‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 10 sur 29 · HiSTOiRB · texte numérisé non relu

HiSTOiRB

lieu d'espérer ; il profita de cet accueil pour prêobetla parole de Dieu. Tpus les domestiques du, palais et les soldats de la garnison étaient accpuFus pour le voir-, car on savait les merveilles, qu'il avait opérées à Gangoxima. Le Saint parla, avec tant de force , et Pieu douna tant d'^-, caçe à ses paroles, que le même jour il bapt^a^ dix-sept personnes, qu'il trouva sufl^ammeAt) disposées. La plupart des autres auraient suivi,| ^ le tono, qui craignit qu'on ne lui fît une. affaire auprès du Koi de Saxuma , dont il était, vassal, ne s'y fiit opposé. Mais comme lui-mêmç, était convaincu de toutes les vérités qu'on lui; avait annoncées , il voulut bien que sa femme <et[ son fils aîné fussent baptisés en secret. Léser-*, viteur de Bieu demeura dans cette forteresse aur. tant de temps qu'il lui en &llut pour former, cette nouvelle chrétienté ; il la recopamanda en-> Quite à l'intejadant de la maison d'Ekandono, \deiljard d'une prudence et d'une vertu au-dessus, du commun ; il lui laissa une copie de son catéchisme, qu'il avait mis en japonnais à Gangoxima , régla toutes les pratiques de piété qu'il crut convenir à ces néophytes , et jusqu'aux exercices de pénitence, auxquels il trouvait! les Japonnais fort portés ; il donna même sa dis-. çipline à l'intendant, afin que l'on en fit de. semblables, et à la dame du château un petit livre y où il avait écrit de sa main quelques prie- ^•es. Dans Ja; suite , la discipline, le, catéchismç^

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et le Kvre de prières furent leâ iûstraméns djb bien des miracles. Elandono et sa femme éprouvèrent la vertu de ces sainteâ reliques , dans des maladies morteUes , et même au milieu des con^ vulsions de la mort , Fun et l'autre ayant été ^subitement guéris , dès qu'on leur eut fait toucber , au tono , le livre , et à la dame , la dis^ cipline. Enfin , le père Xavier et ses compagnoiis continuèrenr leur route vers Firando y où ils arrivèrent en peu de jours.

Le royaume de Firando n'a de considérable V]ue sa capitale , dont il a pris le nom , et quelques îles assez peuplées ; ce qui a rendu ce port 'célèbre , c*est que le mouillage y est fort bon , et que les navires y sont a l'abri de tous les vents. Le père Xavier fut reçu dans cette rade au bruit de toute l'artillerie des vaisseaux portugais. Enicuite 9 les principaux n^ocians le menèrent malgré lui , comme en triomphe , chez le Roi. En ie présentant à ce prince, ils lui dirent qu'il voyait devant lui l'homme du monde , pour qui le Roi leur maître avait le plus de considération; et ayant ajouté qu'il venait de Cangoxima , et pourquoi il en était sorti , le Roi de Firando lui fit mille amitiés , et lui donna plein pouvoir de prêcher Jésus-Christ dans ses États. Aussitôt les missionnaires commencèrent leurs prédications, et le succès dès les premiers jours ayaBt sur-^ passé leur attente, le père Xavier conçut que si la faveur d'un Roi particulier pouvait tant

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pour la cent etsion de ces peapjes, ce serait ai* core toute autre chose si l'on avait la protection de l'Empereur* H ne lui en ÊtUut pas davantage pour le déterminer au voyage de Méaco^ capitale de l'empire , et séjour de l'Empereur, n laiàsa donc à Firando le père de Torrez , et accompagné de Femandez et de deux Chrétiens , Bernard et Matthieu, qu'il avait amenés de Cangoxima, il se mit en marche sur la fin d'octo^ bre , gagna par mer Facata, capitale du royaume de Giicugen , et après avoir marché quelque temps , il se rembarqua pour Amanguchi. Cett^ ville , capitale du royaume de Naugato était alors une des plus grandes, des plus peuplées, d^ plus riches, et par une suite presque néces^ saire, une des plus déréglées des villes du Japon. On y comptait vingt mille familles, et ce qui la rendait si considérable, c'était son commerce , la fertilité de son terroir , et les mines d'ai^ent qu'on trouve en grand nombre dans son voisinage. Bien que le saint apôtre ne fut venu à Amanguchi' qu'en passant; toutefois au récit qu'on lui fit de l'état déplorable où cette ville était réduite , il ne put retenir son zèle. Il se montra au peuple le crucifix en main , et il parla du royaume de Dieu avec cette liberté , que le Sauveur du monde a tant recommandée à ses disciples : un certain air plus qu'humain , qui pai^issait dans toute sa personne, les étonnantes vérités qu'il prêchait, l'autorité qu'il savait

