‹ Histoire de l'établissement, des progrès et de la décadence de la monarchie des Goths en ItalieChapitre 20 sur 27 · EN X TA ETE · texte numérisé non relu

EN X TA ETE

t > ment (a). » Athalaric néanmoins s’engageait à son tour , par un serment solennel , à respecter les lois de la monarchie (é). Comme dans ce temps on s’appliquait à rapetisser tous les exemples des anciens , en voulant les ajuster à la mesure des événemens présens ; pour mieux faire valoir ce serment d’Athalaric, on le comparait à celui de Trajan. Mais qu’y avait -il de commun entre un enfant quibalbtitiait une promesse incertaine, en montant d’un pas chancelant sur le trône, et un grand homme jurant de faire le bonheur des peuples, avec la ferme volonté et le pouvoir de le faire ?

Ce ne fut point Athalaric qui régna, ce ne fut point Amalasonthe; mais Cassiodore.

D’abord content en apparence de la change de questeur, ensuite revêtu de la dignité de préfet du Prétoire, ses conseils gouvernaient l’Empire (c). La fille de Théodoric joignait, à la douceur et aux vertus de son sexe , un esprit orné des {Jus belles et des plus grandes connaissances , soit dans

( a ) Cass. , lib. 8 , ep. a.

(b) Ici., lib. 8, ep. 3.

(c) M. , lib. g , ep. 34 . — Sig, Occ. Imp. , lib, i- .

200 MONARCHIE DES COTHS

les sciences, soit dans les lettres (a), princesse accomplie, si elle fût restée au second rang , mais inhabile à supporter le poids de la dignité royale. On se figure combien elle était éloignée par ses mœurs , par ses maximes, de commander à une nation telle que les Ostrogoths.Elleavait reçu une éducation toute romaine ( b ); elle ne voyait plus dans les Goths ses premiers sujets , mais seulement des BarbaresÆ» ne inclination naturelle la portait à favoriser le peuple dont les travaux et les arts s’accordaient plus avec son génie. Savante elle-même , sa confiance de-

* vait se reposer sur l’homme le plus savant du siècle ,.et qui d’ailleurs avaitété honoré de l’estime de Théodoric. Mais Théodoric avait employé les talens de l’homme, sans jamais être maîtrisé par l’autorité du ministre. Auialasonthe laissait prendre à Cassidore un entier ascendant sur son esprit.

C’était par les avis de Cassiodore que tout se réglait, c’était par ses soins que tout se faisait dans le royaume (c). Dès lors autres

^à) Cassiod. , lib. 1 1 , ep. i .

(£) Id.,ibid.

(c) Idem y lib. 9 , ep. a4> 4Î’

principes , autre règne. L’état, civil était préféré au militaire, le catholicisme a l’a-* rianisme, c’est-à-dire, le Romain au Golh.

Cette conduite, toute opposée au système du fondateur , produisit une révolution subite , et par là même funeste.

Sous le règne précédent , le sénat, qui représentait la nation romaine, avait été revêtu d’une stérile et vaine dignité. Ici on fait entendre que l’on suivra une marche contraire ; on enhardit l’ambition : « Que » le sénat demande tout ce qu’il voudra , » il est sûr de V obtenir [a). »

Dans le commencement, on ne s’occupe que d’élever des Romains aux premières dignités (é); et même on rétablit des charges auxquelles on n’avait point nomme dans l’autre gouvernement. Il n’y avait point eu de comte du palais (c) (47), officier qui comprenait , dans ses attributions , le commandement de la cavalerie et de l’infanterie de la garde, royale (d). * 0 n en crée

(a) Cass- , lib. 8 , ep. a.

(b) Id . , lib. 8 , ep. i2,i3,i6,i8,ao,ai.

(c) Vide Cass. form. , lib. 6 et 7.

(</) Closs. Ducaug,, voce. Corait. Jomesi.

un dès qu’Athalaric a le titre de roi (a).

