‹ Histoire de l'Europe au 16e siècle (volume 2)Chapitre 21 sur 48 · FER N AND CORTÈS. ^OQ · texte numérisé non relu

FER N AND CORTÈS. ^OQ

échapper à la défiance du gouverneur, était alors à la Havane. Là, entouré de ses soldats qui le chérissent, il brave son ennemi, et part le lo février i5i9; il s'avance à la conquête de cet empire dont Grijalva avait appris l'existence aux Espagnols. Pour une telle expédition, il avait onze vaisseaux, six cent dix-sept hommes dont cinq cent huit soldats, seize chevaux, et dix pièces d'artillerie de campagne *.

Cortès relâche dans l'île de Cozumel;, où il rachète des Indiens un Espagnol, Jérôme d'Aguilar, qui avait été huit ans leur prisonnier, et qui par conséquent pouvait servir d'interprète. De Cozumel , il se dirige sur Tabasco. Les naturels, vaincus en plusieurs combats, se reconnaissent sujets du roi de Castille, et donnent à Cortès des provisions, de l'or et vingt femmes esclaves. L'une de ces esclaves était remarquable par sa beauté : Fernand l'appela Dona Marina^ et elle devint sa maîtresse et son conseil. A Saint -Jean d'Ulloa, île tout-à-fait voisine de la côte, Cortès reçut une ambassade du souverain qui régnait au INIcxique, de Montézuma. Ce prince faisait demander le sujet de l'expédition : l'Espa-

(i)Tî. Dia/., Historia verdadera de la conquisfa de la Nucva- Espana, ap. Robcrtson, Histoire de l'Amcrique, liv. V. ». i\

gnol répondit qu'il venait avec des sentiments d'amitié, et, pour mieux prouver cette amitié, dès le lendemain il prit terre au Mexique. Les habitants aidèrent à son débarquement. Il annonça aux deux chefs de l'ambassade que Charles d'Autriche, le plus puissant monarque de l'Est, l'avait député auprès de Montézuma, et il demanda à être conduit vei-s le prince. Montézuma, instruit de ce qui s'est passé, envoie des présents magnifiques pour Charles d'Autriche et son lieutenant; mais il invite les Espagnols à se retirer. Cortès s'obstine à rester sur cette terre, qu'il regarde déjà comme une province espagnole.

Montézuma aurait pu prendre un parti violent; mais le vaste empire qu'il gouvernait chancelait depuis long -temps sur ses vieux fondements. Plusieurs provinces avaient rompu les liens qui les unissaient au Mexique, et il s'était répandu dans le peuple un vague pressentiment de la chute de l'empire. Les peuples sont quelquefois avertis de leur fin, comme les individus, par des indices qui ne les trompent point. C'était une opinion universelle parmi les Mexicains que leur pays était menacé d'une grande calamité, et qu'il serait soumis par une race de conquérants veims de l'Est. Montézuma, n'osant pas combattre, prit le parti, de »égocier. Dès ce mdiiieiit , il fut

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perdu ; car il y a un instant où il faut agir, et qu'on ne retrouve plus quand on l'a laissé échapper. Et pourtant Cortès n'était pas encore très redoutable : parti de la Havane malgré son chef, il se trouvait dans une situation foit critique. A la nouvelle de son départ, Velasquès furieux lui avait enlevé tous ses titres , et avait menacé des plus terribles châtiments tous ceux qui l'accompagnaient. Or, Velasquès avait des partisans dans la petite armée de Cortès, et ceux-là étaient d'avis de retourner à Cuba*. Fernand s'appuie adroitement sur cet esprit d'aventure et cette soif de richesses qui dévorent le plus grand nombre de ses soldats. Au lieu de retourner tristement à Cuba, où à peine débarqué il aurait été mis aux fers et de là peut-être traîné à l'échafaud, il commence par fonder une ville, Villa- Rica de la Fera-Cruz, sur le golfe du Mexique. Puis, pour donner à son autorité, contestée par Velascjuès, une apparence de légalité, il établit au nom du roi, dans la nouvelle ville, un conseil souverain et des magistrats qui lui sont dévoués. Il dé])ose son autorité entre les mains de ce conseil, et se retire dans sa lente. Le conseil ne larde pas à venir l'y trouver, cl lui déclare (ju'au nom du roi ca-

(i) UciTCra, dccad. II, lib. V, cap. G.

tholiqiie, la ville de la Vera-Cruz l'a nommé gouvernem^ de la colonie et général en chef de l'armée. C'est alors que Cortès détruit ses vaisseaux, et ne laisse à ses soldats d'autre ressource que leur audace'. Tandis que le souverain du Mexique hésitait au milieu de ses trésors et de ses gardes , le chef des Espagnols était dans une de ces situations désespérées où les hommes de cœur font les plus grandes choses, et où, n'ayant rien à perdre, ils hravent tout sans balancer.

