnât parmi eux; sa politique adroite lui attirait leur respect , et les intéressait tous à la prospérité de son règne.
On croit aussi qu’il voyait plus loin dans l’avenir , et qu’il se pféparait des succes-
(a)-Cass. , lib. a , e'p. 4* > lîï. 5, ep. i ;,lîb. 5 , ep. 43- — Sigon., lib. 16 . — Joru. de reb. Get., cap. 58. — Procop. Hist. Vand. , lib. 1 , a. — . Id. Hist. Goth., lib. 1 , cap. 1 .
(£) Cass. f lib. 4 > ep. a.
100 MONARCHIE DES GOTHS aions. Du moins, les événemens qui suivirent , semblent justifier cett.e conjecture. Les limites des nouvelles conquêtes n’étarit pas encore bien fixées , les Barbares se remuaient tous ensemble dans la Gaule pour prendre leur position. Pressés les uns contre les autres , leurs mouvemens devaient allumer des guerres , les guerres amener des renversemens de royaumes.
Mais la sûreté , plutôt que l’agrandissement de ses états , occupa Théodoric dans les premiers temps. Il s’empressa de fermer tous les accès que l’Italie offrait du côté de la terre. Depuis les Alpes maritime^ jusqu’aux montagnes du Tyrol, des seigneurs goths, entièrement dévoués à sa fortune, occupèrent tous les passages avec de nombreux corpsde troupes(a). Des forteresses (b) s’élevèrent dans les endroits où l’on craignait le plus les incursions. 11 mit en état de défense un grand nombre de places importantes, entre autres Aquilée, Trente et Tortone (c).
(a) Cocchl. Vita THeod. , c«p. 6 .
(i) Sig. , lib. 16. — Cass. , lib. à , ep. 48.
(c) Cass. , lib. 1, ep. 17 ; lib. 5 , ep. g — Leb. Hist. du Bas-Empire, liy. 37. — Coccbl. Vit. Th., cap. i 3 .
EN ITALIE. lOl
• Restaient les Hérules et tous les soldats d’Odoacre (a), qui pouvaient garder contre le vainqueur un secret ressentiment et qui lui étaient suspects. R les réunit en un seul corps , leur donna un roi (54) , et leur assigna pour demeure la partie de l’Italie qui forme aujourd’hui le Piémont.
De cette manière les Hérules se trouvant serrés de tous côtés entre les seigneurs goths qui garnissaient la chaîne des Alpes, n’osaient remuer, et servaient eux-mêmes de rempart à l’Italie.
Enfin, Théodoric prit lui- même son poste. Rome, Milan et Ravenne se disputaient toutes trois à qui posséderait le prince. Il donna la préférence à Ravenne (é). Quelques-uns ont prétenduqu’il avait cédé aux attraits de çe séjour. Mais ils connaissaient mal Théodoric. Deux motifs le déterminèrent sans doute à se fixer dans ce lieu : a. “il ne voulait, pas qu’on s’aperçût du moindre changement dans la formé
* (a) Vita Theod. Cocchl., cap. 5. — Procop. Hist. Got. , lib. i , cap. i.
(£) Cocchl. Vit. Th. , cap. 6. — Sigon. Occ. Imp. , lib. i6.
102 MONARCHIE DKS GOTHS du gouvernement , et la cour résidait de r puis long -temps à Ravenne ; 2." cette ville étant à la fois maîtresse de l’Adriatique et à l’entrée de l’Italie, Théodorie veillait de là sur tous les points à la défense dç l’Empire, et était présent aux lieux les plus exposés.
Ce prince n’était pas moins habile à tirer avantage des événemens même qui semblaient lui être tout - à - fait étrangers. Clovis ayant défait les Allemands à la bataille de Tolbiac, les poursuivait avec l’acharnement d’uq lion qui s’irrite sur sa proie. Ces.malheureux vinrent se jeter sur Jes terres de Théodorie. Aussitôt il envoyé des ambassadeurs à Clovis, le félicite de sa victoire, intercède pour les fugitifs (a), -et leur oùvre un asile (b). Que d’heureux effets produisit cette générosité! elle accrut le peuple qui avait besoin de réparer les pertes qu’il avait faites; elle couvrit la frontière de braves soldats auxquels la reconnaissance prescrivait comme un de-
(a) Cass. , lib. a, ep. 4i.