On dirait, à voir cette profusion d’honneurs qui tombaient sur les Romains > qu’il ne s’agissait alors que de, faire la maison d’un des derniers empereurs d’Occident. La partialité était évidente ; dans les emplois qui ne pouvaient se conférer aux vaincus- (ô) , on adjoignait des magistrats romains aux magistrats barbares , et ils partageaient les fonctions ou du moins en surveillaient l’exercice. Bientôt les magistrats barbares trouveront des censeurs , même dans les chefs de l’église catholique.

Que devaient penser les Goths? Ils avaient été incorporés comme citoyens dans le royaume , et on ne les traitait que comme des auxiliaires ; ils participaient naguère à la souveraineté, et on voulait qu’ils ne fussent plus que les soldats des Romains ; on leur insultait presque , et leurs bras étaient armés. Cependant on tâcha d’adoucir l’injure par les marques de distirtction accordées à un tle leurs chefs les plus illustres , et qui jouissait du plus grand crédit.

(n) Cass. , lib. 8 ,ep. n.

(i) Jtl. ,-lib. 8 , ep. ii ; lib. g , ep. 9.

Tolonic, issu de la famille des Amales, unissait, à la valeur des guerriers, un esprit fin et une grande dextérité à manier les affaires (a). Ces qualités lui avaient acquis l’estime de Théodoric; il avait été, non pas le favori du monarque, mais son ami véritable (48).

Un prince que Théodoric avait admis à sa confidence intime , et qui avait tenu un des premiers rangs dansl’état, était à craindre au ministre romain. On ale vait présumer qu’il s’offenserait de se voir écarté du gouvernement par Arnalasonlhe ; et , si l’ou ne prévenait pas un éclat, lesméconlens pouvaient se rallier autour de lui. On le nomma premier patriçe (b). C’était une dignité à vie , et la plus éminente après le consulat (c). Considérons encore ici l’avilissement auquel le sénat était descendu.

Ces pères de Rome , dont les rois se disaient autrefois les affranchis, maintenant on leur ordonne de sc réjouir de ce qu’un Amale , un Barbare , n’a pas dédaigné de

(a) Cass. , lib. S , ep. 9 , 10.

( b ) Id . , lih. S , ep. 10.

(c) Id., lib. 6, ep. 2. — Gloss. Ducaog., sroce l’atricatus.

2o4 monauchie des goths

prendre nn litre commun avec eux(a) ; et c’est un Romain qui écrit au nom de Tolonie!

Malgré cet hommage rendu au sang royal, combien la monarchie des Gotha est abaissée ! Naguère c’était à Itavenne que venaientles ambassades flatteuses de la cour d’Orient (b) ; c’était à Ravenne qu’on recevait les présens honorifiques des empereurs (c) ; c’était de Ravenne que partaient les menaces Contre leur intolérance ( d ). A présent on leur adresse deslettres suppliantes qui demandent grâce pour le passé , et protection pour l’avenir (e). En peu de jours on a été reculé de trente ans. Théodoric ne vit plus.

Théodoric ne vit plus : ce bruit a retenti dans tout le royaume et chez les nations étrangères. Aussitôt ceux à qui sa grandeur avait imposé le respect ou l’obéissance, ehnemis et sujets , tous se relèvent, s’agitent

(a) Cassioil. , lib. 8 , ep. il.

(£) Voy. i r . partie de cette Ilistoire, cbap. 6.

(c) Ibid.

{ d ) Ibitl- , cli.ip. ta.

(c) Cass. , lib. S , ep. i.

et ne se contiennent plus dans les bornes qu’il leur avait marquées.

Le clergé romain commença. Mais, pour mesurer l’immense intervalle qu’il franchit en un moment , voyons à quel point Théodoric l’avait laissé. Telle était la soumission à laquelle les ecclésiastiques s’étaient accoutumés , que l’ombre même de ce prince les maîtrisait. Ils élurent , après sa mort , le pape qu’il avait désigne (a). Mais ils ne tardèrent pas à sentir que le frein tombait de lui-même. On s’empressa de les remercier de ce qu’ils avaient répondu aux vœux du feu roi ( b ). On montra aux évêques qu’on avait besoin de leur secours pour inspirer aux sujets 1(L fidélité envers le nouveau souverain (c).

