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breux obstacles quand il voulut tenter une troisième expédition. Ferdinand redoutait alors une invasion française; il s'alliait à la maison d'Autriche, et travaillait à s'établir dans le royaume de Naples. Aussi Colomb ne fut-il autorisé à partir pour son troisième voyage qu'après plus d'une année de sollicitations. L'ardeur des Espagnols s'était bien refroidie en faveur de ces lointaines expéditions ; car, parmi les compagnons de Christophe Colomb, les uns étaient morts victimes du climat ou de la population indienne; les autres étaient revenus découragés, affaiblis par la fatigue et les maladies, et le visage jauni, selon l'expression d'un historien, comme cet or qu'ils avaient été chercher si loin. Colomb eut beau vanter la richesse de ces mines qu'il prenait pour l'ancien Ophir: il fallut suppléer, par un décret royal, aux enrôlements volontaires. Les criminels condamnés au bannissement ou aux galères furent embarqués pour travailler pendant un certain nombre d'années aux mines d'Espanola, et une amnistie générale fut accordée à tous les malfaiteurs qui, dans un délai prescrit, viendraient se remettre entre les mains de l'amiral'. On n'exceptait de cette amnistie que les hommes
(i) Las Casas, ap.. "Washington Irving, liv. IX, chap, 3.
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coupables d'hérésie, de meurtre, de faux moniioyage ou de haute trahison. Ainsi l'Espagne donnait aux autres nations l'exemple de transporter dans le Nouveau-Monde le rebut de la population européenne.
Colomb partit du port de San-Lucar de Barrameda le 3o mai 1/498. Il échapj^a à' une escadre française qui croisait à la hauteur du cap Saint- Vincent, et, après avoir détaché de sa flolle trois vaisseaux qui allèrent droit à Espanola , il gouverna plus au sud qu'il ne l'avait encore fait. Le di juillet, il découvrit File de la Trinité, Trinidad'^j 3i\ec son triple sommet qui s'élevait jusqu'aux nues. Le lendemain il aperçut la Terre- Ferme, qui s'étendait au sud, à une distance de plus de vingt lieues. C'était cette cote basse qui est entrecoupée par les bianches nom])rcuscs de rOrinoco. Mais l'amiral, qui avait pris Cuba pour un continent, prit le continent pour une île, et lui donna le nom d'Ile Sainte, Isla Santa. Il longea la côte que les naturels du pays appelaient Paria; il commença à soupçonner, par la grande quantité d'eau douce qu'il rencontrait, (pie cette côte pouvait bien être un continent, mais toujours
(i) Vie de Colomb, par son fils, chap. 67.
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le continont asinliqno'. Bientôt il découvrit les îles de Margarita et de ('ubagua, plus tard célèbres pour la pécbe des perles, et, après avoir recueilli quelques écbanlilioiis delà ricbesse de ces îles", il arriva, épuisé de fatigues, à Espanola.
Bartbélemy avait eu beaucoup de peine à contenir la colonie pendant l'absence de son frère. D'après les conseils de Colomb, l'adelantado avait transporté la colonie d'Isabelle dans un lieu plus commode, de l'autre côté de l'île. Il avait jeté les fondements de Saint-Domingue, qui donna plus tard son nom à l'île tout entière. Mais les Espagnols étaient très difficiles à gouverner. Un ancien domestique de Cbrislopbe Colomb , Francisco Roldan, que l'amiral avait laissé dans l'île avec le titre d'alcade-major ou de grand-juge, s'était mis à la tête des Espagnols mécontents, et avait soulevé les Indiens contre l'adelantado. La présence même de l'amiral dans la colonie qu'il avait fondée ne
(i) Lettre de Christophe Colomb à Ferdinand et à Isabelle, ap. Washi tiglon Irviiit;.
(9,) Des Kspae;nols envoyés à terre pour reconnaître l'île de Cubagua furent biea reçus des naturels, el obliiMcnl en rji:elque* instants Ir.iis livres pensant ch* ])eries fines pour des i^ielols et qic'qiies inoree.uix de porcelaine cassée. (Cliai Icvoix , Ilist. de Saiiit-1 )(;nilii{;nc, liv. 11.]
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jDut y ramener l'ordre et la paix. Les révoltes conlinuaient toujours : Colomb ne savait quel parti prendre. Tour à tour indulgent et sévère, il vovait avec douleur qu'aucun moyen ne lui réussissait ; toutes les mesures qu'il prenait tournaient contre lui, et le mal empirait avec une effrayante rapidité. Colomb écrivit en Espagne, pour justifier sa conduite et implorer un appui : on lui envoya un commissaire chaiî^é d'examiner son administration, avec pouvoir de le destituer.
