CHAPITRE III
V+tigès.
Vitigês se hâta d’annoncer aux Goths (a) ( 5 y) son élection; il tâcha d’exciter leur courage, et d’affermir leur dévoument:
« Élevé sur un bouclier , sçlon la coutume » de nos ancêtres, au milieu des épées » étincelantes et au bruit des clairons, je » viens d’être revêtu de la dignité royale.
3) Vous avez un prince qui sera le témoin y> de vos exploits , et qui sait aimer et 3» récompenser les braves. Si je ne tiens » au grand Théodoric par les liens du sang, » ce sera par la vertu (60) ». Cet appareil , ces promesses , et les exploits de Vitigès, semblaient présager pour les Goths, sinon un roi illustre , du moins un vaillant capitaine. Combien il fut loin de remplir cette espérance! il ne sut pas même se
(a) Cass. , lib. 10 , ep. Si.
244 MONARCHIE DES COTHS
montrer tel qu’il avait été autrefois , un soldat courageux.
Bélisaire, maître de Naples, s’avançait avec sa petite armée , et suivait sa fortune rapide. Viligcs avait un assez grand nombre de troupes sur le territoire de Rome j mais au lieu de marcher droit à l’ennemi , il assemble un conseil des principaux officiers ; leur allègue qu’ils ne sont en ce moment ni assez forts, ni assez préparés, pour tenir tête au vainqueur; qu’il faut tirer des troupes de la Vénétie, de la Gaule, et des auties provinces plus éloignées. Ses propositions sont approuvées. Il rentre dans Rome , fait prêter serment de fidélité entre ses mains par le pape , le sénat et le peuple ; il laisse une garnison de quatre mille hommes , cohlmandés par Leuderis, capitaine respecté pour son âge et sa bravoure ; et soudain il court à Ravfeiine, emmenant à sa suite un grand nombre de sénateurs en otages (a).
Mathasonthe , fille d 5 Amalasouthe, était retirée à Ravenno : Vitigès voulant appuyer son usurpation des droits de cette
(a Proc. Bell. Got. , lib. j, cap. n.
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UN I TA .LIE
princesse, la contraignit à s’unir à lui, et consuma quelque temps à célébrer les fêtes de son mariage, et à jouir de sa nouvelle dignité (a). Il fit ensuite de grands préparatifs de guerre ( b ).
Les Francs lui donnaient aussi de vives inquiétudes ; il craignait que le bruit de l’in vasion des Grecs ne les attirât en Italie) et il résolut de se délivrer de tels adversaires ) à quelque prix que ce fût.
Théodat avait déjà entamé avec eu te des négociations; il leur avait promis de les mettre en possession de tout ce qui lui restait dans la Gaule, et de leur payer mille livres pesant d’or, s’ils voulaient faire alliance avee les Goths (c).
Vitigès réunit dans une assemblée les principaux de la nation , et leur ayant fait approuver son projet, il conclut, avec les Francs , un traité aux conditions que Théo- .dat avait proposées (d).
(«) Proc. Bell. Get. , lib. i , cap. n.— Jora. de reb. Get. , c -p. 6o-
{b y Proc. Bell. Got., lib. i ,cap. i3.
(c) ld , ibid.
(d) ld , ibid., cap. il , 1 3.
a46 MONARCHIE DES COTHS
Remarquons ici le changement qui s’était opéré dans la forme du gouvernement.
Le roi ne prenait plus aucune décision impoitanle sans les principaux citoyens.
Ce n’était pas un conseil royal dont on écoutait les avis ; c’était un corps de noblesse qui représentait la nation , et dont on demandait l’assentiment. L’usage s’établissait de restreindre l’autorité du roi par l’autorité d’un corps politique. Thépdoric avait eu toute la puissance d’un desposte ; Vitigès n’était , pour ainsi dire , qu’un chef militaire. Delà naît cette conjecture que, si les Goths avaient eu le dessus et avaient conservé l’empire d’Italie , le gouvernement serait devenu à peu près semblable à celui de la France, sous la première et la seconde race, et au commencement de la troisième. Mais ce gouvernement aurait été très-tyrannique , à mesure que le peuple barbare aurait acquis plus de prépondérance , et que le roi aurait perdu son pouvoir.
