EI$1K>{]1B
bien turbulent. Nom savons d^ailleufâ qae de* puis quatre-vingts ans tout est en paix dans cet eânpire , et l'on n'y peut guère compter qu'environ six vingts ians de troubles. Or il me semble que d'en conclure , comme font la plupart , que ce pays est mal gouverné , ce n'est pas mieux raisonner que si l'on prétendait prouver qu'un homme n'est pas d'une bonne complexlon^' parce qu'à l'âge de quarante ans il a eu une longue maladie , qui pourtant ne lui a laissé aucun fâcheux reste. Le Japon a même tiré cet avantage des révolutions qui font si cruellement agité , qu'il s'est aguerri des troupes , avec lesquelles il a fait depuis peu ^de grandes conquêtes , et soutenu avec bien de la. gloire tous lès efforts du grand Prince qui gouverne aujour- ^faui 1^ Chine et la Tartarie occidentale. Après tottt^ la ; monai^chie chinoise â cet avantage sur la japonnaise, et même sur toutes les autres de rxmivers , qu'elle a commencé peu de temps après le déluge. D'ailleurs , elle est si bien fondée et si solidement établie, qu'encore qu'elle ait souvent changé de maître , elle n'a jamais rien perdu de la beauté- dé son goUVétTaemeiit c en sorte qu^après avoir été la conquête des étrangers ^ elle a toujours , pour ainsi dire , maîtrisé ^vainqueurs, en les assujettissant à la gouverner selon ses 'propres lois et ses anciennes <$ontumes. ' '
^îPbur bous arrêtera ce qui regarde le Japon
Dn jAMm, ut. u 17
en particulier, ses premiers législateurs n'avaient ràen omis, ce semble , de ce qui pouvait y rnain^ tenir le bon ordre. La subordination dans toutes les parties de l'État, dans les familles et parmi' les ministres des faux^dieux , est admirable. De plus , le soin des pères et des mères pour Fé*' ducatioo de leurs enfans , et réciproquement le respect , la soumission , la tendresse des enfiins pour leurs pères et mères. L'exactitude des bouses, ainsi appeUe^t^on au Japon, comme à la Qiine , les prêtres du pays , à instruire les peuples , et la vénération des peuples pour les bon^ ses , tout cela va parmi les Japonnais aussi loin qu'il peut aller. Les seigneurs, les maris et les pères ont droit de vie et de mort sur leurs vassaux , leurs femmes et leurs enfans , et cepen^ dant c^est moins • par crainte que par amour , et pàT principe d'honneur , que tout demeure dans le devoir. Ces deux principes, qui sont propres à. des grandes âmes , inspirent aux Japonnais des ^ntimens si tendres et si élevés, que saint François Xavier n'en parle qu'avec admiration, et en des termes qui n^arquent combien il en était touché, ce Je ne saurais finir , dit-il dans une de ses )> letbres, lorsque je parle des Japonnais, qui p véritablement font les délices de mon cœur. » Lçs relations de l'année 1604, racontent un6 diose qui fait bien connaître le beau naturel de c^ peuple. Je crois qu'on me saura bon gré de l'avoir rapportée, et je la mets ici parce qu'elle
I* ' HISTOIRB'
ï^ta éxunine liaiâon avec l'histoire de ce temps-là. Une femme était restée veuve avec trois garçons y et ne subsistait que de leur travail : ils étaient tous idolâtres. Or , comme ces jeunes gens , où &ate d'être employés , ou peut-être pour n'avoir pas été élevés à ce genre de vie, ne gagnaient pas sufiisamment, ils prirent une étrange résolution. On avait depuis peu publié qiie quiconque saisirait un voleur, et l'amènerait au magjistràt, toucherait une somme fort considérable*. Les trois frères , que la pauvreté