‹ Histoire de l'Europe au 16e siècle (volume 2)Chapitre 25 sur 48 · CONQUÊTE DU PÉROU · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DU PÉROU

arbres d'or dans les jardins et jusqu'à des grenier* remplis de grains d'or, le peuple mal velu, mal logé, mangeait des viandes crues et mêlait la terre à ses aliments'.

En 1 532, à l'arrivée de Pizarre, la discorde ajoutait encore à la misère des Péruviens. Trois ans auparavant, le douzième successeur du fondateur derempire,HuanaCapacélailmoit. 11 avait doublé l'étendue de ses états, par la conquête du royaume de Quito; mais, au mé|)ris de l'ancienne loi, il avait épousé la (ille du roi vaincu. En mourant il avait laissé le trône des Incas à son fils aine, Huascar, né d'une prernière fenmie du sang royal, et le royaume de Quito à Alaliualpa, qu'il avait eu de la fille du roi décliu. Ce partage de la monarcbie excita de vifs n)urmures parmi le peuple de Cuzco. Iluascar, profilant de ces dispositions, voulut faiie renoncer son frère au trône de Quito. Mais Atliabualpa, qui s'était allacbé la plupart des soldats, marcha liardiment contre son frère, et fut vainqueur. Il le fit prison nier, et lui laissa la vie, poui- donner des ordres en son nom. Du reste, il entreprit d'exterminer couq)lélenicnl la race royale. Ainsi les incas se détruisaient eux-mêmes par des (juerelles

(i) Zarate, Ilistoiia dcl descdbriinirnlo y conquisla de la provincia del Peru, lib. I, cap. lo cl 1 1.

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intestines, quand les Espagnols se présentèrent pour les mettre d'accord en les asservissant. Partout c'est la guerre civile qui ouvre la porte à la conquête étrangère.

Comme Fernand Cortès au Mexique, Pizarre pénètre sans obstacle jusqu'au centre de l'empire. Il se dirige sur Caxamalca^ où se trouvait alors Atabualpa^; il traverse pour y parvenir des défilés qu'une poignée d'hommes aurait pu défendre. A l'exemple de Cortès, il se don ne comme ami, comme allié, et l'inca lui envoie des présents. Pizarre demande une entrevue : Atabualpa s'y rend selon l'étiquette péruvienne, porté par ses principaux courtisans sur une espèce de trône orné d'or, d'argent, de pierres précieuses et de plumes de diverses couleurs. L'inca avait bien tort d'étaler ainsi ses ricbesses; mais il était loin de prévoir ce qui allait arriver. Derrière lui, plusieurs des grands de l'empire étaient portés avec le même appareil. Des troupes de cbanteurs et de danseurs accompagnaient le cortège, qui croyait marcber à une

(i) La ville de Caxamalca renfenne les restes du palais d'Atahualpa. On y voit encore la chambre où l'inca fut retenu prisonnier pendant irois mois, et la pierre sur laquelle il fut étrangle \y^v les Espagnols. (Malte-Brun, Géogr. univ. , liv. CLXXXVIII.)

CONQUETB DU PJÉROU. tà/^S

fête, et la plaine était au loin couverte de plus de trente mille soldats.

A peine l'Inca est-il près du quartier des Espagnols, que le Père Vincent de Valverde, aumônier de l'armée, s'avance, un crucifia dans une main et un bréviaire dans Tautre. Il développe, dans un long discours, 1 histoire et la doctrine du christianisme; il cite la bulle d'Alexandre VI, qui donnait le Nouveau-Monde à la couronne de Castille; puis il somme l'Inca de se faire chrétien, et de reconnaître à la fois le pouvoir spirituel du pape et l'autorité du roi de Castille'. L'interprète, qui comprend mal ce discours, le rend encore plus obscur en le traduisant. Cependant Atahualpa entrevoit ce qu'on lui demande ; il répond qu'il ne peut abandonner ni ses Etats, ni la foi de ses pères, et il jette à teire avec dédain le bréviaire que lui présentait Valverde. Alors le moine, élevant la voix, s'écrie : « Aux armes, chrétiens! la parole de Dieu est profanée. )> Pizarre, qui avait à peine contenu ses soldats à la vue de tant d'or et d'argent, donne le signal: instruments militaires, canons et mousquets, tout

(i) Une Junte d'ecclésiastiques et de jurisconsultes espagnols, réunie en iSog, avait établi les droits du roi à l;i souveraineté du Nouveau-Monde; elle avait décidé que la force serait employée contre les chefs et les peuples qui ue reconnaîtraient pas le pape et le roi de Castille. (Herrera, déc. I, Id). VII.)