Cortès laisse cent cinquante hommes à la Vera- Cruz, et s'avance dans l'intérieur de l'empire sans rencontrer de résistance. A Çempoal, situé à quatre lieues de la Vera-Cruz, le peuple, qui supportait impatiemment la tyrannie de Montézuma% salua les Espagnols comme des libérateurs, et leur four-

(i) « Je me suis décide à faire échouer sur la côte les navires qui étaient dans le port, sous prétexte qu'ils n'étaient plus propres à la navigation. J'ai détruit par là tout complot, et j'ai ôlé à ceux qui avaient envie de me quitter les moyens de réaliser leur projet. » (Correspondance de Fernand Cortès avec l'empereur Charles-Quint, traduite de l'espagnol par le vicomte de Flavigny, lettre I.)

(2) « Iiislrnits de la puissance de Votre Majesté, ils m'adressèrent leurs jjlaintes contre Monlt'zunia , qui faisait enlever leurs enfants pour les sacrifier à ses idoles. » (Correspondance de Fernand Cortès, lettre I.}

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nit des provisions et des auxiliaires. Cortès s'avança sans obstacle jusqu'aux frontières des Tlascalans. Les ïlascalans, qui formaient une sorte de république fédérative, étaient alors révoltés contre le Mexique, dont ils avaient été tributaires. Quoique ennemis des Mexicains, ils rejettent les propositions des Espagnols; car ils voulaient s'appartenir à eux-mêmes. Ils combattent bravement; mais la tactique européenne l'emporte. Leurs magiciens prétendent que les Espagnols, fils du soleil , doivent toute leur puissance à la présence de leur père, et qu'on les vaincra si on les attaque de nuit. Les Tlascalans attaquent de nuit, et sont battus comme en plein jour. Ils sacrifient aux dieux une partie de leurs magiciens, et font leur soumission à Cortès, dont ils deviennent les auxiliaires. Cortès voulait détruire leurs idoles; mais, d'après le conseil de l'aumônier de l'armée, Barthélémy d'Olmedo, il se borna à leur interdire les sacrifices humains '. Il continua sa marche, acconqiagné de six mille Tlascalans; il triompha des habitants de Cholula, la ville sainte du Mexique, et, dès le commencement de novembre, il était arrive

(i) B. Dinz (îcl Castillo, Historla vcrdadera de la conqulsla de la Niieva-Espana.

aiZf LIV. I, CHAP. Iv.

devant la capitale de l'empire, 3/exico, ou plutôt 1 enochtitlan , comme l'appelaient les habitants di pays '.

La \ille était située au centre du pays, sur un pi Ueau qui domine à la fois le golfe du Mexique et le grand Océan. Elle avait été bâtie, en iSaS, dans la partie orientale du lac de Tezcuco. On y arrivait par trois chaussées, construites sur des bas-fonds. On peut en voir une description fidèle dans la correspondance deCortès". Montézuma laissa entrer les Espagnols, et, loin de s'irriter d'une visite qu'il avait pourtant voulu empêcher, il les logea dans un de ses palais. Une victoire aussi facile et un accueil aussi amical devaient faire soupçonner quelque piège secret, quelque complot prêt à éclater. Cortès n'était pas tranquille, malgré l'espèce de culte dont il était environné lui et les siens. En effet, si les Mexicains avaient pris les armrîs, qu'aurait pu faire une poignée d'Espagnols dans une ville de soixante mille âmes, entourée d'eau de tous côtés? Pour comble d'inquiétude, on aj)prit que la Vera-Cruz avait été attaquée par

(i) Ilumlioldt, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, liv. II, cliap. G.

(i) Correspondance de Fernand Cortès avec Charles-Quint, lettre I.