Les chefs de l’Eglise épiaient une occasion de se mettre dans l’indépendance ; ils la saisirent. Au sujet de quelques outrages que des prêtres avaient souffert de la part des officiers de justice ( d ) , tout le clergé

(a) Cassiod. , lib. S, ep. i5.

(h) Id. , ibid.

(c) ld., lib. 8, ep. 8.

(J) Sig. Occ. Imp - , lib. 1 7.

qo 6 monarchie des goths

romain demanda l’abolition d’une loi que Théodoric avait posée comme un des fondemens de la monarchie; et Athalaric, ou plutôt ceux qui le faisaient parler*, eurent la. faiblesse d’y consentir. Désormais (a) il ne fut» plus permis de poursuivre aucun membre du clergé romain qu’au tribunal du pape. Si l’on refusait de soumettre sa cause à cette autorité , et qu’on voulût se pourvoir par-devant les juges ordinaires , on devait être condamné à une amende de dix livres d’or , laquelle serait distribuée aux pauvres, et par les mains du pape.

Sans cesse on empiète sur les droits des magistrats , pour augmenter la puissance du clergé. Les habitans de la<6icile se plaignent que le comte de Syracuse règle arbitrairement le prix des marchandises que le commerce amène dans leurs, porta. Dorénavant, il faudra que l’évêque et le peuple soient présens à la fixation des taxes. Elles seront établies d’après une délibération commune(é). Voilà le comte goth soumis à l’inspection de l’évêque.

(a) Cass. , lib. 8 , ep. 34.

(£) Id . , lib. g, ep. 14.

Oigitizêd by Googl

Une autre fois, les évêques sout chargés de faire vendre à vil prix une grande quantité de blé que des particuliers ont amassée dans une cruelle disette , afin de spéculer sur la misère du peuple. (a). Cette mesure était bonne , elle trouvait dans l’avarice même la peine de l’avarice. Mais n’y avait-il point, dans le royaume, d’officier»

civils à qui on pût en remettre l’exécution?

Un des signes les plus sensibles d’altération dans l’esprit du gouvernement , et en même teins une des causes de sa décadence, fut la trop grande importance que le prince attacha aux affaires de l’Eglise. Un diacre romain , appelé Dioscore , ayant cherché à corrompreles suffrages dans les assemblées tenues pour l’élection du pape , et ayant vendu jusqu’aux vases sacrés , le roi rappela les anciens sénatus-consultes contre la simonie ( b ) , porta un décret particulier pour réprimer toute espèce d’intrigues et de cabales , dans les comices sacrés , fif graver ces diverses ordonnances sur des tables de

(a) Cass. ,lib. g, ep. 5.

( 4 ) Sigon. Occ- Imp. , lib. 1 7.

ep. iS.

Cassiod. , lib. 9,

208 monarchie des goths

inarbre (a) , qui furent placées , par le préfet de la ville, à l’entrée du temple de St. - Pierre. Jadis Théodoric laissait les prêtres de Rome se disputer entre eux , et il s’occupait de la police de l’état.

On croit être retourné au tems des Honorais et des Valentinien. Plusieurs citoyens , prévenus de sédition , avaient été mis dans les fers (b). Les grands de Rome et le pape osèrent demander leur liberté. Mais leur hardiesse n’approche pas encore de la complaisance du prince. Sans examen, sans aucune instruction, les accusés obtiennent leur élargissement, a S’ils sont innocens, il » lkut leur donner la faculté de demander 3> justice; s’ils sont coupables , une sipuis- » santé intercession les absout, et d’ailleurs 3> ils ont subi un assez grand châtiment , D> puisqu’ils ont été privés de partager la joie 3) des fêtes célébrées pour l’exaltation du 3» pontife. » Est-ce un prince goth , est-ce le fils ,’ le successeur de Théodoric qui parle ainsi?

