xisToiu
Les médecins au Japon sont toofrà la -fiiiff cki^ rargiens , droguistes et Ixriamstes , mais ce qu'ik ont de plus singulier , c'est la science du pouk qu'ils possèdent dans la perfection , jusque-^là qi^'après avoir considéré une demi-heure le pouls d'un malade , ils connaissent tous les symptèmes et les causes de la maladie.
Le thé du Japon ne diffère point de celui de la Chine ; les Japonnais en font un grand usagis. Us le nomment cba , apparemment du mot chi«iiois , Tcha , qui en langue mandarine signifie le jthé ; on connaît assez parmi nous la vertu et les propriétés de cet arbrisseau , dont peut-être nom ne feisons tant de cas qu'à cause ,de celui qu'en £int deux peuples chez qui nous l'allons cber^ cher. On sera peut-être aussi bien aise de sa«ivoir qu'il n'y a point d'autre, monnaie du Japon que des pièces de cuivre ou d'ai^ént, .battues :au coin et non m<mnoyées : c'est fe poids qui fixx règle la valeur ; mais sans m'arrèter davanr tage y je viens à mon histoire. #
* Quoiqu'il en soit, du temps de la première ;révolution du Japon, que les uns approchent peut-être un peu trop du siècle passé, et que les autres font, apparemment trop ancienne , il •est certain que soit que le trône des cubo^amas •ne fut pas encore bien affermi, où qu'il comr- ADei^çât à s'â)ranler , le centre de l'empirç était agité de troubles et de actions^ et les Kois par-
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Ikniliers , contem de ce tju'ils posséduent , jouûh «aient d'an par&it repos, lorsque Dieu fit^ pour la première fois , luire le soleil de justice sur ce peuple infortuné, qui jusque-là avait été ^einseveli dans les plus épaisses ténèbres de l'in- -fidélité. Voici quelle fut Toccasion dont la. divine Providence se servit pour l'accomplissement -de ce grand dessein.
ly. En t54a 9 trois marchands portugais , nommés Antmne Molia, François Zeimot et Antoine fexot, étant partis de Bodra au royaunie de Sion , dans l'île Célébès , ou Macazao* , pour aUer •à la Chine , furrait pousses par la tempête «ur les câtes du Japon , et prirent terre à Cangoxirma , la même année que Dom Martin Alphonse de Sosa , Vice -Roi des Indes , fit . son entrée dacfi Groa, menant avec lui François Xavier, un des dix premiers prêtres de la compagnie de Jésus , et que le Pape Paul III envoyait aux Indes y avec la qualité de légat du Saint-Siège. Les trois marchaxids ne furent pas long-temps à Can^ goxima sans &ire des liabitudes qui nouèrent assez promptement le commerce entre las deux nations; mais ils firent une connaissance, <}«i dès-lors, si elle eut été bien ménagée, eût introduit le Ghristianiâme dans le Japon : Un hommEe de trente -cinq ans, appelé Angeroo,.et que nos historiens français nomment Anger y fort liche et d'une des meilleures maisons du royaume de Saxuma , où est situé Cangoxima , se lia d'abord
avec les trois Européens , et oeux-cî étant in-*' sensiblement entrés dans sa confidence, appri-r rent de lui que le souvenir des péchés de sa jeunesse , lui causait de violens et de conti^ nuels remords de conscience ; que pour les appai^ ser, il s'était retiré dans une maison de bonses, dans la pensée que l'entretien et les bons avis de ces ministres des dieux pourraient caU mer ses inqioiétudes ; mais que ce remède , au lieu de le guérir, n'avait servi qu'à augmenter sa peine , et que.de jour en jour il sentait son mal empir^r^
Ceux à qui il s'ouvrit de la sorte firent apparemment ce qu'ils purent pour le soulager; mais ils le quittèrent sans y avoir réussL Deux ans après un autre Portugais , n(Hnmé Alvare Vaz , étant allé trafiquer • à Cangoxima , Anger lui communiqua ses peines intérieures, comme il avait fait aux trois autres marchands. 'Vaz qui avait connu le P- François Xavier à Malaca, et qui était plein de ce qu'il lui avait» vu faire de merveilleux, voulut ei^ager le Japonnais a aller trouver, aux Indes le^S. Apôtre. « C'est un » homme. chéri du ciel , lui diti-il, je ne doute » nullement que par les charanes de sa conver- » sation et la sagesse toute divine de ses con- » seik, il ne dissipe en un mqment cette hu- » meur noire. qui vous dévore. » Anger se sentit véritablement pressé de suivre cet avis ; mais la pensée qu'il lui fallait abandonner sa famille',
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s'exposer sur une mer qui tous les jours devenait fameuse par les naufrages qu'on y faisait , et s'exiler en quelque façon dans un pays inconnu , l'empêchait de se résoudre , lorsqu'ayant tué un homme dans une rencontre, la crainte d'être recherché l'obligea de s'embarquer sur le premier vaisseau qui fit voile vers Malaca.
