uisToms
bon vent qui , en peu de jours, le conduisit au port de Cangoxima. Ce fut le quinzième d'août que les serviteurs de Dieu entrèrent dans ce poit après sept semaines de navigation sut* la mër la plus orageuse du monde, ayant eu pourtant beaucoup moins à souffrir de la fureur de cet ' élément , que de la férocité de leurs conducteur^, et de la malice du Prince des ténèbres.
Ce ne fut pas un léger sujet de joie pour la &mille de Paul de Sainte-Foi, que de le revoir après une si longue absence , et lorsqu'on le croyait absolument perdu. Mais ce qui combla les missionnaires de consolation , ce fut de voir que , dès les premiers entretiens , ce fervent néophyte eut fait de sa femme , de sa GUe , et de la plu^ part de ses paréns , autant de catéchumènes. Le père Xavier les baptisa , et un si beau commencehièht lui faisant tout espérer , il s'appliqua sérieusement avec ses deux compagnons à l'étude de la langue. Les caractères du Japon, aussi bieû que ceux de la Chine , sont assez semblables aux iéri^lyphes des Égyptiens. Les Japonnais, poulr les tracer, se servent d'un poinçon , et font leurs lignes perpendiculaires. Où. prétend que les lan-^ gués que nous connaissons lés plus abondantes, sont stériles en comparaison de celle-ci. D'ailleurs elle est tellement variée , qu'il semble que chaque province ait la sienne propre , ce qui augmente l'embarras des étrangers, c'est que les mots et les phrases ont des signifiications diffé^
ï^ates, selon la diversité des personne» à qui Ton parle , des sujets que l'on traite , de la di^ ,ghité des matières et du ton de la voix. Enfin, cette langue n'a aucune analogie avec les nôtres; chaque mot est une proposition entière, et les noms propres y ont , comme chez les Hébreux , et chez beaucoup d'autres nations de l'Asie et de l'Amérique, des significations figurées.
Cependant Paul de Sainte-Foi fut obligé d'aller rendre ses respects au Boi de Saxuma , son Souverain, et lui demander sa grâce pour le meurtre qui l'avait obligé à disparaître. Il fîit bien reçu , et il obtint aisément ce qu'il demanliait : le Roi lui fit mille questions sur les aventures de son voyage, sur le commerce et la puissance des Portugais dans les Indes , et sur la religion qu'ils y avaient établie. Paul de Sainte^ Foi, satisfit le Prince sur tous ces articles, et s'étendit beaucoup sur le dernier. Se voyant écouté avec plaisir, et apercevant qu'on était touché, il tira un tableau qu'il tenait caché sous sa robe, et le montra à l'assemblée. C'était une Vierge la^s-bien peinte , ayant entre ses bras l'enfant Jésus. Le Roi fut si frappé à cette vue, que, dans le moment , il .mit les deux genoux en terre, pour rendre hommage au Fils et à la Mère dont les visages lui parurent respirer quelque chose de divin. La Reine sa mère , à qui il voulait qu'on portât cette image, se trouva saisie du même sentiment de religion^ dont il avait été
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pénétré , et se prosterna pareillement avec louâtes ses filles y pour adorer le Dieu des Chnâtittàs. Il fsiUut encore expliquer à cette Princesse les principaux mystères de notre sainte Foi; elle en parut diarmée y et le père Xavier ayaqt appris ce qui s'était passé à cette audience , en fil de^ mander une pour lui-même.
IX. Il n'eut pas de peine à l'obtenir; J?aul de Sainte-Foi avait donné 1, la cour de Saxuma une grande envie dé le voir. Le père se prépara à cette action par de ferventes prières, et se rendit k Saxuma le vingt-neuf de septembre ; après avoir recommandé son entreprise à saint Michel , et mis tout le Japon sous Ist protèdion de ce chef de la milioe céleste , auquel ce jour est consacré dans l'église. Le Roi et la Reine mère reçurent le Saint comme un homtne extraordinaire ; le jour ne parut pas suffisant pour Tentretenir , et on le retint bien avant dans la nuit; on ne se lassait point de l'entendre parler de la religion, parrce qu'il en parlait d'une manière qui ravissait ; et l'on ne revenait point de la surprise où jetait la vue d^un homme qui, avec tant de mérite , avait renoncé à -tout , entrepris de si pénibles voyages, pour donner à des inconnus et à des étrangers , la connaissance du vrai Dieu.