Dans ce désordre universel , on cherche

(a) Cass-, lib. g, ep. 16 — Sig. Occ. Imp. , lib. 17. (i) Id. , lib. g, ep. 17. — Sig. tlcc- Imp. , lib. 17.

en vain l’autorité royale. Le désir d’usurper est dans tous les coeurs, la rébellion dans tous les esprits. Tandis que les uns minent sourdement la puissance qui pourrait les gêner , les autres , plus impétueux , y insultent avec audace, en accablant ceux ) qu’elle doit protéger. Les Goths , qui n’étaient plus arrêtés , ni parles mêmes avantages , ni par la même crainte que sous Théodoric , suivaient aveuglément la fougue de leur caractère; et les Romains euxmêmes troublaient tout aussi pour satisfaire leurs passions. La licence des particuliers, la tyrannie des magistrats, conspiraient contre le prince et contre l’Empire.

Ce fut alors qu’on vit recommencer les maux que l'on avait crus détruits pour toujours (49); les violences , les meurtres (n); l’invasion et le pillage des propriétés (6); les outrages faits aux magistrats dans l’exercice de leurs fonctions (c); les fraudes, les iniquités criantes des officiers (d) ; l’abus des formalités même de là justice pour tour-

(a) Cas». , lib. 9 , ep. i8>

(b) Id., lib. 8 , ep. 37.

(e) Id. , lib. g , ep. 2.

(d) Id. , lib. 9 , ep. i S.

210 monarchie des gotiis

menter le faible; les vexations des comtes dans les provinces ; les exactions, les dilapidations («). On doit conjecturer de la grandeur des abus par la multiplicité des ordres répressifs, et par le rappel fréquent îles édits de Théodoric et d’Alhalaric même (b).

Néanmoins, parmi toutes ces inquiétudes, Amalasonllie etCassiodore donnaient quelquefois des marques d’un noble caractère.

On peut citer cette ordonnance, qui devrait servir de leçon à bien des monarques, et qui pourrait épargner beaucoup d’injustices. On se plaignait des rapines des gens attachés au comte , dans la levée des tributs. Le roi augmenta leurs traitemens(c).

On publia aussi des lois (d) qui avaient pour objet de corriger les mœurs. Mais elles ne produisirent sans doute pas uri grand effet. Comment se pouvait-il qu’uu gouvernement qu’on ne respectait plus parvînt à persuader, ou commandât le respect de soi-même? et c’est là-dessus que

(n) Cass. , lib. g , cp. 14.

(b) lil. , lib. g , cp. 14 , \ 8 , ig.

(c) ld. , lib. y , cp. 1 3 .

(d) ld. , lib. g , cp- 18.

Digitizèd by Googl

les mœurs se fondent. On tâcha surtout de rétablir les droits sacrés du mariage , dont la pureté avait été souillée par les vices des Romains (5o).

Autrefois les Romains avaient les charges sans aucune activité ; maintenant ce sont les Goths. Cassiodore attirait tout à lui, et les travaux de l’administration ; et le commandement militaire. On ne voit plus paraître Tolonic, qui, en qualité de premier patrice et d’habile guerrier, devait toujours se montrer au premier rang dans les combats. Les côtes d’Italie étant menacées, Cassiodore se mit à la tête d’un corps de troupes des Goths. Mais pour ôter tout sujet de murmurer, il nourrit les soldats et les entretint à ses dépens («).

Il ne sut pas si bien couvrir les nouvelles provinces qui avaient été annexées àl’Ein- - pire. Par un traité fait avec Amalaric (b ) , roi des Visigoths, on se retira d’abord de toute la Gaule au-delà du Rhône. On abolit le tribut que Théodoric recevait de l’Espagne, et que ce prince avait coutume de

(a) Cass. , lib. g , ep. a5.

(L) I’rocop. Bell. Got., lib. i ,cap i3.

distribuer à ses soldats, ainsi qu’à l’armée üles Visigoths (n). Lorsque cette source de richesses se ferma , les largesse» ne se répandirent plus avec tant d’abondance sur les Goths ; cette diminution ne manquait pas de les indisposer.