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un général mexicain , Qualpopoca, qui avait sans doute des instructions secrètes. Il y avait eu trois ou quatre Espagnols de tués ; la tête de l'un d'eux avait été portée à Montézuma. Alors Cortès conçoit le projet le plus audacieux qu'on puisse imaginer : il court au palais, suivi de cinquante Espagnols, et de dona Marina qui lui sert d'interprète; il déclare que le chef des Mexicains est son prisonnier. La jeune Indienne, qui s'est associée à la fortune de Cortès, répète dans la vieille langue du pays l'arrêt du conquérant européen. Le peuple reste muet; les gardes sont frappés de stupeur; Montézuma lui-même n'essaie pas de se défendre, et courbe la tête comme devant la nécessité ; il se laisse entraîner au quartier des Espagnols, où Cortès le fait enchaîner'. Le général qui avait attaqué la Vera-Crux, son fils et cinq de ses officiers sont conduits à Mexico et brûlés vifs. Montézuma, pour recouvrer sa liberté et une ombre de pouvoii-, se reconnaît vassal du roi deCastille'. C'était le moment

(i) Herrera, décad. II, lib. VIII, cap. t..

(">.) Cortex a conscrvr los parolos adressées par Montf'zmna à tousses caciques n'unis : « Obéissez désormais à ce grand roi, votre souverain naturel, et au ca])Itainc qui le représente comme vous m'avez obéi jusqu'à ce jour; payez-lui tous les impôts que vous m'avez payes jusqu'ici : c'est le plus grand plaisir que vous puissiez me faire. » (Cortès, lettre I.)

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OÙ Charles d'Autriche, de Bourgogne , de Castille et d'Aragon était porté au trône impérial par le choix des électeurs (iSao).

Après avoir prêté serment d'obéissance àla couronne espagnole, Montézuma et ses caciques donnèrent une partie de leurs richesses à leur nouveau suzerain. L'or et l'argent fondus s'élevèrent à la somme de 600,000 pesos (environ 2,5oo,ooo 1.) sans compter les bijoux et ornements de toute espèce qui furent conservés pour la beauté du travail. On mit à part un cinquième pour le roi; Cortès en eut aussi un cinquième; le reste fut partagé entre les troupes, y compris la garnison de la Vera-Cruz, tant officiers que soldats, à proportion de leur rang. La part de chaque soldat ne dépassa point cent pesos'.

L'empereur était vaincu : il restait à vaincre les dieux. Cortès voulait renverser les idoles du grand temple, et ses scrupules religieux le pressaient d'autant plus dans cette circonstance que plusieurs de ces idoles étaient d'or massif. C'était une entreprise aussi sainte que lucrative : on s'y mit avec ardeur. Mais alors le peuple s'émut, à la vue de ses dieux qui allaient tomber comme son prince; il prit les armes pour défendre ses idoles, et le

(1) Robcrison, Hisloirc de l'Ainriiquc, liv, V.

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nioiivement, en devenant général, pouvait être funeste aux Espagnols. Cortès sut s'arrêter à propos : il était entouré de nombreux périls , auxquels il fallait faire face en même temps. Velasquès, qui avait appris les succès de Fernand et qui n'en était que plus acharné contre lui, avait envoyé, pour lui enlever sa conquête et s'assurer de sa personne, une flotte de dix-huit vaisseaux,avecbuitcentsliommes d'infanterie, quatre-vingts chevaux et douze pièces de canon. Cortès ne perd pas courage, il laisse à Mexico cent cinquante hommes : ce n'était pas trop pour en garder soixante mille; et il marche à la rencontre des Espagnols envoyés contre lui. Narvaës (c'était le nom du commandant que Velasquès avait chargé de l'expédition ), est surpris la nuit dans le pays de Çempoal; il est blessé et fait prisonnier, il y a un moment où tout seconde les grands hommes, où la fortune est avec eux, et où ils se font des armes des obstacles mêmes qu'on a cherché à leur opposer. Ainsi Cortès traite avec les soldats qui avaient mission de l'arrêter, et les incorpore dans les rangs de sa troupe; il a désormais mille Espagnols sous ses ordres, et Velasquès, en voulant lo combattre, n'a liiit que lui envoyer du renfort.