Le Roi, qui avait un grand sens , fit au père quantité de questions très-subtiles , et lui ajouta que si sa Religion était la véritable, il devait s'at-
' tendre ^ùe les démcbs feraient Sêtr&iïgeé eflbrls pour s'opposet à son établissement. Enfin ^ il congédia le serviteur de Diea avec mille tçar- <]ues de bonté et de distinction, et loi donna
'un ample pouvoir de prêcher la loi chrétienne
' dans ses Etats , ce qu^ rendit authentique peu de jours après par xm édit. Aussitôt les mission-
~ uaires qui , par leur application à l'étude de la langue , s'étaient mis en état de se^àire entendre, parurent dans les places publiques. La nou-
■Teauté de ce spectacle, et. la réputation que les prédicateur» s'ctuîont dEéJà acquise par la saiii-^
teté de leur vie , et par leurs entretiens parti-
' culiers j leur attirèrent une foule d'auditeurs à
* qui ils annoncèrent la parole divine. Il est vrai que le mystère d'un. Dieu en trois persoime»,
' et celui du Verbe incamé, et mort sur une croix, forent d'abord d'étranges paradoxes pour un peltpie qui veut tout réduire aux principes du hou
-sens naturel. Quelques-ims , sans vouloir examiner davantage , traitèrent les docteurs de vi-
*sionnaires, et leur doctrine d'eXtravaganbe; d'autres suspendirent leur jugement, ne poujyant, ifl5saieiit-ïls , se persuader que des hommes , d'ailleurs "^si raisonnables , eussent voulu courir tant • de risques , pour leur venir débiter des fables ; et cela sans aucun intérêt. Ils se rendirent même plus assidus aux instructions des pères , et Keu béxûssatit leur zèle à chercher la vérité , ils la 'trouvèrent et s^y soumirent. Le premier qtd de- T. I. 6
, S6 HQTOias
manda le baptême, fiit un homme de liasse naissance; le père Xavier lui donna lé nom de . Bernard, et ce fervent néophyte quitta tout pour se mettre à la suite des missionnaires.
Une conversation que le père Xavier eut avec le tunde, ou supérieur des bonses de Cangoxima , servit beaucoup à donner du crédit au christianisme. Le prêtre idolâtre , qui passait pour Torade du pays, fut surpris de trouver un homme . qui en savait plus que lui^ et il ne put s'empêcher de publier que personne au monde ne surpassait en science et en esprit , le chef des religieux d'Europe. A l'exemple , et sur le témoignage du tunde, qui par excellence avait été surnommé Ningit , c'est-à-dire , le cœur de la vérité, tous les bonses de Cangoxima parurent faire une estime toute particulière du Saint; mais le dérèglement de leurs mœurs les retint dans l'idolâtrie ^ et parmi tant d'endurcis , il n'y eut que deux élus , dont la conversion ne laissa pas de faire un grand effet sur le peuple.
Les choses en étaient là, et le saint apôtre s'attendait à de nouvelles conquêtes , lorsque les bonses qui venaient de fermer les yeux à la lumière , les ouvrirent tout-à-coup sur leurs intérêts temporels. Ils firent réflexion que si de bonnç heure ils ne s'opposaient au progrès de la nouvelle doctrine, ne recevant plus les aumd^ nés qu'on avait accoutumé de leur faire, ils n'auraient plus à la fin de quoi subsister ; sur cela
DU JAFOll^ UT. 1. $7
ib prirent leur psaii : on les vit aussitôt courir dans toute la ville pour décrier les missionnaix&y ils n'assistèrent plus à leurs instructions, que pour les tourner en ridicule ^ et ils en vinrent jusqu'à les maltraiter de paroles. Une conduite si violente ne leur réussit pas ; on comprit aisément quel en était le motif, et on leur en fit de sanglans reproches. On leur remontra que c'était par de solides raisons , et non par des injures y qu'il fallait combattre leurs adversaires ; enfin, <ni leur fit remarquer que les religieux d'Eu* ,rope n^enaieut. une vie exemplaire, ce qui était un préjugé bien fort en faveur de la doctrine qu'ils annonçaient; rien n'était effectivement plus dur que la manière dont vivaient les missionnaires, et l'on était même persuadé qu'ils étaient dans le fond encore plus austères qu'ils ne le paraissaient.