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se concilier, tout ,cela le fit écouter d'abord : on goûta sa doctrine , on la trouva fondée eu raison, on s'informa qui était cet homme si ex-r traordinaire , on apprit ses travaux, ses voyages,, la sainteté de sa vie, son désintéressement, ses miracles ; on l'admira , mais le jour du sa^lut n'était pas encore venu pour ce peuple. La populace même qui n'examine jamais les cho^ ses à fond , et qui juge beaucoup sur l'extérieur , se moqua du. docteur étranger , l'outragea, et alla jusqu'à le poursuivre à coups de pierres , joignant les railleries à ces mauvais traitemens. Une audience que le père Xfivier eojt d'Oxindono, Roi de, Naugato, et dans laquelle il confondit un fameux bonse , en présence de toute Ja cour^ calma un peu cette £ureur : quelques infidèles mêmes demandèrent le baptême , mais le nombre de ces élus fut très-petit, et les missionnaires, après un mois de séjour dans Amangucbi , poursuivirent leur route vers Héaco. . C'était sur la fin de décembre : les pluies , les vents, les neiges, les ravines rendaient les chemins impraticables , à chaque moment les quatre voyageurs s^égaraient et, couraient risque de tomber dans un précipice , ou de se noyer en passant des torrens et des rivières, ou enfin d'être écrasés par des glaçons d'une grosseur énorme ,' qui pendaient aux arbres. Avec cela, leur nourriture n'était qu'un peu de ris que Bernard portait dans un sac. A seize lieues de Méaco, le

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père Xavier tomba tnalade : ri manqnaît de tôùf, et néanmoins il guérit en assez peu de temps'j à peine la fièvre Peut-elle quitté qu^il se remît en chemin , fort mal vêtu , marchant presque toujours pieds nus comme auparavant , quoi*que le froid fût intolérable ; mais c'était une nécessité, à cause dés ruisseaux et des ravines qu'il feUait continuellement passer. Un jour de grand matin , les voyageurs se trouvant embar^ Tassés pour éviter certains endroits dangeréuk dont on les avait avertis (quelques auteurs diîsent qu'ils s'étaient égarés ) , le père Xavier aperçut un dsavalier qui allait du c6té de Méaco, il courut à lui , le pria de vouloir bien lui servir de guide , et s'ofirit à lui porter sa malle. Le cavalier y consentit, et ne laissa point d'al^ 1er le trot, ce qui dura presque tout le joui*. Sitôt que les dangers furent passés , le père fuît contraint de s'arrêter, et ses compagnons, qui à grand^peine l'avaient suivi de fort loin, le trouvèrent sur le soir dans un état à faire compassion , les ronces et les cailloux lui avaient déchiré les pieds, et les jambes lui crevèrent en plusieurs endroits. On ne put toutefois l'obliger à se i*eposer un seul jour , il tirait tant de force de son union avec Dieu , qu'il était toujours le premier à encourager les autres. Lés historieM de sa vie disent que , dans les villes et les boiii*gades QÙ il passait, il ne manquait jamais de dire a ceux qu'il pouvait atroupèr, quelque chose

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de son catéçhisi^e, .mais cjue pour IWdinaire il ne retirait J)oint, d'autre. fruit de son zèle .que des injures : qu'on le maltraitait même souvent^ et qu'il fut deux fois sur le point d'être lapidé, n'ayant été préservé de la fureur des -infidèles que par des orages qui, survenaient tout à. coup ^ et écartaient la multitude*