{[>) Sigon. , lib. 16.
voir le dévouement à Thécjfloric ; enfin, elle rendit son nom respectable , en le faisant paraître comme l’appui du faible et de l’opprimé.
On juge que toutes ces mesures ne furent pas vaines : l’Italie commença enfin à respirer des guerres qui l’avaient tourmentée : elle jouit pendant trente ans d’une paix profonde.
Les états de Théodoric comprenaient , dès les premières années, avec l’Italie, la Dalmatie, l’Istrie, la Rhétie , le Norique et la Sicile («). Sans doute il ne se crut pas obligé par le traité dans lequel Odoacre avait promis de payer aux rois d’Afrique une redevance annuelle pour la Sicile. Ce n’était plus Genséric qui régnait. Trasamond redoutait le roi des Ostrogotbs , et il était plutôt disposé à lui payer des tributs qu’à en exiger un (b).
Lorsque Théodoric fut tranquille possesseur, il porta ses yeux au dehors. Bien-
(a) Ca89. , lib. 6 , ep. aa ; lib. 7 , ep, 4 , i/\. — Proc. Hist. Got. , lib. 1 , cap. 1,12. — Sigon. Occ. In:p^ % lib, 16.
(t) Ca*s. , lib, 5 , ep. 43 , 44 — W. Chronic.
104 MONARCHIE DES GOTHS tôt de nouvelles conquêtes reculèrent les limites de son royaume.
Cependant aucune secousse ne fit sentir aux Romains que l’on eût la guerre. Ils n’en étaient avertis que par le bruit des victoires. Tbéodoric était obligé d’entretenir des armées nombreuses, des garnisons formidables ; il prit à sa solde d’autres Barbares que les Goths, mais pas un Romain (a). Lui-même il se montra dès lors plutôt roi que guerrier, et ne combattit plus que par le bras de ses généraux.
On eût dit qu’il prévenait la fortune , plutôt qu’elle ne le favorisait , tant sa politique était vigilante , tant il avait de promptitude à saisir les occasions propices.
Depuis le départ des Ostrogoths , les Gépides, sortis de la Dacie, où ils habitèrent après la mort d’Attila (b ) , s’étaient em- — — parés de la Pannonie. Mondon, un des
An 5o3. descendans d’Attila, qui avait servi Traseric, roi des Gépides, encourut sa disgrâce, et pour se mettre à l’abri de son ressentiment, il se réfugia dans un château
(a) Casa , lib. 5 ,ep. n. — Sig. Ocr. lmp. , lit» 16 . (<>) Jorn. «le reb. Get., cap. 5S.
io5
fort, sur les bords du Danube. Mais trop faible pour résister seul à un si puissant ennemi, il implora la protection de Tkéodoric, et se déclara son vassal (a). Le roi d’Italie ne négligea pas ce prétexte offert de recouvrer son ancienne patrie. Il amuse Traseric par des négociations trompeuses, et tout-à-coup il fait marcher contre lui une armée, sous la conduite de Pitzia, un de ses meilleurs capitaines. L’ennemi surpris est contraint de fuir sans combat, et de mettre le Danube entre les Goths et lui. Toute la Pannonie est subjuguée, et Pitzia entre en vainqueur dans Sirmium, la capitale. Peu de temps après il vole au secours de Mondon , assiégé par Sabinien , préfet d’Ulyrie, dont les troupes étaient grossies par les Bulgares. Il taille en pièces et Grecs et Barbares , et ce dernier triomphe assure la conquête (b).
C’était le grand art de Théodoric de s’attacher les peuples vaincus en les appelant aux douceurs de la paix. Il fit revivre la loi romaine dans ce pays ; il abolit
fa) F.nnod Paneg. Th — Cass. , lib 8,ep.
— Lebeau , Hist- du Bas-Emp. , lîv. 3ç), art. i , a. (t) Jorn. de reb. Get. , cap. 58-
jo6 monarchie des goths
l’usage du combat judiciaire introduit par les Barbares, et s’appliqua surtout «à réprimer la violence (a).
Bientôt à cette guerre en succéda une antre plus importante, et dont les fruits furent aussi plus grands.
