CONQUETE DU PÉROU
De tous côtés s'élevèrent des partis et des chefs différents qui voulaient, les uns venger Flnca, les autres s'arracher les lambeaux de son héritage. Pizarre, ne se croyant pas encore assez maître du pays, avait investi de la royauté un des fils de sa victime , jeune homme dont il comptait faire un instrument docile. Mais les peuples de Cuzco et des pays voisins reconnurent pour souverain un frère d'Huascar, nommé Manco-Capac. En même temps le général qui commandait à Quito pour Alahualpa, Ruminagui, après avoir fait mourir le frère et les enfants de son maître, se fit un royaume indépendant'.
A. la vue de ces convulsions qui déchiraient le Pérou, Pizarre ne fut point effrayé. C'était l'agonie d'un grand empire; c'étaient les derniers signes de vie d'un corps jadis robuste, qui se débattait en vain contre la mort. Mais il fallait se hâter : Pizarre marche lui-même vers Cuzco et s'en empare, tandis qu'un renfort, fraîchement arrivé de Panama et connnandé par Bénalcazar, va détruire dans Quito la domination de Ruminagui. Sur ces entrefaites, le jeune fils dWlahualpa, celui que Pizaire avait fait roi, mourut dans le camp des Espagnols. L'ordre étant rétabli dans les deux capitales et
(t) RûbcrUon, Histoire de l'Amérique, liv. VI.
aSo LIV. T, CHAP. T.
Tempire étant soumis tout entier, Pizarre ne lui donna point de successeur, et s'apprêta à régner lui-même au nom de Charles-Quint. Il venait de dépêcher à la cour d'Espagne son frère Ferdinand, avec une énorme quantité d'or et d'argent. L'empereur, enchanté de cet échantillon des richesses de sa nouvelle province, envoya au Pérou des lettres-patentes qui confirmaient François Pizarre dans sa qualité de gouverneur, et qui donnaient à son gouvernement le nom de Noiivelle-Castille. Un autre gouvernement, sous le nom de Nouvelle- Tolède , était formé des pays situés plus au sud, et donné à Diego d'Alniagro avec le litre (ïadelari' tado. Alors se ranima l'ancienne rivalité des deux chefs. Almagro prétendait que Cuzco faisait partie de son gouvernement, et il voulait s'en emparer: Pizarre n'avait garde d'abandonner une place aussi importante. Cependant la querelle s'apaisa, à condition qu'Almagro tenterait la conquête du Chili, et que, s'il n'y trouvait point un établissement convenable, il aurait une part du Pérou.
Quand Almagro fut parti pour cette conquête incertaine , Pizarre s'occupa d'oiganiser le pays déjà conquis. Chez lui l'instinct du commandement suppléait à l'éducation, et lui inspirait des mesures vraiment poIiti(|ues. Déjà il avait fait de sages règlements sur l'administration delà justice^
CO'N QUÊTE DU PEROU. af I
la perception des impôts, l'exploitation des mines et la condition des Indiens; déjà il avait fondé, dans la vallée de la liimac , la ville de Lima ou des Trois- Rois\ lorsque la nation qu'on croyait domptée se réveilla tout à coup (i535). Manco- Capac s'échappa de Cuzco, où il était prisonnier. Les vrais Péruviens l'avaient toujours regardé, au fond du cœur, comme l'héritier des Incas. Ses partisans se rallièrent dans les montagnes, et il eut bientôt une armée qu'il divisa en deux corps. L'un alla investir Lima, la nouvelle ville, le siège du gouvernement es^jagnol; l'autre, à la télé duquel était Manco-Capac lui-même, vint assiéger Cuzco, où se trouvaient les trois frères de Pizarre, Jean, Ferdinand et Gonzalès, avec un petit nombre de soldats. Le siège dura neuf mois. Les Péruviens, qui avaient pour eux le nombie, cherchaient à s'approprier la discipline et la tactique européennes. Us armèrent leurs plus braves guerriers d'épées, de piques et de boucliers enlevés aux Espagnols. Quelques-uns même osaient manier le mousquet, qu'ils avaient long-lenq)s regardé comme une arme divine, et Manco-Capac ainsi que ses
(i) Celte ville, dont les voy.igeurs admirent In beauté, peut à chaque instant être anéantie avec ses liabit.mls. Dopuis i58a, elle a été dévastée par plus de vingt tremblements de terre.
plus hardis officiers, montés sur des chevaux qu'ils avaient pris, s'avançaient les rangs serrés et la lance en arrêt pour charger les Espagnols'. Mais le temps n'était pas encore venu où l'Amérique devait vaincre l'Europe avec ses propres armes.
