‹ Histoire de l'établissement, des progrès et de la décadence de la monarchie des Goths en ItalieChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Belles-lettres , sciences et arts.

fiiÉouoRic faisait paraître une haute vénération pour tous les ouvrages dont les anciens a.vaient enrichi l’Italie, et Rome surtout , dont la grandeur imposante s’accordait avec la fierté de son âme, Mais cet amour pour les ouvrages des arts n’étant point éclairé , précipita peut-être leur décadence.

Les murailles , les statues , les temples , les théâtres, les aquéducs (a), étaient entretenus avec le plus grand soin. Il secondait les travaux des particuliers ( b ) qui tendaient à l’ornement ou à la salubrité ( c ) des villes (45) ; Î1 les stimulait , et par des

(a) Cassiod. , lib- i , ep. a4; lib. 5 , ep. g, 10 , 3i J lib. 4, ep- 3o , 3i , 5i ; lib. 7 , ep. 5 , 6 .

(i) Cocchl. Vila Theod- , cap. 6, 7.

(c) Cassiod., lib a,ep. 3a, 33.

éloges et par sa munificence ; ou il faisait exécuter des ouvrages considérables dont il payait lui seul toutes les dépenses (a). Il y avait une garde pour veiller jour et nuit à la sûreté des édifices publics , et des officiers commis uniquement à la conservation des inonumens ; des architectes choisis par le prince dirigeaient les travaux : il leur rappelait sans cesse , et de quel intérêt était leur ministère , et combien ils devaient y apporter de vigilance et d’attention. Enfin , de son palais , il semblait inviter tous ses sujets à embellir les cités. Voyez comme il trace , à l’officier chargé du soin des maisons royales , tous les devoirs qu’il a à remplir ; quelle magnificence il faut déployer dans la demeure du prince, de quelle splendeur les arts doivent la décorer. Comme il aime à éblouir les yeux des ambassadeurs qui viennent à sa cour , et comme il jouit de leur étonnement !

Mais , tandis qu’il rendait une espèce de culte aux monumens de l’antiquité; conduit par un zèle à la fois pieux et sacrilège, il profanait ces grands monumens en vou-

(a) Cassiod. Chrome.

lant les restaurer. Pendant les derniers rè-

gnes, la négligence des Romains les avait laissé vieillir , mais du moins , ils n’avaient essuyé que les injures du tems , et la main des hommes ne les avait point violés. Théodoric, en relevant Jeurs ruines , les chargeait de constructions nouvelles, et leur donnait , pour me servir de ses propres expressions , une face moderne (a). Ainsi , pour faire disparaître les défectuosités, qui étaient comme les rides qu’un long âge avait imprimées sur ces vieux édifices , on commençait aies dénaturer. Les yeux s’habituaient à ce mélange des belles formes antiques et d’un style moins correct et moins élégant. '

Lorsqu’il s’attachait avec tant d’ardeur à conserver ces précieux ornemens de l’Italie, Théodoric savait bien qu’il travaillait pour sa renommée. De tous les pays soumis aux Barbares , l’Italie était presque le seul crû l’on gardât quelques étincelles de ce feu sacré , le seul où l’éclat des monumenspût annoncer la majesté de l’Empire.

(a) Cassiod , lib. 7 , ep. 5, • S.

C’était encore un titre de supériorité pour le monarque des Goths , et il était jaloux de le soutenir.

Les arts mécaniques et les arts d’agrément avaient aussi un degré de perfection inconnu dans les autres royaumes barbares. A mesure que ces arts l’enrichissaient de lenrs tributs , il en profitait pour envoyer aux conquérans de la Gaule des présens qui excitaient leur admiration , et qu’il leur offrait avèc une orgueilleuse obligeance (<2).

Les hommes qui se distinguaientpar leur habileté ou par des inventions utiles, étaient qualifiés de maîtres ou experts , et recevaient une pension (b).

Théodoric ne montra pas moins d’empressement à faire fleurir les lettres et les sciences. Il exhortait les Romains à ne pas négliger l’instruction delà jeunesse (c). Luimême il en donnait l’exemple dans sa famille. Ses nièces et sa fille Àmalasonthe re-

(a) Cass. , lit- i, ep. 45, 46; lib. a, ep. 4°, 4 1 - (é) Idem , lib. 3 , ep. 55.

(c) Voy. ci-dessus , chap. 6.

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çurent, par ses soins, une éducation trèsétendue et très-variée ( a ).

Il tâchait d’encourager les efforts des savans, de féconder les talens par des libéralités , pai' des récompenses éclatantes.

Quels noms (Sortent , dans ces tems, de la foule des autres noms? C’est un Cassiodore, c’est un Boece , un Ennodius, un Jornan dès.

Le premier est comblé de grâces et d’Jionneurs, et devient l’organe du prince ( b ).

Le second doit la pourpre consulaire à sa réputation (c). Les autres sont portés, par leur éloquence ou par leurs connaissances historiques , aux premières dignités de l’Église (et).

Néanmoins, la dégénération se faisait encore plus sentir dans la littérature que dans les arts. Le langage , qui est ordinairement le miroir des mœurs, avait subi la même altération que les esprits. On remarque t dans presque tous les écrits de ce siècle un

(a) Cass. , lib. 4 1 pp- 1 ; lib- 1 1 , pp- !■ — Cocchl. Vit- Theod. , cap. t8-

(b) Cassiod. , lib. 1, ep. 45 . — Sigon. Occid. Imp., lib- if»,

(c) Cas?. , lib. î , pp. 3 ; lib. 9 , ep. 1$.

(<i) Jorn. de reb. Get. — Eunod, i’aneg. Th.

idiôme corrompu par un néologisme bizarre. Et que pouvait devenir la langue harmonieuse et pure des Cicéron et des Virgile? Les sénateurs, voulant faire leur cour au maître , apprenaient à leurs enfans l’âpre jargon des vainqueurs (a).

Celte dépravation était préparée depuis long-tems ; et Théodoric, malgré son zèle pour les beaux-arts, l’augmenta, je crois, par cette apathie que la tranquillité morue du peuple romain , sous sa domination, communiqua aux esprits. Le seiltiment et l’intention qui le guidaient, en favorisant les doctes travaux , durent influer sur la littérature. Il protégea les sa vans , plutôt par un motif d’orgueil et d’intérêt personnel , que par amour et par goût pour les sciences. Son dessein était d’ajouter un ornement et un nouveau lustre à son règne, et non pas d’augmenter les lumières de ses sujets, de donner aux lettres la noblesse et la dignité qui doivent les caractériser.

Il réservait exclusivement ces occupations au peuple vaincu , au peuple esclave (ô).

(a) Cass. , lib. 8, ep ai. — Ste-- Marthe , Vie de Cass.,liv a

(t) Voy. ci-dessus , ch. 6.

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