Il y arriva en i546 ; mais ayant appris en dél)arquant que le P. Xavier venait d'en partir pour les Moluques , il se remii en mer ^ur le champ, et reprit là route du Japon sans faire aucune attehtion au sujet qui Tavait contraint de prendre la fuite. Il flit près de deux ans à errer sur ce^ mers, les vents contraires et ses irrésolutions l'arrêtant tantôt dans un jport, et tantôt dans tin autre. Enfin, Biéu qui en voulait faire le chef des prédestinés de sa nation , permit qu'étàtit sur le point de prendre terre au Japon, tine tempête, après l'avoir mis en danger de périr , le repoussa au port de la Chiné d'où il était ]partî , il y rencontra Alvare Vaz , qui s'en retournait aux Indes. Ce marchand lui reprocha doucefinent son inconstance , le prit sûr son vaisseau , et le ramena à Malaca , ou le P. Xavier était de retour des Moluques.
* Dès la première fois qu'Anger vit le Saint , il eh fut charmé, et l'homiae de Dieu en IW- Brassant lui ayant dit que pour obtenir, ce qu'il souhaitait, il fallait rendre au Souverain du ciel fet de la terre , les hommages qui lui sont âùs. T. I. 5
Ànger demanda qu'on l'instruisît au plus tôt des vérités chrétiennes; il savait déjà un peu de portugais, et dans ses courses, les marchands de cette nation qu'il avait fréquentés, lui avaient donné quelque connaissance de nos mystères. Le père Xavier quitta tout pour achever de. Tinstruire , mais une afifaire de conséquence l'ayant «ippelé à la côte de la Pescherie , il prit le dessein d'envoyer son prosélyte et deux serviteurs qui l'avaient suivi au séminaire de Goa.
De la manière dont ils entrèrent d'ahord dans toutes les pratiques qui étaient en usage dans cette sainte maison, d'où sont sortis depuis presque tous les apôtres, et une bonne partie des martyrs du Nouveau-Monde, on s'aperçut bientôt que ce n'était point là des Indiens ni des barbares , et le père Xavier s'étant rendu au bout de quelques mois à Goa, fut extrêmement surpris des progrès qu'ils avaient faits. Il ne laissa pourtant pas de différer encore leur baptême, quoiqu'ils le demandassent avec les dernièreà instances. Le Saint jugea même à propos, que Côme de Torrez, qui venait de se déterminer à quitter le grand vicariat de Goa, pour entrer dans la compagnie de Jésus, recommençât à les instruire de nouveau. Il avait remarqué dans ce nouvel ouvrier , un des plus grands esprits , et des plus sa vans hommes de son siècle , des qualités fort propres à la mission du Japon, qu'il méditait dès-lors j il voulut lui procurer un moyen
d'apprendre la langue et les manières des Japoimais, en l'obligeant de converser souvent avec ces trois catéchumènes. D'ailleurs, ce n'était pas as^z d'une connaissance superficielle des articles de notre foi, à des gens aussi éclairés et aussi spirituels que l'étaient ceux-ci, pour être baptisés. Ils le furent enfin le jour de la Pentecôte, par les mains de l'Evéque des Indes , Dom Jean d'Albuquerque. La grâce du sacrement se rendit sensible dans Famé d'Anger, et elle y produit en un moment cette paix , qui depuis tant d'années faisait Tunique objet de ses vœux. Il prit le nom de Paul de Sainte-Foj, en mémoire de la maison où il avait reçu tant de bienfiiits du ciel j et qu'on appelait indifféremment le collège de saint Paul, et le séminaire de Sainte-Foy. De ses deux serviteurs, l'un fut nommé Jean et l'autre Antoine. Aussitôt après leur baptême , le père Xavier trouvant dans le maître et dans les domestiques de grandes dispositions à une éminente sainteté , leur fit commencer à tous trois les exercices du père Ignace, sous la conduite du père de Torrez.