de leur mère touchait encore plus que leur propre indigence, s'accordent entr'eux qu'un des trois passera pour voleur 9 et que les deux autres le mèneront au juge : ils tirent au sort pour voir qui sera la victime de l'amour filial, et le sort tombe sur le. plus jeune, qui se laisse lier et conduire <x>mme un criminel : il subit l'interrogatoire , U déclare qu'il a volé, sur quoi on l'envoie en prison ; et ses frères touchent la somme promise. Ceux-ci , avant que de s'en retourner chez eux y trouvèrent moyen d'entrer dans la prison; là y croyant n'être vus de personne , ils se mirent à embrasser tendrement le prisonnier, et les trois firères ne purent se séparer sans verser beaucoup de larmes. Le magistrat, qui par hasard était en ce lieu , d'où il pouvait les apercevoir , fut extrêmement surpris de voir un criminel de si bonne amitié avec ceux qui l'avaient livré à la jsistice ; il appela un de ses gens , lui donna or^
Du JAPON y uy. I. 19 *
dre de suivre ries deux délateurs jusqu'au logia où ils se retireraient , et lui enjoignit expresse- -ment de ne les point perdre de vue , qu'il ne fut bien instruit de tout ce qui pouvait le met* tre au fait d'une chose aussi étonnante que celle dont il venait d'être témoin. Le domestique obéit , fit toutes les diligences qui lui avaient été recommandées , et rapporta à son maître qu'ayant vu entrer les deux frères dans une maison, il s'en était approché, et leur avait entendu raconter à leur mère tout ce que je viens de dire ; que la pauvre femme, à cette nouvelle, avait jeté des cris lamentables , qu'elle avait dit à ses enfans qu'ils pouvaient reporter l'argent qu'on leur avait donné , et qu'elle aimait mieux mourir de faim , que de se conserver la vie aux dépens de celle de son fils. Le juge fort surpris de ce récit , fait venir le prisonnier , l'interroge de nouveau sur ses prétendus vols , lui fait divises questions pour voir s'il ne se couperait point, enfin , voyant que toutes ses réponses s'accordaient parfaitement , et qu'il ne pouvait en rien tirer par adresse, il lui déclara ce qu'il savait, et l'obligea ainsi d'avouer tout. Il alla ensuite faire son rapport au Cubo-Sama ; et ce Prince, frappé d'une action si héroïque , voulut voir les trois frères , les combla de caresses , assena au plus jeune quinze cents écus de rente, et cinq cents à chacun des deux autres.
U. Mais la principale souix^e du bon ordre qu'on
admire au Japon , c'est la religion qui peuf cei*tainement plus sur Fespril de ce peuple, que sur celui de presque tous les autres* Tous les Ja^ ponnais, à la réserve de quelques athées, qui croient les âmes mortelles, sont idolâtres, et reconnaissent une infinité de dieux. Les plus anciens sont les Garnis, qu'on prétend être descendus du soleil. Ce sont tous les Empereurs du Japon depuis la fondation de cet empire jusqu'à no3 jours : leur race subsiste encore , du moins nous n'avons point de nouvelles qu'elle soit éteinte. Les Fotoques de la Chine sont aussi adorés au Japon; mais outre ces deux espèces de divinités, il y en a quatre principales, qu'on peut regarder comme les dieux du premier ordre. Le plus considérable de tous, est Amida, une des plus anciennes idoles de la Chine. Les Japonnais l'adorent sous différentes formes toutes mystérieuses , mais ridicules ; ils en con-^ tent aussi quantité de fables, dont on amuse le petit peuple, et que je crois pouvoir me dispenser de rapporter.