. — La valeur indomptée des Francs , jointe
An 5oC. à une ardeur inquiète, les avait rendus redoutables à tous leurs voisins. Théodoric se voyait avec plaisir séparé de ce peuple et garanti des incursionspar le royaume d’Àlaric, son gendre. Tout-à-coup le roi des Francs , tenté d’agrandir ses états , mais prétextant le zèle de la religion , déclare , sans aucun motif légitime , la guerre à Alaric (é). Une telle entreprise ne pouvait manquer de mettre dans l’inquiétude le roi des Ostrogolhs; il comprenait que si la digue qui le protégeait était une fois rompue , le torrent pourrait se déborder sur l’Italie. Il s’interposa en qualité de conciliateur entre les deux rivaux (c); et leur
(a) Cass. , lib- 3, ep. a3, \ lib. 4,ep. 49 > lib. 5,
cp. 14.
(i) Procop. Hist. Got. , lib. 1 , cap. i, ia. — Sigon. Occ- lmp , lib 16. — Vita Tb. Coccbl., cap. 17.
(cl Cass. , lib 3 , ep 1,4.
parlant avec une tendresse et une autorité paternelle, il s’efforça de les fléchir par ses instances , de les arrêter par ses menaces. Sa vpix fut écoulée par Alaric ; mais Clovis, dopt l’ambition s’irritait encore par la soif des combats, repoussa opiniâlrément tous les conseils pacifiques.
Les armes seules devaient trancher le différent.
Dès lors un autre soin occupe Théodorie : s’il n’a pu dissiper l’orage , il va détourner le péril. Voyez comme il s’agite.
Fort des alligpces qui unissent à lui et le roi des Bourguignons et ceux des Hérules, des Varnes (55) et de Thuxinge, il les anime presque tous contre Clovis (a) : il sait leur faire partager les craintes qu’il éprouve. « Le choc de deux si grandes » puissances doit être funeste ; leurs dé- D) bris , en tombant , ébranleront les au- » très empires ; il n’est pas à douter que , » si le superbe roi eje? Francs terrasse son » ennemi, il ne vienne bientôt les attaquer » à leur tour.» Voilà comme il savait se pré-
fa) Cass. , lib. 5 , ep. 3 , 4- •— Sigon Occid. Imp , lib. 16.
108 monarchie des goths
valoir du noble litre de médiateur des roi pours’altirer leur amitié, leur confiance; il semblait veiller au salut de tous , tandisqu’il ne travaillait que pour son propre intérêts Enfin , les Visigôths et les Francs en viennent aux mains dans les plaines deVouiilé; Alaric est vaincu et tué dans le combat («)• Aussitôt Théodoric s’est déclaré le tu- Ad 507 et ^ eur j e gon p e tit-fils Amalaric. Il envoie Theudis , son écuyer, pour tenir sa place auprès du jeune orphelin réfugié èn Espagne (6) , et il fait partir le comte Ibbas , à la tête d’une armée formidable , pour qu’il s’oppose aux ravages et aux invasions de Clovis dans les Qaules (c).
Qui ne pénétrerait ici les vues secrètes de Théodoric ? Puisqu’il était si vivement touché des périls de son fils Alaric (d) • ( c’est ainsi qu’il l’appelle) , pourquoi s’en
est-il tenu à de simples négociations? Pour-
(a) Proc- Hist- Got. , lib. 1 , cap. ia. — Leb. Hist. du Bas-Empiraf, 1 iv- Î7-
(&) Cass- Chronic- — Sigon. , lib. 16 — Isid.Chron. Got- , oera 5a 1 — Jorn. de reb-Get- , cap- 58. — Proc* Bell. Got. , lib- 1 , cap. ia-
(c) Cass. , lib. i , ep- a4-
(d) Idem , lib- 3 , ep. 1 , 4-
quoi ne l’a-t-il pas appuyé par de nombreux renforts ? Dans l’administration de son royaume, il aime mieux prévenir le crime que de le punir; pourquoi, dans cette occasion , n’empêche - 1 - il pas le malheur d’Alaric plutôt que de lè venger? Dirat-on que ses soldats n’étaient pas prêts pour une expédition? Mais les Goths sont toujours en haleine : la paix est pour eux un exercice continuel (a). Au premier signal , ils ont pris les armes et courent avec rapidité partout où Théodoric les envoie.