L’empire de Clovis s’était affaibli par la division que ses quatre fils en avaient faite entre eux. Néanmoins Thierry , roi d’Austrasie ( b ) , ayant montré la guerre , on ne trouva pas de meilleur moyen de se sauver de ses armes que delui céder une grande partie de ce que l’on avait conservé en deçà: du Rhône (5i). Des écrivains (c) ont dit que ces conditions, quelque dures qu’elles fussent , étaient nécessaires dans une minorité. Est-ce que la minorité avait détruit les forces des Goths? est-ce qu’elle avait fait disparaître tous ces intrépides et habiles capitaines qui avaient mis en fuite les armées de Clovis (d)l

Yitigès , Tolonic > Ibbas et Pitzia, pouvaient défendre ce qu’ils avaient çonquis.

(a) Procop. Bell. Got., lib. 1 , cap. 12.

(i) Sigon. Occ. Iinp. , lib. 17.

(c) Ste.-Mnrtlie , Vie de Cassiod, , liv. 2 , cb. 1.

(ci) Voy. a', partie, cliap. G.

EN ITAEIE..

Lorsque , dans la suite , ce même Thierry , après avoir dépouillé Anialaric , roi des Visigoths, se jetait sur les contrées de la Gaule qui restaient encore au roi d’Italie, les Ostrogoths arrêtèrent le progrès de ses armes j et la mort prématurée de ce prince leur procura les mêmes avantages qu’une victoire(a).Peut êtreCassiodore craignait-il de réunir une grande multitude de Barbares. Il n’aurait pas eu assez de vigueur pour les contenir. II redoutait de mettre „ un capitaine goth à la tête d’une armée formidable. C’eût été élever une puissance dangereuse, à une époque où l’autorité royale était l’autorité de Cassiodore , et où le nouveau système soulevait les esprits.

Nou$ aurons lieu d’observer , dans quelque ' temps, que cette crainte fut une des principales causes de la ruine de l’Empire.

Les autres provinces ne furenPpoint détachées, comme la Gaule. Mais la possession de celles qui étaient frontières ou éloignées, paraissait être incertaine et précaire. L’istrie , la Dalmatie , la Pannonie Sirmienne ne furent instruites que fort tard de

(a) Cassiod.,lib. 11 ,ep. i-

l’élévation d’Âthalaric au trône , et sa première adresse aux liabilans leur annonça la suppression de l’impôt qu’on payait sous le titre tfaugment (a). Syracuse éprou- ' va la même faveur (Jb). On accordait les exemptions sans examiner si les pays n’étaient point en état de supporter les charges. Sous Théodoric , ces exemptions atteignaient le but, parce qu’elles venaient à propos, et que, partant d’une main puissante, elles avaient tout le mérite d’un bienfait. Mais alors la précipitation mémo annonçait le besoin qu’on avait d’acheter la bienveillance des peuples. On se privait de l’impôt, et l’on perdait le fruit du sacrifice.

Malgré la faiblesse du gouvernement , l’empire des Goths n’avait point encore tout-à-fait perdu ce caractère de hauteué que lui alrait imprimé Théodoric. Après la mort de Trasamond , roi des Vandales, Ilildéric, qui avait hérité de sa couronne, fit égorger , sans aucun motif, Àmalafrède, veuve de ce prince , et propre sœur do

(a) Cass., lib. 9 , ep. 8,9,11,13.

{b) Jd., lib. 9, ep. 10.

Théodoric («); avec elle on massacra six mille Goths qui avaient etc envoyés pour lui servir de cortège et de garde. Le roi d’Italie (A) manifesta son indignation de l’outrage que venait d’essuyer le sang des A males et la nation toute entière. 11 en demanda raison à Hildéric , et le menaça d’en tirer vengeance par les armes , s’il ne se justifiait pas. On retrouve dans ces discours la fierté de Théodoric. Les suites font voir jusqu’à quel point on savait l’imi^r. Hildéric ne fit aucune satisfaction; l’on ne poursuivit point Hildéric (c).

Comment Amalasontlie aurait -elle pu entreprendre une guerre étrangère , lorsqu’elle était obligée de combattre sans relâche ses propres sujets, pour retenir son autorité. Le gouvernement d’une femme n’inspirait ni confiance , ni respect aux Barbares, et sa prédilection déclarée pour les études et pour les moeurs des Romains, les aigrissait encore (d). Elle bravait trop

(e) Sigon. Occ. Imp. , lib. 17. — Proc. Bell. Vand., lib. 1 , cap. 9.