Xaca est après Amida , le dieu le plus révéré au Japon. Il naquit, disent lès bonses, d'une mère vierge , qu'il fit mourir en naissant ; il se retira tout jeune dans lès déserts de Siam, et il y vécut plusieurs années dans les exercices de là plus austère pénitence. De là, étant passé à la Chine, il y prédia Amida , et publia une espèce de théologie qui n'a pas eu moins de cours
DU iàVï^y UV. 1. 21
: dans cet eiftpire^ que la morale de Confochis* Lé terme de toutes ses courses fut le Japon, dont il a été le premi^ législateur. Il y fit connaître Âmida et les Fotoques , car les Japonnais n'adoraient alors que les Camis, auxquels même jh ne demandaient que des biens temporels , et les démons à qui ils faisaient des sacrifices luii- . quement pour se garantir de leur fureur. Dans la vérité y Xaca était un grand philosophe ; les Japonnais tiennent de lui la métempsycose, et la théologie des Chinois. Le nombre des livres qu'il a composés est prodigieux. Le dernier de tous, qu'il intitula Foquequium , et dont il rendit ce témoignage à la mort, qu'il ne contenait lien. de vrai, non plus que les autres, est d'ailleurs si obscur, qu'apparemment l'auteur n'y «n- . tepdait rien lui-même. Cette obscurité n'a pourtant servi qu'à rendre l'ouvrage plus respectée ble , et il a parmi pes insulaires , la même autorité qu'ont parmi nous les livres saints.
Les deux autres divinités qui tiennent le pre-
j.mier rang avec Amida et Xaca, sont Canon et
; Gizon , dont il n'y a rien à dire de fort parti*-
. cuUer. Je n'ai même trouvé nulle part qu'elle
est leur origine. Les bonses prétendent que le
^ Dieu Canon vivaitil y a deux mille ans, et qu'en
.ee temps-^là il créa le soleil et la lune; on. lui
a élevé à Ozacfi , un temple qui est un des plus
beaux du Japon. On s'étonnera sans doute, api^
ce que j'ai dit de l'esprit et du bon sens des Ja-
ponnlûs, qu'ils aient donné dans de si grandes absurdités en matière de religion. Maïs n'y a-t-41 pas encore plus lieu d'être surpris que les Romains , dans un siècle aussi éclairé que le fîlt celui d'Auguste, aient dressé des autels à tous les monstres de l'Egypte y et ofiert de l'encens à toutes les bizarres divinités des nations qu'ils avaient subju^es ! C'est de tous temps qu'on *a reconnu que les plus gi*ands esprits sont ceux dont r^arement va plus loin , quand une fois ils se sont écartés du droit chemin, et que, parmi les idolâtres , les nations policées sont celles dont la Religion renferme plus d'extravagances.
Pour ce qui est du culte que les Japonnais rendent à leurs idoles , il est vrai de dire que rien n'est plus semblable à celui que nous reûdons au vrai Dieu* Je parlerai bientôt des raisons qu'on a de crmre que les premiers habitans du Japcoi ont eu quelque connaissance du christianisme; mais quand cette opinion serait encore mieux établie qu'elle ne l'est , il faut nécessairement recourir ici à ce que dit Tertuliiôn , à savoir qu'un des moy^is les plus ordinaires doÀt le père du mensonge se serve pour séduire les peuples, est de leur faire illusion, en contre- . Élisant; la vérité. Je ne sais même si la conduite qu'il a: tenue à l'égard de* Japonnais , ne pourrait point passer pour une aiSsez bonne preuve de la sainteté de nos pratiqueiMe Religion , puisqu'il semble qu'il n'a pu entraîner dans l'erreur.
