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temps à Madère, partit de cette île le 17 janvier, et, après cinquante jours de navigation à l'ouest, toucha une terre située sous le 34' degré de latitude septentrionale'. «Nous longeâmes la côte dans une étendue de cent cinquante lieues, dit-il dans son rapport adressé à François 1" et daté de Dieppe, 8 juillet iùi[\% et nous arrivâmes à l'embouchure d'un grand fleuve'.... La côte nous parut riche et peuplée; bientôt nous découvrîmes une île triangulaire, que nous baptisâmes du nom de votre auguste mère (Louise de Savoie). » \erazzano ajoute qu'après avoir passé le l\i^ degré, il découvrit un archipel de trente-deux îles, qu'il compare à l'archipel d'Illyrie. Il se dirigea toujours vers le nord, et toucha enfin la terre où viennent les Bretons, c'est-à-dire Terre-Neuve, au ^o" degré de latitude. Là, les vivres lui manquant, il se décida à revenir en France. En i53/|, Jacques Cartier, de Saint- Malo, suivit la trace de Verazzano, arriva jusqu'à l'embouchure du Saint-Laurent, remonta ce fleuve, et découvrit le Canada,
(i) Herrera, décad. III, 11b. VI, cap. 9. — Rainnuslo, Viaggi.
(a) Ramnusio, "Via-^'g!, t. III, page 420.
(3) Verazzaiio ne nomme point ce grand fleuve; mais il est évident, par la lalllude où il le place , que ce ne peut élre le Saint-Laurent.
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Cartier fit un second voyage au Canada en i54o, et bàlit un fort à l'embouchure de la rivière de Sainte-Croix. En i542, le seigneur de Roberval, que François !<"• avait nommé vice-roi du Canada et autres pays environnants, éleva une citadelle sur les bords du Saint-Laurent, et envoya son premier pilote, Jean Alphonse de Xaintaigne, chercher le passage aux Indes-Orientales par le nordouest; mais la guerre entre Charles-Quint et François I" empêcha les Français de continuer ces expéditions'.
Au milieu du seizième siècle^ les protestant?, persécutés en France, cherchèrent un asile en Amérique. En i555, l'amiral Coligny dirigea une expédition sur le Brésil. Un chevalier de Malte qui s'était fait calviniste, Yiliegagnon, partit de Dieppe le ii juillet, et mouilla le lo novembre à l'embouchure de la Ganabera ( Rio -Janeiro ) ; il bâtit le fort Coligny dans une île de ce fleuve. Les colons rendirent compte de leur expédition à l'Eglise de Genève: ils demandaient des ministres protestants , pour répandre l'Évangile parmi les sauvages hal)ilants du Brésil. Yiliegagnon reçut en efr<3t quelque renfort, et des minis-
{i) Reynold Fors'^er, Voyages et découvertes dans le Nord, liv. III, chap. 3.
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très que Calvin lui-même avait dirigés sur la colonie'. Mais, malgré ce secours, il ne put résister long-temps aux attaques des indigènes et à la rivalité des Portugais. D'ailleurs, il n'était pas d'accord avec les ministres protestants, et les querelles de l'Europe sur la présence réelle se trouvaient transportées au milieu des tribus sauvages, sur les bords de la Ganabera. Un schisme se déclara dans la colonie, et la guerre civile acheva de la détruire. Villegagnon revint en France, abjura la religion réformée, et mourut dans une commanderie de son ordre près de Saint-Jean-de-Nemouis".
Obligé de renoncer au Brésil, Colignv jeta les yeux sur l'Amérique septentrionale, et essava de former un établissement sur la cote de la Floride. Ce pays appartenait aux Espagnols; mais les prolestants ne reconnaissaient point la bulle d'Alexandre VI, qui avait donné les nouvelles terres ù l'Espagne et au Portugal. Le capitaine Ribaut, parti de Dieppe le i5 février i56o, prit possession du pays au nom du roi de France, et jeta les fonde-
(i) Jean de Lery, Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil. — Cette rel.ilion, écrite par un ministre protestant qui avait fait partie de l'expédition , contient une lettre de Villegagnon à Calvin sur l'état de la colonie.
