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une occasion favorable de surprendre son ennemi, il alla mettre le siège devant le plus avancé des deux forts. Le brave Tacayama , qui y commandait, se défendit vigoureusement, et tua bien du monde aux assiégeans, à la fin cependant il fit avertir son frère , qu'à moins d'un prompt secours il serait obligé de se rendre. Yatadono y courut sur-le-champ avec le peu de soldats qu'il trouva sous sa main , et donna ses ordres pour qu'on fit monter à cheval ses vassaux. Le tono le sachant en marche si mal accompagné, va au-devant de lui, met une partie de ses
, troupes en embuscade dans un fond , et avec le reste se saisit d'un poste fort avantageux. Le Vice -Roi méprisa trop un ennemi , dont il ne connaissait point toutes les forces , jusque-là que dans l'impatience d'en venir aux mains ; il laissa son fils derrière avec les troupes qui l'avaient joint dans sa route , et prit les devans avec deux cents hommes seulement. Il n'eut pas plus tôt
' engagé l'action, que ceux des ennemis qui étaient cachés, se montrant tout à coup, il se trouva pris de tous côtés; il fit dans cette occasion tout ce qu'on pouvait attendre de lui ; mais enfin las de tuer, percé de coups, perdant tout son sang et réduit à Ini seul, il tomba sur des monceaux d'ennemis , sur lesquels il avait par avance vengé sa mort.
La surprise et la douleur où fut toute l'élise de Japon à cette nouvelle ne se peut exprimer j
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l'irréparable perte que feisaient les fidèles , çt le danger où ils se trouvaient , n'ayant plus d'appui contre tant de persécuteurs , ne fut pas ce qui fit couler les premières larmes ; on ne pleura d'abord que cet illustre défunt , le zèle, l'amour,la piété , la reconnaissance empêchèrent qu'on ne songeât aux suites que pourrait avoir un si triste événement. Le P. Froez sur- tout, était incon^ solable de ce que le Vice-Roi n'avait pas reçu le Baptême ; il se persuada toutefois , que Dieu qui connaissait la sincérité du ieœur de ce fervent prosélyte , lui aurait fait miséricorde , et n'aurait pas laissé sans récompense tant de vertus et tant de services rendus à la Religion : et il entra d'autant plus aisément dans les sentimen» d'un grand docteur de l'Église, à l'occasion d'unef mort assez semblable d'un Empereur catéchumène, qu'il trouvait dans Vatadono tout ce qui rassurait saint Ambroise dans Valentinien II. Mais la Providence divine parut admirable en ce que privant Téglise du Japon de* son plus ferme appui , il la délivra de ses plus dangereux ennemis^ par le massacre des bonses de Frenozama. Voici quelle en fut l'occasion.
Le Roi d'Imory et le Prince de Nara apprenant que Nobunanga, après sa victoire , retournait à Méaco encore plus mal escorté qu'il n'en était parti , et sur-tout que Vatadono s'était retiré dans ses terres, ramassèrent les débris de leur armée , et prirent , en côtoyant toujours le
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Roi de Boary , le chemin de la capitale. Us espéraient de trouver bientôt le moyen d'avoir leur revanche; mais Nobunanga, que le danger qu'il venait de courir avait rendu plus vigilant , découvrit leur dessein par ses espions, et résolut de les surprendre eux-mêmes : et pour le faire plus sûrement, il se mit à marcher lentement, et en apparence avec cette sécurité que donne la victoire. Cette confiance feinte fît croire aux rebelles qu'ils viendraient aisément à bout d'un homme qui lejir paraissait si peu sur ses gardes ; ils commencèrent à y être moins eux-mêmes y et à camper sans prendre aucune précaution. Pqs que le Roi de Boary s'en aperçut , il attaqua de nuit leur camp , et y fit un grand carnage ; peu échappèrent , et Nobunanga sachant que les fuyards s'étaient réfugiés dans les grçttes souterraines de Frenoxama , les y alla sur-le-champ investir.