DU JAPON y ti\. I. ia3
la nation du motido dont la raison s'est trdûyée laplus naturellement chrétienne, selon Pexpres* sion du même TertuUien , qu'en déguisant ses mensonges sous l'extérieur de notre culte religieux. Les bonses du Japon composent une espèce de hiérarchie fort semblable à celle de l'Église catholique. Us ont un grand prêtre qu'on nomme Xaco, apparemment parce qu'il est le successeur du grand Xaca. Ce premier prêtre a au-dessus de lui des Tundes qui répondent à nos Évêques, ce sont eux qui font les prêtres , en leur donnant pouvoir d'offrir des sacrifices. Ces Tundeê sont tous les supérieurs des maisons des bonses ^ car tout le clergé du Japon, s'ils est permis de se servir de nos termes, est régulier, et peut être considéré comme un ordre religieux , divisé en pluâeurs congrégations , mais sous un même Général. En effet, les bonses sont partagés en plusieurs sectes, toutes, quoique reconnaissant un même chef, irréconciliablement ennemies les unes des autres. On les distingue par la couleur de leurs habits , car pour la forme , elle est partout la même , et approche asse2 de celle de nos hermites. La même diversité de sentimens qui réègne parmi les bonses , s'étend sur tous les ordres de l'Etat, chacun étant en droit de faire à sa &ntaisie le <iioix de la secte qui lui platt dayantage ; d'où il arrive quQ non-seulement les provinces et les villes , mais les maisons même particulières sont souvent partagées sur le culte des T. I. 4
a4 HISTOIRE
dieiui;. Mais comme l'animosité des honses ne passe point à leurs disciples avec l^irs sentimens, cette variété sur la doctrine ne trouble en aucune manière le repos des familles , et nç fait aucun tort à la société civile.
Je ne crois pas qu'il soit à propos de m'étendre beaucoup sur les différentes sectes du Japon, je dirai seulement deux mots des principales : la première est celle des grands; elle tient l'ame mortelle , et les bonses qui la pro-r fsssent, se nomment Xenxus. La seconde , qui 4est la plus suivie de ceux qui se piquent de pror bité, enseigne l'immortalité des âmes, et ren4 un culte spécial à Amida. On appelle Xodoxim les bonses qui en sont les docteurs. La troisième «st celle des adorateurs de Xada , on y donne à ce faux prophète le premier rang parmi les dieux. Leurs prêtres sont les plUs réglés du Japon ; ik se lèvent à minuit pour chanter les louanges de leurs dieux, et pour méditer sur quelques points de morale, que le supérieur explique auparavant. Saint François Xavier , qui a assisté à ces explicatioius , dit qu'elles se font d'une manière irè^-touchante et très-pathétique. Ces bonses ont pris le nom de Foquexuê, La qiîatrième n'est pas tant ime secte particulière ^ qu'im corps de bonses qui font la guerre : on les a nommés Négare9^ et l'Orient n'a point die soldats , ni mieu^x disciplinés, ni plus aguerris; aussi les Empereurs Japonnais, dans les différentes révolutions de
DU UPQN^ mv. I. ,pS
.VmBB^ii^Sy ont Pm}9W^ eu ,gnan4 9f>îfi ^e se Iça ^Httaçher , ou du moins de les engager , par des ^çiya^tages coi^sidérables , à demeurer dans une exaote neutralité. Ces quatre sortes de bonses sont •les plus considérables^ il y en a d'autres qui : usent de soritiléges ; ce sont les Icoxus } d'autres
- sont des e£|)èces de pénitens et de contemplatif : qui demeurent dans les forêts , et n'ont point , d'autres maisons que le creux des ari^res. Noi^s
leur a'^ona donné le nom à^Arhori Bwêe: £u-«
- fin il s'en trpuTe dans les montagnes aeptentri^^ ' naleS) que l'ou contiait sous le nom de Jengufs 1 et de Qtêoguù. Cçs derniers n'ont point d'auti^e -occupation que de conduire et de diriger ceipc
qui eioireprennent de o^tnips pèlerinages , ^ofit 1 le récit a quelque chose de si ridicule et de ^i . ÊibuleuK, qu'encsore que tous les historiens s'accordent à en parler;, jie n'ai pu me résoudre à -l^nr donner place d^us cette )iistoire. Pans les
- lettres 4^ saint François Xavier , il c^st fait men- > tion de certains bpuses qui sont habillés à peu i près comme les, ecclésiastiques de son temps , et
comme le sont encore aujourd'hui les Théatin^ y ; 4es Baïnabites et les. Jésuites. H faut bien y puisque le Sftint est le seul qui en parle , que cette iSectO: ue soit ni fort étendue, ni fort considjérablç. On voit ausçi au Japon des filles régulijères, qui font, coimne autrefois les Vestales de • Rome, profession de garder la continence : elles , .vivent en communauté , et sont sous la direc-
d6 toBTODRB <
tîon des l)oifees doùt elles ont adopte la fiectoi Elles se distinguent , ainsi que les bonses , par la couleur de leurs habits; et d'ailleurs ell^ sont presque vêtues comme nos religieuses.