(A) Cass. , lib. 9 , ep. 1.

(c) Sigon. Occ. lmp. , lib. 1 7.

( d ) Procop. Bell. Got., lib. 1 , cap. a.

2x6 MONARCHIE DES GOTHS

ouvertement leurs préjugés, sans s’inquiéter de leur ressentiment, et sans prévoir a quels périls elle s’exposait elle-même , ainsi que tout le royaume. Elle faisait instruire . son fils Atlialaric dans les belles-lettres, sous la garde de trois austères vieillards; et elle semblait affecter de le tenir à l’ombre du palais , et de l’éloigner de tous les exercices dans lesquelles Goths avaient toujours vu se former la jeunesse de leurs rois ( a), Cette éducation les offensait , et de plus leur ôtait toute espérance pour l’avenir. Enfin le mécontentement éclata. Us vinrent se plaindre à la reine ( b ) : «De ce qu’on énerj> vait leur prince par des études effémi- 3> nées; qu’il fallait le mettre dans la so- • y> ciélé des jeunes gens de son âge, pour 3> qu’il se livrât à de nobles travaux; que 3> l’on chassât d’auprès de lui tous ces vieilli lards et ces littérateurs ; qu’un prince 3) élevé ainsi dans la mollesse , ne saurait 3) jamais commander, x On est révolté de ' cette rudesse barbare. C’est là le premier mouvement. Mais, pour peu que l’on reflé-

ta) Sigon. Occ. Imp. , lib. 17. — Jorn. de reb. Gel. ( b) Procop. Bell. Got- , lib. 1 , cap. 2.

EN ITALIE. âl 7

chisse, on sera tenté d’excuser l’erreur des Goths, lorsqu’ils voyaient autour d’eux la faiblesse, la lâcheté, las vices de la nation qui cultivait ces arts et ces sciences , objets de leur mépris. Trop simples pour chercher à pénétrer les causes secrètes , ils interrogeaient leurs yeux ; ils attribuaient aux lettres ce qui avait perdu les lettres même , la corruption des mœurs. Amalasonthe se vit contrainte de céder à leurs instances. Elle livra son fils entre les mains de plusieurs jeunes gens, qui l’entraînèrent dans les plus affreuses débauches , et qui finirent par ruiner sa santé et dépraver son caractère (a).

La haine des Goths contre le gouvernement romain ne s’était pas éteinte; et ils étaient bien plus terribles qu’auparavant ; ils venaient d’essayer leur force et la faiblesse de la reine. Ils tramaient des complots contre elle , et méditaient de la renverser du trône (ô). Quel exemple (c) des suites funestes de la dissolution des'

(«)'Procop. , !ib. i , cap. a.

(b) Sigon. Occ. Imp.,lib. 17.

{c) Procop. Hist,Got., lib 1 , cap. a.

2 l 8 monarchie des COTHS

mœurs ! Les excès auxquels Athalaric s’abandonnait, avaient tellement abruti son âme et dégrade sa aaison (car on ne peut croire qu’il fût alors dans son état naturel ) que , sans s’inquiéter, sans s’émouvoir , il laissaitlesGoths conjurer ouvertement sous ses yeux. Une âme corrompue est bient ôt dénaturée.

Cependant («) Amalasonllie espérait étouffer toutes les séditions, si elle en dispersait les moteurs. Elle les envoya dans diverses provinces éloignées du centre du royaume, sous prétexte de leur confier la défense de quelques places importantes.

Mais Ils ne cessèrent, du lieu de leur exil , de fomenter des troubles. Leur mort seule pouvait assurer la tranquillité d’Amalasonthe. Mais lui était-il permis de compter assez sur ses forces , pour ne pas craindre qu’un coup d’autorité n’allumât une révolte? Elle résolut de leur ôter secrètement la vie : néanmoins elle se tenait prête à abandonner le royaume. Par son ordre, un vaisseau chargé de tous ses ef-

( a ) Procop. Hist. Got. , lib. i , cip. 2. — Ste.-Mart. Vie de Cassiod. , liv. 2 , ch- 1.