Dès qu’il s’agit de recueillir l’héritage d’Alaric , il semble frapper du pied la terre , et en faire sortir des armées ( b )'. On voit que ce prince occupé de lui seul, attendait en suspens la décision du sort des combats. Quel que fût le vainqueur , il n’était pas tranquille. Alaric même serait devenu à craindre par la défaite de Clovis ; il fallait donc conserver ses forces entières.
Les succès d’Ibbas furent aussi prompts qu’éclatants (c). Les Francs pressaient avec
(a) Eanod. Panegyr.
(A) Jorn. de reb- Get., cap. 58 .
(c) Sigon- , lib. 16. — — Jorn- de reb. Get- , cap- 5 S* — Lebeau, Hist-du Bas-Empire, liv. 87, art a6-
ardeur le siège de Carcassone , pour s’emparer des trésors que cette ville renfermait (36); il les eut bientôt contraints à l’abandonner. Il arracha de leurs mains Arles, Toulouse , Marseille ; il chassa de Narbonne les Bourguignons qui s’en étaient rendus maîtres à la faveur des guerres entre les Goths et les Francs; enfin, il embrassa dans ses conquêtes presque toute la Septimanie , c’est-à-dire , la partie de la Gaule qui s’étendait depuis les Alpes et le Rhône, jusqu’aux Pyrénées et à l’Océan.
Ce n’était pas là que devaient s’arrêter ses exploits. Un fils naturel du roi des Visigoths, Jesalic, s’était fait reconnaître pour souverain et occupait une grande partie de l’Espagne (ce). Ibbas marche contre l’usurpateur. Celui-ci, à son approche, avait déjà pris la fuite ; mais il revint avec de nouvelles forces que le roi des Vandales lui avait procurées (h). Le général des Goths, réuni avec Theudis, abat cet
(a) Proc. Hist. Got , lib- 1 ,cap. 12. — Jorn. de reb. Get. , cap. 58.
(0 Sigon., lib. 16 — Cass., lib- 5 , ep.43, if
ennemi , et bientôt le royaume de Théodoric s’étend au-delà des Pyrénées.
Ce prince laissait le nom de roi à son petit-fils et le protégeait avec zèle. Mais il fit voir qu’il avait sauvé du naufrage les débris de la monarchie des Visigoths plutôt pour lui - même (a) que pour le légitime héritier (37). Par qui les magistrats étaient-ils choisis, installés et surveillés? par Théodoric. Qui réglait, qui recueillait les impôts? Théodoric. Qui disposait de tous les produits (b) de l’industrie et du sol ( 38 )? Théodoric. Théodoric seul était vu par les peuples. C’est des années de son règne que se dataient tous les actes publics (c). Dans ses cominan- .demens aux magistrats, dans ses adresses aux villes nouvellement soumises, est-il jamais fait mention d’Amalaric? il n’y parle que de lui. C’est toujours sa justice , son Empire , ce sont ses peuples (d) (39).
(a) Cass- , lîb. 3 , ep. 3a , 34 , 38 , 4<> ; lit»- 5 , ep. 3g. — Proc. Hist. Got- , lib. i , cap. î a.
(4) Cocchl. Vit. Theod. , cap. 7 .
(c) Leb. Hist. du Bas-Empire, liv. 37 , art. a6.
(d) Cas*. , lib- 3 , ep. aa , 43 .
112 MONARCHIE DES OOTHS
Il se servoit de son moyen ordinaire pour conserver sa conquête : c’était de s’attacher les cœurs des habitans (a). Partout l’ordre fut rétabli, les impôts modérés, l’avidité des exacteurs réprimée, la foi du commerce raffermie, l’agriculture encouragée , et la justice rappelée avec les lois dans les tribunaux; il affejjtait surtout de comparer son administration avec la conduite des princes barbares (ô), sachant bien quel avantage il tirait d’un semblable parallèle. « Que les autres rois se plai— » sent à ravager les cités, qu’ils se char- » gent d’un immense butin; pour moi, » disait- il, je veux que mon empire soit » tel que les nations vaipeues regrettent » de n’y avoir pas été plutôt soumises. » Ce trait, lancé avec adresse , était d’autant plus mordant , qu’on se ressentait encore des maux faits par Clovis , et que les habitans avaient devant leurs yeux les monumens de la fureur de leurs ennemis. Les Francs avaient enlevé des richesses im-
(a) Cass. , lib 3 , ep. 16 , 17 , 18 , 34 , 4° > 4 1 >4 a i lib- 5 , ep 3g. — Sigon. , lib. 16 -
{b) Cass , lib- 5 , ep. 43-
EN ITALIE. 1X3
tnenses ; les édifices publics et particuliers étaient ou ruinés ou dépouillés de leurs ornemens (a).