Vitigès avait commis une grande faute en abandonnant la capitale de l’Italie. Chef d’un peuple superstitieux , accoutumé à regarder les premiers événemens de la guerre
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EN ITALIE. atkf
comme un présage certain (61), combien la prise de Rome devait-elle entraîner de suites funestes !
Les habitans , intimidés par le pillage de Naples, n’étaient point disposés à soutenir un siège. Les harangues du pape Sylvérius augmentèrent leur eflroi, et les déterminèrent à receyoir le vainqueur (a). Les Goths voyant hors des murs les troupes de Bélisaire, dans les murs le peuple prêt à se révolter , n’osèrent même pas essayer de se défendre; ils se retirèrent , laissant leur chef Leuderis, qui refusait de fuir avec eux. La noble indignation de ce guerrier fait soupçonner ici les Goths de lâcheté , et donne à penser qu’il n’était pas.
impossible de contenir les Romains et de résister aux assiégeans, au moins, durant quelques jours, jusqu’à ce qu’on envoyât un renfort. Il faudra maintenant, toutes les fois que les Goths céderont à l’ënnemi , remarquer les circonstances de leur défaite :
le résultat des observations pourra servir à
(a) Proc. Bell- Got- , lib. i , cap. >4- — Jurn.derçb^
240 MONARCHIE DES GüTHS
porter. un jugement sur les derniers tems 1 de cel empire, et sur les causes de su. ruine.
Vitigès sortit de Ravenne à la tète de i5o,ooo hommes; et telle était la présomption et l’ardeur de vengeance dont il était animé, qu’il laissa derrière lui les villesdont l’enneuii était maître, et marcha droit à Rome dans la crainte que Bélisaire ne lui échappât ; Bélisaire l’attendait (a).
On regardait comme une témérité l’intrépide constance de ce général. Après avoir dispersé une partie de ses troupes pour garder les places de la Sicile et de l’Italie qu’il avait prises^ il était resté avec cinq mille hommes, dans une ville immense, dont les remparts tombaient en ppipes; située au milieu d’une plaine , et ou il fallait repousser de tous côtés les assauts d’une multitude de Barbares (b). 11 n’y avait que Bélisaire, et ceux qui le cou naissaient, qui ne fussent point effrayés. Une activité infatigable , un génie fécond cp stratagèmes et en ressources, uue valeur brillante qui rassurait les plus timides, un esprit péné-
(«) Proc. Belt. Got. , lit», j , cnp.' i'B.
( l > 1 Id. , lib- : , cap. 14,20,14.
EN ITALIE. . 24g
trant qui devinait tout , tandis que les ennemis ne savaient pas observer et réfléchir (62); voilà par quel secours il demeura invincible. ..... '
Mais les circonstances n’exigeaient pas seulement un bon général. Combien ne
fallait-il pas de prudence et d’adresse pour 1
fixer la légèreté du peuple romain , pour l’empêcher de céder à sa pusillanimité dans les périls et dans les souffrances? Dès le • commencement du siège , il y eut quelques mouvemens séditieux (ci). Les fatigues et les alarmes auxquelles les Romainsn’étaient point accoutumés, la disette qui commentait à se faire sentir , les veilles continuelles, sur les remparts , le ravage des campagnes, tous ces maux réunis les eurent bientôt découragés. Ils invectivaient hautement contre Bébsairn, et le sénat mêlait ses murmures aux cris du peuple. Dans la suite, la faim et la peste se joignant à la guerre, aggravèrent leurs tourmens (h). Vitigès, instruit de ce qui se passait par des transfuges , profitait des soulèvemens pour
(a) Proc. Bell. Got. , lit», i , cap. îo- {b) Id. , ibid. t lib. 2 f «ap. 3.
35 o MONARCHIE DES GOTHS
envoyer des ambassades insidieuses (a).
Mais la fermeté de Bélisaire triomphait toujours.
Les combats ne réussirent pas mieux aux Goths que les négociations. Tantôt de simples escarmouches leur coûtaient des milliers de soldats , et une fuite honteuse en était tout le fruit (b). Tantôt l’appareil formidable de leurs énormes balistes et de leurs béliers, était renversé en un moment (c). Une fois ils déployèrent toutes leurs forces dans une attaque générale et sur plusieurs points différens. Partout la petite troupe de Bélisaire , que son art et son exemple avaient multipliée, opposa un front inébranlable. Le désordre et l’épouvante se répandirent parmi les assaillans ; ils se pressaient en tumulte, s’écrasaient ou tombaient sous le fer du vainqueur (c?).