Pendant cette retraite qui dura trente jours, il est étonnant avec quelle profusion le ciel com-^ muniqua à ces fervens néophytes , ses faveurs les plus singulières : le père Xavier s'en exprime dans ses lettres avec admiration , et ne craint point de dire que par leur fidélité à correspondre aux grâces qu'ils recevaient d'enhaut sans
mesure , ils Élisaient honte aux missionnaires, ^t lui donnaientli lui-même de la confiision. Paul •de Sainte-Foy ne parlait et ne j^uvait parler que de Dieu, aussi le faisait-il en homme insjnré. On l'entendait souvent lorsqu'il était seul , té^ moigner tout haut avec des élans d^amour trèssensiUes , le désir qu'il avait de mourir pour son Dieu , et le zèle dont il brûlait pour le salut de ses concitoyens* Le saint apôtre employait à le visiter tout le temps qu'il pouvait soustraire à ses occupations, et pour étudier davantage le génie fle cette nation, il s'informait en même temps des Portugais qui avaient été au Japon, si les Japonnais étaient tous du caractère de ceux qu'ils avaient devant les yeux , et dont il ne se laissait point d'admirer la pénétration d'esprit et le bon sens. Tous l'assurèrent qu'il n'était pas possible de trouver un peuple qui eut plus de raison , ni qui fut plus ingénieux , et qu'ils ne doutaient point que le christianisme ne s'établit solidement et en peu de temps dans ces iles.
Paul de Sainte-Foy qui parlait fort aisément le latin et le portugais , lui confirma la même chose, et en écrivit même au fondateur de la compagnie de Jésus. Sur quoi l'homme apostolique prit enfin sa dernière résolution , que ni les instances de ses amis , ni les dangers d'une si longue et si périlleuse navigation, ne purent jamais liji faire changer : ce La crainte du naufrage, disait^l » à ceux qui lui exagéraient le péril auquel il
» allait fi'exposer ^ ni toute la foreur d'une mer n toujours agitée , ne sauraient vous retenir un y^ jour ; il n'est rien (jue tous ne fassiez , point » de risque quç vous ne soyez prêt de courir ^ y^ pour aller <;lxe.rdber un peu d'or et d'argent ; }» et moi qui ^ais qu'une infinité d'ames rachej^ tées du sang de mon Dieu périssent, faute » d'instruction et de secours^ je serais assez lâche % pour craindre une tempête : je n'ai qu'un re-* i> grêt , ajoutait-il , et il le répéta souvent depuis » dans ses lettres, c'est que vous m'ayez préj> venu» Quelle honte pour un ministre de Jésus- -» Christ, d'avoir été moins ardent et moins di* lù. ligent à lui procurer de nouveaux adorateurs ^ » que des n^ocians ne l'ont été pour xm petit » giûn , et pour un intérêt temporel l »
V. M^is comme le temps n'était pas propre pour la navigation, le saint Apôtre qui se trouTa un peu de loisir, l'employa aux exercices de la TÎe intérieure : on peut dire que tout ce temps fot pour lui une contemplation continuelle, où les extases et les raTissemens le tenaient centi* nuellement uni à Dieu , qu'il était plus au ciel que sur la terre. Ce fut alors que , ne pouyant plus soutenir l'abondance des consolations célestes dqnt son ame était incessamment inondée^ oi| l'entendit si souTent s'écrier ; C^est e^tsez^ Saigneur j^ c^est aêsez : ou faiUs cesser des fa-^ neurs qu'une créature marteUe n'est pas en état d» sufperter^ ou, bien mettez-tnei dans le s^our
de gloire. En disant ces paroles, il ouvrait sa soutane comme pour fiiire un passage libre aux flammes du divin amour , qui embrasaient son cœur. Par-là, Dieu lui faisait connaître à quels travaux et à quelle entreprise il le préparait:.