Les miracles. que le père Xavier fit. alors en grand nombre , furent encore plus efficaces que tout Je reste, pour faire taire les bonses, ou du moins pour rendre inutiles toutes leurs invectives. Le procès de la canonisation du Saint, parle d'un pêcheur qui, après avoir long-temps travaillé sans rien, prendre, encouragé par l'homme de Dieu y jeta de réchef avec confiance ses filets dans la mer , et les retira si excessivement ^chargés, qu'il lui fallut de l'aide pour en venir à bout. On ajoute que cette côte de Cangoxima, qui jusque-là n'avait pas été fort poiso.
soniieuse , le tut tcmjoàrfe depuis plus qtfaucuiie
autre de ces mers. '
^ Une femme avait un enfant qu*une enflure de
'tout le corps rendait monstrueux; elle le porta
au père Xavier qui , ayant invoqué sur ce pe^
tît innocent le nom du Seigneur, le rendit à là
'mère parfaitetnent guéri , et sibeauqUe lapaù-
'Vre femme en demeura tout interdite. Un des
" compagûoïis du père fit la même chose à uh
^lépreux , après lui aVoir feît dire , selon l'ordre
exprés du Saint, qu'il croyait en Jésus-Ghrist.
Mais le plus éclatant prodige que fit Papôtrë à Cangoxîma, fut la résurrection d'une fille unique que la mort Venait d'enlever à un homme de condition. Cette fille étant toute la consolation du père, cet homme fut frappé de sa perte , "jusqu'à faire craindre pour sa vie. Des Chrétiens qui étaient allés pour le consoler , ttfuehés de Tétât déplorable où l'avait réduit sa douleur , lui conseillèrent de s'adresser au grand docteur des Portugais. Il le fit, et s'étant allé jeter aux pieds du Saint , il lui demanda les larmes aux 'yeux qu'il lui rendit sa fille : lé père se trouva tellement attendri , qu'il ne put lui répondre um Seul mot. H se retira même assez brusquement, en jetant un grand soupir, s'enfferma ayec Fernandez , et tous deUx firent à Dieu une de ces ^courtes prières qui pénètrent les eieux. Le Saint se senta exaucé, retourna où il avait hissé lé vieillard alïHgé ,* et Fàbordant d'un air iiaspire ,
DU JJLPQJHf I4V. F. \(J)
il ne lai dit que ces doux mots : Allez , Mon-, Meur^ vos vmwf êont accomplis. Celui-ci ne p^uvant ajouter foi à ce qu'où lui disait , çt nç , cpmprenant «eu à toutes ces, mauières qui lui. paraissaient peuhounétes, sortit fort mécontent» A peine avait*il £ait quelques paa, qu'un de ses • domestiques lui cria eu accourant de toutes ses forces, que ^ fiUe «tait vivante; il ne fut pas long-temps sans la vpir elle-même qui yena^itaU) 4evant de lui. G>mm6 il ne savait epçore si sesi yeux ne le trompaient point, sa fille l'aborde i: ae jette à son oou, çt le tient étroitement em-i. kras^. Quand il fut revenu du saisissewient quelui avait causé une chose si surprenante^ isa fille; lui raconta qu'au même insti^t qu'elle avait, rendu l'esprit , deux horribles démons s'étaient: jejtés sur elle , et l'avaient voulu entraîner dans» les enfers ; mais qu'eUe avait été arrachée d'çu^-) tre leurs mains par deux hommes vénérables, qui heureusement s'étaient renccmtrés là , et qu'aussitôt elle s'était retrouvée pleine de vie et' de santé, sans pouvoir dire comment cela s'était. Élit. Le vieillard pleurait de joie tandis que sa. fille parlait; et comprenant qui étaient les deux, l^iommes qui lui avaient rendu la vie, il la mena^ sur-le-champ au logis des missionnaires, Sitôt^ qu'elle aperçut les pères Xavier et Femandez^ elle s'écria que c'étaient-là ses deux libérateurs ,et courut se prosterner à leurs pieds. Son pere^ e^ fit autant, et V\xn ^t l'autre, m mèm^ ipor
60 BISTOIRS
ment , demandèrent à être instruits et baptises. Tant de menreilies rendirent le saint Ap6tre cher et respectable aux Jafponnais. Une chose qui arriva dans le même temps, fit connaître jusqu'à quel point le Gel prenait en main ses intérêts : Un id<Jâtre lui ayant un jour parlé insolemment et avec insulte y le père ne lui répondit que ces deux mots : Mon ami. Dieu' vous conserve la bouche. Et aussitôt il parut à ce mal«heureux un cittaaere sur la langue , qui la lui rongea avec des douleurs et une infection qui le rendirent insupportable à toiit le monde. H y avait lieu de croire que des événemens si inouïs j et des prodiges dont on ne s'était pîoint encore avisé au Japon de croire les dieux mêmes capables, seraient suivis de la conversion de toute la ville. Les bonses en jugèrent ainsi ^ et l'appréhension qu'ils en eurent leur ayant persuadé qu'il n'y avait plus de temps à perdrte , ils convinrent qu'il fallait aller trouver le Roi, Fintimider , et à quelque prix que ce fût , l'engager à abolir une religion qui s'établissait visiblement sur les ruines de leurs sectes. Ils choisirent les principaux d'entr'eux , lesquels s'étant présentés devant ce Prince , celui qui portait la parole , lui dit au nom de tous :