Mais voici des excès non moins funestes pour Vitigès que la perte de plusieurs ba-
(a) Proc. Bell. Got- , lib - 1 , cap - ao.
(b) Id-, ibid., cap. 17, 18, 37.
(c) là -, ibid-, cap- ai- (J) Id. , ibid- , cap. a 4 *
tailles. Dans sa colère, il jure de venger ses affronts. Il envoie à Ravenne l’ordre d’égorger les sénateurs que les Romains lui avaient donnés en otages (a). Il se rend maître de Porto , et il fait un grand carnage des habitans (é).
Ce prince , emporté par une fougueuse démence, ne voyait pas qu’il avançait luimême sa ruine. Ce n’était plus Bélisaire, c’était Vitigès qui combattait en pays ennemi. Tous les peuples se soulevaient d’indignation ou d’effi’oi contre le Barbare.
L’indolent Justinien, cédant enfin aux instances réitérées de Bélisaire , lui envoya de nouvelles troupes en assez grand nombre pour le mettre en état de pousser avec vigueur l’expédition. En même tenis des convois entrèrent dans Rome , et ranimèrent les forces de Bélisaire (c).
Les Goths avaient vu moissonner par le fer et par les maladies une grande partie de leur armée; effrayés alors de l’accroissement des ennemis, que la renommée exa-
(a) Proc. Bell. Got., lib. i, cap. a 6 - (4) Id., ilid.
(c) Id. , lib. 3 , cap. 5 , 7 .
2Ô2 MONARCHIE DES COTHS gérait encore , ils se résolurent à demander la paix , et proposèrent de céder la Sicile à l’empereur (n). Bélisaire leur répondit, avec la fierté d’un vainqueur, qu’ils ne pouvaient point donner ce qui ne leur appartenait plus. Les Gotlis ajoutèrent la cession de Naples et de la Campanie , avec un tribut annuel pour le reste de l’Italie. Leurs offres furent de nouveau rejetées. Us obtinrent à lu lin une suspension d’armes, avec la faculté d’envoyer une ambassade à Constantinople.
Viligès écrivit d’un ton suppliant à l’empereur , tâchant de justifier son usurpât lion et de désarmer ce prince (6). Toutes ses raisons auraient pu être bonnes , si Justinien avait eu un autre motif que cor lui d’envahir (65). Quel abaissement! Vitigès écrivit en même teins au maître des offices de la cour d’Orient une lettre flatteuse , pour l’engager à solliciter en faveuf des Gotlis (c). Un roi d’Italie , mendiant
(a) Proc- Bell. Got. , lib. a , C3p. 6 ,7»
(/') Cass. , lib. m , ep 3i, 34 » 35»
(c) lit. , ibid , ep 33.
la protection d’un domestique de l’empereur !
Cependant Yitigès rompit la trêve par une tentative inutile , pour s’emparer de Rome par surprise.
Les Golhs, qui assiégeaient cette ville depuis plus d’nn an , accablés de tant de travaux et de fatigues , voyant que leurs députés ne revenaient point de Constantinople; découragés encore par de nouveaux revers, abandonnèrent l’entreprise. Leur retraite fut marquée par une défaite sanglante (a).
Les Grecs eurent alors une suite presque continuelle de succès. Les Goths ne tenaient plus contre les guerriers qui combattaient sous la conduite ou sous les auspices de Bélisaire. Des villes fortifiées, des provinces entières tombaient en son pouvoir (b).
Dans les fcontrées qui étaient le théâtre de la guerre, la terreur avait rendu les campagne désertesr; il n’y avait plus de culture, glus de moisson (c). Les greniers de la Si-
ta) Proc. Bell. Got. , 1îl>. a , cap- lo.
(W Id. , ibid . , cap. ig , ao.