Ce renft)rt était arrivé fort à propos; cai-, pendant l'absence de (briès, les Mexicains s'élaicnl

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soulevés, poussés à bout par l'avarice et la cruauté de ceux qui les gardaient; ils avaient, à plusieurs reprises, assiégé les Espagnols dans leur quartier. Cortès revint en toute hâte à Mexico, et lutta de toutes ses forces contre les hostilités des habitants. Mais ce peuple, comprenant qu'il s'agissait de son existence, combattait avec toute l'énergie du désespoir. Monlézuma lui-même, qui n'était plus que l'esclave des Espagnols, ne put calmer la fureur de ses sujets, et fut blessé par eux à coups de Hèches. Ce malheureux prince déchira l'appareil que les Espagnols avait mis sur sa blessure, et mourut fidèle au culte de son pays. La rage du peuple était à son comble : Cortès reconnut bientôt la nécessité d'abandonner la place. Les Mexicains voulurent s'opposer à son départ : il fallut combattre avec fureur pour se frayer un passage. La perte des Américains fut immense ; ils se précipitaient comme des insensés contre les-mousquetsetles canons. «Ils me déclarèrent, dit Cortès, qu'ils étaient prêts à mourir tous pour nous achever, queje pouvais voir les terrasses, les rues et les places pleines , de monde, et qu'ils avaient calculé qu'en perdant vingt-cinq mille hommes contre un, nous finirions les premiers' ». Cortès sortit de la ville; mais il

(i) Correspondance de Fernand Cortès, lettre I.

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avait perdu deux cents hommes et quarante-six chevaux.L'ennemiavait rompu toutes les chaussées qui traversaient le lac : Cortès fut réduit à gagner la ten-e ferme à la nage', et fit des efforts héroïques pour sauver ses compagnons. L'artillerie fut perdue dans la retraite, ainsi que les munitions, les bagages, et la plus grande partie des trésors que les Espagnols avaient enlevés aux Mexicains.

Mais, après six jours d'une marche difficile et péiilleuse, Cortès prit une éclatante revanche dans la plaine à'Otumba, sur la route de Mexico à Tlascala. Les Mexicains l'attendaient avec des forces considérables. La bataille fut sanglante, et le lenain vivement disputé; mais le génie et les armes de l'Europe triomphèrent. Les Mexicains, dans cette grande journée, portaient l'étendard sacré auquel était attaché le sort de l'empire. Cortès renversa d'un coup de lance le général devant lequel on le portait. Un Espagnol, s'étant précij)itéde son cheval, acheva le général et enleva l'étendard. De ce moment, ce ne fut que confusion et terreur parmi les Mexicains, et Cortès eut la victoire. Le lendemain, il entra dans un pays ami, sur le territoire des Tlascalans '.

(i) Corrrspondanrr de Frrnand Cortrs, lettre I. (a) Correspondance de Fernand Cortès, loc. cit. — B. Diaz et Gomera, ap. Robcrtson, Histoire de l'Amcriquc, liv. V.

Loin de se reposer de ses fatigues et de ses dangers, Cortès se prépare à reconquérir le pays qu'il a perdu. Il resserre son alliance avec les Tlascalans, en leur prodiguant les richesses recueillies à Otumba. Il envoie des hommes de confiance demander des renforts, non à Cuba, où Yelasquès aurait triomphé de ses revers, mais à la Jamaïque et à Espanoia. Il tire des magasins de la Vera-Cruz des munitions et plusieurs pièces d'artillerie. Il fait préparer, dans les montagnes de Tlascala une douzaine de brigantins qui lui serviront à se rendre maître du lac et des abords de la ville. Enfin, six mois après sa retraite, le 28 décembre 1 Sao, il se met en marche vers Mexico.

Après la mort de Montézuma, les premiers de l'empire avaient élevé au trône son frère Quetlavaca, qui se recommandait auprès d'eux par son courage , ses hautes qualités et surtout sa haine contre les Espagnols. Il répara les fortifications de la ville, perfectionna les armes des Mexicains, et, pour animer leur courage à la défense du pays, il promit qu'après la victoire il n'y aurait plus d'impôts. Mais, au milieu de ces préparatifs de défense, il mourut de la petite vérole, maladie nouvelle en Amérique'. Il fut remplacé par

(i) Robrrtson, Histoire de rAmcrique, liv. V.

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