Il est vrai que le froid excessif qui survint , l'obligea de se retirer; mais dès que le printemps fut venu y il retourna à Méaco , y asselu- Iptla des troupes , et , après avoir tenu pendant tout l'été les esprits en suspens sur le sujet qui le faisait armer , il prit sa route vers Mino : étant arrivé assez près de Frénoxama , il fit brusquement investir toute la montagne , brûla Sacomoto , petite bourgade dont j'ai parlé , qui était aux. pieds de Frénoxama, et serra de fort près les bonses; Us virent bien qu'ils étaient perdus
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s'ils ne venaient à bout de gagner le Roi, et il n'est rien qu'ils n'y employassent; ils firent les offres da monde les plus avantageuses / et ik engagèrent même l'Empereur et le dairy à lui écrire en leur fayeùr. Mais tout fut inutile , priâtes , soumissions, rançons , présens, intercessions , rien ne put appaiser un homme qui haïssait les bonses par passion , et qui savait bien qu'il en était haï. Après quelque l^ère résistance , les soldats du Roi entrèrent dans les cavernes les plus profondes , et y firent un carnage des bonses, si général, qu'il ne s'en sauva pas un seul. Quelqu'un s'étânt avisé de représenter à Nobunanga que ces prêtres étaient les amis des dieux : a Si vous dites vrai , répondit le Prince , le ciel y^ les défendra , mais s'ils ne sont que des hy- » pocrites et d'infidèles ministres, je viens ven* 7> ger les dieux, i^
Le P. Frôez reprend plus haut l'histoire de cet événement , et change quelques circonstances au récit que je viens de -faire sur d'autres mémoires, quoiqu'absolument on puisse peutêtre conciUer les deux relations. Le missionnaire dit que les bonses de Frénoxama , dans une guerre que Nobunanga avait eue contre un de ses voisins , avaient refusé passage sur leurs terres , au Roi de Boary , et même avaient fourni des vivres à son ennemi, que ce Prince outré de colère , fit mettre en croies: tout ce qu'il ren. contra de ces religieux , et que la guerre finie,
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il tourna ses annes contre Frétioxama. Qae 1^ bonses lui ayant inutilement offert une grosse «omme d'ai^ent pour l'appaiser , se préparèrent à une vigoureuse résistance ^ et qu'en effet ils se défendirent long-temps dans leurs temples et sur leurs rochers ; mais qu'enfin ils furenÈ forcés , et que tous furent passés au fil de Tépée. : Après cette expédition , Nobunanga , plus pui&rsant que jamais, et ayant persuadé à tout Tem-^ pire qu'il était invincible, donna de grandes marques de . modération , jusque-là qu'il laissa ses ennemis jouir tranquillement d'une partie de leurs états. Pour les missionnaires , il prit à tache de garder avec eux une conduite qui fut le contrepied de celle qu'il tenait à l'égard des bonses : à l'ombre d'une telle protection , la chrétienté de Méaco et des royaumes voisins j devint très-florissante, et le P. Froèz, qui en fit alors la visite, trouvait à chaque pas des exemples de vertus , et des signes d'une providence toute particulière de Dieu, qui lui tiraient des yeux des larmes de consolation; mais rien ne le toucha davantage que ce qu'on lui raconta d'une jeune fille de qualité. Elle, avait été baptisée , dans sa plus tendre enfance , par le père ^Viléla; à peine par\it-il en elle quelque lueur de raison , qu'on découvrit que Dieu l'ayait douée de grands trésors de grâces. G)mme la nature ne lui avait rien épargné , elle fut bientôt recherchée par tous ceux que leur naissance
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OU leurs richesses mettaient en droit d'aspirer à l'avoir pour épouse. Ses parens , (quoique C}irétieus et fort vertueux , la voyant en âge d'être mariée, commencèrent à la produire dan^ le mo^ide , et lui destinèrent même un parti trèsavaiitageux» Cependant la vertueuse fille passait sa vie en œuvres de piété et de charité, faisanlt réguUèrement six ou sept heures d'oraison par }Our, jeûnant, veillant, pratiquaiit des austérités., let sur-tout se dépouillant en faveur de^, pauvres de tout ce qui était à spii usage , jusqu'à changer ses ha}}its précieux contres leurs sales haillons : « Mon Seigneur a vécu pauvre ^ }S) disait- elle, et il est piort tout nu : quel honj> neur pour moi de pouvoir lui ressembler! 3» Enfin, elle sut que les articles de son mariage étaient dressés : alors , comme elle était résolui^ a n^avoir ja^lais d'autre époux que Jésus-Christ, elle s'adressa à ce divin Sauveur , pour le prier de détourner le malheur dont on la menaçait^ et de l'attirer plutôt à lui que de permettre que «on cœur fût partagé. Sa prière fut exaucée , elle tomba malade et trois joui^ après elle mourut de la mort des Saints, dans des sentimens dignes de sa vertu.
D'un auti^e côté , le supérieur des missions , après avoir parcouru toutes les églises du Ximo, passa dans le Niphon, vint à Méaco, où l'Empereur lui donna toutes les marques de considération que les plus grands Seigneurs eussent
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pu attendre. H alla ensuite au royaume de Ifino^ où le Roi de Boary lui fit toutes sortes de caresses. Ce qu'il y eut de plus avantageux pour la Religion , c'est que ce Prince se déclarant si ouvertement en sa faveur^ un des plus puis— sans ennemis des Chrétiens , fut toujours depuis un de leurs plus fidèles amis. Le Roi dit uu jour, que s'il restait un seul bonse au Japon avant qu'il mourût , ce ne serait pas sa faute r et certainement il ne les épargna jamais dans les occasions qu'il eut de leur faire sentir les effets de sa haine. Tandis que le nombre des ministres de l'idolâtrie .diminuait tous les jours , celui des ouvriers évangéliques augmentait, et il n'y avait pas jusqu'à des Princes infidèles qui donnaient, aux missionnaires, des établissemens dans leurs États.
' IX. Les affaires de l'État et du Qiristianjsme étaient en ces termes, lorsqu'une nouvelle révolution donna un nouveau maître à l'empire.