(e) Id . , ilid , cap ao.
cile, de la Pouille et de la Calabre, ne s’ou- , vraient que pour nourrir les Grecs et leurs soldats a). Tout manquait à la fois au reste de l’Italie ; la famine la désola (b). Ce fléau fut si désastreux que , dans le Picenum seulement, plus de cinquante mille babitans périrent , et la cruauté des Barbares mit le comble à toutes ces horreurs. La ville de Milan , qu’ils assiégeaient , frustrée des secours de Bélisaire par la lâcheté des lieutenans de ce général , fut contrainte à se rendre (c). Pour punir la défection des Milanais , les Barbares en furie se jetèrent sur le peuple et sur la garnison , qui s’étaient remis à leur foi ; ils égorgèrent trois cents mille hommes ; les femmes furent réduites en esclavage. Ayant trouvé Répara tus, préfet du Prétoire, contre qui ils étaient principalement irrités, ils le coupèrent en morceaux, et le donnèrent aux chiens à dévorer. Voilà les soldats et les sujets de ^liéodoric conduits par Vitigès!
Leur rage était assouvie , leur crainte
(a) Proc- Bell Got. . lib. a , cap- a/}-
(b) Id - , ibid , cap. ao.
(c) Id. y ibid-, cap. ai.
n’était point dissipée. Ils voyaient toujours Bélisaire prêt à fondre sur eux et à les exterminer. Yitigès, rentré dans Ravenne, entendait de tous côtés les cris de ses garnisons aux abois, et il n’osait les secourir (a). Les Barbares n’avaient plus d’éfcpérance dans leurs armes, et une alliance payée au poids de l’or, ne les rassurait point contre l’humeur indomptée des Francs (b).
L’événement prouva que leurs inquiétudes n’étaient que trop fondées. Quelle situation misérable ! Derrière eux, devant eux la mer; d’un côté, les Francs, avides de leurs dépouilles ; de l’autre , Bélisaire. Dans cette extrémité , le besoin leur suggère une ruse, une dernière ressource. Vitigès députe furtivement des prêtres liguriens à Cosroès, roi de Perse, pour le solliciter à prendre les armes contre l’empire (c). Le
Persan, animé par ses instigations, dévaste les provinces de l’Orient. Cette puissante di.
, version aurait pu sauver les Goths, si leur
(a) Proc. Bell. Got. , lil>. a . c «p. 34 .
{£) fi, ibid. , cap. a5-
' Id > ibid > C 0 P' as. — Jd . , Bell. Per*. , lil» , «ap. a,3.
256 MONARCHIE DES GOTIIS
salut n’avait dépendu que de Justinien. Ce prince , tout troublé, et se croyant déjà entre les mains de l’ennemi , renvoie les ambassadeurs des Goths , qu’il avait gardés jusqu’alors à sa cour , et les charge d’annoncer à-mitigés qu’il va traiter de la paix avec lui; il veut rappeler Bélisaire à Constantinople.
Bélisaire poursuivait le cours de ses exploits. Toutes les forteresses qui protégeaient Ravenne étaient obligées de céder.
Chaque jour il cernait de plus près cette capitale, chaque jour, par de nouveaux coups , il en ébranlait les renrparts (a).
Mais quel était dans ce lems l’esprit des Goths? Oa voyait communément les soldats qui se rendaient prisonniers , incorporés aussitôt dans les troupes du vainqueur, suivre stupidement ses étendards, et combattre le parti qu’ils défendaiënt la veille (b). Que l’on ne croye pas que ce fût une lâcheté de quelques soldats : c’était l’élite de l’armée et de la nation que Yitigès avait mise dans ces places importantes (c).
(a) Procop. Bell Got . , lib. n , cap. a’î , 24 > ^6 , 27. (£} Id . , ibid. , cap. 11 , 19 , 27. — Jorn. de reb. Get.,cap-6o.
{c) Proc. Bell Got. , lib. a , cap. u.
Les Alpes cottiennes étaient remplies de Châteaux forts que des Golhs habitaient avec leurs familles, et dans lesquels se trouvaient des garnisons. Ils reçurent tous, sans balancer, la loi du vainqueur («). Ils étaient déjà plus attachés à leurs possessions, à leurs richesses , qu’à l’honneur et à l’état.