X. Enfin , il arriva à Méaco vers la fin de fé-*trier; Cette ville ^ dont le. nom signifie chos^ digne â^étrè vue ^ n'avait plus rien de grand qi^e Ses ruines^ et la guerre qui y paraissait plus aJ(lumée que jamais, k menaçait d'une entipfc désolation. Méaco en cet état n'était pas propre a recevoir la, lumière de l'Évangile ; le. père Xavier s^en aperçut bientôt ^ et pour surcroît dfî disgrâce, il né put jamai» obtenir une audience, ni dé l'Empereur , ni. du dairi , ni du , xaco* Jl se vit! donc réduit à faire dans les quartiers les plus fréquénties , ce^qu'it avait fait ailleurs ; mais sentant bien qu'il perdait son temps , à parler à tin peuple tout occupé du traefis des armes, il reprit , quoîqu'avec bien du . regret , la route de Pirando. Il se, consola dans la pensée qu'il avait au moins, prêché Jésus-^Christ dans }a capitale du Japon, et qu'il y;avait beaucoup souffert : ce qui, dans .les hommes, apostoliques est. un vrai dédommagement,; lorsque leurs. entreprises; n'ont j)oint d'ailleurs le .succès qu'ils espéraient •. il lui fut mêm^.dit intérieurement^ que^cpttç 3emencç de la parole divine , qu'il semblait avoir jetée T. t, 7

dans une terte ingrate y ne serait pas perdue ^ mais produirait des fruits qui répondraient aux fatigues qu'il avait essuyées dans une si péni^ ble expédition.

Le sàitit homme arriva à Firando en assez bohnë santé , et sans aucun accident fàcheu:^ 5 il n'y resta qu^aulant de temps qu'il lui en fallut pou!r changer son extérieiir trop négligé j il avait eu le loisir de se convaincre que ce chan-^ gement était nécessaire au Japon, et il savait qu'une des premières règles d'un prédicateur de févàngile ^ est ^e se faire tout à tous pour gagner tout le monde à Jésus-Christ j il ne dédaigna pas de se charger aUssi de quelques raretés que le Vice-Roi des Indes et le Gouverneur de Malàcà lui avaient données pour faire des ,présens iaux Princes japonnais , et dont il avait ,cru d'abord pouvoir se passer, aussi bien que des lettres dé i'ecommandâtiôn que ce3 deux seigneurs lui avaient encoi*e niiàes entre les mains. Après iquelqtres jours de repos , il partit pour Amanguchi avec ses mêmed compagnons. La manière dont le serviteur de Dieu avait été reçu, la première fols dans cette ville , et le peu de disposition qu'il y avait trouvé à l'écouter, ne devait pas ée semble l'engager à y î'etoumer : mais les iSaints ont Aes lumières que ïes autr^ hommes tfonl pias, et la suite fit voir <Juec*était l'esprit de Dieu qm condïusait le père Xavier à Amanguehi.

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Oxindtmo iwyaint les missiomiaim dans un autre équipage qu'ils n'avaient paru d'abord , les reçut bien ; agréa les présens que le père Xairîer loi fit, temoi^a qu'il aurait égard à la i^éeomniandfttiDn du Vice- Roi des Indes et du Gouverneur tlè Malaca , et le même jour envoya au pèriâ uÂe forte grosse somme d'argent. L'homme «po8tidiq4e là i^fûsa constamment, et le Roi, touché dfune vertii si rare , marqua sa surprise en des termes qui ne plurent pas aux bonses^ Dès leiendemaiin,' il accorda aux deux prédi-^ cateurs la peormBsion de publier la loi du vrai Ilieu, et en. fit même afficher les patentes à tons les carrefours. Feu de jours après , ayant su que ks docteurs étrangers n'avaient point de demeuré filé , et étaie^ meinis assez en peine où se rè-*- ^er, il leur donna une maison de bonses, qui dispùis quc^ues temps n'était pas occupée. Alors tout Amanguohi s'ébranla, et comme si ce peuple fut sorti d'une profonde léthargie , ce fut chez les serviteurs de Bien une affiuence qu'on ancrait peine! à imaginen Le père Xavier a écrite au père Rodrigiiez et aU père Ignace, que du matin au soir son logis né se désemplissak point^ et que les missionnaires qui viendraient au Ja-^ pon , devaient s'atteîidre à de grandes importu-^ nités ; qu'on ne leur laisserait souvent pas le temps ni de âive la messe, ni de réciter leur bréviaire , encore moins de reposer et de pren^ dre leur repaa* Ce qui fiadsait la plus grande peine