Cependant les Péruviens avaient repris la moitié de leur ville , et Jean Pizarre était mort en combattant, lorsqu'il arriva aux Espagnols un renfort sur lequel ils ne comptaient point et dont ils se seraient volontiers passés : Almagro revint du Chili ( 1537). Son expédition n'aivait eu aucun succès. Un grand nombre de ses compagnons étaient morts de froid ou de faim, en traversant les sommets des Cordillères, et, en arrivant au Chili, il y avait trouvé des peuples sauvages qui avaient vaillamment défendu leur liberlé. Aussi, à la première nouvelle des désordres du Pérou, il s'était hâté de revenir, espérant bien en profiter, il commença par disperser les Péruviens, et sauva la ville de Cuzco; mais ce n'était point pour la rendre à Pizarre ni à Charles-Quint, c'était pour la garder. Alors commençait au Pérou une guerre long-ten»ps compiimée par l'intérêt général , entre des intérêts individuels également énergiques et implacables. C'est ici que l'on voit
(t) Robertson, Histoire de TAmérique, llv.
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à îiu les passions de ces hommes que la société européenne repoussait de son sein ou qu'elle ne pouvait satisfaire, et qui se jetaient sur le Nouveau-Monde comme sur une proie. Sur cette terre, où tout, les périls comme les richesses, avait un caractère de grandeur inconnu , l'Européen se croyait dégagé de tout lien politique ou religieux, et, poussant son ambition jusqu'aux dernières limites de ses forces, il ne connaissait plus d'autres lois que sa volonté et son épée. Les anciens associés de Panama se haïssaient plus l'un l'autre qu'ils n'avaient jamais haï les Péruviens. Aussitôt qu'Almagro eut délivré la capitale du Pérou, il s'empara du gouvernement , et jeta dans les fers Gonzalès et Ferdinand.
François Pizarre était alors occupé à se défendre dans Lima; mais quand il eut appris ce qui s'était passé à Cuzco, il se hâta d'envoyer un corps de troupes au secours de ses frères. Almagio fit prisonnier le chef de cette expédition, Alonzo d'Alvarado. 11 aurait dû profiter de sa victoire et marcher sur Lima; mais, au lieu de presser ses succès, il hésite, il laisse échapper Alvarado avec un des Pizarre , et remet l'autre en liberté après de trompeuses négociations. François IMzarre ne perd point de temps : à peine a-t-il levu ses frères qu'il déchire le traité, et déclare que c'est aux armes
î|54 LIV. I, CHAP. V.
seules à décider qui sera maître du Pérou. Il envoie aussitôt Ferdinand avec sept cents hommes combattre Almagro. Celui-ci étonné, au lieu de se retrancher dans les défilés des Andes, accepte la bataille dans la plaine de Cuzco. Il est vaincu et fait prisonnier à son tour. Mais on ne le laissera point s'échapper : les Pizarre le gardent de trop près. On le laisse quelque temps vivre, parce qu'on craint ses soldats; puis on l'accuse de trahison, et on le condamne à mort. Il demanda, en suppliant, la vie à des ennemis qu'il avait épargnés. Les Pizarre furent inflexibL^s : Amalgro fut décapité publiquement. Mais on ne décapita que son i.adavre; car , dans la crainte d'un mouvement de la part de ses soldats, on l'avait étranglé dans sa prison ( i538)'.