EN ITALI

fets les pins précieux, fit voile vers Epi- • damne, ville de l’empire d’Orient; et elle écrivit à Justinien pour lui demander un asile , en cas que le mauvais succès de son entreprise la réduisît à prendre la fuite. La sort du royaume dépendit de l’adresse d’un assassin.

La mort des trois principaux factieux ayant dissipé les alarmes de cette princesse, elle reprit les rênes du gouvernement , qui échappaient à ses mains tremblantes (a).

L’empereur lui témoignait un grand intérêt; mais il n’aspirait qu’à la dépouiller de l’héritage de Théodoric (b). Il s’était empressé de lui offrir une retraite honorable dans ses états; Amalasonthe lui avait promis de lui céder le royaume , et c’était un bien qu’il était impatient de retirer de ses mains.

Deux puissances faisaient depuis longtemps ombrage à la cour de Constantinople ; celle des Gotlis en Italie , celle des Vandales en Afrique. Si elles s’étaient prêté 1 un mutuel appui, elles seraient devenues peut être invincibles; mais leur séparation

(a) Sigon. Oco. Imp. , lib. 17- Proc. Hist. Got. , lib. 1 , cap. s.

• les livra en proie à leur ennemi commun.

Il commença par l’Afrique.

Le prince qui régnait à Carthage, était Hildéric, attaché à l’empereurpar les nœuds dé l’amitié et de l’hospitalité. Gélhner, un des descendans de Genséric, et célèbre par sa vaillance, excita une révolte , détrôna Hildéric et le jeta dans les chaînes.

Justinien prit d’abord en main la cause de l’opprifné; et bientôt après , sous prétexte de punir l’usurpateur qui avait donné la mort à son allié , il envoya Bélisaire en Afrique , à la tête d’une armée navale (a).

Cinquante ans auparavant , on avait vu deux nations ennemies, deux nations barbares, suspendre leurs querelles dans la crainte d’une semblable expédition , et se tenir prêtes à la faire échouer (ô). Cet exemple restait iuutile pour ceux qui gouvernaient l’Italie. Ils ne voulaient pas voir que tous les coups dont on abattrait l’empire des Vandales retomberaient sur euxmêmes. Ils n’avaient pas de plus grand ennemi que l’empereur d’Orient, et l’on ne

(a) Proc. Bell. Vand. , lib. i , cap. 9, 10, 1 1 ,etc, (4) Voy . la note 23 , Précis sur les JVornains-

sait par quel vertige ils s’obstinaient à rechercher sa faveur et à le servir.

Gélimer , en immolant Hildéric , avait été le vengeur d’Amalafrède : c’était une raison pour les Goths de le soutenir , ou du moins de n’être pas d’intelligence avec

ses adversaires. On aima mieux conserver

le traité fait avec les Grecs. Bélisaire relâcha en Sicile ; on lui fournit des vivres, des armes , des chevaux , et tous les secours sans lesquels il lui aurait été impossible de conduire l’expédition à une heureuse issue (a).

Enfin , après bien des combats et des victoires , bien des sièges et des prises de villes, ce grand capitaine força Gélimer à se rendre prisonnier, et réduisit l’Afrique sous l’obéissance de Justinien ( b ).

Durant cette conquête, l’empereur n’avait pas cessé d’agir en Italie, et d’y préparer l’accomplissement de ses desseins. Il y affectait même déjà la souveraineté, il y Sonnait ses lois (c). Le code qu’il venait de

(a) Sigon. Occ. Imp., lib. 17, — Frocop. Bell. Got., lib. 1 , cap. 3. .

(4) Id. Bell. Vand.

(e) Sigon. Occ. Imp., lib. 17. Atlialie. rege.

323 MONARCHIE IIES GOTHS

faire rédiger, lut publié, par son ordre , à Rome de même qu’à Constantinople. Il appuya cet ordre sur les constitutions des empereurs, et l’on ne voit pas qu’il ait demandé l’agrément du roi des Goths. L’Italie 'se changeait en province grecque; le successeur de Théodoric devenait le procurateur de Justinien (5 2 )/

Alhalaric fut attaqué d’une maladie mortelle , fruit de ses déréglemens («). Une nouvelle frayeur saisit la reine. Elle appréhendait de rester exposée seule, sans défense , sans ressource , au courroux des Goths. Le soin de son propre salut l’occupa toute entière, et elle avait le projet de se dérober au fardeau dont elle se sentait accablée.

