‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 26 sur 29 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

/. Nohunanffa se fait rendre les honneurs di^ pins. La mort tragique de ce Prince. Jnzuquiama pUlé et ruiné. Description de cette ville. II. Uconrdono défait les assassins de V Empereur. Faxiba usurpe Vempire. Imprudence du troisième fis de Nohunanga. Prodigieuse fortune de Faxiba. Hl. Le Roi d^Arima y attaqué par un de ses vassaux 3 te défait en bataille rangée^ Progrès de la foi dans la Tense. Conversion célèbre ^ source de plusieurs autres. IV. Autres conversions d^ éclat , et les rai-* sons qu^avait Faxiba de favoriser les Chrétiens. Mort du P. Louis Almëida. Son éloge. Pouvoir de faire des miracles donné aux missionnaires* y. Le Roi d'Ava dépouMé de ses états. Faxiba prend le nom de Cambacundono. Ambition de ce Prince ; réception magnifique qu^il fait aux mis^ sionnaires. L'Empereur et l'Impératrice comblent les missionnaires de faveurs. VI. Mauvaise conduite du jeune Roi de Bungo. H fait mourir son frère ; on lui déclare la guerre. L'Empereur en-voie Condéra à son secours. Fictoire de Condéra.

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ta Bungo conquis par le Rai de Saxuma. L$ê homes ruinent les églises et les maisons des mis^ sionnaires. Action hardie d'une femme. Vil. Con-* dira convertit U Roi de Bungo et le rétablit dans ses états. YOl, L'Empereur s'empare du Ximo.

Il distribue les royaumes conquis , et donne' de grandes marques de distinction aux missionnaires* Mort du Prince d'Omura ^ et du Roi de Bungo* Eloges de ces PrinceSé IX. L'Empereur changé à t^ égard des Chrétiens. Conduite scanda-leuse des Portugais. L'Empereur entre en défiance des missionnaires. X. Ce Prince^ dans une dé^ hanche y proscrit Ucondono , et chasse les mis^ sionnaires du Japon. Constance d'Ucondono. Coi^ duite des missionnaires^ XI. Le Roi d'AHma et les autres Princes chrétiens retirent chear eux les missionnaires. Les fidèles se disposent au mar^ tyre. XH. La Reine de Tango reçoit le baptême avec toute sa maison. Le Roi de Tango maltraite sa femme. Constance de cette Princesse.'

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lilVRE S^IXIÈME.

L Li protection oonâtante que ilébunanga dotmait.aux missioimairies , et sur-tout les der- . ni^es marques d'estime dont ce Prince avait ho- .noré le P. Valégnan, avaient fort accrédité le ÇhristianÎ3me. Araqui , Roi de Bomi ^ et la Reine .son .épouse s'étaient déclarés. Chrétiens peu de tonips ajNrèsy et Y on apprenait tous les jours .quelque oonveission éclatante. D'ailleurs, la con- ,duite de FEmp^i^ur faisait espérer à ceux qui .jtcigQetiept des choses selon les apparences, qu'il . n'était pas fort éloigné de se rendre lui-même à la vérité ; mais ceux qui le connaîsâaient étaient perfipadés qu^l n'avait jamais eu , et qu'il n'aurait janiais de religion. Ce qui trompa paiement les uns et les autres , ce fut la folie qu'eut ce Prince de vouloir être adoré comme un dieu, lui qui s'était moqué toute sa vie des honneurs divins qu'on rendait aux camis. Mais ce n'est pas la première fois que la passion a fait donner les plus grands hommes dans des travers , que leur propre conduite avait par avance rendu inexcusables , et qu'ils avaient le plus hautement condamnés dans les autres.

Nobunanga se fit donc construire un superbe

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temple sur unecoUine qui regardait Atoq[Uianiav J^JaL milieu de ce temple, il commanda qu'où jDÎt une pierre où ses armes fussent gravées et ornées de quantité de devises, et que tout au tour on plaçât les pljos belles idoles qu'on pour*^ xait trouver dans le Japon. Ensuite,, parut un ^^dit qni sïjiapâidait tout cq^te re%ieu& datis rem** pire, et qui ordonnait sous de très-grièves peines , à quiconque de venir sacrifier à l'Empereur dans son temple : on vit bien par la prompti^ tude avec laquelle on obéit , que tout pliait dor^ .vaut ce Prince. Les Chrétiens seuls se moquée .rent de Tédit , et l'Empereur ne fit pas semblait^ ^de s'en apercevoir : mais Dieu né laissa pas long- .temps impunie u^e si grande impiété , et la ju^ tice divine parut d'autant plus manifeste d^ns la vengeance qu'elle en tira , que l^inatroment dont elle se servit était plus méprisable.

L'Empereur était en guerre contre Morindono, qui avait secouru contre lui le Roi d'Ozaca. C'ér tait encore ce fameux bonse qui avait usurpé la couronne d'Ozaca , et qui donna long-temps de grandes inquiétudes à Nobunanga ; il y a même de l'apparence que cette guerre était. une suite de celle dont nous avons parlé dans le livre précédent. Quoiqu'il en. soit, Faxiba, général de l'empire, étalât entré en armes dans le Naugato^ et y trouvant plus d& nbistance qu'il ne s^était attendu d'en trouver , écrivit en. cour qu'il avait besoin d'être pr;»i^tçmfiint seopWEfu* jNçibunama^

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qui n'était pad accotttaiûé à rcncoûtriôr des ob^ stades^ déçamit Méaoo et toute la Tense des trour pes qui s'y trouvèrent, et en donna ïç commâiK dément à Aquéchi , celui de ses courtisans à qui il se fiait le plus. Aquéchi n'avait ni tiaissance-, ni mérite , son adresse à dessiner Tavait fait coiir uaitre à l'Empereur , son intiigue l'avait avance, et l'inclination que le Prince s'était sentie pont lui, l'avait élevé jusqu'aux premiers emplois ; il s'était pourtant pas content , et il cherchait tou-^ tes les occasions de perdre son bienfaiteui*. H flâisit celle que l'Empereur lui fournît lui-même. A peine eut-il pris le commandement des troupes, qu'il gagna les principatiX officiers qui étaient sous ses ordres, les ims par l'espérance du bth tin, et les autres en lès flattant d'être les vengeurs des bonses égorgés , des Rois opprimés et des dieux déshonorés; et pour ne leur point donner le temps de réfléchir entre les mains de qui ils s'abandonnaient , il reprit sur-le-champ îa route de Méaco.

