COLONIES ANGLAISES
Mexique et les Philippines: les galions de la mer du Sud purent y trouver un repos, dans leur immense traversée '. L'Espagne ne tirait pas un grand profit de ces expéditions, et elle semblait même ne conserver les Philippines que pour y propager l'Evangile; mais c'était un poste avancé d'où elle menaçait les possessions portugaises.
En i58o, le royaume de Portugal n'était plus qu'une province espagnole. Les colonies suivirent le sort de la métropole: en iSSs, les Indes, les côtes d'Afj'ique et le Brésil avaient fait leur soumission à Philippe IL Alors il n'y avait plus besoin de ligne de démarcation : une seule puissance avait le monopole du commerce maritime et des colonies. Mais l'Angleterre, qui avait l'instinct de sa destinée future, ne tarda point à prolester. Elisabeth lutta contre Philippe il, pour la liberté des mers. Aussitôt que la guerre eut éclaté (i 585), Dracke s'empara des vaisseaux portugais qui se trouvaient à Terre-Neuve pour la pêche de la morue, et bientôt Cavendish arrêta dans leur course ces galions de la mer du Sud qui faisaient le tour du monde sans sortir des domaines du roi
(i) Raynal, Histoire philosophique des deux Indes, Iït. VI, chap. %3. — Hcercn, Manuel de l'histoire des Ejats de l'Europe cl d« leurs colonies, prriodc I.
d'Espagne. Vers la même époque, Davis commençait les découvertes qui ont immortalisé son nom,etWaller Raleigh allait reconnaître, sur le territoire de la Virginie, la place où devaient bientôt s'élever les premières colonies anglaises.
Le Danemarck , toujours maître de l'Islande et jadis du Groenland , n'était pas resté tout-à-fait étranger au mouvement qui emportait les peuples de l'Europe sur l'Océan. En i564, un moine danois avait cherché le passage aux Indes par le nordouest et par le nord-est ; mais, dans ces deux directions qu'il tenta successivement, les glaces et les tempêtes le forcèrent de rétrograder, et il revint en Islande, où s'est conservé le souvenir de son expédition'.
A la fin du seizième siècle, il y avait en Europe une puissance nouvelle qui, en s'unissant à l'Angleterre, devait arracher à l'Espagne le monopole des colonies: c'était la république des Provinces- Unies. Aussitôt que les Hollandais eurent scellé de leur sang l'indépendance de leur pays, ils travaillèreiU à s'enrichir par des expéditions maritimes. A leur tour, ils essayèrent d'atteindre l'Asie par le nord-est. En i59'3, une association s'était
(1) Dithmar Blefken's Islandia , sive populorum et mirabiliuni qu% m eâ Iiisulâ rcperiuntur accuratior dcscriptio.
COLONIES HOLLANDAISES. a^Q
formée pour cet objet entre plusieurs marchands d'Amsterdam et de Middelburg'. Barentz reconnut les côtes des îles de Waigatz et celles de la Nouvelle-Zemble. En iSgô, il fît un nouveau voyage avec Jacob van Hemskerk. Les deux navigateurs touchèrent l'extrémité septentrionale de la Sibérie, et passèrent l'hiver dans la Nouvelle- Zemble, retenus comme prisonniers au milieu des glaces. L'année suivante, Baréntz mourut avant d'avoir revu £on pays , et Hemskerk revint à Amsterdam après des fatigues inouïes '. C'est à peu près à la même époque que les Hollandais sont arrivés au Spitzberg , dernière terre connue vers le nord'.
L'ambition des Hollandais s'était aussi tournée vers l'Orient, et ils commençaient à disputer aux Espagnols les colonies récemment conquises sur les Portugais. Le port de Lisbonne leur était fermé, et il leur fallait ou renoncer aux marchandises de l'Inde, ou aller les chercher eux-mêmes dans le pays*. Cornélius Hutman se
(i) Forster, Voyages et découvertes dans le Nord, Ht. III, cbap. 2.
(2) Forsfcr, loc. cit.
("î) Malte-Brun, Géogr. nniv., liv. XXIII.
{il) Heeren, Histoire des Etats de l'Europe et de leurs colonies, période I.
a8o LIV. I, CHAP. \I.
signala le premier dans cette carrière nouvelle. En i5g5, des navires hollandais passèrent le cap de Bonne-Espérance, et abordèrent au pays des Cafres. Ils se dirigèrent vers Madagascar, où ils eurent à lutter contre les Maures. L'année sui=« vante, ils parcoururent les îles de la Sonde et s'arrêtèrent à Java, où ils tentèrent de fonder un comptoir pour le commerce du poivre et du girofle ; mais ils eurent bientôt à lutter contre les hostilités des indigènes et les intrigues des Portugais'. Les Hollandais firent de nouveaux progrès en Orient pendant les années suivantes, de iSgS à 1601. Ils abordèrent, entre l'Afrique et l'Inde, à cette lie qu'ils appelèrent l'île Maurice^ du nom de leur stathouder, et qui devint plus tard l'Ilede-France. Ils préparèrent leurs établissements futurs à Amboine, Ternate, Tidor, Java, tandis que d'autres navires , commandés par Olivier d'Utrecht, longeaient es côtes du Brésil, traversaient le détroit de Magellan, et, comme Magellan luimême, arrivaient, en faisant le tour du monde, aux îles de la mer des Indes '.
(i) Ludrr, Geschichte des Hollacndischen Handols. — Hisloirc de 1;> navigafion aux Iiidcs-Oriciitaleà par les Hollandais, Amsterdam, 1609.
(a) Journal d'une expédition hollandaise aux Indes-Orienlalrs, do lôf^S à iGoo, et du voyage autour du monde par