Ce commissaire, investi d'une puissance supérieure à celle de l'amiral , était Francisco de Bovadilla, homme violent et jaloux, dont le jugement était formé avant qu'il eût pris terre. « La cause de tout le mal, dit Colomb dans une de ses lettres, c'est que la personne chargée de faire une enquête sur ma conduite savait que, si elle pouvait recueillir quelques chefs d'accusation contre moi, elle serait nommée à ma place '. » Bovadilla, à peine arrivé à Espanola, se conduisit non pas en juge, mais en maître. ÏNon-seulemcnl il prit possession de la forteresse qui était le siège du gouvernement, mais il s'installa sans façon dans la maison de Colomb, qui était absent pour une expédition; il
(i) Lettre de Cliristophe Colomb à dona Junna de la Torre, ap. Washington Irving, liv. XIII, cliap. i.
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s*empara de son or, de ses armes, de ses chevaux, et fouilla jusqu'à ses lettres et ses papiers de famille. Quand l'amiral apprit l'arrivée et la conduite de Bovadilla, il le prit pour un imposteur et un aventurier; mais il ne put en croire ses yeux lorsqu'il lut ces terribles paroles, signées de Ferdinand et d'Isabelle' : « Nous avons chargé le commandeur don Francisco de Bovadilla de vous dire plusieurs choses de notre part; nous vous ordonnons de le croire et de lui obéir. Donné à Madrid, le 21 mai 1499. Moi le Roi; moi la Reine.» A ces noms sacrés ', Colomb courba la tête et se soumit sans résistance, s'efforçant d'étouffer toutes les pensées amères qui se pressaient dans son esprit. Avant même de l'avoir interrogé, Bovadilla ordonna de le charger déchaînes; mais, parmi ses nombreux ennemis, aucun n'osait lui attacher ses fers, «Ce fut un de ses domestiques, son cui-
(i) Isabelle ne pouvait pardonner à Colomb d'avoir réduit en esclavage les Indiens prisonniers de guerre, et d'avoir distribué à SCS compagnons les terres de la colonie avec les hommes rjui If s }inhi\nieiH(^reptiréim/('nlo\). La reine rendit, en i /199, une ordonnance qui prescrivait de ramener dans leur patrie les Indiens vendus cojnnie esclaves en Espagne. Elle voulait que tous les liabilanls des pays dc'couverfs fussent libres et chrclicns. (Las Casas, ap, Washiiiglon Irving, loc. cit.)
(u) Ilisloir» de Colomb) jjar sou lils, cbap. 8\.
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sinier, dit Las Casas, qui riva ses fers, avec autant d'aisance et de sang-froid que s'il lui avait servi quelque mets savoureux, w Colomb fut si maltraité dans sa prison qu'il se croyait destiné à la mort, et il lui sembla renaître à la vie quand on ■vint lui annoncer qu'il allait partir pour l'Espagne. Et pourtant dans quel triste appareil il quitta les bords de l'île dont il était comme le créateur ! entouré de soldats, enchaîné, et livré aux huées de cette populace pour qui le malheur le plus auguste est un spectacle et une consolation. A peine fut-on hors de la vue de Saint-Domingue, que le chef de l'expédition, Alonzo de Vallajo, voulut lui 6ter ses fers; mais Colomb s'y opposa: «Non, ditil, Isabelle et Ferdinand m'ont commandé d'obéir à Bovadilla : c'est en leur nom qu'il m'a chargé de ces fers; je les porterai jusqu'à ce que le roi et la reine ordonnent de m'en délivrer, et je les conserverai ensuite comme un monument de la récompense de mes services. » «En effet, ajoute son fils, il les garda toujours dans sa chambre, et ordonna qu'après sa mort ils fussent renfermés dans son cercueil '. »
Parmi les nombreuses accusations dont Colomb avait été l'objet, il y en avait sans doute quehpies
(i) Histoire de Colomb, par son fils, cbap. 85.