Dès lors Pizarre dispose en maître de l'Amérique méridionale. Il prend les meilleures terres pour lui et ses frères, et il ne donne aucune part aux soldats d'Almagro. Les plus audacieuses entreprises réussissent aux. Espagnols. Pierre de Valdivia fonde au Chili la colonie de Sant-Yago, par le chemin qu'Âlmagro et les siens avaient marqué de leur sang. Orellana se laisse emporter, sur une barque fragile, au cours de l'Amazone, et reconnaît
(i) Robertson, Hlst. de l'Amérique, liv. VI.
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les bords de ce fleuve depuis les Andes jusqu'à l'Océan ( i54o)'. Mais tout n'était pas fini au Pérou. Almagro n'était pas mort tout entier : il revivait dans son fils. La sédition, qui couvait depuis long-leuqDS, éclata en i54i, trois ans après la mort d'Ahiiagro. Ses soldats, mécontents du partage, où ils n'avaient rien eu, se soulevèrent sous la conduite du fils de leur ancien maîlre. Le 26 juin, Herrada et dix -huit des plus résolus, armés de toutes pièces et l'épéeà la main, s'avancent à grands pas vers le palais du gouverneur, en criant : Vive le roi! meure le tyran! Pizaire presque seul dans ce moment, sans autres armes qu'un bouclier et une épée, soutient quelque temps le combat avec la vigueur d'un jeune homme; mais n'ayant plus la force de manier son épée, et accablé par le nombre, il reçoit un coup dans la poitrine, et tombe mort sur-le-champ. Le palais du gouvernement, les maisons des principaux officiers furent pillées, et le jeune Almagro, promené dans la ville, fut proclamé gouverneur. Mais Charles-Quint, qui faisait alors la loi à une partie de l'Europe, ne tarda point à rétablir l'ordre en Améiique. Un nouveau gouverneur envoyé d'Espagne, \ aca de Castro, déploya l'étendard royal contre les rebel-
(i) Herrera, dccad. VI, lib. IX, cap. 1-6.
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les, et les vainquit près de Chupas, en î542. Le jeune Almagro expia sa révolte sur l'échafaud.
L'ordre et la paix ne s'établirent au Pérou qu'après que les conquérants se furent tués les uns les autres. Il semblait que cette malheureuse contrée attendît pour refleurir qu'elle eût dévoré tous ses vainqueurs. Des gouverneurs qui n'avaient point pris part aux excès de la conquête, et qui n'étaient point animés par des ressentiments ou des rivalités personnelles, se firent mieux obéir du peuple vaincu ; et la royauté espagnole, qui travaillait dans un intérêt d'avenir, dut se montrer dans ses lois plus clémente et plus désintéressée.
En 1 54^, Las Casas se trouvait à Madrid : il n'avait point abandon né, dans ses vieux jours, la sain te cause à laquelle il avait dévoué sa jeunesse. Il venait d'apprendre les excès des Espagnols dans l'Amérique du Sud et les dévastations dont le Pérou avait été le lliéâtre'. Lui-même il avait été témoin de bien des crimes au Mexique et dans les îles : il rédigea son ouvrage De la destruction des Indiens. Un Espagnol qui avait passé une partie
(i) Relation du fière Marc, de l'ordre de Saint-François, sur les excès des Espagnols au Pérou, ap. Las Casas, Brevissinia relacion de la destruycion de las Indias.
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de sa vie en Italie , et qui venait d'obtenir de l'empereur Cbarles-Quint les titres de chapelain et d'historiographe, Ginès de Sépulvéda, soutenait alors publiquement une doctrine bien opposée à celle de Las Casas. Il avait établi en principe que la guerre était légitime dans l'intérêt de la foi; que par conséquent les Espagnols avaient le droit de combattre les Indiens, de leur enlever leurs biens, la liberté et même la vie s'ils refusaient de se faire chrétiens'. Sépulvéda citait, à l'appui de sa doctrine, certaines bulles pontificales et quelques passages empruntés à TEcrilure. Mais le gouvernement espagnol recula devant une telle apologie. L'ouvrage de Sépulvéda, approuvé par un inquisiteur qui aurait voulu pouvoir Timprinier en lettres majuscules et le répandre dans toute l'Espagne', fut condamné par les académies de
(i) L'ouvrage de Sépulvéda était un dialogue intitulé : Deiitocrales secundus ( l'auteur avait composé un premier dialogue intitulé Démocrates primus sive de honestate disciplinse mllitaris), aut an liceat bello Indos prosequi, auferendo ab cis dorainia posscssionesque et bona temporalia, et occidendo cos si resibtculiani opposuerint, ut sic spoliatis et subjectis faciliùs per praedicatorcs suadeatur eis fides.