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éclate à la fois; les clieviiux s'élancent, l'infanterie tombe l'épée nue sur les Péruviens; Pizarre pousse droit à l'Inca, et, malgré les seigneurs qui se dévouent pour le sauver, le saisit par le bras, le fait descendre de son trône et l'emmène prisonnier. Quelle perfidie, mais f|uelle audace, quand on songe que les Espagnols étaient à peine trois cents contre trente mille!

Le camp. avait été pillé, plus de quatre mille Péruviens égorgés; l'Inca était au pouvoir des Espagnols. La chambre où il était gardé avait vingt-deux pieds de long sur seize de large : il s'engagea à la remplir de vases et d'ustensiles d'or jusqu'à hauteur d'homme. Comme cette rançon n'arrivait pas assez vite au gré des vainqueurs, des commissaires espagnols furent envoyés à sa rencontre Chemin faisant , les commissaires rendirent visite à Huascar,dans la prison où l'avait relégué Vtahualpa. Huascar prouïit aux Espagnols une rançon plus forte que celle de son frère, s'ils voulaient prendre son parti. Âtahualpa, instruit de celle négociation, fit assassiner Huascar pour éviter la concurrence. Apiès cet incident, la rançon arriva, et en même temps Almagro avec ses compagnons. Partis ([uel([ue temps après Pizarre, ils arrivaient trop tard pour le combat, mais a&sez tôt pour le butia. Cependant on ne leur donna que la

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"Valeur de cent mille piastres, tandis que Pizarre et les siens en eurent plus de quinze cent mille a. partager. Cliaque cavalier en eut huit mille, et chaque fantassin quatre mille'.

Quand l'inca eut payé, les deux chefs ne surent que faire de sa peisonne; car ils n'étaient pas disposés à lui rendie la liberté. Le garder prisonnier, c'était conserver une source perpétuelle d'inquiétudes, et donner un but à tous les complots, à tous les soulèvements des Péruviens. Atahualpa représentait le Pérou indépendant. Les Espagnols ne se croyaient point maîtres du pays tant que l'inca existait : ils résolurent sa mort. Mais comment le faire périr ? Pizarre et Âlmagro voulurent se donner le plaisir de le juger. Ils siégèrent, assistés de deux autres conseillers; un procureur-général poursuivit au nom du roi ; l'accusé eut un conseil pour sa défense, et un greffier fut chargé de rédiger les actes du procès. Mais ce qu'il y eut de plus curieux, ce fut l'acte d'accusation : Hnca fut accusé du meurtre de son frère. Il appartenait bien aux Espagnols de venger ainsi le sang d'IIuascar! Atahual|)a était encore accusé de polygamie et d'idolâtrie : singulières accusalions, puisque l'usage lui avait permis la poly-

(i) Hcrrera, dccad. V, lib. II, cap. 3.

garnie, et que la religion de son pays lui avait ordonné l'idolâtrie! Mais ce qui est à peine croyable, c'est le quatrième chef d'accusation : Ataliualpa était accusé d'avoir, depuis son emprisonnement, dissipé ou détourné frauduleusement les trésors de l'empire qui appartenaient aux Espagnols par droit de conquête, et de s'être révolté contre son légitime souverain, le roi d'Espagne. Il y eut des témoins, Pizarreen eut tant qu'il voulut, qui confirmèrent toutes ces accusations; et le tribunal, après avoir entendu la défense , pour se jouer jusqu'au bout des formes de la justice, condamna rinca à être brûlé vif. Le P. Val verde oublia, dit-on, son caractère de prêtre jusqu'à signer la sentence. Ataliualpa en appela au roi d'Espagne : c'était se souvenir à propos qu'il avait été roi. Mais Pizarre ordonna que l'exécution eût lieu sur-le-cliamp. Le P. Valverde se présenta pour consoler Atahualpa, et lui promit que s'il voulait se fiire chrétien on adoucirait la rigueur de son supplice. L'hica reçut le baptême, et les Es[)agnols dans leur clémence, au lieu de le brûler, l'étranglèrent (i533)'. Le premier résultat d'un tel acte fut de soulever toute la nation , et de la tirer de cette torpeur où l'avaient plongée les premiers succès des Espagnols.

(i) Herrera, décad. V, lib. III, cap. 4*

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