(a) Jeaa de Lery, cliap. VII.
ments d'une colonie qui fut appelée Charles-Fort. Celte colonie prit quelque accroissement en 1 564» par suite d'une nouvelle expédition du capitaine Ribaut, qui était revenu en France solliciter des secours de Charles IX et de Tamiral Coligny'. Mais les Espagnols ne tardèrent pas à revendiquer la possession du pays : Menandez dispersa les colons français, en fit quelques-uns prisonniers, les fit pendre, et déclara, par une inscription placée sur le lieu même du supplice, qu'ils avaient été mis à mort non comme Français , mais comme hérétiques. Quelques années après, un gentilhomme protestant, né à Mont-de-Marsan, Dominique de Gourgues, fit une expédition à ses fraisj prit plusieurs Espagnols, et les pendit à des arbres sur lesquels il écrivit qu'ils avaient été pendus 72072 comme Espagnols , mais comme assassins. Cependant la colonie n'en était pas moins détruite, et les guerres religieuses qui troublèrent l'intérieur de la France empêchèrent le gouvernement et les particuliers de songer à aucune expédition maritime jusqu'à la (in du seizième siècle.
Les Anglais avaient cherché à mettre à profit
(i) Un des compagnons du capitaine Ribnut, Jacques Lemolne de Morgues, nous a laissé le récit de celte expédition.
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les découvertes de Jean et Sébastien Cabota. Ils faisaient la pèche de la morue sur les côtes de Terre-Neuve, en concurrence avec les Portugais, les Espagnols et les Français'. Le but que se proposait alors l'Angleterre, c'était d'exploiter les richesses de rAméri([ue septentrionale, et surtout de chercher un passage aux Indes-Orientales par le nord. Sous le règne de Marie, qui, en épousant le fils de Charles-Quint, unit l'Espagne à l'Angleterre, la marine britannique prit un grand essor. En i553, une association se forma sous les auspices du vieux Sébastien Cabola ' : trois vaisseaux se dirigèrent, au nord-est de l'Europe, vers ces régions qui sont privées de lumière pendant cinq mois. Cn de ces navires revint bientôt en Angleterre; mais les deux autres poursuivirent leur course. L'un parvini jusqu'au "72* degré de latitude boréale, et l'équipage alla s'ensevelir tout entier au sein des glaces et des ténèbres; Tautre, commandé par Richard Chancellor, aborda au havre de Saint-Nicolas, à l'embouchure de la Dwina. Cettç partie de l'Europe était encore habitée par des tribus sauvages, comme les déserts de l'Améri-
(i) Reynold Forster, Voyages dans le Nord, liv. III, chap. i , sect. 9.
(a) Forster, liv. III, chap. i, sect. a.
que. Chancellor remonta la Dwina, et pénétra dans les états du Tzar, qui commençait à prendre rang parmi les puissances européennes. Ivan IV reçut à Moskou le navigateur anglais, et lui donna des lettres pour la reine Marie. En i555 un traité de commerce fut conclu, qui accordait aux marchands anglais de grands privilèges en Russie. L'année suivante, le Tzar envoya un ambassadeur à la reine d'Angleterre , et le commerce anglais grandit rapidement dans le Nord, au grand déplaisir de Dantzick et des villes Hanséatiques '. Quand le chemin de l'Orient fut ouvert aux Anglais, ils franchirent les limites de la Moscovie : Antony Jenkinson se dirigea de Moskou vers les bords de la Caspienne , traversa la Tartarie et pénétra jusqu'en Perse, obtenant partout des avantages pour le commerce de son pays'.
En i556, les Anglais avaient découvert l'île de Kolgow-Ostrow et passé l'embouchure de la Petschora-y ils avaient touché les îles Waigatz et les
(i) Joach. Hagemlerus, De fœderecivilatumhanseaticaruni, cap. 5.
(2) Hackliiyt, The principal navigations, voyaçfes and disoovcries of ihe english nation. — And(rson, Historioal and chronological dediiclion of commerce from the earliest acconnt to the présent lime.
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côtes méridionales de la Nouvelle-Zemble. Cependant ils ne trouvaient point le passage tant cherché pour aller aux Indes par le nord-est. L'obstacle des glaces et la longueur des nuits fatiguaient le courage des navigateurs. Us s'arrêtèrent dans cette périlleuse carrière, et, satisfaits des avantages commerciaux qu'ils s'étaient assurés en Russie, ils reportèrent leur activité vers le INouveau-Monde, et cherchèrent le passage aux Indes par le nordouest.
Depuis la mort de la reine Marie, l'Angleterre était affranchie de la politique espagnole. L'église protestante s'était relevée à l'avènement d'Elisabeth, et les Anglais, sans être encore en guerre avec l'Espagne, se préparaient à lui disputer le Nouveau-Monde. En 1076, Martin Forbisher, qui se dirigeait d'après les cartes de deux célèbres Vénitiens, des frères Zéno', reconnut la pointe méridionale du Groenland, et toucha la terre de Labrador'. Les Anglais trouvèrent de l'or dans le Groenland. Par les ordres d'Elisabeth, un fort s'éleva sur ce rivage, sous le nom de Meta incognita,
(i) Hackluyt, The principal navigaitions, voyages «nd disco- Terics of ihe englisli nation.