(2) Sépulvéda rapporte dans son A/)ologia, qui nous a étû conservée, les principales objections qui lui ont été faites, et en nu^me temps les suffrages qu'il a recueillis en sa faveur. Il 1. 17
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Salamanque et dWlcala. Il fut défendu en Espagne; c'çst même une question de savoir s'il a jamais été imprimé'. Charles-Quint, en recueillant les fruits de la conquête, ne voulut pas du moins en justifier les excès. Il manda près de lui le vertueux Las Casas: les paroles du prélat eurent une heureuse influence sur la politique de l'empereur; et quelques-unes de ses idées, vraiment humaines et chrétiennes, entrèrent dans les lois nouvelles qui furent données à l'Amérique.
Les ordonnances de Charles-Quint, Leyes nuevas^ rendues à Barcelone en i54a et à Madrid en 1543, ne proclamaient pas la liberté des Indiens; mais du moins elles allégeaient leur servitude, en
cite, entre autres, ces paroles de Fernand Valdesio, archevêque de Sëville, inquisiteur génér;il : « Dicajn quod sentio, qui hune librum impediendi nuctores initio fueruiit, hi multô magis ex officio f.icerent, si seJiilo darent operam ut hlem, grand iorifms lileris excuaàus , ex pulpilis per oinnem Hispaniam praedicaretur. »
(i) Arnold Birckmann, qui a puMié à Cologne, en 1602, les œuvres de Sépulvéda, aftirine que le Démocrates secundus a été imprimé à Rome, et il en nomme l'éditeur: Editas est Romœ y curante Antonio Auguslino , sacri palatii auditore. Mais il ajoute qu'un très ])elit nombre d'exemplaires en a été tiré, et qu'il ne lui a pas été possible d'en découvrir un seul , tous CCS exemplaires ayaat été détruits par les Espagnols.
CONQUETE DU PEROU. ^Sq
substituant au caprice des particuliers l'autorité tutéiaire de la couronne. Les lepartimientos qui dépassaient une certaine étendue devaient être réduits; et, à la mort de chaque planteur, ses terres et ses Indiens, au lieu de passer à sa veuve ou à ses enfants, devaient retourner au domaine royal. Les fonctionnaires publics et les ecclésiastique^ ne devaient plus désormais en posséder. Tout habitant du Pérou impliqué au criminel dans la querelle de Pizarre et d'Almagro était dépouillé de ses terres et de ses esclaves, confisqués au profit du roi.
Les Indiens étaient déclarés exempts de tout service personnel; ils ne devaient payer à leurs seigneurs qu'un tribut déterminé par les ordonnances,^ ils ne pouvaient plus être obligés ni à porter les bagages des voyageurs, ni à pêclici- les perles, ni à travailler aux mines'. Cbarles-Quint fit encore plus pour les Indiens : des villages leur furent assir gnés pour y denaeurer sous le gouvernement d'officiers particuliers qu'ils choisirent eux-mêmes, et auxquels on laissa le nom de cacique ^connwe uu souvenir inolfensif de leur liberté première. Deux vice-rois furent nommés, chargés dediiigerau nom de lai couronne toute l'administration civile et miv;,
K'{i)H€irera, décadL VU, iib. VI, çup. 6.
a6o LIV. I, CHAP. V.
litaire, le premier au Mexique et le second au Pérou, On créa, deux audiences^ l'une à Mexico et l'autre à Lima, sous la présidence du vice-roi, qui cependant n'avait point voix dans les affaires judiciaires. On appelait des jugements de ces audiences au conseil des Indes, qui siégeait en Espagne pour conserver la suprématie de la métropole. Plus tard, des archevêchés et des universités furent établis à Mexico et à Lima; enfin tout l'édifice du gouvernement européen s'éleva peu à peu dans le Nouveau- Monde, et Philippe II devait le couronner plus tard à sa manière, en y ajoutant l'inquisition.