On fut assez étonné , daus Cette capitale, de revoit Aquéchi qui n'en était parti que la veille} mais ce traître ayant répandu le bruit qu'il avait reçu un contr'ordre , on ne se douta de rien, et personne ne s'opposa à son entrée : il alla dn»t au palais qu'il investît de toutes parts. Hobunanga entendàûf 1^ bruit des dievaux , mît la tête à la fenêtre , et dans le moment on lui tira une flèche qxû'le blessa-^ edia ne Tetepêdia pointée

sortir le saBre à la main , avec le Roi de Mino son fik aine; ils ne savaient encore à quels en^ nemis ils avaient à faire, et peut-être l'igno^ rèrent-ils jusqu'au bont^ oar un coup mortel que reçut l'Empereur un moment après, l'obligea de se retirer. Le Roi de Mino rentra avec lui dans le palais, et les rebelles y apnt mis le feu, ces deux Princes furent en un instant réduits eh cendres, le vingt-deuxième de juin. Telle fut la fin tragique du superbe Nobunanga ; il mourut dans la force de son âge et au milieu de ses conquêtes, après avoir réduit plus de trente royaumes sous son obéissance.

Cependant, Aquéchi qui en voulait encore plus aux trésors qu'à la vie de son Prince, mena son aimée à Anzuquiama. Cette ville n'est point forte, les rebelles y entrèrent sans résistance, et trois jours leur Subirent à peine pour enlever toutes les richesses qu'ils y trouvèrent; enfin, le deuxième fils de Nobunanga , qui était tombé en démence, s'avisa de mettre le feu à la ville et au château, et en peu d'heures l'un et l'autre furent consumés par les flammes. On ne sera peut-être pas fèché de voir ici ce que l'on a pu savoir de cette fameuse ville, que les Japonnais âp'pelaient le paradis de Nobunanga. A l'extrémité du rbyautaie de Mino, environ à trente mille de Méaco, s'étend une belle et large plaine, du milieu idè laquelle s'élève une montagne fort escarpée, quà y se partageant bientôt en trois , fbrme tme T. L a5

d6o BISTOIU

figure de fleur-de-Iys. Rien n'est plus délicieux: que tout ce pays : on y voit quantité d'arbres toujours verts et chaînés de fruits exquis dans toutes les saisons. Les vallées sont arrosées de fontaines et de ruisseaux , qui contribuent également à la fertilité et à l'aménité des campagnes. Du pied de la triple colline , sort un lac d'ehviroa vingt lieues de long et de six de large, quia toute sa grandeur dès sa source , et qui y paraissant une mer toute semée d'îles, forme une vue charmante. De ce lac , sort un fleuve qtd coule à travers un pays uni et fort cultivé^ et fait mille circuits et mille détours; ce qui a .donné lieu aux poètes de dire qu'il seitiblait témoigner sans regret, de quitter un si beau lieu, et craindre de ne pas trouver ailleurs des rivages aussi fleuris.

C'est à l'endroit où le lac se resserrant dans un lit plus étroit, et donnant un cours plus rapide à ses eaux , devient rivière, qu'Anzuquiamà était bâtie ; mais ce n'était point là qu'était le palais de Nobunanga. Il faisait une- espèce de citadelle sur la plus haute des trois montagnes dont j'ai parlé; et sur les deux autres., les Rois et les seigneurs qui relevaient de l'empire avaient aussi construit de magnifiques palais : on montait, à celui de Nobunanga, par un superbe escalier taillé dans le roc , à l'endroit ie moins escarpé; cet escalier aboutissait à un grand' terrain , qui faisait comme une plate-forme k la

> montagne , et qui avait coûté des sonimes immenses à aplanir : l'enceinte de cette grande place était une forte muraille de cinquante coudées de haut, toute de très-belles pierres de /taille. Les dedans du château , les jardins, lés terrasses, les galeries, les appartemens, tout était d'une beauté rare } mais ce qu'on voyait de plus surprenant ,- c'était une tour de figure pyramidale qu'on avait élevée au milieu du* palais , et qui servait comme de cime à la montagne j elle était à sept étages , et selon la coutume du Japon , chaque étage avait son toit^, les toits etjes cordons étaient distingués par leurs couleurs, et pour conserver et relever même les couleurs, on y avait répâfidu ce beau vernis du Japon, qui a presque autant dé lustre que nos plus fines glaces, et qui résiste' à toutes les injures de l'air. Le tout était terminé par une espèce de petit dôme, couronné d'une couronne d'or massif; ce. dôme, qui était à jour, était enrichi au dedans et au dehors , d'azur , de peintures et de mille omemens à la mosaïque, d'un si bon goût, et dont le vernis relevait tellement l'éclat, qu'on avait peine à en détourner les yeux , et que cependant on ne pouvait y arrêter la vue. Voilà ce que c'était qu'Anzuquiama, et le palais de Nobunanga, qu'on pouvait assurément compter parmi, les merveilles du monde, et qui furent pillés par une troupe de révoltés , et réduits en cendres par un insensé.

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