' « Seigneur, nous venons de la part d'Ami- » da , et de toutes les autres ^ divinités qu'on ^ adore dans cet empire , vous demander si vous 3» êtes résolu d'abandonner leur culte , et de
DU JAPON, LIT. I. 6f
yai TOUS rendre adorateur d'un Dieu crucifié , dont
» les ministres sont trois misérables tjm , ne
» trouvant point de quoi vivre aux lûdes, sont
» venus chercher du pain au Japon? Le soin
» de nos personnes exposées tous les jours à la
9 rage d'une populace que ces enchanteurs ont
j> séduite, n'est pas ce qui nous fait parler j
y> mais pouvons-nous voir sans douleur les tem-
» pies profanés , les autels renversés , le^ dieux
j} déshonorés? Aucun de nous ,, Seigneur , ne
y> s'est encore pu persuader |que vous ayez quitta
» la religion de vos pères , et qu'il vous soif
7> Tenu seulement à l'esprit, que la Chine et
» le Japon, les deux nations les plus éclairées
y} de l'univers , aient été l'espace de tant de siè-
» clés dans l'erreur sur la chose du nionde dans
j> laquelle il est moins excusable d'errer. Mais s{
xî vous avez rendu sur cela justice à vos ancè^
» très , permettez-nous de le dire , vous n'en
» êtes que plus coupable. Vous adorez nos dieux y
» et vous favorisez une loi qui les dégrade de
» la divinité! Vous reconnaissez qu'ils ont àes
» foudres en main ^ et vous protégez des impies
» qui lèvent contr'eux l'étendard de la rébellion l
y> Et que diront les autres Rois ? que dira TEmr-
» pereur, quand il saura que, de votre propre
1» autorité , vous avez introduit dans cet em-
)) pire une loi qui en sape tous les fondeinens ?
» Mais que n'entreprendra-t-on pas contre vous?
» Et animé du zèle de la religion, assisté du
6fi; .t BiftTomE
» secours du ciel , que n'exécutera-t-on pas ? 7), Attendez-^Yous, Seigneur, à voir tous ceux de yy vos voisins entrer à main armée dans yos », états ) et porter partout la désolation. Atteny>j dez-vous à voir tous ceux de vos sujets cpii D* n'ont point encore fléchi le genou devant le ». DiQU des Chrétiens, se joindre à vos ennemis ^ ri persuadés qu'ils doivent encore plus de fidé- » lité aux dieux tutélaires de leur patrie , qu'à xt vous mortel et homme comme eux. Tout est D. permis dans ces rencontres, et si les Rois n'ont >> de pouvoir que ce qu'ils en ont reçu des dieux , » en privant ces êtres souverains des hommages ». qui leur sont dus, ils se dépouillent eux-mêmes 9 de cette haute dignité qui les distinguait du n reste des hommes. Songez donc, Seigneur, à », profiter de cet avis que le ciel vous donne par, yè^ notre bouche, ne nous obligez pas à fermer », nos temples, et à nous retirer avec nos dieux; » car alors n'y ayant plus rien dans le Saxuma n qui fût capable d'arrêter la colère divine , nous » ne répondrions pas de ce qui arriverait. »
Il fisiut connaître toute la fierté des bonses du Japon, et savoir le crédit qu'ils ont sur l'esprit des peuples , pour se persuader qu'une remontrance aussi insolente , et aussi remplie de maximes séditieuses , ait été faite à un Roi jaloux de son autorité, au point que le sont tous les Monarques de l'Asie. Rien pourtant n'était plus pro- {^e à établir solidement le Christianisme dans ce
DU JiU'OI^ 9 IfV. I. ^
Ts>ymme *, * qc^e^ cette aif^aciense démanche 4e& boQseSy s'ils n'eussent trouvé le- Roi disposé à ïwr accorder tout. On venait d'apprendre à U cour que les navires des Indes, qui avaient ac^ cputumé d'aborder à Cangoxima , étaient, alléa Qiouiller à Firando, La seule commodité du mpuil^ lage était la cause de cette conduite des Portu-^ gajis ; mais il .ne fut pas possible de faire enten*^ dre sur eela raison au Roi de Saxuma. Ge Prince perdait doublement ; car,, outre que se^ états ne profitaient plus du commerce ', le Roi de Firando^ son ennemi î en allait devenir plus puissant. La lï^aiigue , ou pour i^ieux dire ^ la menace dei bonses, quoiqu'il en fut choqué dans le fond, lui vint &rt à propos pour se venger des £u«-t ropéens ,. sans qu'il parût agir par un autre tnotif que celui de la religion. Il dit donc à œa prêtres séditieux , que dans peu il^ seraient con<7 ^ns de lui. En eflFet, quelques jours après, il lOit publier un édit qui portait défense, sous peine de la yie, de quitter l'ancienne religion ^e l'empire.