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du saiilt Jiomme^ c^est qae tona vonlant à la fois qu'oix éckircît leurs doutes , et quW té-» pondît à leurs questions^ ce n'était qu'un bruit confus de gôns qui parlaient toud ensemible',* et qui criaient à pleine tête; Bieu ' tira^ son seryirt teur de cet embarras par un pix>âige * inouï jus^ qucrlà : le père Xavier avait y dans les Indes ^' re^ noUYelé le miracle qui surprit si fort Jérusalem dans les .apôtres le jour de la Pentecôte ^ lors^ que préchant dans leur langue y ils se firent en-» tendre à des personnes de tant de diffiirentes na-> tioiis!; icile Saint étant interrogé sur dei> matières Ibrt opposées entr'elles, on aperçut que d'une seule f^éponse il satisfaisait à tout: Au commencement^ la confusion empêcha qu'on ne fît réflexion à'xtné chose aussi merveilleuse, et bien des gens^mêmé ne songeant qu'à ce qui les regardait | né s'avise»rent jamais de penser qu'il y eût rien* de PfA^ raculeujL dans la manière prompte et précise dont .t>n leur répondit. De là vint que comme les cam«> pagnons et les successeurs du Saint înéttaiéni plus de .temps à satisfaire «ceux qui les interro^ geaient^.ondi^it qu'ils n'avaient pas tant de savoir ni d'^prit que lui.^ L'homme apostolique reçut ; encore a Amanguchi .le don des langues <[ui lui avait été tant de fois communiqué- aut Indes.; 6ar outre qu'il parlait le japonnais avec une facilité et ime élégance qui surprenaient •tout le monde , il prêchait tous les jours en cbi^ siois, aux marchands de cette nation qui tra^

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.&)uaiejut à Àmanguchi , ({aQi<|ue jfimais il n'eùfc étudié leur langue.

. Ce o'était plus seulement le peuple qui voulait euteudre les docteurs étrangers , let| grands les invitaient à venir chez eux. Ce fut en cette occasion que le père Xavier s'apercevant qu'on lui parlait avec trop de haute\ir et un certain air méprisant , qui lui parut rejaillir sur son -ministère , il montra de son cèté une grandeur d^ame y et uue sainte et uoble fierté qui im^ prima dans l'ame do ses auditeurs un profond respect pour le Dieu qu'il* leur annonçait. Il rcr commanda la même chose à Femandez , qui mar-*quait un> peu. trop. de timidité. Cela lui réussit: on s'accoutuma à^regarder les missionnaires comme des gens ' qui étaient beaucoup au-dessus du commun, et: pn les écouta avec unesoumismon , et une docilité qui fit oublier au Saint ses fatigues, et sembla lui redonner une nou-^ velle vigueur : ce Je suis tout blanc,' écrivit-il D alors en Europe, cependant je suis plus ro^ 9 buste que jamais. Aussi faut-il convenir que « les fatigues qu'on prend pour instruire un y>. peuple raisonnable , qui aime la vérité , et qui j» veut sincèrement son 'salut , causent une joie 0» bien sensible. y> Au bout de quelque temps Jes missionnaires se trouvant un peu plus en re^ pos , entreprirent les bonses , qui , malgré Panijnosité des. sectes, s'étaient tous réunis contn^ l'ennemi commun.. Après bien des conférence

OÙ. ces prêtres idolâtres furent confondus, cette Ticloire achevant ce que l'autorité du Saint , la force de ses raisonnemens et les miracles qu'il fit en grand nombre , avaient commencé, en moins de deux mois y plua de cinq cents per^ sonnes, la plupart gens de marque, reçurent le Baptême.