Enfin le temps du départ approchant , le serviteur de Dieu nomma pour l'accompagner, le père Côme de Torrez , et le frère Jean Fernaudez , à qui Paul de Sainte-Foy et ses deux serviteurs avaient appris un peu de japonnàis. Fernandez était un saint religieux , dont Féminente et solide vertu causait de Tétonnement au père Xavier. A l'âge de vingt-deux ans, il avait quitté une fortune très-bien établie , pour embrasser la pauvreté de la croix. Le père Simon Rodriguez, un des premiers compagnons de saint Ignace , Favait reçu dans la compagnie de Jésus, à Lisbonne, et au. bout de quelques mois l'avait envoyé aux Indes. Quoiqu'il n'eût point de letrtres il était parfaitement instruit de sa religion , ce qui joint à un grand sens, une éloquence naturelle , et beaucoup de facilité pour les langues , le rendit très-utile à la mission du Japon.
VI. Le père Xavier ayant mis les derniers mois de cette année, et le commencement de la suivante à régler ses affaires , s'embarqua au mois d'avril, et arriva à Malaca le dernier jour de mai. Il y apprit des nouvelles du Japon, qui lui causèrent bien de la joie. On lui dit qu'un Roi de ces îles se disposait à envoyer au Vice-Roi
des Indes une ambassade pour obtenir de$ pré^ dicateurs de la loi chrétienne , et voici comme Fon racontait ce qui lui en avait fait ^aitre la pensée. Des Portugais ayant pris terre dans ses Ëtâts , on les avait logés par son ordre dans une maison , où , disait-on , tous les appartemena étaient infestés de malins esprits ; on ne se tro^^ pait pas. Les Portugais passèrent deux ou trois fort mauvaises nuits , et l'un d'eux fut très-mat traité. Enfin , ces marchands eurent recours au Ciel , et firent peindre des croix sur toutes les^ portes et les murailles du logis. Dieu bénit leur dévotion , ils ne virent et n'entendirent plus rien. Cela fit du bruit dans la avilie, les idolâtres n'apprirent qu'avec admiration le moyen dont on s'était Servi pour chasser le démon ; la nouvelle en alla jusqu'au Roi, qui ayant fait venir les Portugais pour s'assurer de Isi vérité et des circonstances de cet événement , trouva la chose fort singulière. Il fit même dresser partout des croix , sur les grands chemins, dans les carrefours , et jusque dans son palais : de sorte que l'ennemi de notre salut fut cause le premier, que le signe adorable de notre rédemp-' tion fut exposé publiquement à la vénériition, des peuples , dans cette terre infidèle. Le Roi n'en demeura pas là j il voulut savoir d'où venait à. la croix tant de vertu , la réponse des Portu-v gais n'ayant servi qu'à exciter davantage sa cu-r riosité, il forma le dessein de faire venir des
docteurs de leur nation, et c'était-là l'unique sujet de l'ambassade dont on parlait.
