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La flotte partit de Suez, comme au temps des Mamelucks, soumit en passant la ville d'Aden, et vint mettre le siège devant Diu ( 1 538 ). Les Turcs avaient avec eux des Abyssins et des Arabes'; ils eurent bientôt rallié tous les peuples du pays de Cambaye. C'était aux différents États du Malabar à décider la querelle en se prononçant, soit pour les chrétiens, soit pour les Musulmans : ils restèrent fidèles aux Portugais. A la nouvelle de l'arrivée des Turcs, le roi de Cochin réunit ses principaux guerriers dans une pagode; et là , sur l'idole la plus vénérée, il leur fit prêter serment de soutenir les Portugais. Le roi de Cananor en fit autant, et celui de Calicut fit jeter dans les fers les ambassadeurs turcs qui lui apportaient des présents*. De pareils faits prouvent que la domination portugaise ne s'était pas encoie changée en tyrannie. Le gouverneur de Diu, Antoine de Silveira, aidé des secours du vice -roi Nuno da Cunha, résista héroïquement
fcTtur, perilissimus. liabcbat inultos alios opifîces cliristianos, quos liinc indè muneribus pcliexcrat. Suit réiiuniération de la floltc: Très el sexaginta Iriremes, sex galeoncs, scx birrmcs, holcadt's duae , actuariae viginti, celoccs quam pluriini. (Daluiaiiub a Gocs, Bollum Cambaicum, lib. I.)
(i) Jacob. Tfius, Coinincnlarius de rrbusapud Diuiii gostis, apud Andr. Schot, Ilispania iliustrala, t. II.
(a) Damianus, Bellum Cambaicum, lib.I.
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aux assauts des Turcs; et ceux-ci, après une lutte acharnée, furent réduits à se retirer, laissant près de cinq mille hommes dans les fossés et sur les remparts. Les Portugais, si l'on en croit leurs historiens, n'avaient eu que sept cents morts et trois cents blessés.
Malgré la victoire des Portugais, le royaume de Cambaye n'était soumis qu'en apparence. Huit ans après, la guerre recommença ( i546), et les Turcs leparurent encore avec les Abyssins et les Arabes. La ville de Diu était redevenue indépendante , et les Portugais s'étaient réfugiés dans la citadelle. La garnison allait succomber ; mais c'était un héros, un digne successeur d'Albuquerque, Jean de Castro , qui commandait dans l'Inde; il avait en même temps à sauver la puissance de son pays , et à venger son fils qui venait de périr. Il part de Goa, cachant sa douleur à tous les regards, et, la mort dans le cœur, il affecte la confiance et la gaîté*. Il aborde sur la côte de Cambaye avec une flotte nombreuse; et, tandis qu'il dégage la citadelle, pour aller lui-même assiéger la ville, une partie de la flotte, cinglant à l'Ouest, capture de riches car-
(i) Fcstivis purpurcisqur vostibus indutiis, civilafrm luslravit. (Daiuianus à Got-s, De bcllo Cambaico secundo coiumciilarius III. )
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gaisons qui sortaient du golfe Arabique, et s'empare d'un ambassadeur qui allait au Caire solliciter de nouveaux renforts. Bientôt le prisonnier (c'était un proche parent du roi de Cambaye) est étranglé dans la citadelle, et sa tète, roulant au pied des remparts, va porter le désespoir dans la place. Le vice-roi, pour ne laisser aux siens aucun espoir de salut en cas de défaite, détruit lui-même les portes de la citadelle. C'était une guerre à mort. Après une bataille où le sang coula par torrents, la ville céda aux efforts de Castro, et les vainqueurs punirent la révolte des habitants avec une rigueur impitoyable'. L'île fut isolée du continent par la destruction des deux ponts qui l'y joignaient; une forteresse nouvelle s'éleva sur les ruines de l'ancienne , et Jean de Castro revint dans Goa triompher à la manière anti((ue.
Alors la puissance portugaise était parvenue à son apogée. Le Japon avait été découvert en iS/p. Antoine de Mota, qui avait essayé de pénétrer en Chine , malgré la défense qui en éloignait les Portugais, avait été jeté par la tempête sur ces
(i) In omnrra sexum ferro igncquc saevitum est. Hic cxitus ditissimse amplissimaeque Dicnsis civitntis fuit... quippi- non solîim non ab infantibus aut pravidis iiiulirriun utoris, sod ne brutis quidcni aniniaalibus Icrruni abstinuit. (Damianu.s, loc.
cit.)
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côtes que les habitants appelaient Nîpongi. Bientôt des relations furent renouées avec la Chine. Les Portugais eurent un comptoir dans l'ile de Sanciam , en face de Canton, à vingt-cinq lieues de la terre ferme. Plus tard les Chinois leur cédèrent le territoire de Macao, qui s'enrichit par ses rapports avec le Japon , et qui appartient encore aujourd'hui au Portugal'.