On voyait sor-toi^t ceux qui dans les disputes avaient paru plus animés contre notre sainte Re* ligion, témoigner plus d'empressement à Vem-* brasser, et travailler ensuite eux-mêmes avec plus de zèle à la oonversien des. infidèles. Ce zèle du salut des âmes fut toujours dans la suite la vertu favorite des Japonnais , et Ton aurait dit qu'ikne se croyaient Chrétieiis, qu'autant qu'ils avaient d'ardeur pour la propagation du Chri»^ tianisme. Le plus grand avantage qu^ le père il^avier tira de ces premières saillies de ferveur, ce fut d'être instruit à fonds des endroits fiables par où l'on pouvait attaquer les bonses , et il en profita avec un grand succès» Toutefois , une chose arrêtait un peu le progrès de l'Èvan^le; on avait eu de k peine. à. prouver aux Japon- XMiia , que ceux qui pendant leur vie n'^auraîent pas adoré le vrai Dieu , soufiriraieiit éternellement dans les en&ra. Os ne pouvaient concilier «e point de foi avec la bonté in&iie de Dieu. Xes nouveaux baptisés mêmes en revenaient toapmn là , et quand ils n^avai^nt plus rien à opposée aux saisons qu'en leur apportait pour les

convaincre r a Quoi donc, s^écriaient-ils fon*» » dant en pleura, j^os père^, nos enfans, nos D amis seront pendant toutç upe éternité les » malheureuses victimes ,. et l'objet des vengean-^ y> ces d'un Dieu qu'ils auraient sans doute adoré }D s'ils l'eussent connu! Et ce grand Dieu, .la D bonté et l'équité même n'aura aucun égard D à leur ignorance ? » Tout retentissait de leurs sanglots , et. des cris que cette pensée leur £ati-r sait pousser vers le ciel ', et les missionnaires nç pouvaient s'empêcher de mêler leurs larmes ave9 celles de leurs chers néophytes.

Une belle action de Fernandez contribua be$iur coup dans ces circonstances à déterminer quaiitité de jgens qui flottaient entre l'erreur et la véiité. Ce saint religieux prêchant dans une place publique , un homme de la lié du peuple s'ap* procha comme pour lui dire un mot La prédi*?

cateur s'étant arrêté, se tourna de son c^té^ et dans le moment ce malheureux lui couvrit le visage d'un crachat; il s'éleva aussitôt quelrques éclats de rire ; néanmoins , presque toiite l'assemblée fut indignée ; mais Fernandez s'étaut essuyé sans paraître ému , et conUnuai^t son dis-^ cours cou^me si rien n'eût été : la sotte joie des uns et l'iudignçitiQn des autres se tournèrent en admii atioa , et le seroioa fini , chacun se retira plus persuadé p^r l'ejiemple d'upe vwtu si hérol" que , que par tpute^ les raison^ domt le prédijcateur avait appuyé sa doctrine. Un jeune doçtew.

qui passait pour le plus habile Homme d'Amauguchi , fat si frappé de cette action , que dès le lendemain il demanda le Baptême , et s^, conversion fiit la source d^une infinité d^autres. Entre ces nouveaux prosélytes , il y ciji eût un dont le changement causa bien du chagrin qu^ bonses^ parmi lesquels il était sur le point de s'engager. C'était un jeune homme de vingt-cinq ans , d^un génie supérieur et d'une nâissaiicé trèah-distinguée ; il avait toujours été fort a5sidu aux instructions du père Xavier ; 3on esprit était convaincu , la patience de Fernandez Favait ébran^ lé; mais la conversion du jeune doc|;eur dont je viens de parler , fut ce qui le détermina. Le père Xavier lui donna , au Baptêipe , le nom de I^aurent, et peu de temps après le reçut dans la compagnie de Jésus ; la suite fit voir que I,e 6aint avait fait un bon choix.