Il y a lieu de s'étonner qu'aucun des historiens du Saint ne nous ait appris la suite de cette nouvelle, ni quel était ce Roi du Japon dont il est ici parlé , ni enfin ce qui empêcha le père Xavier d'aller trouver ce Prince, comme il était naturel qu'il fit. Cela me ferait douter qu'on eût effectivement reçu de pareils avis, si le témoignage de tant d'écrivains, tous dignes de foi, qui rapportent ce fait, n'était appuyé de l'autorité de l'Apôtre des Indes , qui dans, ses lettres nous en a laissé le détail tel que je viens de, l'exposer. On a encore passé sous silence , je ne sais pourquoi , une chose que je trouve bien digne d'avoir ici sa place. Depuis que le Sai];it avait entendu parler du Japon, il avait conçu un si, ardent désir d'y prêcher l'Evangile , qu'il ^mblait y voler plutôt qu'y courir , et que le moindre retardement lui était un véritable supplice, toutes ses pensées, tous ses entretiens n'étaient plus que du Japon , le jour et la nuit , U s'en occupait , et l'on ne peut lire sans être ému , les lettres qu'il écrivait sur cela au père Ignace, et au père Rodriguez. Plus on lui exagérait les dangers qu'il allait courir, et plus son zèle augmentait; on lui dit que les Chinois ayant rompu avec les Portugais, et n'étant pas possi-* ble d'aller au Japon sans prendre terre àla Qnneu il sWposait à être ipis aux fers^ ou k être la
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ppàié às9 corsaires : tout cela n'arait servi (pHk ooQYaûaore toat le monde , que si on voulait engager le père Xavier à quelque entreprise, il fallait la lui représrater comme jMresqu'impossi- Lle^ cependant^ soit que Dieu pour éprouver son serviteur le voulût traiter^ comme il traita aonFUs unique au commencement de sa passion; soîjt que l'enfer^ qui ne put voir sans finayenr quelles seraient les suites de l'expédition du Japon j eût obtenu, le pouvcâr de &ire sentir au Saint U}xiXe la ferveur de son ressentiment. Le père. Xavier fut à peine arrivé à Maiaca, qu'il se trouva dans un dégoût par rapport à son voya-> ge , et oans un découragement qui tenait quelque cha-^ de l'agonie du Sauveur au jardin des QUves» n n'y a qi^e ceux qui ont éprouvé ce pénible état ^ qui sachent ce que scnijQQre une ame daps çeç combats intérieurs, xm cœur fidèle à la grâce y est l'objet des complaisances du Sei-. gneur ; mais il s'en faut bien que lui-même se rende le témoignage que Dieu lui rend sans le lui faire connaître. Le ciel semble être de fer, la foi parait s'éteindre , la confiance s'évanouit. Le serviteur de Dieu qui eut besoin d'une grâce spéciale et de toute sa vertu pour sortir victorieux de pe combat, et qui prévit sans doute que peu d'ou^rii^rs évangéliqijies seraient exempts de ç^tte épreuve , a voulu y préparer ses fi^res^ QU leur fai^aQt une peipt^re trèçr-naïve de lai tfjjfiSte^ ^U^tion aà il se trmva popr Ix^r» ; el
^'aurais cm manquer à un devoir esfte&tiel, si j'avais omis une circonstance qui peut être pour les ministres de TÉvangile , un fonds inépuisable d'instructicm et de consolation.
Ce fut dans la prière que Thomme apostolique retrouva , à l'ex^nple de Jesus-Christ , cette grandeur d'ame, dont le sensible lui avait été soustrait pour quelque temps; et vainqueur de lui-même et du démon y plein d'impatience d'arriver dans un pays où il comprenait , parce qu'il vetiait de souffrir , que la moisson était mûre et ^boudante, il ne s(»igea plus qu'à se remettre en mer; Plusieurs marchands portugais se pré-* paraient à faire le même voyage , et tous marquaient beaucoup d'empressement pour avoir le Saint sur leurs bords ; mais par la seule raison qu'ils n'allaient pas en droiture , le père Xavier leur préféra un petit bâtiment diinois de ceux qu'on appelle joncs. Le capitaine qui. le commandait j nommé Nécéda , était le pirate le plus fameux de ces mers, et si décrié pour ses brigandages , que son navire n'avait point d'autre nom , que celui de fond du voleur. Ce ne fut pas sans peine qu'on vit le serviteur de Dieu se livrer ainsi entre les mains de ce corsaire; on n'omit rien pour l'en dissuader , mais ce fat en vain. D'ailleurs , on savait que le Tout-Puissant le favorisait d'ime protection particulière ; on le laissa donc faire. Toutefois, le gouverneur Dom Pedro de Sylva prit une précaution à laquelle
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Yraisemblablefnràt Dieu, attacha la conservation^ de ses serviteurs. Il fit jurer Nécéda qu'il mC'- Berait les pères droit au Japon , et pour l'assurer encore plus de sa fidélité , il l'obligea de lui donner en dtage quelques-uns de ses enfans.