Dans l'espace d'un siècle et demi, les Portugais avaient fait le tour de l'Afrique et presque de l'Asie. Sur combien de rivages ils avaient établi leurs lois, et recueilli les fruits du sol! Us possédaient des établissements, depuis Madère jusqu'au Japon, dans une étendue de cent cinquante degrés. Tout ce que la nature a produit de plus délicieux et de plus rare, tout ce qui peut flatter les sens ou la vanité, était devenu la propriété exclusive du Portugal : l'aloès de Socotora, les perles d'Ormuz, la cannelle et les rubis de Ceylan, le bois de sandal et le canq)hre de Sumatra, le girofle et la muscade des Moluques, le poivre de Goa, les mousselines du
(i) 11 est probable que les Portugais ont visité les côtes septentrion;iles de la Nouvelle-Hollande entre i53o et ï54o. On voit à Londres, au Muséum britannique, un planisphère dressé en i5/|2 par John Rotz, où le continent austral est distinctement représenté sous le nom de Terre de Java. ( Maitebrun, Géog. xiniv. liv. XXIII.)
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Bengale, le coton et le sucre de l'Inde , le thé de la Chine , la porcelaine du Japon , sans compter l'or qu'ils trouvaient en abondance, et dans l'Inde, et au Japon , et en Afrique ; l'or qui était l'objet de toutes les pensées, le but de toutes les entreprises, que l'Espagnol cherchait à l'Ouest, que le Portugais cherchait à l'Est, tandis que l'alchimiste allemand essayait encore de le faire lui-même dans son laboratoire. Il faut ajouter que les Portugais ont , par le fait même de leurs découvertes , enrichi les sciences naturelles , et perfectionné la navigation. Dans le cours de ces périlleuses et difficiles conquêtes, ils ont très souvent fait preuve d'adresse, de courage et de persévérance; en un mot, ils ont été grands. Avec de faibles ressources ils ont accompli des desseins immenses; ils ont mérité de fixer les regards de l'Europe, et c'est avec raison que cette époque de leurs annales a été appelée Vâge d'or de la Lusitaiiie.
Mais le plus grand résultat, c'est que le christianisme a fait alors, en Orient, des progrès égaux à ceux de la conquête portugaise. Trois religions étaient en présence dans l'Inde, Brahma, le Christ et Mahomet. L'islamisme, quoique d'importation récente, était en pleine décadence sur les eûtes de l'Afrique et de l'Inde'. Le culte de Brahma avait
(i) Saint François Xavier cite, à l'appui de cette opinion, le
pour lui sa haute antiquité, et ses rapports intimes avec les mœurs et le caractère des indigènes ; mais il avait dû s'altérer à travers les âges, et il était devenu , entre les mains des prêtres , un instrument de tyrannie et d'intérêt particulier. Le christianisme paraissait donc avec avantage dans ces climats, présenté aux peuples par des hommes d'une foi pure et désintéressée. Mais parmi ces courageux missionnaires, l'histoire doit distinguer François Xavier, qui a porté la loi chrétienne jusqu'aux extrémités de l'Orient, et que l'église romaine a mis au nombre des saints \
FrançoisXavier,né en 1 5o6 au château de Xavier, dans les Pyrénées, d'une famille noble de Navarre, avaitachevé ses études à Paris, au collège Sainte- Barbe, avec son compatriote Ignace de Loyola. Ils avaient fondé ensemble, en i534, dans l'abbaye de 3Iontmartre, cet institut qui devint plus tard si célèbre sous le nom de Compagnie de Jésus. Le but que s'étaient proposé les fondateurs, était de maintémoignage d'un Musulman de la ville de Mélindc, où il s'était arrêté dans la traversée : Aiebat enim apud suos jamdudùm rcfrixisse pietatcm. Ex spptemdccim fanis qtiae Melinde erant, tria duntaxat, eaque à paucis admodùm frequentari. (Francisci Xaverii, epist. lib. I.)
(i) Vie de saint François Xavier , en italien, par le P. BartoU; en français, par le P. Bouhours.
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tenir en Europe, et de propager dans les antres parties du monde la foi catholique et l'autorité du Saint-Siège. Quand le nouvel institut eut été reconnu par le pape Paul IIÏ, Xavier partit pour les Indes, où il aborda en ï51\i. Sa correspondance contient de curieux renseignements non-seulement sur sa traversée et sur son séjour aux Indes, mais sur le caractère et les mœurs des différentes tribus indiennes. Dans ses entretiens avec les Brahmes, il put se convaincre que l'idée religieuse était absente sous ces pratiques matérielles que les prêtres imposaient au peuple '. Le christianisme releva ces âmes dégradées par l'ignorance, et tempéra par sa douceur l'amertume de la conquête. Xavier suivit, l'Evangile à la main, la route que les Portugais lui avaient frayée par leurs armes. En troisans, il avait parcouru les côtes deMalabaret de
(i) Cliristianorum vicos circiiiniens, per Braclinianum aedes transire soleo; at mihi nuper usii venit ut pagodeiuingressus, ubierantBrachniancs ferè ducenti, eorum plerosque Jiabereiu obvios. Multis verbis ultro citi oqne liabilis , qi;aeslvi qiiid ipsis sui dii praecipertnt ad Lealani vUani. Longum certamen... Demùm, commun i consensu, res ad unum ex iis qui ciï-leros aetate anteibat delata est. Tùm ille reapondil deos iis qui ad ipsos ire vcUent duo imperare : i° ut absliaerent caede vaccarum quarujuspecic diicolcreiitur ; a" ul Braclunaiiibusdeorum cuitoribus bénigne facercnt. (F. Xavcrii, cpist., lib. I, cpist. 8.)