Laurent ne fut pas le seul qui manqua ^lors aux bonses, personne ne prenait plus parti parmi eux, et leurs jeunes gens désertaient par troupe. Les missioimaires , instruits par ces transftiges des mystères d'iniquité que ces imposteurs cachaient sous les dehors dé la plus austère vertu, les démasquaient aux yeux du peuple, et montrant en même temps la corruption de leurs mœurs et la faiblesse de leurs raisonnemens, ils 'invitaient les fidèles à entrer en dispute avec eux. Cela eut un t^l succès, qu'on voyait à tous momenS' des. enfans et des femmes' faire* tomber

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en côutradioiion les plus célèbres bonses, jce qui est. parmi les Japonnàis le dernier affront. Pour se rétablir dans l'esprit du public^ ils tentèrent de. nouveau la voie de la dispute, et proposèrent d'assez bonnes difficultés ; mais on y avait déjà répondu en plusieurs occasions ^ ils réussirent un peu mieux à la cour y par une intrigue qû'ib ménagèrent, et l'on s'aperçut qu'ils avaient gagné le Koi; Oxindono ne révoqua point ses édits ; mais il dépouilla quelques fidèles de leurs biens, ce qui ne fit qu'augmenter le nombre 4^ ceux qui djemandaient le Baptême, et expiter la ferveur de cei^x qui l'avaient reçu: jusque-là que Ip père Xavier écrivit en Eur rope, que de trois. mille Chrétiens qu^ph pour vait bien . compter dans Amanguchi , il n'y en avait aucun qui ne fàt dans là disposition sincère de perdre tout pour conserver sa Foi. H arriva même que les bonses ayant écrit de tous côtés pour décrier le serviteur de Dieu, c/es lettre^ engagèrent les peuples des royaumes cirrçonvoisins à s'infi)rmer de ce que c'était que ce docteur étranger qui commençait à faire tant de bruit dans le Naugato, et qu'apprenant par voies plus sûres que celles des bonses, les grandes choses qu'il y faisait, sop nom devint très-célèbre dans tout l'empire.

^ XI. Cependant , l'homme apostolique songeant

à établir sglidement une mission qui prenait un

.si bon train, résolut de retourner aux Indes

Sq histoire

pour y chercher des ouvriers tels que le Japoa eB dewiiMlait ; c»r il avait remarqué qu'il y faU lait des prédicateurs d'un caractère particulier^ labopeu^, savaos, huçibles sans bassesse : souples, mais fermes^ irréprochables dans leur conr duite^ maîtres d'eux-mêmes, jusqu'à ne laisser entrevoir aucun mouvement de passipn : enfin d^un esprit très-*subtil , pour saveur se démêler de^ sophismes des bonses. Le Saint eut en même teinps nouvelle qu'un vaisseau portugais , commandé par Edouard de Gama, tmx ami parti-« fculier, venait d'arriver au port de Figen, dans ;ld royaume de Bujpgo , et qu'il ne tarderait pas à reprendre la route des Indes , où il apprit que «a présence était nécessaire. Sur ces avis , il fit venir de Firando le père de Torrez , l'établit en 4UI place à Amanguchi, et partit pour Figen, Raccompagné de Matthieu et de Bernard qui ne la quittaient point ; il fit ce voyage à pied , quoi*- ^ju'il pût le faire presque tout entier par mer. A. une lieue de Figen , il ae trouva si mal qu'il fut 4»>ntraint de s^arrêter. Ses deuK compagnons prirent les devant pour avertir les Portugais de sa venue : Gama , à cette nouvelle , monte à clieval avec environ trente Portugais, tous officiers ou gros négooians, et va au-devant du saint Apôtre. Le père s'était déjà remis en chemin , et les Portugais furent bien surpris de voir un homme si innommé dans tout l'Orient , marchant à pied, et portant sa chapelle sur son dos.

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lift descendirent de chenal dès Qu'ils l'aiperçurent^ et Payant joint , ils le saluèrent de la manière la plus respectueuse. Ensuite on lui présenta um cheval qu'on lui avait amené. Mais ils eurent beau le presser de le lïionter , il ne leur fut jamais possible de Fy faire consentir , ce qui les obligea de marcher aussi à pied , et de faire suivre leurs chevaux. Sitôt que Thomme de Dieu farut à la vue du port , le navire orné d'éten-^ dards et de banderoles , le salua de quatre décharges de toute son artillerie , l'équipage paraissant en armes sur les bords. Le bruit du capon, qu'on entendît à Funai, capitale de Bungo, et qui n'est qu'à upe lieue de Figen, fit crain*àre au Roi que les Portugais ne fussent atta*- <|ués par des corsaires qui couraient la côte , et il leur envoya offrir du secours ; mais il fut bien étonné 5 lorsquHl sut que l'arrivée d'un seul prêtre avait causé tout ce fracas, et que les Portugais s'estimaient plus heureux de le posséder , que si leur navire eut été chargé des plus précieuses marchandises de l'Inde. Ce Prince a tant de part à l'histoire que j'écris , que je crois nécessaire d'en faire ici le caractère.

