‹ Histoire de l'établissement, des progrès et de la décadence de la monarchie des Goths en ItalieChapitre 16 sur 27 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Fin du règne de Thèodoric , affaires du pape Jean, de Symmaque et de Boëce.

Dans les dernières années du règne de Tliéodoric , on aperçoit un peu d’altération. Cet, astre , qui d’abord a jeté une si vive lumière , paraît s’obscurcir à son déclin.

■— — On eût dit que, par une espèce de fata-

An 5a4. lité , tous les princes d’Orient devaient causer des soucis au roi des Ostrogotlis.

Justin avait des intentions pures , niais malheureusement sa sagacité n’égalait pas son amour pour la religion. Transporté d’une ferveur inconsidérée , il résolut de détruire l’arianisme dans ses états (a). Toutes les églises qui appartenaient à la secte arienne furent consacrées au culte catholique. On priva les Ariens de leurs charges

(a) Sig. Occ. Imp. , lib. 16 .

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et de leurs emplois à la cour et à l’armée.

- Toutefois , il y avait, dans l’arrêt même de proscription ( ce qui est digne de remarque), une exception unique en faveur des Goths (a). Quoi qu’il en soit, Théodoric voyant qu’on ne répondait pas à sa modération par une modération semblable , et ne pouvant arrêter la persécution par les remontrances, voulut l’intimider par des menaces s b ). Il ordonne au pape Jean d’aller à Constantinople , réclamer pour les Ariens le libre exercice de leur culte et la réparation des outrages qu’ils ont essuyés, jurant de faire souffrir aux Chrétiens d’Italie les mêmes vexations, si elles ne cessent eaOrient. C’est en vain que le pape se jette aux pieds du roi , qu’il le supplie de le dispenser d’une mission contraire à sa dignité, à sa foi : son maître l’ordonne , il faut qu’il parte. Il est accompagné de cinq évêques et de quatre patriciens (e)

Mais ce pontife , arrivé à Constantinople,

(a) Leb. Hjst. du Bas-Empire, Ht. 40 , art. 3 i.

(b) Sigon. Imp. Occ-, lib- 16. — Cocchl. VitaTh., cap. 19.

Cass. , lib. 1 , ep. 6. — Sig. Occ- Imp. , lib 16.

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ne cessa d’exciter Justin à poursuivre ses desseins pieux , et convertit , à l’usage des Catholiques , un grand nombre d’églises ariennes (a). Après avoir bravé hautement l’ennemi de sa religion , il eut la hardiesse de rentrer dans l’empire d’un roi qu’il avait si grièvement offensé. Peut-être il comptait sur une révolte. Le bruit même ( b ) courut qu’elle allait éclater. Mais ce pape ne connaissait ni les Romains, ni Théodoric.

Il trouva en Italie une autre réception qu’en Orient. La, l’empereur s’était prosterné à ses pieds; mais Théodoric, n’ccoutant que son ressentiment , le fait jeter au fond d’un cachot où il languit et meurt dans les souffrances (c).

Ce fut dans le même tems qu’arriva la fameuse disgrâce de Boece. Ce célèbre patricien , après s’être vu porter au comble des honneurs par Théodoric , fut précipité tout à coup. Il s’était opposé avec vigueur aux injustices des principaux seigneurs dé

(a) Sigon. , lib. 16. — Cocchl. Vita Tb-, cap. 19. . (A) Sigon. Occ. lmp. , lib. 16.

(c) Procop. Hist, Goth. , lib. 1, cap. 1. — Cocchl» Vit. Th. , cap. îg.

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la cour et du préfet du Prétoire. Il succomba sous leur vengeance (a). On le noircit dans l’esprit du roi; on interpréta malignement ses discours ; on produisit de faux témoins. Çet infortuné citoyen, condamné pour crime de lèze-majesté , comme auteur de complots et de trahisons contre le prince, périt enfin dans les tortures. Son beau-père Symmaque , l’un des plus illustres sénateurs , fut enveloppé dans sa ruine, et eut la tête tranchée.

Ainsi deux personnages consulaires, les plus distingués par leur naissance , parleurs talens , par leurs richesses , subissent une mort ignominieuse ; un pape est forcé de jouer un moment le rôle d’avocat des Ariens , ensuite il expire misérablement dans les fers. La passion, sans doute , eut part à ces exécutions violentes: mais comme le désir de là sûreté parlait toujours à Théo* doric plus haut que la passion , il fallait bien qu’il sentît sa force. Or telle était alors la consistance de son règne , qu’il pouvait, sans craindre d’y porter atteinte , insulter aux Romains et menacer l’empire d’Orient.

(«) Sig., lib. i6.— Cocchl. Vita Theod. , cap. 19.

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Ces derniers événemens suffiraient pour résoudre la question : si c’est pour l’amour des Romains , ou pour le seul désir de son avantage personnel , que Théodoric donna le repos à l’Italie. Il regardait si.peu les Romains comme son peuple , que , dans les menaces de représailles qu’il fit à l’empereur, au sujet de la persécution des Ariens, il déclarait hautement qu’il était prêt à immoler ces mêmes Romains à la vengeance des hérétiques d’Orient, qui n’étaient, ni ses concitoyens , ni ses sujets , ni ses alliés.

Théodoric ne survécut pas long -tems aux victimes qu’il venait de sacrifier. La vieillesse et la fatigue le firent descendre au tombeau. Lorsqu’il sentit sa fin prochaine, il appela près de lui les seigneurs Goths, mais pas un magistrat romain , mais point le sénat (a). Il reconnut solennellement devant eux, pour héritier de son trône , son petit-fils Athalaric , alors âgé de huit ans, né d’Amalasontlie et d’Eutharic (b). Comme il prévoyait ies dangers

(a) Sig- Occ- lmp, , lib. 16' — Jorn. de reb- Get. , cap. 5 g — Procop. Hist- Got. , lib. i , cap. 12.

(£) Voy. le chap. 6 , à la fin-

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dont Scs Goths étaient menacés, et les malheurs où ils courraient se jeter aveuglément, privés une fois de. la contrainte salutaire où il les retenait , ses derniers avis furent de rester en bonne intelligence avec le sénat et le peuple romain , et de cultiver l’amitié de l’empereur.

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