En 1 544 les nouvelles lois de Charles-Quint furent reçues presque sans opposition dans le Mexique, qui était soumis à l'Espagne depuis plus de vingt ans. En i546 elles n'étaient point encore établies au Pérou; car, dans ce pays nouvellement conquis, la guerre était toujours près de se rallumer, et le sang des Pizarre n'était point épuisé. Gonzalès se mit à la tête des séditieux : il eut d'abord quelques succès, et gagna une bataille où périt le vice-roi , Blasco Nunez de Vêla. Le pays lui était soumis, mais tout à coup ses esprits se troublèrent: il recula devant son ouvrage, et, au lieu de saisir la souveraineté qui s'offrait à lui, il négocia avec la cour d'Espagne, cherchant à se faire reconnaître comme vice-roi. On ne lui donna
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point de réponse positive; mais on envoya au Pérou un conseiller de l'inquisition, Pierre de Gasca, qui, sous le titre modeste de président de l'audience de Lima, avait les pouvoirs les plus étendus. Gasca se fit un grand nombre de partisans, en promettant une amnistie générale et la révocation des derniers édits. Cependant Gonzalès avait rallié autour de lui les plus mécontents et les plus andDitieux; il paraissait disposé à soutenir le choc : mais, au moment de la bataille, il vit plusieurs de ses officiers prendre le galop et se rendie au représentant de Charles-Quint. «Que nous reste-t-il à faire, demanda-t-il à ceux qui lui restaient fidèles? A mourir, répondit l'un d'eux.» Pizarre, démentant le courage de sa race, ne suivit point le conseil et se rendit à Gasca. Le lendemain il eut la tête tranchée ( 1548 ).
Il fallut encore deux ans, après la mort du dernier des Pizarre, pour achever la pacification du Pérou. Ce pays était bien loin d'égaler le Mexique en richesse végétale'. En effet, depuis Tumbès jusqu'à Lima, c'est-à-dire dans une étendue de deux cent soixante lieues, on ne rencontre que des côtes arides et sablonneuses , où la pluie est
(i) Humboldt, Essai politique sur la NouvcUc-Espaguc, liv. IV, cliap. lo.
un phénomène presque inconnu. Il y a pourtant quelques vallées plus fertiles, où l'on a transplanté îa végétation européenne et recueilli quelques productions particulières au pays, entre autres, le quinquina, dont la médecine s'est servi pour combattre la fièvre, et qui appartient en propre aux montagnes voisines de Quito'. Mais la grande richesse du Pérou, ce sont ces mines de toute espèce, de platine, de cuivre, d'étain, de plomb, de mercure, de soufre, de bitume, de sel, mais surtout ces mines d'or et d'argent qui, avec celles du Mexique, ont fait une si grande révolution dans la position financière de l'Espagne'.
Au milieu du xvi* siècle, la domination espagnole était solidement établie dans la plus grande partie du Nouveau-Monde: elle s'étendait au nord jusqu'à la Floride, et au midi jusqu'au Chili. Partout, aux désordres de la conquête commençait à succéder l'action bienfaisante d'une législation régulière. Quand Charles -Quint abdiqua en t555; quand, après avoir fourni une si vaste car-
(i) Raynal, Histoire philosophique des deux Indes, liv.VII, chap. a 8.
Il) De I 5/| 5 à 1 564 le quint du gouvernement sur les seules mines de Potosi monta à 36,45o,ooo livres par an. (Raynal, lir. Vil, chap. a8.)
CONQUÊTE DU PÉROU. a63
rière, il se livra vivant encore à la postérité, il avait rétabli l'ordre dans le Nouveau -Monde, comme par le traité d'Augsbourg il avait pacifié l'ancien. Ce génie universel avait réglé, du moins pour quelque temps, les limites de la liberté religieuse et le partage des richesses de la terre.