A ^extérieur rien n'est plus dur que la vie des bonses; on les voit presque toujours avec un visage déterré, et ils ont quelque chose d'affreux dans leur extérieur. Mais il s'en faut bien que la réalité réponde à ces apparences, les peuples savent même assez que ces prêtres sont très-dissolus, et entretiennent de honteux commerces avec ces filles retirées qui sont sous leur conduite. Ce qui est étrange , c'est que , malgré cette persuasion où l'on est de leurs dérégiemens, ils sont dans une vénération qui n'est pas concevable. On se dépouille de ce qu'on a de plus précieux pour le donner à ces imposteurs qui ne vivent que d'aumônes, et sont cependant formidables aux Princes mêmes par leur puissance, n n'y a pas jusqu'à l'Empereur, qui ne se trouve honoré d'avoir un -fils bonse. En un mot , le respect qu'on a pour eux passe tout ce qu'on en peut dire.
L'instruction de la jeunesse est une des plus sérieuses occupations des bonses. Ils enseignent la poésie, l'éloquence, la philosophie et ce qui regarde le culte des dieux. Les académies, dont le nombre égale celui des bonnes villes, sont remplies d'un nombre infini d'écoliers. Saint François Xavier en nomme quatre auprès de Méaco,
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Vanélfemie capitale de l'empire , dont il assure que chacune a bien trois mille cinq cents écoliers , et ce n'est rien, ajoute le Saint,, en comparaison de ce qu'il y en a dans Tuniversité dô Bandoue, la plus considérable du Japon. Les l)onses prêchent aussi assez souvent dans les temples , et c'est toujours en grand appareil. Le docteur, revêtu d'habits magnifiques, monte sur Une estrade couverte ordinairement de riches tapis de la. Chine. Sur une table qu'il. a devant loi est un exemplaire du Foquequium. Il ouvre ce livre, en lit quelques lignes, le referme, et après une courte explication aussi énigmatique que le texte même , il tombe tantôt sur la morale, et tantôt sur les fins de l'homme. Quelques missionnaires, qui ont. assisté à ces prédi* cations, assurent dans leurs lettres qu'ils n'ont rien entendu de plus éloquent, de plus beau,, de plus fini , de plus . touchant ; et que , pour l'ordinaire , tout l'auditoire fond en larmes. La dernière conclusion que le prédicateur tire de ce qu'il a exposé avec tant d'énergie , c'est qu'on ne peut assurer son bonheur pour l'autre vie , sans faire de grandes libéralités aux bonses.
Je n'entrerai pas dans le détail des pratiques de religion, en quoi les Japonnais sembleqt avoir i^Qulu nous copier. Je dirai seulement que ces infidèles ont leurs apôtres.et leurs docteurs , dont ils ont cai^onisé la mémoire,, si j'ose parler ainsi, et leurs martyi^ ^ qui ils rendent des honheurf
à8 HISTOIRE
presque divins. Ces derniers sont dès malhenrenx qui se font écraser sous les roues des chariots sur lesquels on promène de temps en temps les idoles^ dans les rues, ou qui se laissent fouler aux pieds, et étouffer dans la presse, lorsqu'aux jours de grandes solennités , le peuple va offrir des sa-crifices dans les temples; ou enfin , qui, de gaîté de cœur , s'en vont pesamment cliargés se précipiter au fond des eaux pour arriver plus-tôt , disent-ils , au paradis du dieu Canon.