< Le quatrième de juin , le père Xavier s'embarqua avec ses deux compagnons, les trois Ja*^ ponïiais qu'il avait amenés de Goa , et quelques Chrétiens , apparemment du séminaire de Sainte* Foy. Le même jour , le vent se trouvant favo*rable, on appareilla, et Pou perdit bientôt les terres de vue. Après avoir fait environ oent lieues, il fallut songer à se fortifier contre les typhons; on appelle typhons un composé de vents qui viepnent en même teptips de tous côtés , et qui dominent fort sur les- mers de la Chine. Comme ils investissent un navire de toutes parts, il* est étonnant avec quelle violence ils le fœit pirouet** ter , lorsqu'on n'est pas sur ses gardes , et avec quelle rapidité ils le coulent à fond. Ce qu'il y a de plus fôeheux , c'est que ces tourmentes durent deux ou trois jours , de sorte qu'il faut qu'un vaisseau soit bon et bien gouverné , pour résister jusqu'au bout. On ne laisse pas d'avoir quelques moyens de se précautionner contre ces tempêtes -, car lorsqu'il y a quelque chose de semblable à craindre , on ne manque jamais d'ça être averti par un phénomène fort singulier. On voit( un peu auparavant , vers le nord , XviM arcs- ea- ciel, de, couleup de pourpre, dçiit le
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premier ly>rde Phoriaon » et dout le dernier est le jivm ^and.
Nécéda s'étant prémum contre les typhons, leva l'ajacre ; il ayait encore sept centa lieues à &iré} néanmoins on s'apc^rçut qu'il n'allait point, en route. U s'arrêtait même à toutes les îles, tantôt sous un prétesite^ tantôt sous un autre. Le plus souvent cda dépendait des réponses d'une idok qu'on avait ei^posée sur la poupe du vais^ seaii;» et qu'on consultait à chaque instant. Ainsi ]e$ missionnaires avaient la douleur de se voir à la discrétion de ces mêmes puissances infema-r les , dont ils allaient ruiner l'empire au Japon. Outre cela y on leur faisait tous les jours miUe avanies , et ils coururent plus d'une fois risque de la vie. Beu^ choses sur^i-tout , contrihuèr^t à ces mauvais traitemens. Nécéda s'avisa de demander ujBi jour à son idole si son voyage se^ rait heureux : l'idole répondit que le navire ar^ riv^ait heureusement au Japon , mais que jamais '3 ne reverrait Malaca. Une autre fois que le vaisseau était à l'ancre vis«-à«-*vis de la Cochin-i cbine^ un jeune Chinois Chrétien de la suite des. misaionnaireB , badinant auprès de la sen-^ tîne, que par mégarde on avait laissé ouverte, tomba dedans \ mais comme il fut promptement secouru , il en fiit. quitte pour une blessure as-r ses considérable à la tète. Tandis qu'on le pansait , la fille du capitaine tomba a la mer y et cpiDÛ^ue tûqt l'équipage s'empressât de la sau<-
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ver j die fat engloutie par les vagâes , à k Toe de son père. On peut juger quelle fut la doubleur de Nécéda ; il s'y abandonna sans mesure, et l'on eut bien de la peine à le fiiire reVenir à lui Ses premiers transports étant calmés , il voulut savoir de son idole la cause d'un accident A triste. Le démon fit réponse que si le jeune Chrétien n'eût pas été retiré de la sentine , la fille idolâtre n'aurait pas péri. Alors le pirate, enragé contre les Chrétiens , entra dans une fiireur qui fit croire qu'il allait les immoler tous aux mânes de sa fille ; mais un bon vent qu'on attendait avec impatience , «'étant levé tout-à^ coup , on ne songea plus qu'à en profiter , pour se retirer d'un parage où il ne &isait pas sur de rester long-temps, et qui n'o&ait à Teéprit que de tristes images.
yni. Enfin, après Inen des détours, Néoéda tourna vers la Chine, et entra dans le port de Canton , résolu d'y passer l'hiver ; mais à peine avait-il mouillé qu'il changea de pensée , remit à la voile , et fit dessein d'aller hiverner dans une autre rade. H n'en était pas loin , lorsqu'il reçut avis par un bâtiment chinois, que toute cette côte était infestée de forbans. Les corsainôs ne se cherchent pas , et s'évitent même le plus qu'ils peuvent; Nécéda eût bien voulu retourner à Canton , mais le vent ^it contraire. Le seul parti qu'il eût à prendre , fiit d'entrer , comme il fit, dans la mer du Japon, à la fiBiveuf d'un