CHAPITRE IV
Idée générale du Nouveau-Monde. — Progrès de la conquête espagnole. — Las Casas défenseur de la liberté des Indiens. — Fernand Cortez. — Etablissement des Espagnols au Blexique.
Avant de suivre les Espagnols dans la conquête de l'Amérique, il est nécessaire de jeter un coup d'œil général sur l'ensemble du nouveau continent, sur la nature du sol, et sur l'état social des peuples qui l'occupaient. A la première vue, ce qui doit frapper nos regards , c'est l'immense étendue de l'Amérique. Ce vaste continent, qui touche en quelque sorte les deux pôles; et qui peut ainsi comprendre , avec tous les climats, les différentes productions qu'ils font éclore, forme seul le tiers de la terre habitable. La nature y semble plus grande et plus majestueuse que dans l'ancien continent. Les montagnes de l'Amérique, plus hautes que celles des autres parties du globe, ne le cèdent qu'à quelques sommets de l'Asie centrale ; et la plaine même de Quito , qui peut être regardée comme la base des Andes, est plus élevée au-dessus du niveau de la mer qu'une
grande partie des Pyrénées. Aussi cette admirable chaîne des Andes conserve-t-elle, sous les feux de la zone torride, sa couronne de neiges éternelles. En tout pays les masses d'eau sont proportionnées aux montagnes d'où elles descendent : aussi les fleuves de l'Amérique ressemblent-ils à des bras de mers , et ses lacs à des mers intérieures.
Malgré la supériorité de ses proportions , le continent américain paraît être sorti des eaux en même temps que le nôtre ; son état actuel porte la même date. Les naturalistes qui ont examiné la constitution géologique de l'Amérique, y ont observé le même gisement de terrains, la même succession de couches pierreuses que dans notre hémisphère. M. de Humboldt a trouvé au sommet des Andes des pétrifications de coquilles pélagiques. Des ossements fossiles d'éléphants sontépars dans les régions équinoxiales. Là, comme chez nous, des générations d'espèces détruites sont ensevelies au sein de la terre qui les a portées. Dans ses traditions allégoriques, l'habitant du Mexique a conservé le souvenir d'un déluge , connue dans notre continent l'Indien et le Chinois, l'Hébreu et l'Égyptien'.
(i) M. de Humboldt a cité dans son grand ouvrage la tradition des Mexicains sur le dc'luge, telle cju'cUe a été recueillie
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Rien ne nous autorise à penser que l'existence de l'homme soit plus ancienne en Amérique que dans notre continent; mais d'où sont \enus, dans l'origine, les hommes qui ont peuplé cet autre monde? Voltaire n'hésite point à trancher la question, et trouve même singulier qu'on l'ait posée. « Si l'on ne s'étonne pas, dit-il, qu'il y ait des mouches en Amérique, c'est vnie stupidité de s'étonner qu'il y ait des hommes... On ne s'avise point de penser que les chenilles et les limaçons d'une partie du monde soient originaires d'une autre partie; pourquoi s'étonner qu'il y ait en
sur les lieux mêmes, en i556, par un dominicain esjiagnol nommé Pedro de Jos Rios : « Avant la grande inondation qui eut lieu quatre mille huit ans après la création du monde, le pays ce Anahuac (ancien nom du Mexique) était habite' par des géants. Tous ceux qui écliappèrent à la mort furent transformes en poissons, à l'exception de sept qui se réfugièrent dans des cavernes. Lorsque les eaux se furent écoulées, un de ces géants, Xelliua, surnommé l'architecte, construisit une colline artificielle en forme de pyramide-... IMais les dieux foudroyèrent cet édifice, dont la cime devait atteindre les nues; l'ouvrage resta interrompu, et fut consacré plus tard au dieu de l'air, Quctzalcoat. » Celle colline pyramidale subsiste encore aux environs de Cholulla; mais à la place de l'atitel du dieu de l'air, on a élevé une chapelle à Notre-Dame dti Bon-Secours. (Vues et monuments des peuples indigènes de l'Amérique, t. I.)
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Amérique quelques espèces d'aniaiaux, quelques races d'hommes semblables aux nôtres*?» Avec ce système, partout où l'on trouverait des hommes, on les regarderait comme enfants du sol, comme autochthones, selon l'expression des Grecs, et l'on ne tiendrait aucun compte des migrations de peuples les mieux prouvées par l'histoire. Robertson, qui n'a pas regardé cette question comme indigne d'être discutée , pense que l'Amérique a été primitivement peuplée par les hordes scytliiques qui habitaient à l'extrémité orientale de l'Asie. Il fonde cette opinion sur la faible distance qui, de ce côté, sépare les deux continents, et en même temps sur le portrait que les Mexicains ont tracé de leurs ancêtres; portrait qui s'applique assez bien aux tribus nomades de l'Asie orientale \ Robertson ne donne cette opinion que comme une conjecture; mais la question a été approfondie par plusieurs savants modernes, et l'hypothèse de l'historien a pris un nouveau caractère de probabilité. Il a été démontré que plusieurs peuples de l'Amérique septentrionale, les Esquimaux, par exemple, présentaient dans leur^
(i) Voltaire, Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, chap. 146.
(a) Robertâon, Histoire de l'Amérique, liv. IV.