Civandono , Aoi do Bungo , était alors âgé de vingt>»deux ans, et dans une si grande jeunesse il n'était pas seulement considéré comme un des plus braves et des plus spirituels monarques du Japon , mais il paissait encore pour un des plus «âges. Il possédait presque toutes les vertus mo^

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^}ea y une grande équité , beaucoup de modération , une prudence consoqiinée ; il était sombre , libéral y bienfajijiant ; il avait les inclinations npblesf, un naturel heureux, l'esprit e^^cellent, lei| sçjpL^ drpits; mais les passionii vive^^ et une trè^- grande faiblesse pour les plaisirs honteux. Toutefois y au milieu de ses dérèglement y il n'é<^ tait pa$ tranquille, et autant que le feu de Tâge £t le tempérament Ty portaient y autant sa raison semblait faire effort pour l'eu retirer. Dans ses amitiés, on reiparquait tout a la fpis, et le sincère let cordial attachement des particuliers, et cette générpsité élevée qui distingue les Souverains ; ain^ l-pn peut dire que le Roi de .3ungp ayait une belle ame , et une grande ame , une ajne yraipieqit rpyale , et digne d'un trôi^e plus éclatant.

. U y ^vait lpngrrtemp3 que ce Prince connaisr sait la Religion chrétienne ; et voici quelle fut l'occasion qui la lui ^t connaître. Des Portugais avaient pris terre à un port de Bungo, leur nayire était richement chargé , et quelques courti* sans voulurent engager le Roi, père de Gvan*dono, à le confisquer. Le Roi y était presque résolu , lorsque le jeune Prince , touché égaleipent de cqmpassion pour des étrangers qui n'avaient pas n^érité un traitement si injuste, et d\i dédipnneur qu'une action si indigne allait attirer si^r la Famille royale , parla si fortement au Roi , qu'il lui fit prendre des sentimens |^iis

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désiniéressés. Les Portugais apprenant le danger qu'ils avaient couru, et à qui ils avaitsnft obîi-f^ gation de l'avoir échappé j en témoignèrent leut^ reconnaissance au jeune Prince qui les re^ut bieri^ leur marqua qu'il les verrait volontiers^' et les engagea par ce favorable * accueil à lui faire souvent leur cour. Comme ces marcliandiS étaient fort gens de bien, leurs bons exemples d'abord et ensuite leurs discours édifiant toucliè-^ rent Civsndono ; il voulût savoir quelle était k religion que professaient dés gens d'une vertu ai singulière, et un nommé Diego Vkz loi donna quelque teinture du Christianisme. Depuis il aVait entendu parler: du père Xavier , et sam trop s'ar* rèier à ce que iesbonsés d'Amanguchi en ém-^ vaient de tousi côtés, il le regardait cbmn^ ud homme extraordinaire. Il eut d'autant' plus dé joie d'apprendre que le sainthomme était à'fipgen ^ qu'ir désirait passionnément dé Vs voit* et de l'entretenir; Atissi sôngea^t-il d'abord à t'^^ gager de venir jusqu'à Funay. Il lui ^éterîvit \i lettre du moiidé la plus aimable^et' la 'phis hbn-^ nète^ et la fit porter par tin jeune Prihce dé sa maison, à qui il donna pour l'âGcOmpagher', trente jeunes seigneurs , l'élite de la- cour > avec un train fort leSte et un équipage' magnifique: L'homme de Dieu fut surpris- d^tiif honneur si inouï : il reçut la lettre du Roi 'avec un profond respect ; maïs il fit parat(;i»e dans célté rencontre tant de grandeuf-d'^lme , que Civandbnoj

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