Tbéodoric voulut joindre à la reconnaissance, d’autres nœuds qui resserrassent encore l’union des nouveaux sujets avec l’Italie. 11 choisit parmi eux un consul.
Félix, un des premiers citoyens de la Gaule par son mérite et par son opulence , reçut les faisceaux l’an 5u (6).
C’était flatter l’orgueil des habitans de la province et graver dans leur âme la fidélité. Le peuple ne croit pas qu’il puisse être maltraité par un prince qui l’honore ; le prince gouverne son peuple avec indulgence, parce qu’il sait qu’on ne le hait pas. Cette mutuelle confiance assure la tranquillité de l’un ©t de l’autre.
Théodoric réunit encore la Souabe à 5i4.
son royaume. Les Allemands ayant fait une incursion sur les terres d’Italie, les "Gotha marchèrent contre eux et mirent leur armée en déroute. On réduisit leur
(0) Sigon. , lih. 16.
(1) Idem. — Caasiod. Chronic. — Idem. , lib. a , Cp. If 4 ) 3*,
fl
Il4 MONARCHIE DES GOTII5
pays en forme de province, et il fut régi par les officiers du roi des Golhs(n).
Enfin, lorsque les fils de Clovis (b), animés par les instigations de Clotilde , qui voulait venger la mort de son père , se préparaient à exterminer le roi des Bourguignons, Théodoric voulut s’associer avec eux. Le traité portait que, si quelqu’un des alliés n’avait point partagé les périls de l’expédition , ceux qui auraient combattu seuls, exigeraient une somme d’or à titre d’amende, et après cela livreraient aux autres la moitié de la conquête. Théodoric assemble ses troupes et donne Je signal du départ. Mais il commande en secret à Tolonic , son général , de s’avancer lentement. Durant tous ces retards, les Francs livrent une bataille sanglante , chassent les Bourguignons à l’extrémité de leur royaume, et l’envahisseht presque tout entier. Soudain les Goths arrivent, et s’excusant sur les difficultés du passage des Alpes,
(a', Ennod. Paneg.Tlieod — Sig. Occ. lmp. ,lib. 16. — I.eb. Hi.st du Bas-Empire , liv. 37, art. iy.
(b) Cass. , lib. 8, ep. 8. — Procop. Hist. Cot. , lib. i, cap. ia. — Sigon, Occ. Imp. , lib. 16.
ils paient la somme convenue, et ils obtiennent, selon les clauses du traité , Genève, Apt , Carpentras, et plusieurs autres villes. Théodoric était trop avancé pour ces peuples ingénus.
La paix intérieure et les triomphes au dehors rendirent le trône dè Théodoric désormais inébranlable. On calculera l’accroissement de ses forces parle changement d’Anastase à son égard. Le roi d’Italie maria sa fille Amalasonte à Eutharic , prince du sang des Amalcs. Après les fêtes célébrées à l’occasion de cet hymen , et dont la magnificence étonna les ambassadeurs même de la cour d’Orient (a) , il décerna le consulat à son gendre. Anastase voulant, à cette occasion , se concilier l’amitié de l’un et de l’autre , envoya une robe consulaire à Eutharic, et l’adopta pour fils d’armes (4o).
Qu’est devenue la hauteur qu’il affectait envers Théodoric? Où est son animosité?
Naguère (b), pour blesser l’amour-propre du roi. des Goths, il avait fait présent à
(a) Chron. Cassiod. — Sigon. ,lib. 16.
(i) Sigon. , lib. 16.
Il6 MONARCHIE DES COTHS
Clovis , ennemi de ce prince , d’une couronne d’or et d’un manteau de pourpre , avec les omemensde la dignité consulaire; maintenant il flatte ce môme roi desGoths.
il fallait que dès lors la grandeur de Théodoric imposât fortement à l’empereur :
n’ayant pu l’abattre , il ne lui restait plus qu’à tâcher de s’en faire un appui.