Avant que de finir ce qui regarde la religion^ des Japonnais , il faut dire deux mots de la ma--» uière dont ils en usent à la mort de leurs pro-» ches. Les obsèques se font toujours avec une pompa extraordinaire. On conduit en grande cérémonie le corps du défunt hors de la ville ; on le pose sur un bûcher fort élevé, et, après bien des prières et des grimaces, on met le feu au bois 5 quand le feu est éteint, on recueille ce qui reste deis ossemens, et on les enterre avec les cendres. Le deuil dure deux ans , et pendant un si long-temps, on s'abstient de toutes sortes de plaisirs. Les habits mêmes que l'on porte , n'inspirent que la tristesse. Ce qu'il y a de singulier y c*est qu'alors les hommes et les femmes sont habillés à peu près de la même manière. Les uns et les autres portent une coiffure qui consiste eu ttbe espèce de bandeau carré, auquel est cousu un grand linge qui flotte par-derrière en maiûère de crèpè. La robe de dessus est d'une lar-t
genre xtraordinaire , et. se ferme sur l'estomac* Elle doit être tout rnie et sans douMure. La ceinture , qui est fort large , fait ordinairement deux tours; et il faut que le tout soit fait de toile écrue. Cette simplicité est accompa]gnée d'une admirable modestie; on marche lentement, 1^ yeux baissés et les mains dans les manches. Je passe sous silence les fêtes ridicules qu'on célèbre au Japon en l'honneur des morts, aussi biei^ que toutes les folles superstitions dont le culte des dieux est rempli , et où je ne trouve rien qui puisse intéresser.
in. le gouvernement du Japon a de tout temps été monarchique, et toutes choses y ont tou-^ jours été réglée» par la volonté absolue du Souverain. Il n'y a point de cour de justice , mais le Prince a dans chaque ville un officier, ou magistrat dont la juridiction ne s'étend guère qu'au criminel : la croix et le feu sont le supplice des petites gens; celui des personnes de condition , c'est d'avoir la tête tranchée. Parmi ceux-ci, lorsqu'on veut faire quelque grâce au coupable , on permet à son plus proche parent d'être sou exécuteur; et cette mort, qui n'a rien d'înfame pour celui qui la fait souffrir , déshonore aussi bien moins celui qui la souffre. Mais le plus grand nombre des gentilshommes , qui meurent par l'ordre du Prince, se fend le ventre avec une espèce de couteau. Quelques-uns attendent que l'arrêt en sôit porté , la plupart le prévien-
3o HISTOUUS
pent ; et c'est le parti que pretment tous oeux qui se piquent d'avoir du cœur. Lorsque quelqu'un est condamné à mort, ou envoyé e^ lexil, tous ses proches et tous ses domestiques, en quelque lieu qu'ils soient, doivent subir la mêma peine ; il y a cependant apparence que cette loi ne s'observe pas toujours à la rigueur.
Les différends qui paissent ^ur les biens entre les particuliers , se terminent souvent par arbitrage y et plus souvent encore par la volonté absolue du Souverain , du maître ou du seigneur. Ainsi les procès ne traînent point j car , comme il n'y a point d'appel de ces sortes de jugeméns , on s'y soumet sans réplique. Il n'en est pas de même, des sentences de mort : il n'est, pas aisé de se saisir d'un homme de qualité pour le faire monter sur un échafaud ; souvent il faut livrer un combat où il y. a bien du sang répandu; mais parce qu'on a attaché à cela quelque sorte d'igno* minie, ceux qui veulent passer pour gens de ^cœur, n'attendent pas que leur arrêt soit prononcé , et se fendent le ventre , ainsi que je l'ai dit, dès qu'ils se sentent coupables, et qu'ib savent qu'on les recherche.