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unes qui n'étaient pas dénuées de fondement. D'abord il pouvait avoir tort, quoique ayant pour lui la rigueur du droit, de tenir à l'exécution complète d'un traité dont certaines parties étaient inexécutables. De plus , la conscience de son génie , des grandes choses qu'il avait accomplies , et le souvenir des épreuves qu'il avait traversées avaient donné à son caractère quelque chose d'âpre et d'impérieux, qui blessait les gens médiocres dont il était environné. On pouvait bien lui reprocher d'être jaloux, plus qu'il ne convenait à un tel homme , d'argent , de privilèges et de dignités ; de trop chercher à faire tourner ses découvertes à son profit et à celui de sa famille. Il avait appelé ses deux frères à Espanola, il partageait avec eux les richesses et le commandement ; il voulait faire une part encore meilleure à ses fils et à leurs descendants. C'étaient là des sentiments naturels et légitimes , mais auxquels Colomb se livrait peut-être avec trop d'abandon. Enfin ce qu'on pouvait surtout lui reprocher, c'était , il faut le dire, son peu d'habileté politique. Accoutumé aux recherches de la science , capable de lutter au besoin contre les hommes , il ignorait l'art de les gouverner, et il n'était plus capable de faire un apprentissage aussi difficile. Il avait environ cinquante-six ans lorsqu'il découvrit l'Amérique : à cet
âge il était trop tard pour se faire homme politique. Il fallait rester ce que la nature et l'éducation l'avaient fait, le premier des navigateurs. Son ambition et les circonstances l'entraînèrent dans une sphère qui n'était pas la sienne : il y trouva des écueils bien autrement terribles que ceux qu'il avait autrefois bravés, il s'y brisa.
Cependant, s'il avait quelques torts, fallait-il les lui faire expier avec une telle rigueur? fallait-il le traiter aussi outrageusement sur le théâtre même de sa gloire ? L'émotion fut générale à Cadix lorsqu'on aperçut dans le port ce vaisseau qui portait Colomb enchaîné (i5oo). La cour était à Grenade, et, quand on eut appris ce qui s'était passé, des murmures d'indignation ébranlèrent les voûtes de l'Alhambra'. Isabelle ne put s'empêcher de verser des larmes, à la lecture d'une lettre que l'amiral avait écrite à une des dames les plus puissantes de la cour, dona Juana de laTorre. Dans cette lettre, Colomb avouait ses fautes avec candeur, et demandait grâce avec dignité. Il faisait valoir avec raison les circonstances difliciies dans lesquelles il s'était trouvé. «On me juge, dit-il, comme un gouverneur chargé d'administrer une ville policée, docile à l'empire des lois, oùj tout
(i) Wasliiugton Irving,IiT. XIV, chap. X.
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n'est pas livré à l'abandon et comme au pillage ; mais il faut songer que j'étais envoyé pour soumettre un peuple ennemi, n'ayant rien de commun avec nous pour la religion ni pour les mœurs, ne vivant pas comme nous dans des villes régulières, mais disséminé dans les forêts et sur les montagnes... Si j'ai commis des fautes , elles ne viennent point d'intentions coupables, et j'espère que Leurs Altesses m'en croiront sur ce point. Je les ai toujours vues clémentes, même pour des offenses volontaires , et je suis convaincu qu'elles ne seront pas moins indulgentes pour moi, qui n'ai failli que par ignorance ou par compassion ( on l'accusait d'avoir plusieurs fois traité avec les rebelles , au lieu de les réduire ). J'espère qu'on me pardonnera en faveur de mes grands services, dont les avantages deviennent de jour en jour plus sensibles '. »
Isabelle et Ferdinand n'attendirent pas les documents que pouvait envoyer Bovadilla ; ils adressèrent à Christophe Colomb une lettre conçue dans les termes les plus affectueux, où ils lui exprimaient leurs regrets de ce qu'il avait souffert, ïls l'invitèrent à se rendre à la cour, et ordonnè-
(i) Lettre de Colomb à dona Juana de la Torre, ap. Washingtoa Irving, loc. cit.
rent qu'il lui fût compté deux mille ducats, pour qu'il pût y paraître d'une manière conforme à son rang. Colomb saisit avec joie cette occasion d'imposer à ses ennemis : il vint à la cour, vêtu avec magnificence et escorté d'une suite nombreuse. La reine le vit approcher avec émotion : ses malheurs l'avaient rendu aussi vénérable que son génie. L'amiral, voyant rouler quelques larmes dans les yeux d'Isabelle , se laissa tomber à genoux , et pendant quelques instants la violence de ses pleurs lui ôta l'usage de la parole \
Mais les pleurs sèchentvite: lalutle recommença bientôt. Ce que voulait Colomb, ce n'était pas seulement d'être acquitté des accusations qui pesaient sur sa tête, c'était d'obtenir satisfaction de ses ennemis, et surtout d'être réintégré dans tous ses honneurs et privilèges. Quel plaisir de retourner vice-roi à Saint-Domingue, et de confondre Bovadilla par l'éclat de son nouveau triomphe ! Mais il comprit bientôt qu'un tel bonheur ne lui était pas réservé. Tout en l'accablant de promesses et de compliments, le roi et la reine étaient décidés à ne point lui rendre le commandement de la colonie. Bovadilla fut révoqué, mais un nouveau gouverneur fut nommé : c'était Nicolas d'Ovando,
(x) Hcrrera, decad. ï, liv. IV, cap. 10.
