‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 19 sur 29 · DU JÂFOV, UT. IV · texte numérisé non relu

DU JÂFOV, UT. IV

Le Prince Michel avait une belle-fille qui pas* sait pour le plus bel esprit, et la plus profonde théologienne du Japon; il n'y avait point de bonse qui se crut déshonoré en la consultant , et tous avouaient qu'elle résolvait leurs doutes , et édaircissait leurs difficultés avec une fiicilité qui les charmait. La conversion d'une si rare Princesse n'était pas une conquête aisée; le Prince son beau-père ne laissa point de l'entreprendre : la Princesse résista pendant pltisiears années; enfin elle 9e rendit, fui nommée Grâce au baptême , et répara par sa ferveur le temps qu'elle avait perdu par sa résistance aux inspirations du Ciel. Elle mourut en mil cinq cent quatre-vingts» deux, presqu'en même temps que son beau-père, qui eut en mourant la consolation de tie laisses aucun idolâtre dans ses terres. Sur la fin de sa vie il ne soupirait plus qu'après la céleste patrie, oii il alla enfin dans sa soixante-unième année, recevoir la récompense de son zèle. Le Prince Jean, son fils, lui succéda, et ne fht pas moins l'héritier de ses vertus que de ses états^

Xn. D'un autre côté le Prince de Gotto tra-^ vaillait en apôtre à l'établissement du Christianisme. Le P. Alexandre yalégnan,qui avait été envoyé pour le seconder, avait déjà baptisé la Princesse son épouse, et presque toutes les dames de sa suite. U s'attendait à pousser plus loin ses conquêtes spirituelles, lorsque les bonses osèrent bien inviter av^ menaces le jeune Prince

à clianger de religion. Comme ils le trouvèrent inflexible, ils s'adressèrent au Roi, qui , craignante quelque trouble, voulût engàgm* son fils à dissimuler pour un temps sa foi; il n'y réussit pas^ et il en parut tehoqué. Il publia des édits contre les Chrétiens; mais il rencontra par tout la même fermeté. Il se résolut à faire un coup d'éclat, et l'on vit toutes les apparences d'une sanglante persécution ; alors le Prince Louis déclara qu'avant de toucher à aucun Chrétien, il faudrait qu'on vînt à lui^ et que si l'on faisait des martyrs, il serait le premier. Le Roi était embarrassé , il aimait son fils , il estimait les Chrétiens ; les bonses fortifiés de la protection de ses frères parlaient fort haut : quelque parti qu'il prît, îl ne voyait que des malheurs.

Enfin le P. Yalégnan l'alla trouver, et lui dit qu'il savait un moyen de le tirer de peine, et de contenter tout le monde, ce Ce moyen , seiy> gneur, ajouta-t-il , c'est d'abandonner ma tête y> aux ennemis du vrai Dieu. Les bonses seraient » satisfaits, votre royaume refcouvrera sa prey> mière tranquillité, vous vous épargnerez bien y> des violences, et moi qui aurai l'honneur de very> ser mon sang pour le Dieu que j'annonce, je » prétends bien gagner à cela plus que person- }!> ne. » Le Roi avait l'ame grande, une générosité poussée si loin le charma ; il s'éleva au-dessus de ses^ craintes, parla en maître, rappela son fils qui s'était retiré du palais, rassura le»

Chrétiens ; et les ennemis de la foi , persuadés» qu'ils ne gagneraient rien par la voie qu'ils avaient' prise, attendirent en paix une occasion plus &- Torable.