On n'a encore pu rien découvrir touchant les commencemei^s de la monarchie japonnaise. Elle n'est pas ancienne , ses annales ne lui donnent qu'environ douze cents ans. Néanmoins on n'a que de très-faibles conjectures sur son origine. Il y a des auteurs qui prétendent que quelques
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&milles chinoises dès plus coQsidérables de cette nation , ayant conspiré contre l'Empereur^ et la conspiration ayant été découverte , les coupables furent exilés , et allèrent peupler les iles du Japon qui étaient désertes. D'autres veulent avec plus de vraisemblance , que les premiers habitans de cette île aient été une colonie de la Tartane Occidentale : en effet. le naturel des Japon-^ nais et celui des Tartares ont tant de conformité, qu'un Japonnais, pour être bien défini , doit être appelé <un Tartare poli et civilisé.
, Je ne voudrais pourtant pas rejeter absolument la première opinion , et il me semble qu'on peut réunir les deux sentimens. U est presque certain qu'avant saint François« Xavier, l'évangile n'avait point été prêché au Japon ; cependant nous avons vu que les cérémonies du culte su-^ perstitieux des Japonnais paraissent copiées d'à-* près les nôtres. D'ailleurs le saint Apôtre trouva que le Roi de Saxuma , dont nous parlerons bientôt , portait une croix dans son écusson , ce qui est surprenant dans un pays où la croix est un supplice infâme. Cela me &it croire qu'il y .a au Japon quelques familles originaires chinoises y qui avaient eu à la Chine connaissance de notre sainte Loi. Ce qui confirme ma conjecture, x)'est que le temps auquel le Japon a commencé d'être habité , suit d'assez près celui de la publication de l'évangile à la Chine par les Nestoriejis de Syrie : il se peut faire aussi que Xaca
3a ^ HISTOIRE
ait eu qaelcpie teinture du Christianisme par ces tnisgionnaires syriens; cela est certain au moins des lamas ou sacrificateurs tartares, dont quelqixes-^uns ont pu suivre leurs compatriotes au Japon , et les instruire de ce qu'ils avaient appris de la loi chrétienne.
On ne peut guère douter que les premiers habitans du Japon n'aient eu Un chef qui fonda la monarchie , et dont les descendans ont été les JkiOê et Dairis qui ont régné jusqu'au seizième siècle. Leur trône serait d'autant mieux affermi ^ qu'outre une si longue et si paisible possession^ ils avaient eu le secret de se Ëiire croire enfans du soleil , et que tous aussitôt après leur mort étaient placés au rang des dieux-camis. Cela toutefois n'a point empêché que les Dairis n'aient été détrônés. Voici ce qu'on sait de cette révolution qui a donné lieu à tant d'autres. La première dignité de l'empire était celle de cubo-sama* Cuho veut dire chef de la milice , et sania signifie Seigneur. Cette addition au titre de cube ne s'était pas faite d'abord , et elle avait mis le généralissime à la tète de tous les conseils et de toutes les affaires. Une grâce ne manque jamais d'en faire souhaiter une plus grande, et Taml^tion est un torrent qu'il est aisé d'arrêter dans sa source , mais dont il n'est pas possible de modérer le cours. Celle des cubo-samas et la facilité des Empereurs allèrent toujours croissant , et insensiblement le sujet et le Souverain n'eu-
DU skBGiXy i;iv. I. 33