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commandeur de l'ordre d'Alcan tara, homme prudent et sévère , qui aimait le pouvoir et qui savait l'exercer. Il eut bientôt rétabli l'ordre dans Espanola. Il réprima la licence des Espagnols, et, d'après les ordres d'Isabelle , il déclara les Indiens sujets libres de l'Espagne (iSoa). Bovadilla en avait fait faire le dénombrement, et les avait donnés comme esclaves à ses créatures. Ovando décida que le travail des Indiens serait volontaire, et qu'on ne pourrait exiger d'eux aucun service gratuit '. Le nouveau gouverneur limita les énormes bénéfices que les particuliers tiraient de l'exploitation des mines. Tout l'or dut être porté dans un seul endroit, où il était fondu par des officiers royaux qui en retenaient la moitié pour la couronne de Castille '.
En apprenant la nomination d'Ovando, Colomb était tombé dans une profonde douleur. Ce fut
(i) Roberlson, Hist. de l'Amérique, liv. IL
(a) Sous l'ailmiiiislration de Colomb, le tiers du produit des mines était retenu pour la couronne. Bovadilla n'en avait retenu que le onzième; mais les Indiens étaiont alors soumis à des corv(!es au-dessus de IcMirs forces, el le onzième sons Bovadilla rapportait plus à la eouronne que le tit-rs sous Colomb. Aussi la population ne pouvait-elle suffire à de tels travaux, et elle commençait à diminuer d'une manière effrayante. (Las Casas, brevissiraa relacion de la destruycion de las Indias.)
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alors qu'il songea sérieusement a l'accomplissement d'un vœu formé depuis long-temps, h la délivrance du Saint-Sépulcre. Mais pour conquérir le tombeau du Christ il fallait une armée, et pour lever une armée il fallait de l'argent: Colomb n'en avait point, même pour les besoins de sa famille. Il proposa son nouveau plan à Ferdinand; mais, malgré son titre de roi catholique, ce prince était plus occupé des mines du Nouveau-Monde que des souvenirs de la Terre-Sainte. En voulant recommencer les croisades au seizième siècle , Colomb montiait combien il connaissait peu l'esprit de son temps et la situation politique de l'Europe. Au reste, on peut remarquer que la plupart des hommes supérieurs, après de grands desseins accomplis , en ont rêvé d'inexécutables. C'est une sorte de chimère à laquelle ils s'attachent quand leur mission est achevée, quand ils sont entrés dans la période de décroissance; car tout décroît ici-bas, même le génie.
Il ne restait plus à Colomb qu'à mourir dans un coin de l'Espagne. Cependant il se sentit encore la force de vivre et de découvrir. A soixante-six ans il va se livrer de nouveau aux chances de la mer: il part de Cadix le 9 mai \5oi. Dans celle quatrième expédition , qui lut la dernière , son but était le nouveau Continent, qu'il avait touché sans
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le savoir, et dont le fleuve Orinoco lui avait fait soupçonner l'existence. Quand il fut arrivé près des lieux qu'il voulait explorer, le vent s'éleva avec furie, le ciel devint sombre, et tout fit présager une tempête au vieil amiral. C'était là un de ces combats dont il était accoutumé à sortir vainqueur; mais un de ses vaisseaux n'était pas en bon état , et, pour le changer, il voulut toucher à Espanola. Peut-être cédail-il au plaisir de revoir encore une fois sa colonie avant de mourir. Le nouveau gouverneur Ovando lui en ferma l'entrée, au nom du roi. En échange de ce cruel refus , Colomb lui donna un bon conseil : c'était de retarder le départ d'une flotte de dix-huit vaisseaux qui mettaient à la voile pour l'Europe. On ne voulut pas même de son conseil : la flotte partit, et périt presque tout entière, avec BovadiUa, Roldan elles plus ardents ennemis de l'amiral, dont les flots firent ainsi justice '.