Wraïas, neveu de Vitigès, s’avançait à la tète de quatre mille Gotlis , ramassés dans la Ligurie et dans les Alpes. Ceux-ci voyant que l’ennemi , avec des forces supérieures, pillait leurs habitations , abandonnèrent leur chef, et coururent se ranger du côté de celui qui tenait leurs biens (b).
Observons les effets du système de Théodore , que développa l’impéritie de ses successeurs. Il avait lait des soldats , et non des citoyens; les propriétés qu’ils reçurent les attachèrent à leur famille , à la terre qu’ils faisaient valoir , niais non pas au royaume , encore moins à la patrie ; c’était un nom inconnu pour eux, et il est si difficile à ceux qui ne combattent pas pour la patrie de résister à la mauvaise fortune !
(a) Proc. Bell. Got. , lib. a , cap. 7.8.
\l, Id . , ibid. .
Cepend an 1 1 esambassadeurs en voy és par Justinien arrivèrent pour offrir la paix à Vitigès, à condition qu’il se contenterait de la partie de l’Italie au-delà du Pô, et qu’il abandonnerait tout le reste du royaume.
Les Barbares souscrivirent à ce traité (a).
Bélisaire, outré qu’on luiarrachât des mains la victoire, refusa de le signer, quoique des officiers jaloux murmurassent contre lui. Alors les Goths soupçonnèrent que l’empereur leur tendait un piège. Découragés , abattus , ils proposèrent secrètement la couronne a Bélisaire, dans l’espoir qu’il régnerait paisiblement sur eux , et qu’il ne les contraindrait pas à quitter leur séjour.
' Celui-ci, trouvant l’occasion propice de terminer la guerre,la saisit avec empressement (b). D’abord il éloigna et dispersa , sous divers prétextes , ses principaux officiers , dont il appréhendait l’opposition, et dont la désobéissance l’avait déjà traversé dans plusieurs entreprises (c). Il feignit ensuite de se rendre aux vœux des Goths. Leurs
(a) Proc. Bell. Got. , lib. a , cap. ag.
(b) Id.fibid.
(c) Id , ibid . , cap. 1 1 , 1 3 , 1 8 .
députés exigèrent qu’il jurât de ne faire au- ' cim mal à la nation vaincue, et <le se déclarer le roi des Goths et des Romains. II les. satisfit pour le premier article; quant à l’autre, il remit le serment au jour où il tiendrait l’assemblée des principaux de là nation. Alors les députés ouvrirent les portes de Ravenne à Bélisaire ainsi qu’à son armée.
Lorsqu il fut maître de tout, il observa religieusement les conditions pour lesquelles il avait engagé sa foi. Quoiqu’il tînt Vitigès en captivité , il le traitait honorablement (a). Les biens des Goths demeurèrent intacts. Cependant il ordonna à tous ceux qui avaient des terres en deçà du Pô , et qui se trouvaient à Ravenne , de retourner dans leurs habitations; ils obéirent. De sorte que son armée fut en sûreté dans la ville, le nombre des Grecs devenant égal à celui des Barbares. Dès que la nouvelle de la prise de Ravenne se fut répandue (ô), les capitaines goths qui occupaient encore des forteresses dans la Vénétie et dans l'Emilie,
(a) Proc. Bell. Got, , lib. i , cap. 29.
( 4 ) Id . , Md'
sè soumirent volontairement. C’est ainsi que Bélisaire couronna ses travaux , malgré les forces de l’ennemi , malgré ses lieutenans , malgré l’empereur. Tant est puissant le génie d’un héros.pour entraîner dans ses desseins les événemens et les hommes !
On a peine à concevoir cette facile et prompte soumission des Goths. Comment se fait-il que, n’ayant essuyé aucune fatigue depuis leur entrée à Ravenne , et protégés par des remparts presque inexpugnables, ils aient présenté leurs mains aux fers d’un ennemi très-inférieur en nombre? Les femmes (a) (64) elles-mêmes leur reprochaient leur lâcheté , et les accablaient d’invectives et d’outrages, lorsqu’elles virent l’armée des Grecs , dont on leur avait exagéré les forces. Les Goths comprenaient leur avilissement, puisqu’ils avaient essayé de l’excuser ou de le pallier aux yeux de leurs femmes ; et cependant ils n’osaient point combattre !
(a) Proc. Bell. Got. , lib. a , cap. 39,