reiït plus que lé nom de ce qu'ils devaient être ^ lé ministre donnant des ordreâ auxquels le Princ# n'osait refuser de souscrire. Les cubû-samas n'îa^ vaient plus qu'un pas à faire pour monter sut le trône, mais il £sillait une occasion pour 1^ franchir; le temps et les conjectures ramené-rent. Un dairi eSêmnè se rendit méprisable ; le cubo-sama qui gouvernait sous son nom crut voir les peuples assez disposés à ne pas trouver étrange^ que portant tout le poids de la souveraineté) il en eût aussi les honneurs, et il se jugea d'aa« tant plus autorisé à s'emparer du sceptre, que personne ne s'y opposa. U se fît donc proclamer Empereur; mais il laissa au dairi, en considération de son origine céleste, et peut-être pour ne pas rendre son usurpation trop odieuse, il lui laissa, dis-je, toutes les prééminences extérieures de sa première dignité. Cette ombre de majesté contenta un Prince qui ne connaissait que cela de là souveraine puissance, et la distribution des grâces purement honoraires qu'on lui abandonna encore, ayant laissé sa cour aussi grosse qu'elle était auparavant , parce que les Japonnais sont extrêmement avides des moindres marques d'honneur, à peine s'aperçut- il qu'il y avait un autre maître que lui dans l'empilre. Cependant le cubo-sama ne fut pas universellement heureux, à la vérité il s'empara de *la Tense ; mais au-delà des cinq cantons ou pro- "vinces qui sont comprises sous ce nom , et qui
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font le domaine impérial , il ne fat pas feconnu. Les Gouverneurs des autres provinces, prévoyant qu'il lui faudrait du temps pour affermir sa do« loination, se firent autant de petites souverainetés de leurs gouvememens : de sorte qu'on en compta jusqu'à 68 ou 70 , qui portaient presque toutes le nom de royaume ; néanmoins , ces petits Rois ne furent jamais: si indépendans de la cour impériale, que le cubo-sama ne fut à leur, égard à peu près ce qu'est l'Empereur en Allemagne, par rapport aux électeurs. Pour ce qui est du temps auquel arriva ce grand changement , il est assez difiicile de le marquer au juste , et les historiens varient fort sur ce sujet; je ne crois pas la chose assez intéressante pour m'arjêter à de grandes dissertations. Je me conten- 4;erai de dire qu'il y a de rapparence que le cubo-sama, qui régnait vers le milieu du seizième .siècle, était le fils de l'usurpateur, qu'il avait JTort aidé son père à monter sur le trône, et que l'un et l'autre avaient été long-temps inquiétés dans Méaco, capitale de l'empire, par des Seigneurs fidèles au dairi , ou qui voulaient .sous couleur de fidélité partager sa dépouille.
Voilà quel était le Japon , lorsqu'on en fit la .découverte. Je ne me suis pas amusé à décrire mille petites manières des Japônnais, dont les ■notices de ce pays ^nt remplies, et qui ne m'ont point paru fort capables de piquer la curiosité* Je n'ai point non plus parlé de quelques rarft*
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téà qu'on tobAve au Japon , et que je crois pdu-^ voir trouver place dans une relation ; mais n<m pas dans une bistoire. J& ne dois pourtant pas omettre ici. deux ou trois dioses fort singulières* lie Pape Urbain Vm , dans un de ses brefs aux Gu*étiens du Japon ^ parle de quelques oiseaux fort rares et d'une grande beauté, qui avaient été envoyés à son prédécesseur, Paul V, mais il ne nous dit pas ce que c'est que ces oiseaux. L'historien de la révolution de Siam nous l'apprend , en disant que la poule du Japon est sans contredit le plus bel. oiseau du monde , de l'aveu in^e des Indiens qui en ont de si beaux. Rien n'est plus vif, ni de plus varié, que le plumage de cet animal, qui relève encore beaucoup cet avantage par une certaine démarche noble et fière , par laquelle il parait sentir qu'il est le rpi des oiseaux.
L'exact et judicieux auteur, qui nous a dom^ une histoire,- très- ample de Féglisedu Japon ^ fait la description d'un arbre. fovt «extraordinaire. C'est une espèce de palmier qui ne saurait croître dans une abonne, terré ; jamais il n'est plus sain^ ni mieux nourri que lorsqu'en guise de fumier^ on lui a mis au pied de la limaille, de fer , ou d'autres matières semblables. L'humidité fait, sur cet arbre, le même effet que le &u sur. le par^ chemin , lorsqu'une de ses branches a été romipue, on n'a qu'à l'ajttaeher avec un clou, au troçic ou à la racine, et elle reprend;