. Il n'est pas possible d'imaginer avec quelle promptitude on déféra partout à cet arrêt. Dés qu'il parut, on n'eut plus de commerce avec les missionnaires ; il est vrai que la piété des nou-yeaux Chrétiens consola bien les pères d'une si soi^laine révolution. Parmi ce petit troupeau qui n^était guère composé qiie de cent personnes, il n'y eut pas un fidèle qui ne témoignât uuQ
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reconnaissance infime d'avoir été choisi préférablanent à tant d'autres. C'était une chose admirable que de voir sur cela les transports de leur ferveur; on ne pouvait les entendre sans être attendri ♦ jusqu'aux larmes , et sans être étonné de l'abondance de grâces dont le Saint- Esprit avait rempli leurs coeurs. Hais, quoique le père Xavier tàt persuadé qu'ils donneraient tous plutôt mille vies que de renoncer au Chris— tiamsme , il les assembla plusieurs fois pour les affermir dans leurs bons sentimens , en leur ex-« pliquant les principaux mystères de la passion de Jésas-Christ ; et avant que de partir de Cangoxima , il recommanda à Paul de Sainte -Foi de veiller à la conservation de cette petite église. Paul se sentant infiniment honoré d'un si haut minisftère, quitta tout pour y vaquer uniquement;, mais Dieu n'avait pas comblé ce fervent néophyte de tant de grâces,- pour n'en faire qu'un Chrétien ordinaire. Les bonses ne purent souffrir que le départ dès missionnaires n'eût ramené au culte des idoles aucun de ceux qui l'avaient abandonné : ils s'en prirent à Paul de Sainte- Foy , et lui suscitèrent tant de persécutions , qu'ils Tobligèrent à se bannir volontairement de son pays. Ce petit triomphé fut pourtant le fruit de leur vexation, et de tous les mouvemens qu'ils se donnèrent pour pervertir les fidèles. Ceux-ci se choisirent un nouveau chef, sous la conduite duquel ils se multiplièi*ent considérable-j, ment, comme nous le verrons dans la suite.
IX. Cependant le père Xavier, jugeant bien que la même raison qui avait changé le Roi de Saxuina à son égards engagerait celui de Fi** rando à le bien recevoir, se mit en mardie aa* commencement de septembre pour aller trouver ce Prince. A six lieues de Cangoxima , il trouva une forteresse dont l'aspect le frappa ; elle ap^ partenaitàun toho, nommé Ekandono. On ap* pelle tonos au Japon , les Seigneurs particuliers qui, étant maîtres de qudques places fortes ou de quelques ilés, relèvent des Rois, dans lea états desquels leur domaine est enclavé. Le chà*«' ieau dont je parle , quoique d'une grandeur im-^ meâse , n'était qu'un roc d'eau vive , le plus «^ carpe et le plus inabordable qu'on ait peut-être jkinàis vu. Les fossés mêmes, quoiqù'extraordi-*' iiairement larges et profonds , avaient été creu^ ses dans la pierre vive. Ces dehors ne promettaient rien que d'affreux, mais Iprsqù'on avait passé un chemin' fort étroit ,V qui conduisait à la fbrteif esse , on étiait tdut surpris dé trouver un palais également vaste, superbe et délicieux: galeries, portiques, terrasses, jardins, apparte^ mens , tout était enchanté , et l'œil , ravi de voir tant d'ouvrages d'une délicatesse infinie, était presque tenté de croire que tout ce château avait été jeté en moule , ne pouvant se persuader que le ciseau eût pu rien faire de si fini. Le père Xavier fut invité d'entrer dans cette forteresse , et il y fut reçu d'une manière qu'il n'avait pas