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Coromandel; il avait été àMéliapour,où la tradition plaçait le martyre et le tombeau de Saint-Thomas. 11 s'embarqua pour Malaca en r545, et parcourut les îles de la Sonde et lesMoluques, préchant partout les idolâtres dans le dialecte de leur pays, visitant les prisons, se logeant dans les hôpitaux', et laissant sur sa route des collèges et des séminaires. En i548, de retour à Goa, il reçut les derniers soupirs du vainqueur de Cambaye, de Jean de Castro. L'année suivante, il partit pour le Japon, où il lutta contre les Bonzes, comme il avait fait contre les Brahmes, et où il laissa trois mille chrétiens qu'on a retrouvés plus tard animés de la même ardeur. Enfui, rêvant toujours de nouvelles conquêtes spirituelles, il s'en alla mourir dans l'île de Sanciam, en vue des rivages de la Chine où il voulait porter l'Évangile (i552).
Après la mort de Jean de Castro et de François Xavier, l'Inde portugaise n'avait plus qu'à décroître. Déjà même, quelques années auparavant, il s'était manifesté plusieurs symptômes de décadence. Le Portugal était trop faible en Europe pour conser-
(i) Diversor In valetudinario. . . iiidè in custodiain ad vinctos me confero... in oppidis pagisque singulis christianam iiisiitutioiieni ipsorum liiigiiâ conscriptam relinquo. (Lib. I, epist. I et 8 )
SA.INT FRANÇOIS XAVIER. 1x5'
ver, à une pareille distance, d'aussi vastes établissements. Les colonies étaient supérieures à la métropole, et, d'un instant à l'autre, un gouverneur audacieux pouvait se déclarer indépendant. C'est ce qu'on avait pu craindre dès 1 5^6, quand les ordres du roi Jean Illavaient été méconnus dansl'Inde^ et que Lopez de Sampayo avait enlevé le titre de vice-roi à Pierre de Mascarenas. Jean de Castro, en
(i) Chaque vice- roi, en arrivant aux Indes, apportait avec lui ce qu'on apjtelait des successions (successoes) , c'est-à-dire des lettres scellées du roi de Portugal, qui lui nommaient des successeurs en cas de mort ou d'empêchement. En i525, Vasco de Gama , qui élait venu mourir dans l'Inde avec le titre de vice-roi, avait laissé trois successions. La première, ouverte avec les formalités prescrites , donnait le commandement à don Henri de Menessès, qui fut reconnu sans contestation. Menessès mourut lui-même en i526. Alors on ouvrit la seconde succession , qui désignait Pierre de Mascarenas ; mais celui-ci était à Malaca, où il remplissait les fonctions de gouverneur, et, par la saison contraire, il lui fallait près d'un an pour revenir à Goa. Lopcz de Sampayo, gouverneur de Cochin, proposa d'ouvrir la troisième succession, où il espérait trouver son nom. Elle fut ouverte, après quelques débats: Sampayo y était en effet désigné. Il prit en main le pouvoir, mais en promettant de le remettre fidèlement à Mascarenas, aussitôt que ce dernier serait revenu de Malaca. Mascarenas revint en toute hâte, et se présenta devant Cochin, où Sampayo avait fixé le siège du gouvernement. Accueilli à coups de canon, il fut blessé, et tomba aux mains de sou rival. Mais bien-
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complétant la conquête, rétablit l'ordre dans l'administration intérieure. Mais après lui tout marche, dans l'Inde, à la ruine de la domination portugaise. Les gouverneurs, avides de plaisirs et de richesses, traitent les vaincus comme les préteurs romains traitaient leurs provinces. Les missionnaires eux-mêmes, cédant à des passions mondaines, n'imitent pas toujours l'héroïque dévouement de saint François. Chaque jour le désordre fait de nouveaux progrès; et bientôt, dans toutes les parties de l'Inde, la tyrannie et la mollesse ont remplacé la justice et le coin-age, comme l'intolérance a remplacé la charité.
tôt délivré par ses partisans, il consenîit, pour éviter la guerre civile, à soumettre ses droits à l'arbitrage de ti-eize juges, nommés, sous l'influence de Sampayo, par les nobles portugais qui résidaient à Cocliin. Ces juges confirmèrent l'usurpation, et condamnèrent Mascarenas à retourner en Europe. Le roi de Portugal, Jean III, n'osa destituer Sampayo, et donna à Mascarenas un gouvernement en Afrique. (Coûte, Asia, decada IV, liv. II, cap. i-6.)