Justinien avait ses ambassadeurs, ou pour mieux dire , ses émissaires en Italie (6).

Voyant que le vaisseau d’Amalasonthe restait à l’ancre dans le port d’Epidamne , et qu’elle n’arrivait point , il avait envoyé un. agent auquel il donnait sa confiance , afin de s’informer des motifs de ce retardement,

(«) Sigon. Occ. lmp. , tib. 17. Athal. reg.

(I) I’ruc. Dell. Got., lib, 1 , cap- 3.

et d’épier tout ce qui se passait à la cour de Ravenne. Cet homme , revêtu du titre d’ambassadeur , eut un entretien mystérieux avec la reine, au sujet de la cession du royaume, et il lui remit publiquement, de la part de Justinien, une lettre qui servait de prétexte à sa mission , et dans laquelle les Goths étaient accusés de plusieurs violations du traité d’alliance.

Amalasonthe , au milieu du conseil des Goths, lit une réponse, en apparence, pleine de noblesse et de fermeté, aux injustes réclamations de l’empereur; et, pour mieux tromper ses sujets, elle sembla lui reprocher les secours qu’on lui avait prodigués en Sicile pour l’expédition d’Afrique (a) ; elle ne sentait donc pas qu’elle s’accusaitelle-même, et devant ceux qui étaient victimes de sa funeste imprévoyance h

Cependant elle écrivit en secretau prince d’Orient pour l’assurer qu’elle remettrait l’Italie entre ses mains ( b ). Comment le royaume pouvait-il se soutenir , lorsque ceux qui en avaient l’administration ne sa-

(a) Sigon. Occ. Iinp. , lib. 17. Alliai, rcg. (i) Proc- Dell. Got. , lib. 1 , cap. â.

vaient s’ils étaient maîtres ou sujets, s’ils devaient rester sur le trône ou fuir en exil?

Enfin Atlialaric mourut , après avoir prêté neuf ans son nom à un autre règne; misérable enfant , qui n’eut rien de prématuré que le vice, et qui périt de décrépitude à dix-huit ans (a). »

Les Barbares ne se seraient point soumis à la domination absolue d’une femme, La fille de Théodoric , songeant à prendre un appui (53) , fixa son choix sur Théodat , issu du sang des Amales.

C’était le même Théodat qu’elle avait été obligée de flétrir par un arrêt , en le condamnant à restituer lesbiens qu’il avait pillés en Toscane ( V oy. note 5-2 ). Elle l’appela près d’elle , et tâcha d’excuser sa trop juste sévérité : ensuite elle le couronna, se fiant aux protestations de reconnaissance et dèzèle qu’il lui prodigua(6).Amalasonthe jugeait de l’âme de Théodat parla sienne; elle croyait à l’empire des bienfaits, et ne sa-

(a) Proc- Bell. Got., lib. i , cap. 4 — Sigon. Imp. Occ-, lib. i 7 .Athal reg.

(L) Pi oc- Bell Got- , lib- i , cap- 4-

vait pas ce qae peut dans le cœur d’un méchant le ressentiment d’un affront, surtout quand l’affront est mérité. *

Ce prince hypocrite avait toujours Ifffecté de montrer peud’ambition et.de hauteur. Comme la reine voulait retenir la plus grande partie du pouvoir , et ne laisser que le titre de roi à celui qu’elle revêtirait de la pourpre, elle nrésuma que Théodat s’accommoderait l'a®»ien taux desseins qu’elle avait formés. Ou prétend qu’elle alla jusqu’à exiger de lui la promesse par serment de ne revendiquer aucune autorité (a). Il jura tout ce qu’elle désirait, et elle le crut; elle n’était pas faite pour régner.

(a) Sigon. Occ. Iinp., lib- 17. — Ste.— Marthe, Vie de Cass. , liv. 2, ch. 5 . — Proc. Bell.Got. , lib. k , c. 4.

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