Elle ne vint pas aussitôt qu'ils l'espéraient, le Roi mourut , le Prince Louis monta sur le trône , et le Christianisme , devenu la religion du Souverain, prit aisément le dessus. Le P. Yalegnan qui, peu de temps après, fut envoyé a Rome, ne se lassait point de parler des vertus héroïques qu'il avait vu pratiquer à ce religieux Prince ; ce qui le charmait davantage , et ce qui dans un Roi du Japon doit être compté pour beaucoup, c'est qu'on ne peut jamais engager le Roi de Gotto à souffrir la moindre distinction dans les ^lises. ce Où le Créateur ha- » bite d'une manière sensible, disait-il, il ne » doit point y avoir d'inégalité entre les créay> tures. Je sais qu'il est de l'ordr'e établi de j> Dieu même , que la subordination soit gardée » parmi les hommes ; mais il me paraît qu'on D doit excepter les temples , lorsqu'il s'agit dés- }» égards que cette subordination exige. Enfin ,* » partout ailleurs je suis Roi , et je sais fort bien y> me faire rendre ce qu'on me doit, mab de- » vaut Jésus-Christ je ne suis que Chrétien , et » tous mes sujets sont mes frères et mes égaux; » Le Roi de Gotto n'était pas le premier qui se comporta de la sorte , le Prince d'Omura avait le premier donné crt exemple aux grands du

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Japon , et jamais on ne put l'engager à accepter une place distinguée > lorsqu'il assistait au service divin.

YIII. Cependant Mioxindono et Daxandono qui n'avaient point paru depuis la journée de Sacai^ firent sourdement de nouvelles levées , et cherchèrent l'occasion de surprendre Nobunanga ; ils crurent enfin l'avoir trouvée un jour que le Prince était sorti de Méaco fort peu accompagné pour se rendre à Mino , où il faisait son séjour le plus ordinaire. Après avoir observé sa marche, ils je-> tèrent des troupes dans tous les endroito couverts ^ui se trouvaient sur ôon passage , lui coupèrent la retraite de toutes parts, et tombèrent sur lui à l'improviste. Comme ils ne doutaient point du succès de leur entreprise, ils. firent leur attaque avec peu d'ordre ; mais ils ne tardèrent pas à reconnais tre que si Nobunanga pouvait être surpris, il ne pouvait être vaincu. Yatadono accompagnait le Roi; l'un et l'autre sans s'étonner du nombre de leurs ennemis, firent paraître une admirable pré* sence d'esprit, mireQt avec une promptitude incroyable leur escorte en bataille, et reçurent les rebelles de si bonne grâce, qu'è peine la victoire balança. Le Roi avait la droite, et de son côté tout plia» Yatadono trouva plus de résistance à la gauche; mais elle ne servit qu'à rehausser sa gloire; il fit des actions de valeur, qu'on aurait peine à croire, et Nobunanga lui donnant son sabre au sortir du combat, déclara que le

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suocès de cette journée lui était uniquement dû. Aussi était-il tout couvert de blessures ^ ce qqi l'obligea de se faire transporter dans la forte;* resse de Tacaçuqui dont il était Seigneur.

' Se6 blessures pour être grandes ^ et en grand nombre , ne se trouvèrent cependant pas dangereuses :. Mais conime rien ne le rappelait à la cour, il résdiut de pro&ter du loisir que lui donna sa convalescence , pour mettre ordre à ses, affaires domestiques, et plus encore pour assurer son salut éternel. U fit avertir le P. Froez de son dessein, et le pria de venir pour achever, de. l'instruire de nos saints mystères , et pour le .disposer à. recevoir le Baptême. Le missionnaire partit dès qu'il eut reçu la lettre du. Vice- Roi, et il s'attendait à le baptiser au premier jour, lorsque, par un des coups du Ciel, qu'^ &ut adorer , sans en vouloir approfondir la cause, Vatadono fut enlevé de ce monde d'une manière bien tragique.

Le Seigneur d'Iquenda , voisin de Vatadono , lui avait doimé de justes sujets de défiance, quelques-uns mêmes assurèrent qu'il avait fait . des courses sur lui. Quoiqu'il en soit , Vatadono pour prévenir ou pour arrêter l'effet des mauvais desseins du tono, avait fait bâtir sur la frontière deux forts , où il tenait toujours de bonnes garnisons. Le Seigneur d'Iquenda prit ^ cette, précaution pour une insulte, fit secrètement ses préparati&^ et se persuadant avoir trouvé T. L 18

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