La bonne intelligence n'avait duré, entre l'Empereur et Nobunanga, qu'autant que le premier avait cru le second nécessaire pour l'affermissement de son trône. Tandis que le Roi d'Imory et le Prince de Nara avaient les armes à la main, le cubo-sama avait regardé le Roi de Boary, comme un homme dont il ne pouvait se passer.
Les dé&ites réitérées de ces deux rebelles l'ayant mis en repos de ce côté-là , il ne vit plus le restaurateur de sa famille , que comme un
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ambitieux qui se frayait un chemin à là tyratn^ie, et qui n'avait chassé les usurpateurs que pour ïi'avoir point de concurrens. Par malheur pour le jeune Prince , son conseil n'était guère plus prudent que lui, et il s'y livra avec un aveuglement que rien ne put guérir; il prit même si mal son temps pour rompre avec Nobunanga, il le fit avec si peu de conduite, et il se mit tellement dans son tort, que si en périssant il ne laissa point à son vainqueur la gloire d'avoir acheté un empire par de grandes actions , du moins il le déchargea d'une bonne partie de la haine qui est toujours attachée à la mémoire des tyrans les plus habiles et les plus heureux : efifectivement on peut dire qu^il mit son libérateur dans la nécessité de le perdre, ou de périr lui-même.
' Nobunanga vivait assez tranquille dans son chàteaii d'Anzuquiama , qu'il se plaisait à embellir, et dont il fit en effet la plus belle chose qu'on ait jamais vue au Japon , lorsqu'il eut •quelque raison de soupçonner que des esprits brouillons cherchaient à le mettre mal avec l'Empereur. Enfin, à la mort de Vatadono, il fut convaincu que le cubo-sama était changé à son égard; c'était le Roi qui avait fait donner à Vatadono la vice-royauté de Héaco , et si la bienséance ne demandait pas qu'on ne pourvût personne de cette charge, sans en parler à ce Prince, la prudence au moins le voulait , c'est à quoi
Ton n'eut aucun égard. On ne douta point que le Roi de Boaiy ne fît paraître beaucoup de ressentiment de cette démarche j on se trompa: Nobunanga fit ses plaintes , mais avec une modération qui ne se sentait, ni de son caractère d'esprit , ni de la situation de ses afl^ires ; cependant la cour y supposant qu'il n'en demeu-^ rerait pas là, donna ses ordres pour lever des troupes; il ne parut pas qu'un procédé si choquant eût encore fait grande impression sur l'esprit de Nobui)anga , il se contenta d'écrire à l'Empereur une lettre très-soumise et très-touchante , où^ après lui avoir modestement représenté les services qu'il lui avait rendus , il demandait quel crime il avait commis pour être traité en ennemi de l'Etat, Il fit plus, car ppur détruire entiè-*^ rement les soupçons qu'on avait inspirés au cubo* sama^ de sa conduite et de ses desseins, il envoya à la cour un de ses enfans en otage*
Le conseil fut d'avis qu'il fallait renvoyer le jeune Prince à son père, et prendre ouvertement les armes : a Nobunanga se sent faible, dirent ces » inconsidérés conseillers à l'Empereur; il est ]» temps de secouer un joug que la nécessité vous •» avait imposé. » Le inalheureux Prince fit tout •ce que son conseil voulut, et déclara la guerre à celui qui seul la pouvait faire pour lui : il ne fallait plus, pour porter l'imprudence à son ' comble, que traiter avec Mioxindono et son collègue : on n'y manqua pas; on donna aux deux
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rebelles de& forces capables de les relever, et on les mit en état de se venger , sans faire réflexioa qu'il ne tiendrait qu'à eux d'opprimer l'Empereur^ après qu'on les aurait aidés à se défaire de celui qui seul les en avait empêchés jusque-là. Le Roi de Jamba , baptisé depuis peu , et Jean Najtondono , Roi de Tamba , tous deux engagés dans les intérêts du cubo-sama, s'enfermèrent avec de fort belles troupes dans la capitale, résolus d'y^ périr avec le Souverain. Tous les vassaux de la maison impériale , et ceux qui craignaient là puissance du Roi de Boary , ou à qui sa gloire faisait ombre , se remuèrent, et jamais on ne vit tant d'apparence d'une longue et sanglante guerre. Toutefois Méaco, tout plein qu'il était de gens armés pour la défense de ses murs et de sou Monarque , n'était rassuré qu'à demi , lorsqu'on apprit que Nobunanga était en marche avec cin* quante mille hommes ; mais que le Roi d'Imory et le Prince de Nara Tattendaient au passage y avec des .forces qui n'étaient en rien inférieures aux siennes y et que Xinguen, Roi de Sanoqui battait la oampagne avec une armée de négores. Le massacre des bonses de Frénoxama avait sans doute attiré sur les bras, au Roi de Boary ^ ces religieux guerriers ; le Prince qu'ils avaient choisi pour leur Général, et qui avait été de leur corps , se croyant invincible à leur tête , envoya un cartel où il se qualifiait de Souverain des Rois et des bonses du Japon, armé pour venger