(a) Lavenœrn, Nouv. niéin. de la Socirlé royale des Sciences de Copenhague, ap. Malte-Brun, liv. XVIII.
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tandis qu'un autre navigateur anglais, Francis Dracke, traversait le détroit de Magellan , et allait donner le nom de la reine aux lies de la Terrede-Feu {i 5'] S).
Mais, malgré ces hardis voyages, l'Angleterre était faible encore devant l'Espagne, qui marchait a la domination des mers. Depuis long-temps la puissance portugaise chancelait aux Indes-Orientales. Après Castro, la tyrannie et la corruption des gouverneurs ne connurent plus de frein : les richesses, la liberté, la vie des indigènes, tout était sacrifié au moindre caprice. L'Inquisition, qui siégeait à Goa, imposait l'Evangile par la force : les Portugais renversaient les pagodes, et égorgeaient les Indiens qui venaient pleurer sur les ruines de leurs temples'. Le roi de Portugal, qui ne pouvait conserver son indépendance en Europe^ était impuissant à rétablir l'ordre dans l'Inde. Les peuples indiens se soulevèrent, et les Portugais furent attaqués partout à la fois, à Goa, à Cochin, à Ceylan, à Malaca ( 1 568). Heureusement c'était un héros qui commandait les Portugais, Ataïde, digne successeur d'Albuquerque et de Castro. Ataïde,
( I ) Lafitau, Histoire des découvertes des Portugais, liv. XIV. — Heeren, Manuel de l'histoire des Etals de l'Europe et de leur» colonies , depuis la découverte des d«ux ladet.
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quoique assiégé dans Goa, résiste partout aux révoltés. Comme on lui conseillait de faire des concessions à l'ennemi, et de sacrifier une partie des possessions portugaises pour sauver les autres : a Non , non , dit-il, il faut tout sauver ou y périr. » Et, tout en défendant les murs de Goa, il faisait partir des vaisseaux pour Ceylan, pour Surate, pour Malaca, pour tous les points menacés. Le peuple de Goa s'effrayait du départ de ces navires , et l'archevêque se rendit l'organe de la terreur populaire. « Monseigneur, lui dit Alaïde, vous n'entendez rien à nos affaires: bornez-vous à les reconnmander à Dieu, w Au plus fort du péril, le vice-roi envoyait à Lisbonne des vaisseaux chargés de marchandises et des tributs accoutumés'i Tant de courage eut sa récompense : l'Inde rentra dans l'obéissance, et l'ordre futrétabU dans l'administration intérieure.
Après les victoires d'Ataïde, tout retomba dans le désordre (157a), et la division des colonies portugaises en trois gouvernements, le Monomotapa, les Indes et Malaca, fut encore une cause d'affaiblissement. Le vice-roi ne pouvait plus se faire obéir même par les Portugais. Partout les
(i) Faria y Sousa, Asia portn<;nesa , t. II. — Raynal, Histoire philosoj)liique (l«s deux Indes, liv. I, chap. 27.
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employés civils et militaires, auxquels on avait permis de faire le commerce pour leur compte, devinrent d'insupportables tyrans '. L'Inde était prèle à se soulever de nouveau, et, en chassant les Portugais, elle allait fermer à l'Europe entière le chemin de l'Orient.
Cependant l'Espagne se tenait en observation. Depuis le traité de Saragosse, par lequel Charles- Quint avait renoncé à la possession des Moluques % les Espagnols avaient négligé l'Orient. Mais en 1 564 Philippe II se rapprocha des Moluques, en faisant occuper les Manilles, îles découvertes par Magellan, et pliis connues sous le nom de Philippines. En iSya, un comptoir fut fondé dans l'ile de Lucon^ et conserva l'ancien nom de Manille. A partir de cette époque, un commerce régulier s'établit entre les deux Indes, el tous les ans un ou deux navires traversaient l'Océan austral, de Manille à Acapulco. Vers 1678, les premières îles découvertes par Magellan, les îles Mariannes ou des Larrons^ également occupées par les Espagnols, servirent de lien entre le
(i) Diego Couto, Observaçoes sobre as priiicipaes causas da decadenclu dos Porttiguezes na Asia. — L'auteur de cet ouvrage avait servi dans l'Inde.
(a) Voytï plus haut, page 23 '3.