Colomb , qui par sa prévoyance avait sauvé son escadre , découvrit l'ile de Guanaga, qu'il appela l'île des Pins, à quelques lieues de la côte de Honduras. De là il gouverna au sud vers la Terre-Ferme, et longea le continent depuis le cap de Gracias-a- Dios jusqu'au havre de Porto-Bello. Il revint en-
(i) EUtoire (Iq Colomb, par son fils, chap. 88.
suite sur ses pas à la côte de Veraguas, qu'il a\ait déjà reconnue. Il n'y a pas plus de trente lieues de Porto-Bello à Veraguasj mais Colomb rencontra tant d'obstacles dans cette courte traversée, il y éprouva des tempêtes si fréquentes, qu'il laissa à cette partie du continent le nom de côtedesContrariétés^. Il y avait perdu un de ses vaisseaux. Il essaya de former un établissement sur les bords de la rivière de Belem, espérant trouver dans ce pays des mines d'or plus abondantes que celles d'Espanola (i5o3); mais, après une lutte acharnée contre les indigènes , il fut réduit à quitter le pays. Il revint à Porto-Bello , où il fut obligé d'abandonner une de ses caravelles, qu'il était impossible de maintenir à flot. Avec les deux qui lui restaient, il poursuivit courageusement le cours de ses découvertes, et s'avança jusqu'à l'entrée du golfe de Darien. Mais bientôt, alarmé du mauvais état de ses navires et de la détresse de ses mate- . lots, il renonça à suivre la Terre-Ferme, et se dirigea vers Espanola. Une violente tempête heurta ses deux caravelles l'une contre l'autre, et les mit hors de service. Il fut réduit à échouer sur la côte de la Jamaïque , en attendant que le ciel lui en-
(i) Histoire de Colomb, par son fils, cLap. 54. — Washington Irving, liv. XV, chap. 6.
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voyât de nouveaux navires pour le reconduire dans son pays. Heureusement deux hommes de l'expédition , un Espagnol , Diego Mendez, et un Génois, Barthélémy Fiesco, se dévouèrent pour le salut commun * ; ils partirent sur deux canots donnés par les naturels , et, à travers mille périls, allèrent implorer du secours à Saint-Domingue. Ovando les reçut avec sa dureté ordinaire : il était alors occupé à compléter la conquête de l'ile, par la réduction du cacique de l'Higuey. Cependant, après huit mois , Mendez et Fiesco revinrent à la Jamaïque avec un vaisseau qu'ils avaient acheté dans la colonie. Colomh, qui dans l'intervalle avait lutté contre la faim et les révoltes de ses compagnons, put enfin retourner en Europe, pour y mourir dans l'oubli et dans la pauvreté.
En touchant l'Espagne (i5o4), Colomb trouva le désordre dans ses affaires. « Après vingt ans de services, écrivait-il à son fils, je ne possède pas en Espagne un toit pour abriter ma tète. Si je veux manger ou dormir, il faut que j'aille dans une auberge, et la plupart du temps je n'ai pas de quoi payer ma dépense. » La reine , sur laquelle il avait compté, était morte avant son retour. Après avoir vainement imploré la justice de Ferdinand, il se
(1) Histoire de Colomb, par son fils, chap. 100 et suiv.
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retira à Valladolid. Le jeune roi et la jeune reine de Castille , Philippe et Jeanne , lui envoyèrent de bienveillantes promesses; mais ces promesses ne se réalisèrent point assez tôt. Les forces de Colomb étaient épuisées : il mourut le 20 mai i5o6, à l'âge de soixante-dix ans. Ses restes furent enterrés avec pompe dans la cathédrale de Séville , et le gouvernement espagnol fit graver sur sa tombe l'immortel souvenir de sa découverte *. Le corps de Christophe Colomb a été plus tard transféré dans la principale église de Saint-Domingue; il en a été exhumé à la fin du dernier siècle (1796), pour être transporté à la Havane, où il est encore *.
Dans son testament, qui nous a été conservé, Colomb s'occupait encore de transmettre à son fils Diego les titres d'amiral et de vice -roi des Indes, qu'il avait tant regrettés pendant sa vie. Il recommandait à son fils de signer toujours l'amiral, pour ne point laisser prescrire ses droits, et de réclamer sans cesse les biens et les privilèges attachés à cette dignité. C'était à qui dépouillerait
(i) A Caslilla y a Léon
Nucvo mundo diô Colon.
(Vin de Colomb, par sou fils, cliap. 108 et dcrn.)
(a) Wasliiugton Irviug, Histoire de ClnistO])lie Colomb, Appendice n" i.